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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 16:02

Le procès du médecin Dieter Krombach entre dans le vif du sujet depuis que la cour d’assises a rejeté la demande de renvoi formulée par les avocats du médecin allemand, avec le témoignage très attendu de la mère de Kalinka, Danielle Gonnin, qui a aujourd'hui 66 ans. Elle était la femme d’André Bamberski, dont elle a eu deux enfants, Nicolas et Kalinka, avant de s'embarquer vers une deuxième vie en épousant le médecin allemand.

000 Par6174884Danielle Gonnin

Une femme de petite taille à la voix douce. Lorsqu’elle commence sa déposition, c’est pour évoquer le Dieter Krombach qu’elle a connu. « C’était un homme charmant, très galant avec les femmes. Il plaisait beaucoup. Un homme intelligent et cultivé, qui m’a beaucoup apporté. Je l’ai connu jeune, et quand je le vois maintenant, c’est douloureux pour moi. Je ne le reconnais plus, ni son regard, ni sa façon d’être. » Elle décrit alors l’homme toujours en mouvement qui aimait voyager, sortir, et qui dépensait tout ce qu’il gagnait. « Tout ce qui était interdit l’attirait. » Elle raconte aussi ses infidélités constantes : « Il était très généreux, gentil, et il me disait que ses aventures n’étaient pas importantes, qu’il m’aimait. Il me faisait des cadeaux très coûteux, des bijoux, des fourrures. J’aurais préféré qu’il garde l’argent pour acheter une maison. Il répondait qu’on n’emporte pas son argent dans sa tombe. »

Portrait d’un flambeur, d’un coureur de jupons. Danielle Gonnin explique avoir fermé les yeux pour les enfants. La mort de Kalinka va tout changer. Après la mort de sa fille, son fils Nicolas part vivre avec son père à Toulouse. Elle est seule dans la grande maison de Lindau, et elle a besoin de soutien, de réconfort. « Cette fois, je n’ai pas pardonné ses infidélités. Mais je n’ai jamais pensé qu’il était coupable de quelque chose. Il m’avait déçue. Je suis repartie en France. Nous avons divorcé, il m’a versé une pension élevée, et nous avons gardé de bons rapports. »

La présidente évoque le décès de la première épouse du Dr Krombach. La jeune femme est morte à 24 ans, d’une thrombose. Danielle Gonnin évoque, comme cause du décès, l’effet conjugué du soleil pris en Tunisie et de la pilule contraceptive. Elle n’en sait pas plus, mais confirme s'être rendue avec les enfants plusieurs fois sur sa tombe.

« Je suis venue ici pour savoir la vérité. S’il est coupable, il faut qu’il paye. Il faut qu’on sache. C’est douloureux pour tout le monde, ses parents, ses enfants. Pendant vingt-huit ans, j’aurais mis ma tête à couper qu’il n’était pas coupable, mais avec le rapport de toxicologie, ça m’a chamboulée. »

Après ces premières déclarations, elle va décrire comment le médecin allemand est entré dans sa vie. Elle est à ce moment-là mariée avec André Bamberski. Ils ont deux enfants, et vivent au Maroc. C’est à l’école, à une réunion de parents d’élèves, qu’ils font connaissance. Il "flashe" sur elle. Dès lors, il ne la lâche plus. Au début, elle résiste. Quelques mois plus tard, elle essaie même de rompre avec lui. Bamberski décide de rentrer à Toulouse pour éloigner le danger. Mais le médecin allemand les suit. Lui aussi s’installe dans la ville rose, loue un appartement, vit en faisant des gardes. Il réussit à la subjuguer suffisamment pour qu’elle accepte de s’installer avec lui en Allemagne. Elle est obligée de laisser derrière elle ses deux enfants. Mais elle ne renonce pas à les récupérer. Ainsi, quand André Bamberski parle d’emmener les deux enfants au Maroc, le juge donne finalement la garde à la mère. Désormais, le cardiologue a toute la famille réunie : les deux enfants de son premier mariage et ceux de sa femme. La vie de famille est harmonieuse. Lui est un père exigeant, elle une mère pour les quatre enfants qui s’entendent bien. « J’étais heureuse dans cette famille recomposée », dit-elle, alors que son deuxième ex-mari la regarde tendrement dans le box, et que le premier a du mal à supporter cette évocation.

La mort de Kalinka va rompre ce bel équilibre.

000 Par2846425Kalinka

Quand la présidente lui demande de préciser quelles étaient les relations entre son premier et son deuxième mari, elle répond : « La haine est née dès le premier instant. M.Krombach est allemand ; c’était insupportable pour M.Bamberski, d'origine polonaise."

 

Puis elle regagne les bancs de la partie civile. Le docteur Krombach s'est recroquevillé dans son box : tous ces souvenirs...

 

 

 

 

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 18:30

Le procureur de Bordeaux a fait connaître sa décision de refermer le dossier d’abus de faiblesse initié par une citation directe de la fille de Liliane Bettencourt, devant le tribunal, à l’encontre de François-Marie Banier. Le photographe mondain était soupçonné d’avoir bénéficié de dons faramineux de la part de Liliane Bettencourt (1 milliard d’euros) : la justice va mettre un terme à la procédure puisque les protagonistes ont retiré leurs plaintes et que la réconciliation de la mère et de la fille va recouvrir d’un voile pudique les vilaines dissensions familiales.

Le tribunal de Bordeaux se réunira en juin pour clore officiellement cette procédure. Il ne peut en effet instruire, juger et condamner dans une affaire sans accusation et sans plaignant. Le procureur a pris acte de l’accord signé en décembre dernier entre la famille Bettencourt et François-Marie Banier, ce dernier renonçant à toucher les quelque 600 millions d’euros attachés à deux contrats d’assurance-vie, somme qu’il devait percevoir à la mort de la milliardaire.

Reste plusieurs volets dans cette affaire. Des plaintes ont été déposées pour atteinte à la vie privée, violation du secret professionnel et publication illicite d’enregistrements captés secrètement par le maître d’hôtel de Liliane Bettencourt.

Autre volet important, celui qui touche Eric Woerth. L’ancien ministre du budget a été soupçonné d’avoir favorisé l’embauche de sa femme auprès de Madame Bettencourt et d’avoir en contrepartie fait décerner la légion d’honneur à son homme de confiance Patrice de Maistre. Il devra également s’expliquer sur une allégation de financement illégal de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.

Il y a enfin un volet ouvert par le procureur de la République à Versailles, à la suite d’une plainte pour violation du secret professionnel. Ce dossier vise la juge Isabelle Prévost-Deprez, qui aurait communiqué en temps réel à un journaliste le contenu d’une perquisition chez Liliane Bettencourt.

Le photographe François-Marie Banier va également devoir s’expliquer sur la réalité des contrats de conseil artistique qui le liaient à l’Oréal. Le photographe percevait 305.000 euros de parrainage et un salaire de plus de 400.000 euros par an. Ces contrats, signés par l’ancien PDG de la firme de cosmétique Lindsay Owen-Jones, font aujourd'hui scandale.

000_Par3431210.jpgFrançois-Marie Banier

On verra si les juges d’instruction de Bordeaux poursuivront leurs enquêtes sur les liens présumés entre la milliardaire et la majorité politique. Mais les retraits d’argent liquide et les enveloppes Kraft remplies de billets à destination d’hommes politiques n’ont été décrits que par l'ex-secrétaire de Madame Bettencourt...

Il y a fort à parier que l’on puisse dire dans quelque temps : tout ça pour ça !

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 19:14

Pierre Perret parle dans la vie comme dans ses chansons. Le voilà à la barre du tribunal, modeste, les rides entourant ses yeux bleus, semblant accompagner un sourire. C'est lui qui a intenté un procès en diffamation contre l'hebdomadaire Le nouvel Observateur en 2009.

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La 17ème chambre correctionnelle est pleine à craquer. Sur la partie gauche, les amis de Léautaud et de Brassens. Sur les bancs de droite, ceux du chanteur populaire. « J’ai vu un tissu d’ignominies qui me tombait sur la tête, sans comprendre pourquoi et sans fondement. Ca m’a profondément blessé. Ca m’a pourri ces deux dernières années. Tout d’un coup, je dois rendre des comptes alors que mon livre « A cappella » est paru en 1972 sans que personne ne s’en émeuve. On me dit : Paul Léautaud n’a jamais parlé de vous dans son journal. Mais je n’étais rien pour lui ! La première fois que je me suis pointé chez lui, il m’a claqué la porte au nez. Puis il m’a rappelé alors que je redescendais l’escalier, et il a bougonné parce que ses chats s’échappaient. Dans mon livre, je commence le récit le 26 août 44, une très belle journée d’été. C’est ce jour-là que j’ai osé apporter son livre sur Stendhal pour qu'il me le dédicace. Mais je lui avais fait déjà quatre ou cinq visites... Je l’ai donc vu plusieurs fois avant mon service militaire. Et puis, on me dit : oh, mais vous ne mentionnez pas les soucoupes pour les chats que le grand écrivain disposait sur chaque marche de l’escalier. Donc vous n’êtes pas bon ! Mais moi, ce n’est pas ça que je voyais. Il y a aussi une histoire de portail. Il grinçait ; c’est comme ça dans ma mémoire. On m’affirme qu’il n’était pas en fer mais en bois. Je ne sais plus !  Après l’affaire Léautaud, on ajoute que je suis un plagiaire de Brassens. L’accusation prétend que Brassens avait le projet de chanter une vieille chanson paillarde. Moi, trente ans plus tard, je sors un disque composé de chansons de corps de garde, des chansons qui appartiennent à tout le monde, et je deviens un plagiaire. Désolé, mais moi, j’ai toujours bu dans ma tasse ! »

L’auteure de l’article du Nouvel Observateur avait eu largement la parole auparavant pour défendre son article. Sophie Delassein explique qu’elle a été contactée par Guy Béart. D’ailleurs, le vieux chanteur, regard clair et cheveux gris teints, est dans le public. C’est lui qui aurait alerté sur les nombreuses erreurs contenues dans le livre. A partir de là, comme le fil d’une pelote, la journaliste constate que la légende de Pierre Perret se détricote. L’entourage de Paul Léautaud réfute les visites du jeune poète toulousain. Celui de Brassens décrit Pierre Perret comme un éternel envieux de son illustre aîné, Georges Brassens. La journaliste, pull en V noir sur jean de même couleur, parle des souvenirs de Pierre Perret comme d’une supercherie.

Le président du tribunal connaît bien son affaire. Il ne se laisse pas démonter par « l’importance » de ce débat. Il pose une question qui me semble fondamentale : avez–vous cherché à joindre Pierre Perret, à avoir sa version de sa rencontre avec Léautaud ? Réponse de la journaliste : j’ai contacté son attachée de presse. « Avez-vous indiqué pourquoi il était important de joindre le chanteur lui-même ? » Réponse de la journaliste : « Son attachée de presse m’a dit qu’il était en vacances à l’autre bout du monde et qu’il ne souhaitait pas me parler. » Mais, insiste le président : « Savait–il qu’il était mis en cause de cette façon ? » Réponse de la journaliste : « je n’avais pas à dire pourquoi je voulais lui parler. »

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(Pierre Perret et son avocat Me Szpiner)

Les preuves de sa bonne foi, Pierre Perret les a apportées au tribunal dans un banal sac de sport. Chacun de ses trésors est protégé par de grandes enveloppes Kraft. Des livres recouverts de papier cristal, des petits mots écrits à la plume par Paul Léautaud glissés entre les pages. Pierre Perret entend mettre fin à cette violente cabale contre lui.

Ce n’est pas à moi de juger de l’évidence de ces preuves. Le tribunal, qui va encore siéger demain, mettra son jugement en délibéré. Je voulais juste rapporter une phrase de Paul Léautaud, citée par Pierre Perret pour dire son attachement à l’écrivain : « Aimer, c’est préférer un autre à soi-même ».

Joliment dit, non ?

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 17:57

Dany Leprince est arrivé très tôt devant la Cour de révision, qui siégeait dans la grande chambre de la Cour de cassation du palais de justice de Paris. C’est un homme massif, à la figure longue et tourmentée, un grand front et une large calvitie. Sa femme épousée en prison est médecin ; elle semble veiller sur lui comme sur un enfant fragile. L’avocat de Dany Leprince, Maître Baudelot s’est refusé à toute déclaration, se sentant lié par l’interdiction faite à son client de s’exprimer publiquement. Car, fait exceptionnel, Dany Leprince qui avait été condamné à la réclusion à perpétuité pour le quadruple meurtre de son frère, de sa belle sœur, et de ses deux nièces à Thorigné-sur-Dué, a été remis en liberté en juillet 2010 grâce à une décision très rare de la commission de révision. Cette libération avait été assortie d’un contrôle judiciaire strict qui l’oblige au silence.

000_Par6144848.jpgDany Leprince

Dans cette salle très solennelle, la justice devait examiner le fait d’avoir éventuellement condamné un innocent et de l’avoir maintenu en prison durant 16 ans. Une gravité particulière a saisi l’assistance lorsque le rapporteur, le conseiller Jean-Yves Montfort (ancien président du TGI de Versailles) a présenté le dossier. Selon son analyse, cette histoire de huis clos familial a été polluée par la volonté des gendarmes de mettre très vite un nom sur l’auteur de la tuerie. Tout a été bon pour désigner Dany Leprince comme le meurtrier, à commencer par les accusations de sa femme et de sa fille. L’hypothèse d’un tueur unique s’est imposée au mépris des évidences comme les traces de lutte ou l’utilisation d’armes différentes. Dany Leprince est devenu « Le boucher de la Sarthe » alors qu’il ne faisait que conditionner des steaks hachés à la SOCOPA et ne travaillait pas du tout à l’atelier de découpe où les employés utilisent une « feuille», sorte de hachoir qui se révèlera l’arme du crime. De plus, le mobile est tout trouvé : l’argent. Le frère garagiste réussit bien en affaires tandis que le frère agriculteur cumule deux métiers sans s’en sortir. Dany voulait emprunter de l’argent à son frère qui le lui aurait refusé.

Le problème, souligne l’avocat de Dany Leprince, est que personne n’a voulu voir les incohérences du récit de sa femme Martine qui alignera 4 versions incompatibles avec les 4 versions de sa fille Célia, 16 ans à l’époque. Aucune trace de sang, aucun vêtement souillé n’est retrouvé chez Dany. Quant aux traces de pas de type Doc Martens retrouvées près de la scène de crime, elles ne correspondent pas à la pointure de Dany. La chronologie de la soirée laisse planer des doutes sur le récit des uns et des autres.

Et c’est là qu’intervient la contre-enquête menée par Roland Agret (après avoir été victime d’une erreur judiciaire, il a monté une association pour aider ceux qui se sentent injustement condamné) Elle a permis l’émergence de faits nouveaux, condition nécessaire pour qu'une condamnation puisse être révisée. Ces faits nouveaux, l’avocat de Dany Leprince les a longuement détaillés : « L’accusation lui a prêté l’aveu du quadruple meurtre or il n’a jamais reconnu autre chose que le meurtre de son frère Christian, à la toute fin d’une garde à vue éprouvante, et il s’est rétracté juste après. Il a été condamné sur un scénario qui ne repose sur rien ! Parmi les « preuves » de l’époque, on retient le témoignage de la seule rescapée de la tuerie, la petite Solène, 26 mois. En réalité, sa nourrice lui a fabriquée une mémoire selon la méthode qu’on a vu à l’œuvre à Outreau. Les pédopsychiatres disent qu’elle ne peut avoir de souvenirs précis de a tuerie. Autre fait nouveau : des relations étroites, intimes mêmes, liaient l’un des gendarmes à Martine Compain, la femme de Dany. Egalement, l’auditeur de justice en poste auprès du procureur n’est autre qu’un enfant dont Martine Compain a été la nourrice pendant cinq ans et avec qui il a conservé des relations étroites. Il avait accès à toute la procédure. Enfin, la commission de révision a demandé à l'ex-épouse de Dany de se soumettre à une expertise psychiatrique. Elle l’a acceptée en disant qu’elle avait des problèmes de mémoire qu’elle aimerait comprendre. Durant cet examen elle aurait prononcé deux phrases terribles : « J’ai peut-être tué » ; « je m’en veux d’avoir accusé Dany. » Et l’avocat de conclure : « tout cela apporte plus qu’un doute, c’est la démonstration de son innocence ! ».

Il restait à entendre l’avocat général, Claude Mathon. Il a repris les éléments du dossier : neuf tomes de procédures a-t-il souligné pour arriver à une conclusion semblable. « J'ai honte ! » a-t-il dit en parlant du travail d’enquête mené à l’époque.

Il a demandé une annulation de sa condamnation et la tenue d’un nouveau procès pour Dany Leprince. Mais il a aussi demandé au parquet du Mans de rouvrir des poursuites contre l’ex-épouse de Dany Leprince : « Martine Compain a toujours été considérée comme témoin, mais il est incompréhensible qu’elle n’ait pas été mise en examen » a expliqué le haut magistrat. Et à l’appui de sa démonstration figure la découverte d’un couteau retrouvé par hasard dans une carrière, un couteau à la lame cassée nette et sur laquelle on a tenté d’effacer le nom de Leprince. L’avocat général a en conséquence demandé qu’un nouveau procès ait lieu.

En toute fin d’audience, après plus de quatre heures d’exposés et de plaidoiries, Dany Leprince s’est levé pour dire quelques mots que voici:

 

 

 

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 18:28

Les avocats de Jean-Maurice Agnelet viennent de saisir la balle au bond. Ils veulent utiliser toutes les voies de recours pour faire sortir leur client de prison.

 

Accusé du meurtre de sa maîtresse, l'ex-avocat niçois purge aujourd'hui une peine de 20 ans de réclusion. Le doute lui avait été favorable devant la première cour d'assises car la jeune femme s'était littéralement volatilisée; on n'a jamais retrouvé, ni son corps, ni sa voiture, ni aucune trace d'elle alors qu'elle avait dit partir en week-end avec l'homme qu'elle aimait. Mais la seconde cour d'assises a au contraire estimé que toutes les pistes menaient à Jean-Maurice Agnelet, avec un mobile: l'argent. Agnès Leroux était l'héritière d'un célèbre casino situé sur la Promenade des anglais.

Un livre récent est venu jeter le trouble: Jean-Pierre Hernandez, proche à l'époque du parrain du milieu marseillais Gaëtan Zampa, raconte sa vie de truand. Il affirme qu'un de ses amis, Jeannot Lucchesi, lui aurait confié qu'il avait tué Agnès Leroux dans le cadre d'un contrat, et qu'il avait jeté le corps à la mer. Le problème est que l'homme en question est mort en 1987 !

Les avocats de Maurice Agnelet viennent donc de déposer une requête en révision devant la Cour de cassation. C'est d'abord la Cour de révision qui va examiner ce fait nouveau, et peut-être décider de nouvelles investigations.

Pour la famille Leroux, que ce soit un truand qui ait "fait le travail" ne change rien. Il y avait un commanditaire, et ce commanditaire s'appelle bien Jean-Maurice Agnelet.

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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 17:04

Après l’orage médiatique, le procès de Jacques Chirac, on s’en souvient, a fait « Pschitt ! » : une opportune question de droit est venue une fois encore interrompre le cours de la justice. Procès remis ou procès escamoté : on saura le 20 juin prochain si une nouvelle date est fixée.

En attendant, il faut lire le livre de Thierry Lévêque ("Intouchable ? Chirac face aux juges", éditions Delavilla) qui met habilement en perspective pourquoi la comparution de Jacques Chirac devant le tribunal correctionnel est une nécessité démocratique.

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Après la fin de son mandat, le 21 novembre 2007, l’ancien chef de l’Etat, qui bénéficiait de l’immunité due à sa fonction, est mis en examen par la juge Xavière Simeoni. Il est accusé de détournement de fonds publics. On lui reproche 43 emplois présumés fictifs de chargés de mission à la Mairie de Paris. Le livre raconte le devenir de ce dossier à partir de la plainte d’un militant écologiste, contribuable à Paris. Les signes envoyés par la Cour de cassation qui écarte la prescription. L’audition de Jacques Chirac comme si vous y étiez, caché dans le bureau de la juge d’instruction. Les manœuvres des procureurs successifs. Le comportement accommodant de Bertrand Delanoë, qui se contente du remboursement du préjudice financier pour la ville. L’ordonnance finale qui renvoie l’ancien chef de l’Etat répondre de 21 emplois de complaisance devant le tribunal correctionnel.

Auparavant, il y a une savante mise en perspective. Savante parce que l’auteur suit les affaires judiciaires depuis longtemps, assez longtemps pour raconter la forteresse que constituait la mairie de Paris pendant le « règne » de Jacques Chirac. Thierry Lévêque revient notamment sur les faux électeurs des 3eme et 5eme arrondissements de Paris, une longue saga judiciaire où l’on voit messieurs Dominati et Tiberi avoir recours à des pratiques peu avouables pour permettre au maire de Paris de faire « le grand chelem ».

C’est utile car dans une société où tout passe très vite, où un évènement chasse l’autre, on finit par oublier. Or, la notion de « système » est fondamentale. Ou bien on considère que c’est le procès d’un homme politique d’envergure qui ne s’occupait pas de l’intendance, ou bien on estime qu’il y a un clientélisme organisé et systématique en vue de porter cet homme au poste le plus élevé, celui de la présidence de la République.

Thierry Lévêque, d’une plume acérée, apporte des réponses précises. Si jamais le procès a lieu, ce sera le cœur des débats.

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 17:27

Le 2 juillet 2007, Alexandre 17 ans se suicide : il se pend à un arbre, à 800 mètres de sa maison. Trois jours avant de mettre fin à ses jours, il passait son bac, et rien ne laissait penser qu’il pouvait avoir des idées suicidaires.

Depuis, ses parents, inconsolables, cherchent une explication, voire une cause à ce geste. Ce matin, le père d’Alexandre, Daniel Voidey, s’est rendu au tribunal de Nanterre. Son avocat, Me Gilbert Collard, a assigné trois laboratoires pharmaceutiques : Roche, en qualité d’inventeur du traitement à l’isotrétrinoïne, le Roaccutane, Pierre Fabre et Expanscience qui ont produit et commercialisé des génériques de ce produit. Le jeune homme avait suivi ce traitement anti-acné pendant les sept mois qui ont précédé sa mort en ingérant des génériques à des doses de plus en plus élevées. Les parents d’Alexandre sont convaincus que la mort de leur fils est liée à son traitement. « Dans la lettre qu’il a laissée, Alexandre expliquait qu’il ne savait pas ce qu’il avait depuis trois semaines, qu’il avait mal partout, qu’il n’en pouvait plus. Pourtant c’était un garçon ouvert, sportif, bon élève, qui n’a jamais donné de signes de dépression », a indiqué Daniel Voidey, la voix nouée par l’émotion. Avant d’ajouter : « je veux qu’on reconnaisse que ce médicament est responsable de la mort de mon fils. » Sur le plan de la procédure, l’affaire n’est pas simple car la mise en cause du laboratoire suppose que soit établi un lien direct entre la prise du médicament et le suicide du jeune homme ; pour y parvenir, l’avocat a brandi une notice qui noie le patient sous un flot de contre-indications, et a demandé la nomination d’un collège d’experts. Le tribunal accèdera ou non à cette requête par une décision qui sera rendue le 29 avril.

Du côté des laboratoires, on a plaidé un « bénéfice-risque » favorable. « C’est un médicament de dernier recours, prescrit quand tout le reste a échoué. Sa prescription est très encadrée puisqu’on sait qu'il pourrait entraîner des malformations du fœtus pour les femmes enceintes. Mais le retirer du marché serait une catastrophe », a plaidé l’un. « Depuis sa commercialisation, cette molécule a soigné 16 millions de patients atteints d’acné sévère. Ce n’est pas un traitement anodin. Il a des effets secondaires, qui nécessitent un suivi particulier connu », a dit l’autre.

Toujours est-il que le groupe pharmaceutique Roche, qui a découvert la molécule mais ne la commercialise plus, pense ne rien avoir à faire dans ce procès. Pour lui, son médicament anti-acné est « sûr », ce qui ne l’a pas empêché de provisionner près de 6 millions d’euros pour faire face aux 2422 plaintes enregistrées aux USA contre ce médicament.

Il faut souligner que l’AFSSAPS, agence française de sécurité sanitaire des produits de santé, a placé l’isotrétinoïne sous haute surveillance. Elle a mis en garde les médecins prescripteurs, souvent des dermatologues, sur les risques de dépression, de tentatives de suicides et de suicides dans la liste des effets indésirables du médicament. De 1985 à 2007, une quinzaine de personnes traitées ont mis fin à leurs jours, et une vingtaine ont fait des tentatives de suicide. Le Roaccutane et ses génériques font donc l’objet d’un dispositif renforcé de pharmacovigilance.

Cette nouvelle affaire sanitaire est très différente du Médiator : le Roaccutane a toujours été utilisé pour soigner l’acné et rien d’autre. Mais ce médicament pose le problème de soigner une population fragile (les ados) avec une molécule qui induit autant d’effets secondaires. Les dermatologues disent a contrario que de nombreux jeunes ont été sauvés grâce à la disparition de leur acné sévère, affection socialement très invalidante.

La discussion est ouverte devant la justice. On ne peut qu’encourager les parents à être attentifs à tous signes de malaise si l’un de leurs grands enfants est traité à l’isotrétinoïne.

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 17:36

Eric Zemmour est un chroniqueur volontiers provocateur : polémiste, il se veut le poil à gratter de la pensée unique, celui qui dit tout haut ce que les autres pensent tout bas. A-t-il franchi la ligne jaune le 6 mars 2010 sur Canal+ et France Ô ? Telle était la question posée au tribunal correctionnel de Paris.

Dans l’émission de Thierry Ardisson « salut les terriens », Eric Zemmour avait réagi face à un interlocuteur qui se plaignait des contrôles au faciès : « Mais pourquoi on est contrôlé 17 fois ? Pourquoi ? Parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c’est comme ça, c’est un fait. » Ces propos étaient poursuivis par le MRAP, SOS racisme et la LICRA pour diffamation à caractère racial. Sur ce volet, le tribunal a relaxé Eric Zemmour, estimant que ces propos sont peut-être choquants, mais qu’ils ne sont pas diffamatoires. Autrement dit qu’ils participent à la liberté d’expression du journaliste.

En revanche, le même jour, Eric Zemmour a répondu à une question dans une émission de France Ô. Il a prétendu que "les employeurs ont le droit de refuser des arabes ou des noirs."  Pour ces propos, la justice l’a épinglé car cet homme influent a justifié une pratique discriminatoire illégale, la discrimination à l’embauche.

Par ailleurs, le tribunal a statué sur une autre plainte, cette fois engagée par l’UEJF et par J’accuse. Ces deux associations poursuivaient Eric Zemmour pour ses propos sur Canal+ cette fois pour provocation à la haine raciale. Et là, le tribunal leur a donné raison et a condamné le polémiste à 1000 euros d’amende et 750 euros à chacune des parties civiles.

Patrick Klugman, l’avocat de SOS racisme, a aussitôt exprimé sa profonde satisfaction : « Ce qu’il y a eu, c’est un rappel à la loi. Il ne pourra plus continuer à tenir des propos visant à cibler certaines populations. »

Lors du procès, Eric Zemmour avait reçu le soutien de Jean-Pierre Chevènement, d’une trentaine de députés UMP, et de celui plus encombrant d’un certain Jean-Marie Le Pen qui était encore à l’époque président du FN.

Aujourd’hui, devant la 17ème chambre correctionnelle, une quarantaine de jeunes gens ont manifesté leur mécontentement après la lecture du jugement. Ils se sont massés autour d’une banderole sur laquelle on pouvait lire « politiquement correct, vérité bâillonnée » et ont pris à partie Dominique Sopo, le président de SOS racisme.

Maître Olivier Pardo, l’avocat d’Eric Zemmour a, lui, souligné que le tribunal a voulu « ménager la chèvre et le chou », c'est-à-dire ne pas sanctionner pour diffamation mais pour provocation à la haine raciale. Il se réserve le droit de faire appel.

Ce petit épisode de la vie judiciaire fait partie des classiques où chacun joue sa partition sans qu’aucune des lignes ne bougent ; en démocratie, la notion de liberté d’expression est quelque chose de subtil et de variable. Les juges naviguent à l’instinct même s'ils se réfèrent à la loi. Car, pour le sens commun, comment comprendre que les propos d’Eric Zemmour ne sont pas diffamatoires mais qu’ils incitent à la haine raciale ? On est dans un numéro d’équilibrisme judiciaire par lequel les juges semblent dire au polémiste : attention, vous êtes un homme d’influence, vous êtes responsable de notre « bien vivre ensemble » et les mots peuvent déchirer notre fragile tissu social.

 

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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 13:25

On ne s’habitue jamais aux quelques instants qui précèdent un verdict. Cette belle salle de la cour d’assises de Montpellier était hier pleine à craquer, peut-être deux cent personnes, me dit un habitué. Même le balcon pourtant jugé dangereux accueillait « des gens de justice », magistrats ou autres. Il y avait quelque chose de l’atmosphère de la corrida. Personne ne voulait rater l’instant de la mise à mort. Mais la comparaison s’arrête là, car lorsqu’à 16h35 la cour entre et que le président Mocaer commence à lire le délibéré, il impose le respect. Impassible, sans élever la voix, il lit la réponse aux six questions posées aux jurés, deux concernant chaque accusé. Pour Meziane Belkacem, le « jardinier », et Amaury d’Harcourt, l’ami trop fidèle, la culpabilité avouée et reconnue a été votée sans surprise. Mais concernant Jean-Michel Bissonnet, un minuscule doute pouvait subsister. Il sera balayé. Il est bien reconnu comme le commanditaire du crime, l’organisateur en chef. Un frisson parcourt la salle, Jean-Michel Bissonnet, dans le box, lève les yeux au ciel, secoue la tête. Il a compris. Alors les peines tombent. 20 ans pour le tireur, 8 ans pour l’ami serviable, et 30 ans pour Jean-Michel Bissonnet. L’homme semble manquer d’air, bat des bras, s’effondre. Les gendarmes évacuent tant bien que mal ce corps pesant. Même les membres du comité de soutien pourtant si prompts à réagir, s’indigner, vitupérer contre la presse, se font discrets. C’est que, devant, plusieurs personnes pleurent. Les deux fils, Marc et Florent, d’abord. Cinq semaines de procès dans un état de tension extrême, à soutenir leur père ; la perspective de devoir vivre avec ce poids terrible : Papa a tué Maman. Une famille déchirée ensuite. Parce que, derrière le fauteuil des fils, il y a celui du frère de Bernadette Bissonnet. Lui verse des larmes d’émotion, de voir enfin reconnu coupable celui qui lui a enlevé sa sœur.

La salle est évacuée. Les avocats viendront tour à tour s’adresser à la presse. D’abord Maître Henri Leclerc. Il a fait une prestation poignante le matin même pour tenter d’arracher un acquittement, plaidant l’absence de preuves. L’avocat blanchi sous le harnais porte sur son visage les combats judiciaires ; il déteste pourtant ce qualificatif de ténor du barreau. Il a tenté de démontrer que, dans ce dossier, tout le monde a menti. « Il s’est passé autre chose, on nous ment ! La colonne sur laquelle repose toute l’accusation, ce sont les déclarations de Belkacem : il a dit beaucoup de choses fausses, tout comme d’Harcourt qui a délivré douze versions différentes. » Mais il n’a pas convaincu, et à la sortie, entouré par une forêt de micros et de caméras, il trouve encore la force de parler "d’erreur judiciaire", de "dossier construit sur du sable." Il annonce que Jean-Michel Bissonnet va faire appel.

L’avocat qui lui succède est Maître Luc Abratkiewicz. Il représente Jean-Pierre Juan, le frère de Bernadette : « La mémoire de Bernadette a été défendue. La famille est toujours divisée, brisée, et une réconciliation est impossible à cause d’un homme enfermé dans son mensonge. » Pour tous ceux qui ont assisté aux cinq semaines du procès, c’est le sentiment qui se dégage. Jean-Michel Bissonnet a cherché à jouer au plus fin avec la cour : chiche, tu ne m’attraperas pas. Il a assimilé toutes les pages du dossier. Un confrère m’a raconté cet épisode pour me convaincre. Nous sommes dans la deuxième semaine du procès, et la cour cherche à établir s’il y a eu un complot, un plan établi avant l’assassinat. on recherche un coup de fil qu’aurait passé Jean-Michel Bissonnet à Amaury d’Harcourt un dimanche soir. L’accusation le soupçonne alors d’avoir pressé son ami de venir le rejoindre à Montpellier. Du box, Jean-Michel Bissonnet nie. Il défie même le président de trouver trace de ce coup de fil sur les relevés téléphoniques. Une enquête supplémentaire est ordonnée ; les gendarmes trouveront qu’il a bien passé un coup de fil d’un quart d’heure, depuis le restaurant, à son vieil ami d’Harcourt. C’est-à-dire que, même quand il n’est pas dans la colère, l’insulte ou l’indignation, cet homme ment.

Une avocate sort maintenant. Cheveux longs, beau visage, vraie présence, on a senti qu'elle avait beaucoup de compassion pour Meziane Belkacem. Pour le défendre, elle a fait comprendre la trajectoire de cet homme, fils de harki, mal aimé, en échec familial et professionnel, illettré et subjugué par son patron. Après ce verdict relativement clément, - 20 ans contre les 25 demandés par l’avocat général - , Maître Iris Christol dit sobrement : « ces peines représentent la vision que j’avais du dossier. Les choses sont à leur place. »

Enfin Maitre Louis Balling, l’avocat d’Amaury d’Harcourt conclura : « mon client a le sentiment d’avoir été entendu : l’histoire qu’il a présentée n’est pas un mensonge. La cour a pris en compte le fait que M. d’Harcourt est un homme âgé et fragile, qui a été affectivement manipulé. » En entendant ces propos, on revoyait ce vieil aristocrate, très digne, très droit dans le box des accusés. Il avait même glissé une petite pochette dans sa veste pour rester chic jusqu’au bout. Le matin même, du bout des lèvres, il m’avait confié : « je suis content d’avoir tout dit ; je suis en paix. » Et comme je lui demandais si cela n’était pas trop dur de n’avoir ni famille, ni ami auprès de lui, il m’a répondu : « non, c’est mieux comme ça. »

Il y aura un deuxième procès. Jean-Michel Bissonnet a fait appel de sa condamnation pour complicité d’assassinat. Le parquet général devrait en faire autant pour les deux autres accusés, puisque la cour a prononcé des condamnations moins lourdes que celles réclamées par les avocats généraux.

On ne peut qu'espérer d’ici là que le temps fasse son œuvre, et libère les consciences. Jean-Michel Bissonnet comprendra peut-être qu’il doit cela à ses fils et à son petit-fils.

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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 19:53

Cinq semaines d’audience. A Montpellier, le procès touche à sa fin avec cette lancinante question : qui a eu le projet d’éliminer Bernadette Bissonnet, une ex-pharmacienne de 58 ans assassinée dans sa maison de Castelnau-le-Lez ? Hier, les deux avocats généraux ont porté l’accusation en accord avec la feuille de route du magistrat instructeur : contre l’homme à tout faire qui a tiré les coups de feu mortels, les magistrats ont réclamé 25 ans de réclusion ; contre l’ami de la famille qui ira, par amitié, jeter l’arme du crime, 10 ans ; et contre celui qui, à leurs yeux, a commandité le crime, ils ont réclamé la réclusion à perpétuité.

Jean-Michel Bissonnet a choisi d’être absent du box des accusés. Aujourd’hui encore, sa chaise reste vide lorsque le premier de ses avocats prend la parole. Maître Vérine a commencé sa plaidoirie par une explication sur cette absence : « c’est un homme qui est toujours debout, qui résiste. Il n’a pas à avouer un crime qu’il n’a pas commis. Las, le dossier semble ficelé. Il ne peut pas le supporter ».

Puis l’avocat va entamer une longue démonstration sur l’absence de mobile : « oui, Jean-Michel Bissonnet vivait un bonheur de carte postale avec son épouse. C’est trop beau, presque irritant ? Chacun avait ses loisirs, se respectait. Pour le reste, ils avaient des projets ensemble, voyages, achat d’un appartement à Paris. Y avait-il un mobile financier ? Pas davantage, ils étaient mariés sous le régime de la séparation, et lui était beaucoup plus riche qu’elle. La maison ? Oui, il l’aimait, mais il n’y avait aucun souvenir de famille lié à cette acquisition récente. Un grain de folie ? Tous les psychiâtres qui l’ont examiné l’ont trouvé normal avec une sexualité harmonieuse et partagée, avec quelques fantaisies… ». Et l’avocat de citer le témoignage du père de Bernadette Bissonnet qui voyait ou parlait à sa fille tous les jours, et qui n’a jamais détecté de trace de mésentente au sein du couple.

« Pas de mobile, pas de preuve, je vous demande l’acquittement de Jean-Michel Bissonnet ! », a–t-il lancé à des jurés très attentifs malgré la longueur des débats.

Maitre Nathalie Senyk a pris la suite pour une démonstration beaucoup plus technique propre à enfoncer le clou du doute. Epluchant le dossier, elle pointe les contradictions des expertises balistiques. Deux coups tirés ou trois ? Le nombre de plombs trouvés sur la scène du crime indiquerait qu’au moins trois coups ont été tirés. Or le « jardinier » ne sait pas réarmer un fusil qui ne contient que deux cartouches. Un troisième homme sur la scène du crime ? A la sortie, Florian Bissonnet note qu’il lui paraît improbable que sa mère ait ouvert si facilement à M.Belkacem. « Ma mère était très vive. Elle serait elle-même allée chercher le téléphone portable, elle n’aurait pas laissé cet homme monter dans la chambre pour le chercher ». L’ombre d’Amaury d’Harcourt plane sur un scénario réécrit par la défense de Jean-Michel Bissonnet. L’emploi du temps de chacun, minute par minute, est revisité par l’avocate. Le fait que Jean-Michel Bissonnet, en retard pour sa réunion au Rotary, décide d’embarquer son chien plutôt que de prendre le temps de le ramener à la maison. Action fortuite, ou partie d’un plan d’exécution minutieux ? La réunion préparatoire dans le garage : Jean-Michel Bissonnet y était-il ? Qu’est-ce qui le prouve, alors qu’il était devant son ordinateur jusqu’à son départ ? Le doute, encore et encore. L’avocate terminera sa plaidoirie, elle aussi, sur une demande d’acquittement.

Demain, à neuf heures, Maître Henri Leclerc se lèvera pour défendre Jean-Michel Bissonet. Cet avocat est un homme de talent et de grande humanité. Ce sera difficile pour lui de convaincre, tant le courant lui est contraire. Mais c’est l’honneur de cette profession que de se battre en faveur de celui qui crie son innocence : pas de preuve, pas de mobile…

Le verdict est attendu en fin de journée.

 

 

 

 

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