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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

Damien Givelet
 
Cédric Ingrand
Pascal Boulanger
 

 


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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 18:05

La cour de Cassation dira demain à 10H si la tauromachie est compatible avec la loi. La cause est portée par le CRAC Europe, le Comité radicalement anti corrida et l’association DDA, droits des animaux. Ceux-ci veulent faire reconnaitre le caractère anticonstitutionnel de la dérogation qui permet à quatre régions françaises d’organiser des corridas.

corrida.jpg

Les défenseurs de la cause animale veulent voir supprimer l’alinéa 7 de l’article 521-1 du code pénal. La loi en effet réprime les actes de cruauté commis contre les animaux (commettre un acte de cruauté envers un animal domestique ou apprivoisé est passible de deux ans d’emprisonnement et 30.000 euros d’amende) mais tolère des exceptions au nom d’une tradition locale ininterrompue. C’est cette exception floue qui leur semple contraire à l’esprit de la loi.

 Les défenseurs des villes taurines mettent eux en avant des arguments moins juridiques mais néanmoins porteur de l’intérêt général à savoir le pluralisme culturel, social et régional. Ils estiment en outre que l’animal ne bénéficie pas d’un droit absolu : il peut être chassé, ou élevé pour la consommation

Le combat des anti est relayé par des personnalités qui ont signé un appel commun aux Sages : Brigitte Bardot au premier chef mais aussi Alain Delon, Johnny Halliday Albert jacquard ou Luc Montagnier. « Il est certain que le fait même d’avoir porté l’affaire devant le Conseil Constitutionnel est une victoire. Cela montre qu’il y a un problème juridique sérieux. En droit, s’il y a une exception, elle doit être positive. Elle ne doit pas permettre de commettre un délit ! »Explique Me Eric Verrière, l’avocat des deux associations à l’origine de la QPC, question prioritaire de constitutionnalité.

Les pro-corrida invoquent l’activité économique et sociale autour des arènes. Mais leur amour va au combat rituel qui se joue entre l’homme et l’animal. La beauté des gestes, la noblesse de l’art de toréer, les émotions fortes qui vont avec.

Ce n’est plus trop dans l’air du temps. Les jeunes générations aiment moins, sont plus tièdes ; même l’Espagne fléchit ; c’est dire. Le droit accompagnera sans doute ce déclin. Mais pour l’instant, il semble difficile que la corrida soit totalement interdite en France sur l'interprétation d’une ligne du code pénal.

 Même si une certaine Christiane Taubira avait signé l'appel pour l'abolition de la corrida avant de devenir minsitre...

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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 17:08

Richard Millet vient de publier un livre composé de trois textes (editions Guillaume de Roux). L’un d’eux se termine par une « éloge littéraire d’Anders Breivik ». Ce texte a entrainé depuis sa parution un flot de réponses indignées, d’autant que l’homme est aussi un bon professionnel qui siège au comité de lecture de la maison Gallimard. Cette semaine les confrères de l’Express lui donne la parole : « mon point de vue est celui d’un écrivain et non comme on voudrait que je le fusse, celui d’un activiste d’extrême droite… ma réflexion vise à comprendre la concomitance du déclin de la littérature et la modification en profondeur de la population de la France et de l’Europe tout entière par une immigration extra-européenne massive et continue »

Et l’écrivain de se plaindre d’une véritable chasse à l’homme menée par tous ceux qui pensent en termes « politiquement corrects ».

Il se trouve que je suis allée deux fois en Norvège pour le  procès d’Andrers Breivik. Je l’ai vu pleurer lorsque la cour a projeté un petit film réalisé par ses soins sur la nostalgie d’une Norvège blanche, chrétienne et sure d’elle-même, un temps ou les  chevaliers, les croisés, massacraient les barbares.

BREIVIK.jpgAnders Breivik (au centre)

J’ai  parlé à plusieurs parents de jeunes tués sur l’Ile d’Utoya. Je rappelle que la plus jeune victime du tueur avait treize ans et que le responsable de la mort de 77 personnes ne s’est jamais excusé, n’a jamais manifesté le moindre remords.

Qu’est ce que la beauté de la langue a à faire avec cette idéologie nauséabonde ? Moi, j’ai entendu des mots qui ont semé la mort et la désolation ; des mots qui mis bout à bout sont devenus un fusil qui a tiré durant une heure face à des jeunes totalement désarmés. Je parlerai plutôt de la lâcheté de l’auteur des faits plutôt que de l’intérêt de sa prose ;

Si on veut dire que le multiculturalisme entraine un appauvrissement culturel c’est un point de vue. Je ne le partage pas mais j’accepte l’idée d’en discuter. Simplement on ne peut prendre comme point de départ, l’éloge d’un paumé malfaisant et dangereux. Andrers Breivik est un criminel, condamné à la peine maximum prévue par la loi norvégienne. Son nom doit rester associé à son crime. C’est le respect qu’on doit, en tant que société civilisée, aux victimes.

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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 16:38

"L'une comme l'autre sont trop perturbées pour vous parler, elles sont terrorisées de se rendre devant une cour d'assises"  explique Me Clotilde Lepetit. Pourtant lundi prochain va s'ouvrir le procès pour viols collectifs dans des caves, des escaliers, des appartements de la cité HLM de Fontenay-sous-bois  commis entre 98 et 2002. 15 jeunes gens répondront du calvaire qu'ils ont imposé aux deux jeunes filles âgées de 16 ans à l'époque. Eux mêmes avaient entre 13 et 17 ans au moment des faits , ce qui explique la décision de les juger devant une cour d'assises des mineurs

 

aurelie.jpgNina

Aurélie a déménagé mais elle s'est rendue toutes ces années trois fois par semaine dans la cité pour s'occuper de son père malade. Celui-ci vient de décéder il y a quelques jours. Mais jusque là elle y allait la peur au ventre, surtout depuis qu'elle a osé porter plainte en 2005. Les menaces contre elle et sa famille n'ont jamais cessé.Elle est aujourd'hui maman, elle essaie de se reconstruire, mais a fait plusieurs tentatives de suicides. Tout comme Nina, ce sont deux jeunes femmes fragiles qui attendent de la justice une ferme condamnation à l'encontre de ceux qui leur ont pourri leur adolescence.

Mais rien ne va être simple. Tant de temps après les faits, les preuves manquent, les jeunes continuent de nier et disent que les jeunes filles étaient d'accord. "Il y a une vraie difficulté à juger une telle affaire tant de temps après les faits. Certains de ces jeunes ont fait leur vie, ils se sont réinsérés (à l'exception de Mahamadou Doucouré incarcéré pour avoir tué son ex-compagne). Ils risquent 10 ans de prison.Mais je ne sais pas sur quelles preuves la cour d'assises va s'appuyer. Tout tient dans le temoignage des rares témoins et des victimes. Cela sera difficile"dit Me Lepetit.

Début du procès lundi matin à Créteil 

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 14:31

 

Quatre ans après les faits, Bruno Cholet , 55 ans doit comparaitre devant les assises au Palais de justice de Paris. 9 jours d’audience sont prévus. Les parents de Sanna, la jeune suédoise assassinée sont arrivés dans la salle d’audience à l’écart de la presse. Le frère de la jeune fille est là également.

Veste claire, chemise mauve, cheveux courts et grosses lunettes, Bruno Cholet est introduit dans le box des accusés. Sa corpulence est forte, sa voix mal posée. Profession ? Les métiers du transport…Depuis son arrestation, il est depuis quatre ans et quelques mois en détention provisoire a Fleury Merogis. Depuis hier, il dort à la Santé.

cholet.jpgBruno Cholet

Seul le père de Sanna dévisage l’assassin de leur fille. Ni la mère, ni le frère ne tournent la tête vers le box. Il faut dire que Bruno Cholet a un casier judiciaire impressionnant. 11 condamnations à son actif dont un premier viol à 19 ans , suivi de vols avec violences , d’ agressions sexuelles et de nouveau un viol terrible, d’une fillette de 12 ans en 83. Cet homme est un multirécidiviste que les années de prison, une vingtaine, n’ont pas amené à réaliser le mal qu’il a fait. Les psychiatres le décrivent comme narcissique et incapable de compassion.

Alors que le jury était constitué, Bruno Cholet devenait tout blanc. Les gendarmes s’agitent dans le box. L’accusé s’affaisse, victime d’un malaise. La présidente suspend l’audience. Quelques temps plus tard, on apprend que Bruno Cholet doit être hospitalisé et que l’audience ne reprendra que demain.

A la sortie, son avocate récuse toute idée de suicide. « Je l’ai vu plusieurs fois ces jours ci. Il veut s’expliquer et avait l’intention d’affronter son procès. Il ne fuit pas » explique Me Aurélie Cerceau.

Il fait beau et chaud. La famille Zetterberg, entourée de proches et d’amis quittent malgré eux le palais de justice.

 

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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 17:09

Contrairement à la France, un verdict en Norvège commence par la lecture de la peine. Pour sa dernière apparition publique, Anders Breivik avait revêtu sa panoplie habituelle qui va d’un sourire distancié au salut bras tendu, poing levé. De la routine, le  vrai face à face allait commencer : hôpital psychiatrique ou prison ? Quel choix ont fait  les cinq juges, deux professionnels et trois jurés citoyens ? Chacun était invité à se lever pour ce moment solennel. Lecture de la présidente du tribunal, Elisabeth Amtzen, visage fin, couronne de cheveux blancs « Anders Bering Breivik a été condamné pour ses actes du 22 juillet 2011 à une peine de 21 ans de prison assortie d’une peine de sureté ». Soulagement général. Du coté des familles comme celui des jeunes présents sur l’ile d’ Utoya, on voulait que le tueur paye pour ses fautes. Pas d’excuses, pas de pitié, mais un juste châtiment : une vie derrière les barreaux. Ceux qui, parmi les rescapés, acceptaient de passer dans la « mixed zone »c'est-à-dire un espace ou la presse était admise au sein du tribunal, avaient aussi un autre message : que la Norvège cesse de fermer les yeux sur tous les extrémismes qui se sont développés au sein de la société. Les idées nationalistes et islamophobes de l’extrême droite se sont répandues facilement dans la tête d’un Breivik qui s’est même inventé une mission de « ChevalierTemplier ».

 Le sentiment dominant des victimes était aussi que ce jugement allait terminer leur période de deuil et qu’elles allaient pouvoir tourner la page. Pas oublier mais juste avancer dans sa vie.

La juge  a ensuite lu le jugement in extenso. Un jugement très fouillé, détaillé qui s’est efforcé de répondre au procureur qui lui avait réclamé l’internement psychiatrique de Breivik. Pour simplifier, je dirai que le tribunal concède qu’il a une personnalité perturbée, des troubles du comportement mais pas une psychose qui aurait pu altérer ses facultés mentales. D’ailleurs tous les récits de rescapés le prouvent : Breivik a choisi qui il allait faire mourir et qui il laissait vivre.

Le coupable a lancé une ultime provocation à ses juges. Il refuse de reconnaitre le tribunal devant lequel il comparait parcequ’il serait complice de cette sociale démocratie qu’il voue aux gémonies. Il s’excuse auprès des dirigeants de l’extrême droite locale et européenne de – le micro lui est coupé. Gros plan sur le regard sévère de la présidente. Il aurait dit –de ne pas avoir tué davantage de gens…Mais ce que la salle retient c'est son refus clair de faire appel. Il n'y aura donc pas d'autre procès.

 Les gardes lui remettent les menottes. Il quitte la scène pour longtemps. Mais il compte faire parler de lui. Pas moins de trois livres sont en préparation, a dit son avocat. Tandis que les avocats des parties civiles grondaient déjà à l’idée qu’il puisse s’enrichir grace à ses publications.

A 20H heures, le tribunal fermait ses portes sur le plus grand procès qu’ait connu la Norvège avec le sentiment du devoir accompli.

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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 16:49

 La cour de cassation vient de rendre une décision importante : les juges viennent de casser l’arrêt de la cour d’appel de Paris de décembre 2011qui annulait les six mises en examen des dirigeants de la société Eternit. Cela peut paraitre un peu complexe sur le plan juridique mais c’est une victoire qui a immédiatement été saluée par les avocats des victimes : « c’est un résultat extrêmement satisfaisant dit tout sourire Me Sylvie Topaloff. Nous avons engagé les premières procédures en 1996. Cela veut dire qu’un procès aura lieu un jour. On ne sait pas quand. Mais il y aura sans doute une volonté politique pour donner au juge d’instruction les moyens de terminer l’instruction. » Et pour mémoire les avocats rappellent qu’ils représentent cinq à six cents personnes, employés sur l’un des cinq sites de fabrication de fibro-ciment en France.

000_Par2498372.jpg Usine ETERNIT en Italie

« En Italie ajoute Me JP Teissonnière il existe une incrimination dite de désastre environnemental qui correspond à ce type d’infraction et qui a permis de condamner lourdement les dirigeants (16 ans de prison)  qui ont exposés les salariés à l’amiante ; en France nous n’avons que l’incrimination d’homicide involontaire. Il faut une réforme du code pénal »

En France la justice a été extrêmement tiède sur ce dossier. Certes les victimes ont été indemnisées au civil par les tribunaux de la sécurité sociale. Mais les procureurs successifs n’ont pas montré de zèle pour des poursuites au pénal.

L’ANDEVA (Association Nationale de Défense des Victimes de l’Amiante) qui regroupe toutes les victimes  estime que 100.000 personnes sont mortes ou vont mourir en 30 ans, c'est-à-dire entre 95 et 2025 à cause de l’amiante. Une catastrophe sanitaire cynique, due à des industriels préoccupés de gagner de l’argent selon l’association aujourd’hui heureuse d’avoir gagné ce combat devant la cour de cassation.

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 16:28

Palais de justice de Paris: ce matin les familles des disparus et les survivants de l’attentat de Karachi avait rendez vous avec le juge d’instruction en charge du volet « terrorisme » de cette affaire. Un compte rendu de plus de deux heures et une incroyable émotion à la sortie. Cécile Delavie a du mal à parler. Son mari, Jean-Pierre, était ingénieur à la DCN de Ruelle. Le 8 mai 2002, il est mort dans l'attentat de Karachi qui a coûté la vie à 14 personnes. « 10 ans ont passé, on aimerait avoir des réponses, c’est trop long. L’enquête progresse mais il faut que le Pakistan coopère davantage »dit-elle les larmes aux yeux.

000_Par3758497.jpgMarc Trévidic a expliqué pourtant qu'il avance : il s’est rendu aux Etats-Unis et a obtenu des services secrets américains (FBI) la communication du dossier concernant la mort de Daniel Pearl.

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Le journaliste du Wall street journal a, rappelez- vous, été décapité dans une mise en scène macabre en 2002. Or que découvre le juge français ?  Deux emails de revendication sont parvenus à des responsables américains, accompagnés d’une demande de livraison à l’Etat pakistanais d’avions F16 bloqués pour des raisons juridiques et diplomatiques. Que vient faire Al Qaïda là-dedans ?  Les islamistes pouvaient-ils être les faux nez de certains militaires pakistanais ?

Si oui, un scénario semblable a pu se reproduire avec la France. Le contrat Agosta concernant les sous marins français touche à sa fin mais les commissions promises sont gelées par le gouvernement Chirac. L’attentat contre les employés français de la DCN serait dans la même veine une mise en garde des militaires pakistanais, maquillée en attentat islamiste.

000_Par6366239.jpgMaitre Olivier Morice avocat de familles de victimes en est persuadé avec ces dernières révélations : « on sait maintenant que l’homme condamné au Pakistan pour le meurtre de Daniel Pearl n’est pas le coupable. Ce n’est pas al Quaïda qui a fait le coup. Le message  à l’époque était clair : il y aura des mesures de rétorsion en lien avec la non exécution des contrats. C’est peut être la même chose avec l’attentat contre la France. On sait maintenant que la personne qu’on prenait pour le kamikaze ne transportait pas la bombe. Il faut reprendre la scène de crime à zéro, en intégrant les nouveaux éléments ».

Aux Etats-Unis, le juge Trévédic a en effet rencontré Randall Bennett, un expert américain, présent sur les lieux de l’attentat deux minutes après l’explosion. Il estime que le corps ramassé sur place compte tenu de ses blessures n’était probablement pas le kamikaze.

Christophe Polidor marche toujours avec une canne. Il était présent dans le bus lors de l’attentat. Il a été réentendu par le juge Trévidic ces dernières semaines. Le modus operandi d’un attentat est très important ; il donne des indications sur le ou les commanditaires. « Le juge Bruguière (précédent juge d’instruction de 2002 à 2007) n’a pas tenu compte de certaines objections. Le travail a été dirigé dans le sens qu’on a voulu lui donner » dit –il sobrement à la sortie de l’audience.

 Son avocat Maitre Thibault de Montbrial reste prudent : « Toutes les hypothèses restent possibles. Depuis deux ans, l’enquête a été reprise à zéro. Il faut reconstituer le puzzle alors que toutes les pièces sont dispersées »

000_Par6541263-copie-1.jpg

Cependant aujourd’hui l’interprétation du crime contre Daniel Pearl peut être rapprochée de celle de l’attentat de Karachi: un verrou a sauté : on disait que trop de temps s’était écoulé entre l’arrêt supposé des commissions et l’attentat de Karachi pour pouvoir établir un lien. Le même nombre d’années sépare l’arrêt des livraisons de F16 et l’enlèvement de Daniel Pearl.

 

 

 

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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 18:25

Il est un trader star et travaille toujours à la Société Générale: Maxime Khan. c'est son tour de  s’expliquer devant la cour d’appel. Il a été chargé de solder (déboucler) les prises de position de Jérome Kerviel pour un montant de 50 milliards d'euros

 Nous sommes dans les premiers jours de janvier 2008.

« Tout commence le dimanche soir. C’est la première fois qu'on me faisait venir comme ça. Mes supérieurs me disent qu'il s’agit de déboucler une grosse position. Quel volume va-t-on mettre sur le marché ? On se met d’accord pour liquider 15%. Une liste d’initiés est ouverte. Je démarre les opérations sous mon identifiant et mon numéro de référence. Le marché était très volatile le lundi. Jusqu’à 10H je suis au 14 étage, je suis à mon poste de travail. A 10H, je descends dans une petite salle du 7èmeétage, toujours sur mon compte. Je travaille sous la surveillance de Luc François qui pilote l’opération de débouclage. Le lundi soir je m’entretiens avec tous les responsables.

Jérome Kerviel prend des notes sur un petit carnet. Costume bleu marine, chemise rose.

kerviel1.jpgJérôme Kerviel

«  Le mardi matin on continue toujours sur le même principe de ne traiter que 10% du volume. Mardi soir bilan du compte Eurex. Mercredi, les clients s’inquiètent.  Les indices européens sont très surveillés.  Je n’avais pas compris l’ampleur des positions sans contrepartie. Il y avait un risque d’insolvabilité de la banque. Les marchés interbancaires auraient pu refuser de prêter de l’argent à la SG. Et aussi, cela aurait pu déclencher une déstabilisation des marchés à la baisse.

Confidentialité ? Il fallait que le marché ne connaisse pas l’ampleur du problème sinon cela aurait entraîné une crise de liquidité et une accélération de la baisse du marché. « si le marché avait su que la Société Générale était en train de déboucler une position surnaturelle, la banque n’était plus solvable »

 Puis, l’avocat des petits porteurs, Frédéric Karel Canoy, demande ce que pense l’AMF de la manière dont a été effectué le débouclage de la position de 50 milliards ; le trader se raidit. «  La confidentialité était fondamentale pour que les autres traders agissent normalement à l’intérieur de la SG. Aucune information n’est sortie vers les filiales à l’étranger, si non cela aurait pu s’appeller un délit d’initié.»

Y a-t-il eu un effet Kerviel sur la baisse de l’action SG (-25%) ?

-Oui c’est certainement une conséquence de ses opérations.

 Est-ce que cela aurait pu être débouclé différemment ? Étalé dans le temps ?

 « Si on avait pu garder la position jusqu’en 2008 la perte aurait été de trois milliards et demie, au mieux du mieux mais il n’était pas possible de garder cette position aussi longtemps ; donc, ce calcul est très théorique».

« Mon métier ? Gagner de l’argent pour la banque oui, prendre 50 milliards de position directionnelle, non. Oui, l’affaire Kerviel a changé le métier : le contrôle des opérations pour traquer la fraude en permanence a été renforcé. Ceux qui étaient en place n’étaient pas suffisants bien que étant dans le haut du panier. Les contrôles ont été revus à la hausse. La méfiance au sein de la salle des marchés s’est établie. On vérifie que les résultats des traders sont cohérents avec les risques. »

C’est maintenant à la Défense de poser des questions :

koubbi.jpgMe Koubbi et Jérôme Kerviel

Me Koubbi s’adresse au trader qui travaille toujours dans la banque. «  Déboucleur ou nettoyeur ? J. Kerviel est dépeint comme un traitre, il a trahi la SG. Pourquoi, vous qui êtes un trader star, vous dites ne plus faire confiance à vos équipes ? « A l’époque on s’est contenté de réponses trop vagues, on a gobé les mensonges de M. Kerviel » répond Maxime Kahn.  Est-ce ce Kerviel était le seul à utiliser des positions fictives ? Non on a déjà connu un trader en 1997 qui a pris des positions directionnelles importantes par rapport à ses droits. Il était hors limite et pris des opérations frauduleuses protégées par des opérations fictives. Il a été licencié ; Me Koubbi insiste : « Donc Jérôme Kerviel a fait la même chose en plus grand ? » « Non, c’était une fraude beaucoup moins ingénieuse à l’époque.»  La position de JK a-t-elle été dégradée intentionnellement ?" Non j’ai commencé le débouclage le lundi 21 janvier sans aggraver, ni détérioré le compte de JK. Mon rôle est habituellement d’opérer des corrections par rapport à ce que fait l’équipe de traders. Je prends des positions pour couvrir les risques résiduels".

Accrochage avec la Cour. Me Koubbi fait un geste déplacé pour faire « taire » la présidente qui s’impatiente alors qu’une question sur les gains, les bonus actuels du trader lui parait déplacée  . "Mon bonus a été deux à trois fois moins important en 2007 qu’en 2006 ; plusieurs millions d’euros en moins »

Fin de témoignage pour Maxime Khan, toujours trader phare à la S.G.

Il est 11.47

Philippe Houbé, le témoin mystère se présente à la barre. Né en 56, chargé de comptes à Newedge, une filiale de la Société Générale. Lunettes. Costume gris. Témoin cité par la Défense.

HOUBE.jpg

«  J’ai du résoudre un cas de conscience.  Je ne supporte pas l’injustice. J’ai compris a un moment donné en lisant les comptes rendus d’audience en 1er instance que tout cela était incohérent. Il ne s’agissait pas de défendre l' entreprise mais une équipe dirigeante, des hauts responsables qui ont décidé de salir l’entreprise. Le décrire comme un bazar , un bateau ivre, sans contrôle de gestion. On insulte le bon sens, la profession, la justice."

  « La première chose qui m’a interpellé : on n’a rien pas vu disent les supérieurs. Techniquement, c’est  impossible et réglementairement interdit de pratiquer de tels dépassements.  Ils ont sali des services entiers pour se protéger…  La direction, un groupe de managers a jeté l’opprobre sur la boite pour garder leurs privilèges.

14.30. A la reprise, la présidente pose la question du jour : « si les petites bidouilles sautaient aux yeux ,ses supérieurs les connaissaient et l’ont laissé faire ?

Kerviel est poursuivi pour 7 faux emails . Selon Philippe Houbé, les mails fabriqués par Kerviel pour simuler des contreparties ne pouvaient pas tromper plus de 24H

Le témoin surprise entreprend de se lancer dans la description du système. « Il y a une distinction entre compte suspens et un compte erreur : L’usage de compte de suspens est toléré. Il ne doit servir quand il n’y a pas moyen de faire autrement. Les comptes erreurs sont traités par le service des risques opérationnels.ils sont traités avec la même célérité mais pas par le même service. A la première opération de contrepartie rejetée, j’aurai diligenté une enquête. Des opérations non réconciliées pendant un an auraient été dissimulées pendant un an dans une base tampon ? C’est incompréhensible selon moi. L’importance de la base tampon est le signe des défaillances de la SG. Une base tampon est juste le listing d’une base d’erreurs.

Je ne travaillais pas avec J. Kerviel. Il n’a pas d’expérience back office. Je lui ai expliqué ce que je faisais. Je crois qu’il a perdu le contact avec la réalité ; mais je ne suis pas psychanalyste…

A l’époque les décisions de la SG nous ont surpris. Je m’occupais du back office sur le marché américain. Je travaillais avec Fimat Chicago ; mais la direction a décidé de supprimer mon service pour le transférer à Londres (moins de taxes, droit du travail plus souple). J’ai contesté la décision. Ce n’est pas un choix judicieux car le personnel la- bas va vers le plus offrant. La stratégie de la SG, développer les salles de marché et de réduire le service des fonctions support a été une erreur.  

Pour moi, les salariés de la SG ont été victimes  et sur ces bancs on ne défend que la politique d’une équipe directoriale. Je pense que c’est le sentiment du petit personnel. La question, c’est qu’a fait la direction ? Les salles de marché sont les chouchous. Je sais, je ne suis qu’un pauvre « coût », face à ceux qui rapportent ; cette logique a perdu la SG et continue à le faire.

Le témoin surprise a rempli son office avec un certain courage. Il travaille toujours au sein de la banque. Venir ainsi dire le sentiment de la base avait quelquechose de rafraichissant même si il n’a pas été en mesure d’apporter la preuve que la banque connaissait les manœuvres frauduleuses de Jérome kerviel

 

 

 

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 18:50

 

kerviel.jpgJérome Kerviel

Le costume est toujours bleu marine, la chemise, blanche sans cravate. Le jeune trader reste bras et jambes croisées sous la mitraille. A la reprise ce lundi, ce sont les 853  pièces versées vendredi au dossier par l’avocat de Jérome kerviel qui sont discutées. Révélations ou coup d’épée dans l’eau ?

Réponse de Mme Philippini , la présidente de la Cour d’appel : « la cour n’a rien vu de nouveau » Réponse de  Me Koubbi: « la cour a mal vu »  et autres amabilités. Il semble que ces feuillets, issus  de l’activité d’un des comptes du traider, fassent pschitt ; peut -être est ce trop tot pour l’affirmer.

Quant aux conversations de Kerviel avec ses supérieurs après la découverte des pertes, elles ont été enregistrées et versées au dossier. L’idée qu’elles aient pu être tronquées semble s’évanouir.

 Enfin, concernant le témoin qui voulait bien déposé mais en toute discrétion, la présidente semble tout aussi sceptique : « Le témoin, ce qu'il dit, c’est un petit peu obscur » Mais les parties tombent d’accord néanmoins pour l’entendre jeudi. Viendra-t-il ?

L’atmosphère est toujours aussi offensive coté Défense et   la pression toujours aussi forte côté Philippini.

On a même droit a ce gazouillis (tweet) de Me  koubbi en fin de matinée: « saluons la création de la PIF: Presse Indépendante des faits qui fait intégralement sienne les positions de la SG »

 

koubi.jpgMe Koubbi et Jérôme Kerviel

L’après midi, il y a moins d’électricité dans l’air. On reprend l’examen en détail des opérations passées par Jérome Kerviel au 2ème semestre 2007

« Lorsque je prendrai ma retraite je serai trader ! Ah non, finalement c’est trop risqué !», plaisante la présidente à propos des « écarts de méthode »

On est à un point crucial de savoir si la hiérarchie du trader  avait connaissance de ses excès.

 « Je suis toujours dans une spirale de gagne, je ne pense pas être découvert » écrit Jérome Kerviel fin 2007 dans un mail exhumé par la partie civile. Le jeune trader à ce moment là est dans l’euphorie. Il utilise deux façons de faire pour camoufler ses opérations : transfert de résultats d’une année sur l’autre ou transfert s de résultats d’un trader vers un autre.

Les contrôles ? Claire Dubois,( la voix de la SG.) tente de se faire de comprendre : «  Dès qu’une opération est engagée par le front office ,elle tombe dans le back office après avoir été contrôlée par le middle office. De plus, il y a un ajustement quotidien par rapprochement du cash. Par ailleurs, Il existe des biais de modélisation qui ne sont pas gérer par le middle office. A cette époque là, ces contreparties fictives correspondaient à une justification économique. Ce que Kerviel a introduit c’est l’utilisation de ces contreparties pour masquer sa fraude …»Les spécialistes apprécieront

Au 31 decembre2007, 1,4 milliards de gains figurent au résultat de Kerviel. Un gain gênant car en inadéquation avec son activité. Ses supérieurs préconisent de mettre ces sommes à la disposition d’autres desks qui auraient besoin de financement ou de les basculer sur l’année suivante. Personne ne pense à le "virer", on ne se sépare d'un collaborateur à la S.G. que lorsqu'il fait perdre de l'argent. 

"Mettons nous dans l’optique d’une machination ; pourquoi, ce gain, ce profit n’aurait pas pu combler le trou prévisible des sub-primes ?demande Me Reinhart « Mes positions de 2007 venaient en couverture pour 2008.  Mes supérieurs le savaient »

Personne dans les milieux financiers ne croyait à une fraude lors de la révélation du problème reprend M. Koubbi , n’est ce pas M.Kerviel ?  Qu'est ce qui a donné corps à cette idée : « Je pense que c’est le story telling de la SG qui a été jusqu’à répandre l’idée de ma fuite » explique J.Kerviel.

« Le 19/20 janvier, j’étais présente réplique Claire Dumas. On avait organisé  une petite task force pour comprendre ce qu’avait fait exactement Kerviel. Il ne livrait aucune information. Le samedi soir on a pensé qu’il valait mieux qu’il rentre chez lui puisqu'il ne nous aidait pas. On a travaillé sur les systèmes informatiques toute la nuit. Il est revenu le lendemain.  Il a été installé dans une salle et interrogé sans relâche. Il fallait qu’on ait une vision claire avant la réunion du lundi. On a installé une pieuvre. Tout ce qu’il expliquait, sa martingale sur le DAX ou autre était vérifié en temps réel dans la salle opérationnelle. Toutes les conversations sont enregistrées dans les salles de marché, c’est  habituel. Là, c’est un téléphone qui répercutait la conversation à la pieuvre et donc à la salle des marchés. Voila pourquoi on a un enregistrement de mauvaise qualité »Claire Dumas évite avec talent l’épineux problème de l’enregistrement illégal des conversations… 

Le procès de Jérome Kerviel en appel se poursuit jusqu’à la fin juin. Ce nouvel axe de défense (par rapport à la première instance) qui consiste à faire du jeune trader une victime a, pour l’instant, du mal à passer. D’une part parce que la présidente connait très bien le dossier. D’autre part parce que c’est une posture difficile à tenir à l’épreuve des faits : par exemple, l’attitude de Jérome Kerviel quand la SG comprend que son trader l’a emmenée au bord du gouffre est intéressante : les cadors de la SG n’arrivent pas à comprendre les dissimulations, les chemins détournés par les quels J. Kerviel s’est affranchi des contrôles et lui reste muet. Difficile d’imaginer que les responsables de le SG aient été complices…

Le jeune breton n’assume pas son destin. Il reste muré dans son déni de responsabilité. Dommage car c’était l’occasion de soulever un coin du voile sur ce système financier virtuel

 

 

 

 

 

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 18:20

Décidément le parcours de Florence Cassez est chaotique. Dès qu’une lueur d’espoir semble briller au loin, l’ orage s’abat. La jeune française condamnée en 2008 a soixante ans de prison pour enlèvement purge sa peine avec l’espoir de voir la Cour Suprême du pays lui accorder soit une libération immédiate, soit la tenue d’un autre procès.

cassez.jpgFlorence Cassez

En mars dernier, quatre des cinq juges de la plus haute juridiction ont reconnu que ses droits avaient été bafoués dans la procédure.

"Selon moi, comme je l'ai dit, et sans vouloir préjuger de l'issue de l'affaire, elle devrait être libérée", a dit Olga Sanchez Contreira , la magistrate de la Cour suprème en charge d'établir un nouveau rapport, dans une interview publiée par le journal Excelsior."C'est ce que je pense pour de nombreuses raisons", a-t-elle ajouté. "Et maintenant que j'ai étudié le dossier, j'ai encore plus de raisons".

La juge Sanchez s'était prononcée pour la libération de Florence Cassez en mars, mais depuis lors, les magistrats se sont peu exprimés sur l'affaire. Aussi ses déclarations, avant même qu'elle ait présenté un projet de jugement sur l'affaire Cassez, sont-elles inhabituelles dans le contexte mexicain.

« La riposte du camp d’en face ne s’est pas fait attendre insiste son avocat français, Frank Berton. La police sort fort opportunément le témoignage de Mario Vallarta Cisneros , le frère de l’ex-compagnon de Florence Cassez. Des propos accablants pour elle, elle serait une complice active, chargée de la détention et de l’alimentation des personnes enlevées, elle aurait directement menacé les otages ... et la police met sept ans avant d’interroger ce type ? c’est sérieux ? Et comme par hasard ce PV est publié dans le quotidien Milenio, proche du pouvoir. La vérité est qu’on est en période électorale et que le clan du président ne veut pas revenir sur la condamnation de Florence ».

Charlotte et Bernard Cassezparents-cassez.jpg

Les parents de Florence Cassez sont eux en ce moment à Mexico pour faire la promotion du livre de leur fille. Ils veulent continuer à voir les éléments positifs du dossier. Ils savent que rien ne bougera avant le 1er juillet, date de l’élection présidentielle au Mexique

 

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