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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 17:56

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A 14h30, le docteur Krombach est introduit dans le box des accusés. Il s'appuie sur une béquille, cheveux en bataille, le visage fatigué. Les magistrats de la cour d'assises et les jurés entrent et la question de l'aptitude de l'accusé est tout de suite posée. "Je suis très fatigué, je ne sais pas pourquoi" murmure-t-il. Et son avocat Maitre Ohayon pose la question : "Mon client est en état de comparaître, mais est-il en état de se défendre ? Il va être interrogé par toutes les parties. Il doit comprendre, être réactif. Je vous demande de suspendre le procès durant quarante huit heures pour lui permettre de se reposer". Ce à quoi la présidente réplique que les médecins qui ont examiné l'accusé l'ont jugé en relative bonne santé et que les trois salles d'assises du palais de justice sont occupées par d'autres procès à partir de lundi. Les parties civiles dénoncent la tentation pour le docteur Krombach d'échapper à son procès. L'avocat général indique que selon lui, il n'y a pas lieu à suspendre. La fille du docteur Krombach souligne que son père ne feint pas la maladie, qu'il veut aller au terme du procès. La preuve : il a refusé la veille au soir d'être hospitalisé à Fresnes, préférant se reposer à l'Hotel-Dieu tout proche. La tension est palpable ; la cour se retire pour délibérer.

Dix minutes plus tard, la décision tombe : on continue.

A la barre, le médecin urgentiste ; à travers le questionnement des parties, c'est le scénario de la mort de la jeune fille qui prend forme. Maître Alexandre Para-Bruguière est l'avocat de la mère de Kalinka, deuxième épouse du docteur Krombach. Il s'adresse à l'accusé: "Est-ce que vous avez fait une piqûre à Kalika entre 22h30 et 1h du matin ?" - Nein !

répond l'accusé. "Est-ce que Kalinka a fait un malaise après la prise d'un comprimé de somnifère, malaise dont vous vous êtes aperçu suivi par des tentatives de réanimation ?" - Nein ! s'exclame encore Dieter Krombach.

Des dénégations difficiles à entendre pour la partie civile : après la déposition des deux experts, en toxicologie et en médecine d'urgence, on sait que Kalinka a bien reçu une dose de neuroleptique suivie de deux molécules utilisées pour la réanimation. L'hypothèse d'un coup de chaleur ou d'un choc anaphylactique a été formellement écartée par le professeur Pourriat à la barre. Reste l'accident dû à l'administration d'une trop forte dose de somnifères. C'est l'hypothèse que veut retenir la maman de Kalinka. André Bamberski va beaucoup plus loin en affirmant que sa fille Kalinka a été droguée et violée par son beau-père.

Verdict vendredi ou samedi prochain.

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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 21:44

Dans le procès du docteur Krombach, c’est au tour de la science de venir éclairer la justice. De quoi est morte Kalinka ? Pour son père, André Bamberski, il ne fait aucun doute que la jeune fille a été droguée, violée et qu’elle est morte des médicaments injectées par son beau-père pour couvrir ses méfaits. Cette version vigoureusement combattue par le Dr Krombach est-elle compatible avec les analyses des experts ? L’audience de cet après-midi était consacrée à cet aspect du dossier.

 En 2010, un supplément d’information demande à un laboratoire français d’effectuer de nouveaux examens toxicologiques. Le docteur Julien Pépin a reçu d’Allemagne des prélèvements du corps de Kalinka : « Aucune recherche de fer-cobalt n’a été réalisée au moment du décès. Au cours de mes analyses, j’ai détecté dans le poumon trois molécules qu’on retrouvera aussi dans le foie, soit un somnifère et deux anesthésiants. Certes, j’interviens 28 ans après les faits. Mais les molécules que j’ai trouvées ont bien été administrées dans les tissus conservés dans la paraffine. Par ailleurs, j’ai relevé pour le cobalt comme pour le fer, une concentration six fois supérieure dans les tissus. Cela montre de façon formelle que ces substances ont été données du vivant de la jeune fille".

- Docteur  Krombach, vous lui avez administré 6 piqures de fer ? Pourquoi  puisque Kalinka a un taux supérieur au taux normal quand elle décède? demande la présidente.

- De combien supérieur ? - demande l’accusé.

- Deux à quatre fois supérieur suivant l’organe pour le fer, six à huit fois supérieur pour le cobalt répond l’expert. Les conditions d’administration étaient très strictes, c’est un traitement réservé à l’anémie et jamais pour aider quelqu’un à bronzer.

Derrière cette question il ya des interrogations sur la pratique de ce médecin qui habitue ses proches à accepter des piqures pour soigner des bobos.

- Quant à la molécule de frizium (somnifère), demande la présidente, le fait de la retrouver si longtemps après, est-ce le signe d’une grande quantité ?

- On ne peut pas le savoir,  répond l’expert ;  mais un comprimé de 10mg sur une jeune fille qui n’en a jamais pris va altérer sa vigilance et cela va prendre effet entre 15mn à une heure. Le sommeil peut alors durer huit heures. La molécule entraine souvent une amnésie. A forte dose, cela peut entrainer un coma. Ce médicament peut s’administrer en piqure le cas échéant, mais il ne s’utilise pas ainsi habituellement.

L’audience se poursuit avec la déposition à la barre de professeur Jean Luc Pourriat, médecin urgentiste. La présidente lui demande d’analyser les données du dossier et de formuler des hypothèses sur la mort de Kalinka.

  - Les signes cliniques, c’est la somme de médicaments retrouvés dans son organisme, c’est une boule de gaze, et c’est le constat d’une  régurgitation du bol alimentaire. La boule de gaze est post mortem. On note qu’il n’y a pas de choc anaphylactique au fer, on peut éliminer le « coup de chaleur ».  Restent les médicaments. L’injection de fer cobalt n’est pas la cause de la mort. Ce n’était pas une bonne pratique mais cela ne cause pas la mort. »

Au milieu de cet exposé le docteur Krombach demande son inhalateur. Il semble étouffer, s’allonge sur le banc des accusés. La salle est évacuée. Une heure et demie se passe, les avocats sont appelés. Quelle suite pour ce procès ? le docteur est toujours sur une chaise roulante. La greffière lui signifie qu’il doit comparaitre le lendemain. L’ambulance est à l’extérieur. Le vieil homme sera-t-il présent ?

L’audience est levée jusqu’à 14H demain

 

 

 

 

 

 

 

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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 18:17

Comment lutter contre un site internet comme « Copwatch-Nord-Ile de France » ? Apparu récemment sur le modèle américain, ce site hébergé au Canada se veut un lieu d’échanges et d’informations contre les violences policières. Au fil des pages, un collectif de citoyens soigneusement protégé par l’anonymat de la toile, publie des photos de policiers et gendarmes, avec parfois leurs noms et des appréciations sur les méthodes employées.

Réaction immédiate du ministère de l’Intérieur et du syndicat de police Alliance : il faut interdire l’accès à certaines pages qui mettent en danger les forces de l’ordre. « Les policiers sont extrêmement inquiets de ce type de pratiques qui tendent à se développer alors qu’une frange de la population est animée d’une haine anti-flic : c’est faire peser sur eux une menace potentielle immense », plaide maître Delphine Des Villettes, l’avocate des policiers.

Le problème, c’est quelle parade adopter ? Ce matin, ce sont les fournisseurs d’accès à internet qui se sont retrouvés sur le banc des accusés, sommés de faire le nécessaire en urgence, les concepteurs ou animateurs du site n’étant pas connus. Par ailleurs, interdire le site serait, en droit, attentatoire au principe de la liberté d’expression.

D’ailleurs, maître Benoit Chabert au nom de l’Etat réagissait : « Il n’y a aucune volonté de museler qui que ce soit, le ministre ne demande pas la censure, il demande la suppression des pages qui permettent d’identifier le policier, de permettre l'accès à ses données personnelles. »

Face à cette offensive, tous les opérateurs étaient présents et manifestaient leur désaccord avec l’idée qu’ils seraient responsables des contenus qu’ils véhiculent. SFR, Free, Bouygues Télécom, France Télécom, Darty …ne sont pas des éditeurs - ont clamé leurs avocats - mais des intermédiaires techniques. Pour enfoncer le clou, l’un des avocats a comparé le service rendu à celui d’un éclusier : « Imaginez qu’une usine pollue en amont, est-ce que vous aller demander à l’éclusier de construire une station d’épuration ? » Les fournisseurs d’internet veulent bien exécuter une décision de justice, fermer un site, mais ils souhaitent être indemnisés pour cette tâche dont ils rejettent la responsabilité.

La procureure de la République n’a pas nié les difficultés techniques. Mais elle a maintenu que le ministère de l’Intérieur avait raison de vouloir retirer les propos diffamatoires et injurieux qui figurent sur le site à l’égard des policiers.

Entre pouvoir tout dire, tout dénoncer sur internet et respecter l’anonymat des personnes critiquées, la voie judiciaire paraissait étroite ce matin au TGI de Paris.

Réponse vendredi.

 

 

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 11:32

Vendredi  après-midi a eu lieu un interrogatoire capital pour le docteur Krombach : il devait décrire et expliquer son comportement vis-à-vis de sa belle-fille dans la nuit où elle est morte, du 10 au 11 juillet 1982. Morceaux choisis :

Le médecin décrit la dernière soirée de la vie de Kalinka. Il est interrogé sur la raison pour laquelle il lui a administré des somnifères.

-  Vous lui donnez la moitié d’un comprimé de frizium, 10 mg ? - lui demande la présidente.

- Diana, ma fille ainée, est rentrée vers minuit et c’était après son retour. On a parlé à voix basse. Puis elle est montée se coucher. Il se peut que Kalinka se soit réveillée parce qu’elle nous a entendu bavarder. Je suis allé aux toilettes et Kalinka a frappé à la porte et m’a demandé quelque chose pour dormir, c’est à ce moment-là que je lui ai donné le comprimé. 

- Vous dites cela, mais pourquoi en décembre 2010, vous envoyez une lettre au greffier de Fresnes pour demander une libération conditionnelle dans laquelle vous écrivez : "Encore à une heure du matin, nous avons parlé avec ma fille et Kalinka" ?

- Entre temps, j’ai subi un enlèvement brutal avec coups sur la tête - répond le Dr Krombach.

- Pourquoi un tel courrier à la maison d’arrêt, du 17 décembre 2010 ? - insiste la présidente. Pas de réponse, le docteur ne se souvient plus.

- Et le lendemain matin, que se passe-t-il ? Pourquoi ne la laissez-vous pas dormir ? Pourquoi la réveiller ? - poursuit la magistrat.

- Quand je partais, je regardais toujours les enfants pour voir si tout allait bien. J’ai ouvert un volet ou un store. Elle n’était pas sur le ventre avec une aiguille dans le bras, ça c’est pure invention ! Je lui ai parlé a voix haute, mais elle n’a pas réagi. Je craignais qu'elle soit dans le coma.

- Mme Gonin a remarqué tout de suite que le visage de sa fille était cyanosé, vous n’avez rien vu ? - demande la présidente.

- Non, je n’ai pas remarqué ça. Elle était pale, mais normale.

- Ensuite vous l’avez mise par terre ?

- Oui, j’ai essayé des manœuvres de ventilation ; puis je l’ai remise sur le lit. Je refusais de réaliser qu’elle était morte.

- C’est pour cela que vous lui fait six piqures ?

- Oui, je lui ai fait une piqure de Coramine dans le cœur. Les autres piqures ont été ouvertes mais pas administrées.

- A quel moment comprenez-vous que Kalinka est morte ?

- Quand l’urgentiste m’a dit « laissez tomber... ». Je pensais qu’elle était dans le coma, qu’elle avait pris trop de soleil.

- De quoi est morte Kalinka selon vous ?

- Je crois que c’est la conséquence d’un accident antérieur ; quand on est dans le coma pendant 3 jours, on a des hématomes dans le cerveau. (Accident de la circulation au Maroc en février 74 à l’âge de sept ans dans la voiture de son père).

- Selon vous y a-t-il un lien entre cet accident et son décès ?

- Je pense que oui : elle avait pris beaucoup trop de soleil ce jour-là, de plus, avec les dommages antérieurs, tout cela cumulé a pu provoquer la mort.

Dans une cour d’assises, la présidente donne la parole tout à tour aux différents protagonistes ; c’est au tour de la partie civile.

- Quand voyez-vous Kalinka vivante pour la dernière fois, dans la cuisine ou dans sa chambre ? - demande à l'accusé l’avocat de la maman de Kalinka.

- Je crois que c’était dans son lit mais je ne suis pas sûr à 100% - répond celui qui était son beau-père.

La présidente : « Vous avez dit avoir conservé toutes les références des piqures faites à Kalinka. Où est le papier sur lequel vous notiez le nom des ampoules utilisées pour réanimer Kalinka, le matin de son décès ? " Le docteur Krombach est dans l’impossibilité de répondre.

- Pourquoi une piqure d’Atropine le matin pour la réanimer ? C’est un pré-anesthésiant. Quelle utilité ? - demande naïvement la présidente.

- Je ne me souviens pas d’avoir injecté de l’Atropine. Cela fait 30 ans ! Et en plus, j’ai eu ces coups à la tête ! L’atropine, on en donne avant une endoscopie. Cette ampoule se trouvait dans ma trousse d’urgentiste ; je ne l’ai pas administrée.

- Combien de contacts téléphoniques avec l’enquêteur ? - poursuit Maitre de Caunes, l’avocat du père de Kalinka.

- Je soignais le maire, le ministre, j’avais une bonne clientèle. Kalinka se plaignait d’être trop pâle, elle souffrait peut-être d’anémie.  Elle faisait des complexes sur sa pâleur. Je faisais des piqures de cobalt ferlecit à sa mère et elle me disait qu’elle bronzait mieux après. J’ai fait de même.

Maitre de Caunes poursuit l’interrogatoire. Il reprend des procès-verbaux : le policier qui l’a interrogé 10 mois après les faits rapporte que le bon docteur, voyant que sa belle-fille ne répondait plus, a été chercher de l’eau à lui passer sur le visage. Ensuite, il a appelé sa fille Diana et lui a demandé de venir immédiatement. « Elle fut très effrayée en voyant Kalinka. Nous avons essayé ensemble de la poser à terre. Mais nous n’avons pas réussi » - explique Dieter Krombach. La présidente souligne les versions successives, les variantes.

- Si elle était déjà morte, pourquoi avoir fait des piqures de réanimation ? - demande la présidente.

- La seule injection faite est une injection de Coramine destinée à relancer le cœur - répond le médecin.

- Morte ou pas morte à ce moment là ?

- Elle n’était pas rigide, pas froide - répond le médecin. La maman de Kalinka confirme pourtant que la mort était visible, que sa fille avait une partie du visage cyanosée quand elle l’a vue le matin…

L’avocat général interroge le Dr Krombach sur la mort de sa première femme qui elle aussi a eu droit aux piqures de fer.

- Vous faites le rapprochement entre sa mort et celle de Kalinka ?

- Non.

- Il n’y a pas eu d’autopsie ?  

- Non.

Maitre Ohayon, l’avocat de Dieter Krombach , tente de donner aux jurés une meilleure image de son client : "Docteur Krombach, que s’est-il passé le 10 juillet 82 selon vous ?"

- Quand je l’ai trouvée le matin, je voulais absolument la sauver, j'étais en panique.  Les piqures  de réanimation : un simulacre ? non ! C’était ce qu’il fallait faire ! La piqure de fer n’était pas incompatible avec l’état de la jeune fille, le somnifère n’était pas dangereux après un coup de soleil. Je pense que je suis un bon médecin.  J’ai tout fait correctement par rapport à Kalinka. Je le confirme. Je sais reconnaître mes torts, je ne suis pas tombé du ciel et j’ai appris mon métier petit à petit. J’ai fait mon travail correctement par rapport à ce qu’on savait à ce moment là ! »

Le discours du vieux médecin jugé 29 ans après les faits ne convainc pas. Il ne veut pas se souvenir de détails quand cela l’arrange, mais en donne pour se justifier. Sur le banc des parties civiles, André Bamberski bout. Il ne supporte pas cette nouvelle version des faits. Il a deux grands tableaux à la main reprenant tous les détails de la vie de la maisonnée depuis la veille ; la présidente a du mal à le canaliser ; et quand il  dit à la présidente, Xavière Siméoni, que le docteur est en train de la faire tourner en bourrique, elle ne s’offusque pas et met fin aux débats avec humour.

Le procès se poursuit toute la semaine.

 

 

 

 

 

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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 19:51

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Et de deux ! le procès de Dieter Krombach va reprendre après une interruption au mois d'avril pour raisons de santé.

André Bamberski arrive vers neuf heures ce matin au palais de justice de Paris avec sa grosse sacoche, plus épaisse que celle de ses deux avocats. Depuis la mort de sa fille Kalinka en 1982, il n’a de cesse de traquer celui qu'il considère comme le meurtrier de sa fille. Pas une cote de procédure qu’il n’ait passée en revue. Une obsession qui ne cessera, dit-il, que lorsque le beau-père de Kalinka sera définitivement condamné : « Cette fois, je n’ai pas peur », dit–il dans un souffle. Afin que le procès aille enfin à son terme, il compte sur les aménagements que la justice a consentis au cardiologue allemand. Une salle d’assises moderne, plus petite, une couverture rouge, des coussins, de l’eau pour adoucir le sort de l’accusé. Le soir, il ne couchera pas à Fresnes, mais juste à côté, à l’hôtel-Dieu. Alors le "père courage" veut y croire : il touche au but. La mère de Kalinka se glisse, elle, discrètement vers la salle des assises. Elle s’est finalement constituée partie civile contre son ex-mari. Pas facile, sans doute.

Dans le camp d’en face, Diana Gunther qui arrive avec son frère défend son père, avec vigueur. Elle indique que Dieter Krombach est très diminué : « Il a des vertiges, des pertes de mémoire, il commence une phrase mais ne la termine pas ». Elle répète que son père est innocent, qu’il est une victime lui aussi de l’acharnement d’un homme, et que la justice française n’a pas le droit de le juger.

Avec plus d’une heure de retard, le cardiologue entre dans le box. Il marche difficilement avec une béquille bleue. Costume chic sombre, chemise blanche, il est resté bel homme malgré ses 76 ans. Mais il paraît fatigué, décline son identité avec une voix rauque, légèrement tremblante, et visiblement il entend mal.

C’est bientôt le temps du tirage au sort des jurés. Parmi les noms cités apparaît celui de Gérard d’Aboville, mais il ne sera pas tiré au sort. 9 jurés, plus d’hommes que de femmes.

Dieter Krombach n’a jamais été poursuivi dans son pays. Or, le cardiologue a été condamné en France par contumace en 1995 à 15 ans de réclusion criminelle pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Jamais le mandat européen n’a été exécuté par la justice allemande. Il encourt cette fois la réclusion à perpétuité pour meurtre.

Ses avocats contestent d'entrée de jeu la légalité de ce procès. D’abord parce qu’ils estiment que la justice allemande l’a déjà jugé et n’a rien trouvé de suspect dans la mort de Kalinka. Et il y a une règle de droit qui veut qu’on ne puisse juger quelqu'un deux fois pour les mêmes faits. Ensuite, parce que le cardiologue a été enlevé en Autriche, tout près de la frontière allemande et que le procès a été rendu possible grâce à cet épisode illégal. Le procès serait donc entaché de nullité.

Il est peu probable que la cour retienne ces arguments. Elle les a déjà rejetés lors du précédent procès au printemps dernier, procès interrompu pour raisons de santé. Mais cela montre que cet homme, même diminué, va se battre. Pour lui, Kalinka est morte accidentellement après une injection de fer destinée à l’aider à bronzer. Mais depuis, d’autres faits troublants permettent de douter de cette version. La première femme du cardiologue est morte après avoir reçu la même injection. Il a été condamné a deux ans de prison avec sursis en 1997 pour avoir violé une lycéenne endormie par anesthésie. Il a été emprisonné en 2006 pour escroquerie et exercice illégal de la médecine. Il ne s’agit donc pas d’un médecin irréprochable et d’un beau-père sans problème, mais d’une personnalité complexe, peut-être capable d’utiliser son savoir pour se rendre maître de son entourage.

On ne peut que regretter que ce procès n’intervienne que si longtemps après les faits. 29 ans exactement ! plusieurs témoins sont morts ou hors d’état de se déplacer. Peut-on atteindre la réalité des faits ?

 

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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 19:27

Un procès pour travail dissimulé mettant en cause le fonctionnement de la puissante et mystérieuse organisation catholique de l'Opus Dei s'est ouvert cet après-midi devant le tribunal correctionnel de Paris.

Jusqu'à demain soir, deux membres de l'Opus Dei comparaissent, ainsi que

L’Association de culture universitaire et technique (ACUT), qui gère l'Ecole

technique privée d'hôtellerie Dosnon, dans l'Aisne.

Ce procès modeste en apparence est tout de même l’aboutissement de neuf ans d’enquête. L’abus de faiblesse et le défaut d’assistance à personne en danger n’ont pas été retenus par la juge d’instruction. Il ne reste, selon l’Opus Dei, que des problèmes de droit du travail.

Mais nous ne sommes pas aux prudhommes : selon la juge, les employeurs auraient notamment déclaré un nombre d'heures inférieures à celles effectivement réalisées et "obtenu des jeunes élèves mineures, ou en état de fragilité psychologique manifeste, la fourniture de services non rétribués ou contre une rétribution sans rapport avec le travail accompli".

A l'origine de la procédure: Catherine Tissier. Je me suis rendue chez elle samedi dernier; elle vit en Seine-et-Marne avec son mari dans une jolie maison. Elle est devenue aide-soignante et porte en elle la fragilité de ceux qui sortent d’un long cauchemar.

Elle me reçoit avec son mari et sa mère autour d’un café et raconte son itinéraire avec simplicité : à 14 ans, son collège conseille à ses parents de la diriger vers l'école d'hôtellerie Dosnon. Cette petite école, pas plus de sept, huit élèves à chaque niveau, est sous la forte influence de l’Opus Dei, institution à laquelle appartient la directrice.

Après avoir passé son CAP, Catherine réside un an en Angleterre et devient majeure ; elle a alors déjà signé une lettre d’engagement à l’Opus Dei. A partir de là, sa vie change ; elle est affectée à différentes associations de l’Ordre, c'est-à-dire qu’elle a, durant 13 ans, nettoyé, rangé et servi tous les jours durant une douzaine d'heures, week-end compris, sans jamais prendre de vacances, ni être valablement payée. « J’avais des fiches de salaire et un compte sur lequel mon salaire était versé. Mais mes responsables gardaient mes chéquiers et me demandaient de leur reverser la totalité de ce que j’avais gagné pour des frais d’hébergement, de pension, de bibliothèque ou tout simplement pour payer une facture qui m’était totalement étrangère », dit la jeune femme avec émotion. Elle ajoute : « Sans mon mari, je n’aurais rien ».

 

Sa maman ajoute qu’elle enrageait de voir sa fille ainsi embrigadée, mais qu’elle n’avait pas la possibilité de la rencontrer hormis un fois l’an. « Elle semblait renfermée, sous tranquillisants,"ailleurs", et demandait qu’on la laisse tranquille. Jusqu’au jour où elle était si mal qu’on l’a amenée chez notre généraliste qui lui a fait comprendre qu’elle devait arrêter de prendre ces doses de médicaments. Elle est restée cette fois à la maison et cela lui a permis de reprendre ses esprits. Mais son rétablissement a été long, ces gens lui ont fait beaucoup de mal ».

 

Alors bien sûr, toute l’œuvre de l’Opus Dei ne se résume pas à ce type de comportement sectaire. Mais tout de même, la précocité de l’engagement, 16 ans et demie, l’absence de transparence vis-à-vis des parents, l’éloignement de tout centre d’intérêt autre que religieux, l’absence de vacances… tous ces indices doivent alerter qu'il y a une main-mise anormale sur de jeunes consciences.  

 

 

 

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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 18:34

La cour d’appel de Paris réunissait hier matin le gratin des avocats de la capitale. A huit heures quarante cinq, et alors que le procès Chirac ne tenait pas audience, on pouvait observer les avocats de Dominique de Villepin, Maîtres Metzner, d’Antin et Brossolet; ceux de Jean-Louis Gergorin, le bâtonnier Iwens, Maîtres Témime et Dalmasso. Celui d’Imad Lahoud, Maître Pardo. Mais il y avait aussi tous ceux qui représentaient les parties civiles, c'est-à-dire  ceux qui figuraient sur les faux comptes Clearstream. On apercevait Maîtres Szpiner, Haik, Maisonneuve, Fedida…(seule la partie civile Nicolas Sarkozy avait renoncé en appel, rappelons-le). Beaucoup de fins juristes pour écouter le « dispositif » qui allait être énoncé par la présidente, Christiane Beauquis. Quelques personnes du public se sont levées quand Dominique de Villepin est entré, suivi de ses enfants. Il paraissait souriant, décontracté, avant de s’asseoir devant à droite. Jean-Louis Gergorin avançait, très pâle, entre les travées. Imad Lahoud, désormais prof de math, n’en menait pas large. De petite taille, il se glissait vers les bancs de gauche. Aucun des trois prévenus n’a croisé le regard des autres.

Puis l’arrêt a été lu. Dominique de Villepin n’a rien manifesté, comme si pour lui cela était une formalité. Jean-Louis Gergorin, qui s’en tire avec une forme d’honneur retrouvé, a semblé reprendre son soufle. Sa peine est réduite. Il n’est pas un faussaire, mais un naïf pris à son propre jeu et à ses propres obsessions et fragilités, dit la Cour. Et Imad Lahoud porte le chapeau. Il a imaginé les faux listings, les a réalisés et les a mis entre les mains de Gergorin et de Rondeau, disent en substance les juges. L’histoire personnelle et les intérêts des uns et des autres ont entraîné des manipulations ultérieures, d’abord auprès du juge Van Ruymbeke, ensuite auprès du pouvoir politique.

Fin de six ans de procédure. La Vérité judiciaire est dite.

Dès lors, Dominique de Villepin avait beau jeu de retourner face aux caméras qui l’attendaient à la sortie, pour entonner l’air de la calomnie. L’affaire Clearstream ne serait due qu’à l’acharnement du locataire de l’Elysée décidé à faire chuter son ancien rival, peut-on comprendre de sa déclaration. Un peu osé, puisqu’il faut rappeler que cette affaire est devenue une affaire d’Etat quand Nicolas Sarkozy a appris que son nom figurait dans les faux listings, lui attribuant des comptes louches dans une banque luxembourgeoise. La victime, au départ, c’est bien l’actuel locataire de l’Elysée.

On a beau parler de réconciliation entre les deux hommes, elle paraît fragile, peu probable. La relaxe de Dominique de Villepin est une sorte de camouflet judiciaire pour Nicolas Sarkozy. Difficile à admettre.

Et déjà d’autres affaires se profilent. Le financement des campagnes électorales de Jacques Chirac, d’Edouard Balladur, de Nicolas Sarkozy menacent l’armistice entre ces deux grands fauves de la politique.

Le livre de Pierre Péan, La République des Malettes, (éditions Fayard) permet en tous cas de comprendre le contexte de cette affaire Clearstream. L’affaire Elf, les Frégates de Taiwan, le pétrole de la Francafrique, les soupçons des rétro-commissions…. expliquent notamment pourquoi l’affaire Clearstream a enflammé ceux même qui ont habituellement des réflexes de prudence.

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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 15:53

John Galliano n’était pas présent aujourd’hui au tribunal correctionnel pour entendre le jugement prononcé sur son affaire. Les cinq gendarmes réquisitionnés avaient donc beaucoup moins de mal à canaliser la presse. Rien à voir avec l’audience du 22 juin dernier. 

000_Par3739353.jpgJohn Galliano

 Le jugement très mesuré lu à l’audience par la présidente Anne-Marie Sauteraud est intéressant. John Galliano est condamné a 6.000 euros d’amende assortis du sursis pour les deux altercations qu’il a eues dans le Marais au café « La perle ». Il devra s’acquitter d’un euro de dommages et intérêts auprès des victimes et des associations antiracistes qui s’étaient portées parties civiles et rembourser leurs frais de justice. Cette condamnation est beaucoup moins sévère que celle réclamée par le parquet (10.000 euros d’amende).

 Voici comment les juges expliquent leur décision :

 « Toute injure proférée à raison de l’origine ou de la religion est d’une singulière gravité en ce qu’elle nie les principes fondamentaux d’égalité entre les hommes et de respect de la dignité de chaque être humain. Toutefois, il sera relevé en l’espèce que :

-si les propos ont été publics, cette publicité n’était pas destinée à dépasser les quelques personnes se trouvant sur les lieux

-l’une des victimes, Philippe V., a répété que d’après lui, John Galliano n’était pas raciste et que cette dispute dans un bar ne méritait pas une telle médiatisation

-qu’aucune condamnation ne figure au casier judiciaire de ce dernier

-que John Galliano a pris conscience de son état et a entrepris de se soigner (…)

-que le prévenu a présenté des excuses, renouvelées à l’audience, notamment auprès des victimes.

Compte tenu de l’ensemble de ces éléments, il lui sera fait une application modérée de la loi pénale par le prononcé d’une amende assortie du sursis. »

Voila pour les attendus du jugement. Rappelons que les propos injurieux tenus par John Galliano lui ont coûté sa place, puisque son employeur Dior l’a licencié le 1er mars dernier. On apprenait alors que le créateur était sous le coup d’une triple addiction, à l’alcool, aux somnifères et au valium.

Ceux qui le connaissent bien expliquent que le créateur a été victime de son succès, obligé de travailler à un rythme infernal, sous pression permanente et dans une grande solitude affective.

PS:

Précision: John Galliano devra payer  16.500 euros pour rembourser toutes les parties civiles, y compris les cinq associations anti-racistes qui s'étaient manifestées aux cotés des plaignants

 

 

 

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 17:32

La rentrée, c'est souvent un agenda qui se remplit. Parmi les rendez-vous qui retiennent l'attention, il y aura le procès de Carlos, Ilitch Ramirez Sanchez de son vrai nom, figure emblématique du terrorisme des années 70, accusé de quatre attentats commis en France en 1982 et 1983. Ce procès débutera le 7 novembre devant la cour d'assises spéciale de Paris réservée aux affaires de terrorisme et composée uniquement de magistrats professionnels. Il est prévu jusqu'au 16 décembre.

Carlos, né en 1949 au Venezuela, est détenu à la centrale de Poissy. Il a été arrêté en 1994 à Khartoum (Soudan) par des policiers français de la DST, puis condamné à la perpétuité en 1997 pour le meurtre en 1975 à Paris de deux policiers de la DST (contre-espionnage) et d'un indicateur.

Le terroriste sera cette fois jugé pour des attentats contre le train Toulouse-Paris "Le Capitole" le 29 mars 1982 (5 morts), contre le siège du magazine Al-Watan Al-Arabi rue Marbeuf à Paris le 22 avril 1982 (1 mort), celui contre la gare Saint-Charles de Marseille (2 morts) ainsi que celui contre le TGV à Tain-L'Hermitage (3 morts) le 31 décembre 1983. Seront également jugés trois membres présumés du groupe de Carlos : "Ali" Kamal Al-Issawi et les Allemands Christa-Margot Fröhlich et Johannes Weinrich.

Une plongée dans ces années sombres.

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6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 18:01

Comment saluer tous ceux qui lisent ce blog à quelques instants de partir en vacances ? En revenant sur le jugement du tribunal de Paris (05/07/2011), Dukan versus Cohen, éclipsé par les évolutions du dossier DSK.

Parlons donc régime alimentaire. Comme presque toutes les françaises, je tends l’oreille lorsqu’on parle d’une nouvelle méthode pour devenir ou rester mince. Et la méthode Dukan fait partie de ces secrets de filles dont on parle à la pause-café. Oui, mais voila : les utilisatrices de la recette hyper-protéïnée du nutritionniste Dukan, encouragées par un fabuleux accompagnement publicitaire (y compris avec des produits vendus en pharmacie) n’ont pas toutes réussi à maigrir. Le Dr Cohen, l’auteur des ouvrages "Savoir maigrir" et "Savoir manger", a émis toute une série de critiques contre la méthode Dukan. Un sacrilège que l'auteur de la méthode a demandé à la justice de sanctionner.

Or, Pierre Dukan a été débouté. Il a perdu son procès en diffamation contre Jean-Michel Cohen. « Il faut vraiment être d’une mégalomanie absolue pour considérer qu’on ne peut pas être critiqué quand on vend des ouvrages à des millions d’exemplaires », a dit Me Malka, l’avocat du docteur Cohen, à la sortie de l’audience.

Les reproches du Dr Cohen se concentrent sur le fait que les préconisations du Dr Dukan ne fonctionnent qu'à court terme, et que l’organisme carencé se dépêche dès que possible de rattraper les kilos perdus. Ce à quoi le Dr Dukan répond que perdre des kilos est un combat, et que les rechutes surviennent lorsque les patients ne respectent pas la phase de consolidation.

Sans prendre parti, on doit accepter loyalement qu'un débat ait lieu, disent les juges. D'un côté, l’obésité est un enjeu de santé publique, mais d'un autre côté, les régimes hyper-protéïnés peuvent entraîner des insuffisances rénales. Cela mérite au moins discussion. Or, le Dr Dukan parle d’agression, de diffamation, de concurrence mal acceptée devant ses succès médiatiques. Le tribunal ne l’a pas entendu de cette oreille.

Alors, je pars en vacances avec de bonnes résolutions : manger de bons produits, des fruits, des légumes, sans faire d’excès ; nager, faire du vélo, marcher le long des côtes bretonnes. Du bon sens, en somme …

 

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