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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 19:10

La préparation de procès Breivik par la justice norvégienne est un modèle du genre. D’abord un site internet très bien chapitré permettait à la fois d’avoir tous les détails pratiques, logistiques mais aussi de comprendre comment allait se dérouler le procès. Ensuite, on pouvait se faire accréditer en remplissant un formulaire assez simple destiné à un badge avec photo.

Paris-20120419-00066-copie-1.jpg

Sur place, la conception de la circulation des personnes à l’intérieur du tribunal était remarquable. Il fallait faire se croiser les 750 parties civiles, les 150 avocats, les 600 journalistes accrédités ; plus les agents du tribunal, les personnels de sécurité, les juges, les quatre avocats de Breivik toujours sous surveillance…et l’accusé et sa garde policière. Personne en Norvège n’a oublié que Breivik avait acquis une tenue de policier pour faciliter ses déplacements le 22 juillet 2011.Chaque badge portait donc les renseignements qui permettaient à l’agent qui vous contrôlait de savoir qui vous étiez et si vous aviez ou non le droit d’accéder à la zone dont il avait la responsabilité et cela grâce à un petit terminal électronique. Il y avait des zones réservées aux victimes, d’autres aux journalistes et des zones dites mixtes. Là, et là seulement, ceux qui le voulaient pouvaient répondre aux interviews. Des mini-studios de directs étaient installés pour les chaines d’info en continu.

Oslo-20120417-00061-copie-1.jpg

 Dans la salle d’audience elle-même des cameras permettaient d'effectuer un travail de réalisation de manière à rendre compte au plus près du déroulement du procès. Plans larges, moyens ou serrés, y compris sur l’accusé.

Oslo-20120416-00055-copie-2.jpg

La justice est publique ; tout doit être vu et montré. Mais et il y a un mais intéressant, le spectacle peut être interrompu quand la Cour l’estime nécessaire. C’est ce qu’il s’est passé hier: la présidente a décidé que l’audience serait à huis clos. Breivik avait demandé à lire 20 pages rédigées en prison et selon lui nécessaires à sa défense. La cour a estimé sans doute qu’il n’était pas utile de faire de la publicité à ses idées. En revanche ces moments étaient tout de même filmés pour l’histoire : des archives qui seront accessibles dans 60 ans.

Sur le plan de la procédure, la justice norvégienne a un fonctionnement intéressant. Lorsqu’un crime est commis  c’est la police qui mène l’enquête. Lorsque les investigations sont terminées, le dossier est passé au procureur et à la Défense. Lorsque vient le procès, le juge est un juge arbitre ; il a avec lui un autre juge professionnel et trois jurés issus de la société civile tirés au sort parmi 10.000 noms de citoyens jugés aptes. Le président ne connait pas le dossier avant l’audience.

Le procureur doit apporter la preuve de ses accusations, il doit convaincre que l’accusé est coupable au-delà d’un doute raisonnable. En revanche, l’avocat de la défense n’est pas tenu de prouver l’innocence de son client.L'accusé est présumé innocent. Chacun fait citer les témoins qu’il souhaite.

Toutes ces information me sont apportées par le président du Tribunal d’Oslo , Geir Engebretsen.

Oslo-20120417-00063-copie-3.jpg

Je lui demande enfin comment est -ce qu’on devient juge en Norvège. « C’est une profession ouverte à tous ceux qui ont un diplôme universitaire de droit. On commence par être dans la police ou avocat ou procureur. Puis vers 40 ans on pose sa candidature pour devenir juge et on le reste jusqu’à la fin de sa carrière »me dit ce grand homme un peu sévère. « La question de l’indépendance des juges ne se pose pas ici » termine-t-il anticipant mon ultime question.

En effet ce qui frappe quand on interroge les rescapés d’Utoya qui le plus souvent ont échappé de justesse aux balles du tueur, c’est leur « zenitude ». Tous disent : « I want a fair trial » ce qu’on peut traduire par « je veux un procès équitable ».

La confiance des justiciables norvégiens dans leur système judiciaire est inébranlable ; même vis à vis d'Anders Breivik , le pire criminel que la Norvège ait eu à juger.

c’est une leçon à retenir.

 

 

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 08:22

Pour rencontrer Unni Espéland, il faut quitter Oslo et rouler pendant une heure et demie vers le sur de la Norvège. Petite ville au bord du fjord, et une maison en bois, peinte en jaune. Cette femme, inspectrice d'école primaire, avait laissé partir sa cadette à la fête annuelle des jeunes travaillistes sans souci "nous pensions que c'était le dernier endroit ou il pouvait arriver quelque chose" dit cette maman.

Dans le salon un petit espace est dédié à Andrine fauchée à 16 ans."elle m'a appelée avec son portable pour me dire en pleurs qu'un homme les poursuivait, qu'il tirait partout" c'est la dernière fois que je l'ai entendue. J'ai éprouvé le sentiment que les fondements de ma vie avait disparu, je me suis effondrée. Quand j'ai eu la confirmation de sa mort, j'ai éprouvé de la rage contre le tueur. Mais la rage entraine l'amertume et cela ne fait pas avancer.

breivik.jpgAnders Behring Breivik

Je voyais Breivik pas comme une personne humaine plutot comme un personnage de jeu vidéo.Puis, en février dernier, finalement la police m'a communiqué le rapport d'autopsie. Ma fille a probablement été la dernière personne tuée à Utoya.Ses chausettes étaient propres, elle s'appretait à nager. Elle a reçu trois balles, une dans la poitrine, une dans la face, une dans la nuque. Depuis que je sais cela, Breivik est redevenu une personne dans mon esprit, une personne responsable et déterminée. L'enquète a prouvé qu'il a tout préparé,tout planifié, il n'est donc pas fou."

Cette maman nous montre la chambre de sa fille restée intacte, une chambre d'adolescente coquette comme tant d'autre...

"Il faut un procès juste, mais j'espère qu'il ne pourra jamais sortir de prison.

Ce qui me fait peur retrospectivement est que Anders breivik a pu fonctionner dans notre société sans qu'on le repère. C'est difficile de protéger la société contre ces individus. Moi qui m'occupe de jeunes enfants, je me sens responsable d'essayer de repérer et d'aider les enfants en difficulté.

Le procès? je le suivrai de chez moi. Dans ma ville il y a une salle de retransmission au tribunal. Je n'irai à Oslo que pour évoquer la mémoire d'une jeune fille de 16 ans qui ne demandait qu'à vivre en paix."

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 19:07

Eric Dupond-Moretti vient d’écrire un livre intitulé « Bête noire ». L’avocat lillois a roulé sa robe noire sous le bras pour nous conter ses mille et une aventures humaines dans l’exercice de son métier,les petites anecdotes et les grands combats qu’il a menés. Tout ce qui constitue la trame de sa vie et la haute idée qu’il a de son métier. Il le fait sans fard, le verbe haut. Il égratigne au passage l’institution judiciaire, son fonctionnement, la médiocrité de certains magistrats, les connivences entre le parquet et le siège, la disparition de la culture du doute. Pour lui, défendre est un combat : avocat est l’empêcheur de juger en rond, à la chaine, la tête remplie de préjugés.

Pour s’en convaincre, il suffit de lire les pages qu’il consacre à l’affaire d’Outreau. Il montre comment la justice a tenté jusqu’au bout de défendre le juge Burgaud avant de tourner casaque dans le dernier virage, celui de l’acquittement des six derniers accusés à tord. Il rappelle dans la foulée toutes les belles promesses de l’après-Outreau qui n’ont jamais été tenues.

Mais il faut lire aussi l’histoire de Fabienne, mère infanticide qu’il a tenté en vain de faire acquitter. L’avocat ne réussit pas toujours à convaincre, il porte alors le deuil de ce qu’il ressent comme une injustice.

Ce livre ressemble à l’auteur : touffu, emporté, parfois brouillon, toujours sincère. Il rappelle que plaider n’oblige jamais à épouser le point de vue de l’accusé mais que tout accusé à droit à un défenseur, fusse-t-il le pire criminel. C’est l’honneur d’une société, c’est aussi le sien.

Eric Dupond–Moretti a eu des maîtres qui l’ont guidé dans le milieu étroit des grands pénalistes et à qui il rend hommage. Il est aujourd’hui une vedette des prétoires. Mais il tient ses distances avec cette notoriété. Il ne renie ni ses origines, ni ses fragilités. Mais gare à celui qui veut lui faire un mauvais coup. L’animal sait se défendre et sort ses griffes.

Ce livre est un beau témoignage et une réflexion concrète pour qui voudrait améliorer la justice au quotidien. Séparer les carrières des procureurs et les juges lui parait la première des réformes à mettre en œuvre.

En cette période électorale, il n’est pas interdit d’y réfléchir.

"Bête noire"d’Eric Dupond-Moretti et Stéphane Durand-Souffland, Editions Michel Lafon

 

 

 

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 12:45

Le coup de filet  dans les milieux islamistes avait-il pour but d’impressionner  les sympathisants  de ces organisations ou les citoyens troublés par la dérive de Mohamed Merah ? Démonstration de force ou gesticulation  après les tueries de Montauban et Toulouse ?

forsane.jpg

 La chancellerie met la dernière main à un projet de loi qui sera présenté le 11 avril en Conseil des Ministres. Il s’agit de sanctionner plus facilement les groupes et les personnes qui se réclament  d’une idéologie radicale a indiqué Nicolas Sarkozy.
Le code pénal comprendrait  un délit de « consultation habituelle » de ces sites extrémistes sur internet calqué sur le modèle de la consultation de sites pédopornographiques. La nouvelle loi permettrait aussi l’expulsion simplifiée d’extrémistes, l’interdiction des formations terroristes à l’étranger, et la surveillance étroite des imams dans les prisons françaises .

 


Les travaux du parlement étant suspendus, cela laisse le temps de la réflexion : la lutte antiterroriste passe-t-elle par de nouvelles règles ? Les magistrats estiment que l’arsenal juridique est satisfaisant et qu’il vaudrait mieux renforcer les moyens des policiers spécialisés dans le Renseignement. Repérer, surveiller, empêcher le passage à l’acte est plus efficace que punir disent-ils. Ils font remarquer également que le terroriste occidental a le plus souvent la nationalité du pays dans lequel il a grandi. 
De leur côté, les agents de l’administration pénitentiaire mettent en avant que la surpopulation des prisons les empêche de repérer les dérives radicales puisqu’ils n’ont plus le temps de parler avec les détenus.
Les sociologues enfin soulignent la désespérance des jeunes de banlieue : elle peut favoriser cette aspiration au martyr

 
Dans un Etat de droit, la lutte contre les groupuscules radicaux est sans doute un sujet trop sérieux pour être traité en période électorale...

 

 

 

 

 

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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 18:53

Le tentaculaire dossier du Médiator suit une trajectoire qui devrait permettre la clôture de l’enquête d’ici la fin de l’année. Pour mieux comprendre comment agit la justice le procureur de Paris, François Molins, a décrit la procédure.

 

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 Deux informations judiciaires distinctes ont été ouvertes :

- l’une pour tromperie, prise illégale d’intérêt, pantouflage, escroquerie, destruction de preuves ; 2930 victimes ont été recensées.

- l’autre pour homicides et blessures involontaires : seules les personnes ayant développé des pathologies rentrent dans ce dossier. Actuellement 140 personnes bénéficient d’une expertise en cours. Afin d’uniformiser et simplifier les procédures, une sorte d’expertise standard a été validée. Par ailleurs, à ce jour, trois décès ont été attribués à la prise du médiator.

 Dans l’information sur tromperie sept personnes physiques et morales sont visées dont M. Servier lui-même et quatre sociétés ont le statut de témoin assisté. Le cautionnement a été de 10 millions d’euros pour M.Servier à titre personnel. En tout il est de 100 millions, 40 en liquidités, 60 en garantie.

M. Servier a été entendu 5 fois pendant de longues heures. Les policiers sont épaulés par des adjoints spécialisés en pharmacie, en médecine, en chimie de l’Office Central de Lutte contre l’Environnement et pour la partie financière, d’enquêteurs de la DNIF (Direction Nationale des Infractions Financières)

Le 15 mai les experts en pharmacologie désignés remettront leur rapport. Ils ont été chargés de déterminer si la molécule en cause (le benfluorex) dans le Médiator était la même que celle de l’isoméride et le pondéral, des médicaments retirés du marché à cause des effets secondaires nocifs.

Parallèlement, plusieurs commissions rogatoires ont été lancées au Luxembourg, en Suisse, en Italie, en Espagne, au Portugal, en Grèce, en Allemagne afin d’établir quand et pourquoi les laboratoires Servier ont retiré le Médiateur de ces marchés.

Enfin il y a tout un volet prise illégale d’intérêt et pantouflage pour savoir qui a autorisé ce médicament, quelle a été la carrière de ces fonctionnaires, quels sont les liens de Servier avec certains cadres de l’AFSAPS.

La justice ayant eu vent de destruction de preuves après un témoignage recueilli par les journalistes du Monde, la justice a mis mardi dernier quatre personnes en garde à vue, des cadres de Servier et perquisitionné leurs domicile. A Suresnes, un transport de justice au nouveau siège à permis aux juges d’instruction de tenter d’identifier les personnes à qui des cadres auraient demandé de détruire des documents. Pas de mise en examen

Après avoir donné toutes ces précisions, Le procureur a souligné l’énorme travail accompli tant par les deux magistrats instructeurs que le parquet. Il a indiqué que le volet tromperie pourrait être clos en fin d’année. « Tout est fait pour que les délais soient raccourcis » a-t-il dit regrettant le procès de Nanterre au mois de mai. « Il s’agit d’un procès sur citation directe qui ne comprendra aucune des études complexes que nous avons menées, aucune preuve, aucun document, aucune expertise. Le tribunal aura à juger le cas de deux plaignants plus une association. Ce sera une situation inédite »

Il faut rappeler que le Médiator a été utilisé par 5 millions de personnes en France. On soupçonne le médicament de graves lésions des valves cardiaques et d’être à l’origine de 500 à 2000 décès. Le médiator contient une molécule coupe faim qui a été utilisée d’abord dans le traitement du diabète avant d’être largement prescrit comme coupe-faim.

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 18:14

L’art de Frank Johannès est de nous raconter cette histoire comme si elle s’était passée hier. Pourtant l’affaire Dany Leprince, le quadruple meurtre de Thorine-sur-Due, la feuille de boucher forment un vague écho dans nos mémoires tant l’affaire est ancienne : 5 septembre 94. Pourquoi consacrer un récit de 474 pages à un crime aussi lointain et horrible ? Parce que le doute poursuit ceux qui se sont penchés sur le dossier face aux cris d’innocence du condamné à perpétuité.

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 En Avril 2011, la Cour de Révision a  refusé à Dany Leprince la possibilité d’être à nouveau jugé par une cour d’assises. La Commission de révision avait pourtant estimé qu’il y avait un doute suffisant pour rouvrir le dossier. Mais non : l’homme à l’allure longiligne et au tempérament mesuré a tendu ses poignets aux gendarmes pour retourner purger sa longue peine en prison après la décision des magistrats de la plus haute juridiction. Un moment terrible.

000 Par6191134Dany Leprince

 Le livre de Frank Johannès reprend le dossier depuis le début. On s’aperçoit alors que les premières constatations comme les premières déclarations sont capitales. On suit les glissements successifs des gendarmes puis du juge d’instruction pour que tous les éléments deviennent cohérents avec la thèse privilégiée.

Rien ne fera dévier la justice : même les résultats d’expertise : « il n’y a pas l’ombre d’une preuve matérielle contre Dany Leprince. Pas d’empreintes digitales sur les lieux ou les armes du crime, pas de trace ADN, pas une goutte de sang sur ses pantalons, ni dans sa voiture …Il est certain en revanche que le couteau cassé, retrouvé dans le salon, a blessé Brigitte et comme il porte un ADN inconnu, que l’assassin s’est coupé avec ».

Alors le livre progresse comme un bon polar. Mais qui est donc l’assassin ? se demande-t-on à travers les méandres des multiples rebondissements de cette affaire. Jusqu’au chapitre qui donne son nom au livre : le couteau jaune. Le décor : une vieille carrière de Tuffé, la date, le 29 juin 1999 soit cinq ans après les faits. Un homme fait des travaux et tombe sur un couteau de boucher. Sur la lame juste au dessus de la lame est gravé le nom de Leprince. Un couteau à désosser jeté dans un lieu proche de la SOCOA. Un couteau qui a peut-être appartenu à Dany ou plus probablement à Martine, l’épouse insatisfaite de Dany. Un couteau gratté qui montre qu’on a essayé de faire disparaitre le nom de son ou sa propriétaire. On pense alors à un rebondissement, à un élément décisif qui va emporter notre conviction.

C’est plus compliqué que cela. Dans une affaire criminelle, il peut ne pas y avoir un élément déterminant mais plutôt une addition de faits, de témoignages, d’expertises de nature à provoquer un doute sérieux. C’est tout le mérite de ce livre passionnant : le puzzle n’est pas complet, les morceaux ne s’emboitent pas complètement. Et un homme porte l’entière responsabilité de ce crime épouvantable.

Avec Frank Johannes on frémit de voir ainsi le bras de la justice si mal armé. Les passes d’armes entre magistrats, la peur de déplaire des uns, la conviction qu’il faut conserver l’image d’une justice qui ne se trompe jamais des autres, l’ont emporté sur la recherche de la Vérité ; c’est consternant.

Le couteau jaune, l’affaire Dany Leprince  de Frank Johannès, éditions Calmann- Levy, 19 euros

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 17:51

Ils n’osaient pas manifester leur joie et pourtant les six militants de Greenpeace qui avaient fait hier le déplacement à Troyes n’en croyaient pas leurs oreilles : le président du tribunal rendait son jugement dans l’affaire de l’intrusion dans la centrale de Nogent-sur–seine (dec 2011).

 000_Par6879900.jpgEt en quelques mots, le magistrat a renvoyé le procureur dans les cordes en se déclarant incompétent pour juger ce délit. C’est ce qu’avait plaidé maître Alexandre Faro sans trop y croire ; Mais les juges l’ont  suivi dans un raisonnement juridique assez simple : la qualification de violation de domicile et locaux professionnels  ne peut s’appliquer puisque les centrales nucléaires sont des lieux classés « bâtiments  intéressants la Défense Nationale ».Les accusés relèvent donc de la juridiction spécifique.

L’enjeu est plus qu’une simple argutie juridique. Si quelqu’un est poursuivi pour violation de locaux professionnel il encourt jusqu’à cinq ans de prison et 75.000 euros d’amende. De quoi ruiner l’association Greenpeace et ses modestes militants. En revanche pour une intrusion sur un site classé Défense Nationale, l’accusé ne peut être condamné à plus de six mois de prison et 7.500 euros d’amende. Le procureur a donc tenté une sorte de coup de force juridique et les juges ne l’ont pas suivi. « Le tribunal a renvoyé sa copie au procureur qui avait décidé d’élever les peines encourues pour être plus dissuasif vis-à-vis des actions futures de ce genre » a déclaré l’avocat sur les marches du petit tribunal de Troyes.

« Nous sommes satisfaits mais le parquet peut faire appel et on est toujours dans l’attente » a préféré dire prudent l’un des militants retrouvé près du dôme de la centrale. « On ne regrette rien.000 Par6879889 Quelque soit les suites judiciaires, nous, on a alerté sur le manque de protection des centrales, c’est tout » a renchérit Cécile Bertrand, une autre militante.

La petite troupe s’est vite dispersée, Avec le sentiment d’avoir gagné la première manche. Le parquet à dix jours pour faire appel.

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 16:34

  Ce matin dans la majestueuse salle des pas perdus du vénérable  palais de justice de Paris, l’architecte Renzo Piano promène son élégante silhouette. Devant lui s’étale l’immense maquette de futur palais de justice qui va être construit dans le quartier des Batignolles (75017). Il caresse des yeux son œuvre. « C’est un immeuble très mince, chacun aura un accès à la lumière. Ce sera une ville de 10.000 personnes, quatre mille fonctionnaires et cinq mille usagers. J’ai donc conçu une petite ville verticale.

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C’est un bâtiment qui respire, avec des terrasses qui je préfère appeler des hauts plateaux ! Regardez la salle des pas perdus : elle laisse entrer la lumière, elle est légère, elle permet la sérénité. Les gens qui sont là sont fragiles, ils vont être jugés… » Le père du Centre Pompidou a beaucoup évolué depuis la conception du musée d’art moderne.

Le futur palais de justice est comme un paquebot ouvert sur son environnement. A la base, 90 salles d’audience  modulables, la plus grande pouvant accueillir jusqu’à 700 personnes.

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Dans les étages, les différents services spécialisés car le TGI de Paris a des compétences nationales en matière de terrorisme, crimes de guerre et contre l’humanité, criminalité organisée, affaires financières complexes, propriété intellectuelle, santé publique, pollution maritime, affaires commises à l’étranger…L’originalité du projet est d’avoir intégré les préoccupations écologiques dès l’origine. L’ensemble consommera deux fois moins d’énergie qu’une tour classique : inertie thermique, recours à la ventilation naturelle, intégration de panneaux photovoltaïques, récupération d’eaux pluviales. De nombreuses terrasses arborées (10.000 m2 plantés de pins et d’arbres à haute tiges) humaniseront l’ensemble.

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Ce palais de justice sera relié par un tunnel sécurisé au nouveau siège de la police judiciaire qui emménagera également sur le site.

Cette présentation avait réuni à la fois le maire de paris et le ministre de la justice. L’un et l’autre faisait assaut d’amabilités. Pourtant rien n’a été simple tant les terrains à Paris sont rares. Pour Bertrand Delanoë c’est la réalisation d’un projet qui va revitaliser ce quartier tout en aplanissant les limites Paris-banlieue. Pour le ministre de la justice, c’est un projet rentable pour l’Etat qui va construire a peu de frais en ces temps de disette budgétaire grâce à un partenariat public-privé. C’est Bouygues qui va financer la construction du bâtiment et en assurer la maintenance pendant 27 ans moyennant un loyer de près de 13 millions annuels. L’Etat cessera la location d’immeubles qui lui servent d’annexes et au bout du compte sera propriétaire du lieu ;

Magistrats, avocats, politiques, tout le monde semblait accueillir ce nouveau lieu dans un climat apaisé qui tranchait avec les épisodes précédents.

Inauguration prévue: 2017

 

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 18:56

 D’Yalda, je connais la silhouette entrevue dans le box des accusés de la grande cour d’assises de Paris. Une jolie fille qui soignait son apparence et semblait tenir les autres à distance. Ses co-accusés étaient les membres du « gang des barbares » qui avaient séquestré, torturé puis assassiné un jeune vendeur de téléphone juif, Ilan Halimi. Elle avait servi d’appât, c'est-à-dire qu’elle avait attiré le jeune homme grâce à son charme dans un piège mortel. Les débats avaient montré qu’elle ne connaissait pas le plan de ses amis mais qu’elle avait accepté le job pour l’argent. Sans manifester de remords. Elle a été condamnée à neuf ans  de réclusion.

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De Florent  Goncalves, je ne connaissais que la fonction, directeur de la maison d’arrêt pour femmes de Versailles. Travailleur, bien noté, l’un des plus jeune dans cette fonction, 36 ans. Il lui est reproché d’avoir procuré des objets illicites et de l’argent liquide à une détenue. En cause, la relation amoureuse entretenue pendant plusieurs mois avec Yalda. Depuis, il a été exclu de l’administration pénitentiaire sans ménagement.

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Florent Goncalves

Demain, il sera devant le tribunal correctionnel de Versailles. Il risque 3 ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende. Il va devoir expliquer comment il est sorti des clous, comment la cellule 30 est devenue le pivot de sa vie.

Yalda est alors a deux ans de sa libération conditionnelle. La jeune femme d’origine iranienne le fait fondre, lui le romantique. « La particularité de Léa (c’est le nom qu’il attribue à Yalda), c’est qu’elle avait un véritable problème avec la séduction » raconte Florent Gonçales dans le livre qu’il publie ces jours ci, « défense d’aimer » aux presses de la cité. Il fait le portrait d’une séductrice de tous les instants, d’une jeune fille fragile qui a désespérément besoin d’être aimée. Mais il réfute le terme de manipulatrice. Leur histoire a duré deux ans. Tout commence par échange de mots doux, des « je t’aime » glissés entre deux portes, premiers baisers en salle informatique : « c’était un amour adolescent, très tendre et très ludique à la fois… ». Mais les rencontres fortuites n’ont vite pas suffi au couple. Le téléphone théoriquement interdit en prison a fait son apparition. « Nous sommes montés jusqu’à 26.000 unités téléphoniques par mois » une pluie de textos entre les deux amants, puis création d’une page Facebook sous le pseudo de « fleur d’orient ». « Effectivement, j’ai tout sacrifié pour elle, je me suis jeté dans le vide, il n’y a qu’une chose que j’ai manquée, c’est le bonheur dans ses bras… ».Pour les 22 ans de « Léa », le directeur amoureux lui fera même parvenir un vrai gâteau d’anniversaire. Cela sera mis à son débit ultérieurement par la police comme preuve de favoritisme.

Dénoncé par un membre de la hiérarchie de la prison, le directeur sera finalement arrêté et mis en examen pour remise ou sortie irrégulière de correspondance, d’argent, d’objets, communications illicites. Et aussi pour avoir entretenu avec une personne placée sous autorité de justice des relations non motivées par la nécessité du service. Le doux euphémisme du jargon judiciaire…

Quant à Yalda, était- elle amoureuse de son directeur ? Peut-être le dira-t-elle demain. En libération conditionnelle, elle devra s’expliquer aussi sur la séduction qu’elle a exercé sur un autre agent de la pénitentiaire au même moment. Une personnalité complexe, qu’on entrevoit dans le regard désorienté de ce bon père de famille, qui a tout perdu à son contact.

Une belle histoire pour la Saint Valentin ?

 

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 11:43

le 13 février prochain la justice italienne dira si les dirigeants de la société Eternit sont coupables d'avoir sciemment sacrifié la santé des employés qui fabriquaient du fibrociment à base d'amiante. Le collectif d'avocats qui représente les victimes estiment qu'entre 1995 et 2025 on comptera plus de cent mille morts victimes de l'amiante. Le procureur de Turin a réclamé 15 et 18 ans de prison contre les dirigeants de la société alors qu'aucune procédure n'a été ouverte en France.

000_Par6846888.jpgCasa Montero Italie

Ce jour là, des cars d'ancien salariés de la région de Macon viendront au tribunal manifester leur volonté que la justice passe aussi en France "C'est le seul procès pénal en Europe lance Maître Jean-Paul Teissonnière,6.000 italiens se sont portés partie civile. Or la-bas comme ici en France le nombre des victimes est comparable. En France tous les procès en indemnisation contre Eternit ont été gagnés par les anciens salariés devant les tribunaux de sécurité sociale. Chaque fois a été reconnue la faute inexcusable de l'employeur et les salariés malades ou les familles de victime ont été indemnisés. Mais au pénal, rien. La procédure traine depuis quinze ans;or les dirigeants connaissaient la dangerosité de l'amiante depuis la fin du 19ème siècle. La réglementation de protection des employés était insuffisante et en plus Eternit ne la respectait pas. Ils avaient donc conscience du danger et ils n'ont pas pris les moyens d'éviter les effets nocifs pour la santé liés à ce produit;l'interdiction de l'amiante dans le fibrociment date de janvier 97 mais dès le début des années quatre-vingt, les industriels auraient pu passer à une technologie sans amiante. Tout cela a été mis en lumière par les procès verbaux de réunion de la filiale franco-italo-belge spécifiquement chargée de la sécurité des produits du groupe Eternit.Voila pourquoi nous attendons un choc en retour du jugement de Turin sur les autorités judiciaires françaises. Il faut qu'on ouvre enfin une procédure pénale en France" conclue l'avocat français qui a plaidé au nom des victimes et de leur famille

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