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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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6 août 2007 1 06 /08 /août /2007 00:01

Je voulais recommander quelques livres à ceux qui s'intéressent à la justice et qui voudrait approfondir tel ou tel aspect de ce secteur à l'ombre d'un bel arbre à l'heure de la sieste...



"Dans le ventre de la justice" de Pascale Robert-Diard, éditions Perrin Un livre très personnel qui permet de vivre l'intensité des procès d'assise; Ce qu'on ne dit pas forcément, ce qu'on a pas le temps de raconter mais qui donnent tout son sens à un verdict. La justice est avant tout une oeuvre humaine et la suivre dit l'auteur c'est partir en randonnée dans les plis de l'humanité. On ne saurait mieux dire.







"Le plaisir de tuer" de Michel Dubec et Chantal de Rudder, éditions du Seuil Le titre est trompeur: ne pas s'y fier. Ce livre raconte l'itinéraire d'un psychiatre, expert auprès des tribunaux. Amené à cotoyer les plus grands criminels, il nous fait découvrir la démarche qui permet de comprendre un criminel, non pas pour l'excuser mais pour décrypter ce qui a pu le pousser à agir ainsi.







"Le temps des victimes" de Caroline Eliachef et Daniel Soulez Larivière, éditions Albin Michel Une psychanalyste et un avocat souligne le phénomène de la victimisation et de ses conséquences. Un seul exemple tiré de ce livre ,dense, touffu: l'enfant victime et la justice: souvenons-nous de la dérive d'Outreau







"Nous les Seznec" de Denis Seznec , éditions Robert Laffont . Depuis trente ans Denis Seznec se bat pour la réhabilitation de son grand-père condamné le 4 novembre 1924 aux travaux forcés à perpétuité.Il raconte son combat et revient sur cette cette affaire désormais close. Quoiqu'on pense de la culpabilité de Guillaume Seznec, ce livre se lit comme un polar. 600 pages d'humanité et de combat contre l'institution judiciaire.

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11 juillet 2007 3 11 /07 /juillet /2007 00:01

Pierre Bodein a été reconnu coupable des trois meurtres qui lui sont imputés. Parce qu’il y a eu viol et meurtre d’une personne de moins de quinze ans, la Cour d’Assise a pu prononcer la peine maximale : perpétuité avec 30 ans incompressible

Les jurés s’étaient retirés jeudi en milieu de journée dans une caserne située non loin du tribunal. Ils ont parait-il dormi à l’hôtel ; un peu de confort pour une tâche incroyablement ingrate : passer trois mois dans l’intimité des crimes commis par Pierre Bodein n’a pas du être facile à vivre. Mais quand nous avons appris que le verdict serait rendu à 15H par le procureur chargé des relations presse, nous avons compris que les jurés n’avais pas eu de mal à se forger une opinion, qu’elle allait être tranchée. Et elle le fut. Le président est entré, il a demandé aux avocats la permission de ne pas égrener les noms des 16 co-accusés et a simplement déclaré que les jurés avait condamné Bodein à la perpétuité et acquitté les 16 autres. Verdict express, cinq minutes chrono.

Stupeur, murmures dans la salle, les journalistes des agences de presse filent envoyer leurs premières dépêches. Pierre Bodein reste silencieux comme étranger à la peine qui vient de lui être infligée. Dans le boxe, trois hommes restent debout comme sonnés par ce qu’ils viennent d’entendre. Ils ont passé trois ans en prison dans des conditions difficiles, souvent brutalisés par les autres détenus qui méprisent les assassins d’enfants. Eux les vanniers, les moins que rien de la société alsacienne vont retrouver leur honneur et leur liberté. Les deux familles de nomades sédentarisés se rapprochent timidement de leurs avocats : « c’est bien vrai, on est libre , on est innocent ? »Demande une mère de famille.

Déjà les avocats des familles de victimes viennent faire leurs déclarations à la presse. Visiblement la famille de la petite Jeanne Marie est choquée par ce verdict. D’ailleurs le père et la mère réussiront à sortir du bâtiment par une porte discrète. La petite foule s’écoule hors du tribunal. Parmi elle, des femmes crient que ce verdict est un scandale, que le jury a été manipulé, que la police et la gendarmerie règlent leurs comptes sur le dos de la petite fille si horriblement mutilée et assassinée.

 Un nuage noir déverse d’un coup une grosse averse sur la petite foule.

Au loin les sirènes des voitures de police qui emportent Pierre Bodein vers la maison d’arrêt se distinguent nettement. Son avocat, maître Vialle se glisse discrètement hors de la foule. Il vient d’annoncer que son client va faire appel de ce jugement. Celui qu’on surnomme Pierrot  le fou pourra à nouveau tenter de convaincre qu’il y a une autre vérité que celle qui s’est imposée au fil de ces trois mois de procès. Il aura du mal.  

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29 juin 2007 5 29 /06 /juin /2007 00:01


Le P12 est un lieu stratégique du TGI de Paris et les journalistes n'y sont généralement pas  les bienvenus. Raison de plus pour profiter de la visite de Rachida Dati pour découvrir cette gare de triage de la délinquance ordinaire.

Longue pièce très haute de plafond : d'un coté les personnes détenues déférées au parquet ,de l'autre les avocats. Ici se traitent en temps réel 1100 dossiers : 10 magistrats, 41 fonctionnaires organisent une permanence nuit et jour. Suivant la gravité des faits, le prévenu est convoqué à une date ultérieure, jugé en comparution immédiate ou incarcéré parce qu'il y a ouverture d'une information judiciaire.

777% d'augmentation de violences volontaires
Notre guide est Véronique Degermann, vice- procureur. Elle égrène les délits les plus communs traités ici: les vols et vols avec violence, les bagarres avec blessures par arme blanche et surtout, surtout la drogue, le crack et l'alcool. La conversation s'oriente vite vers la récidive. la ministre explique la loi à venir qui prévoit de durcir les peines pour les récidivistes et la justifie en citant le chiffre de 777% d'augmentation de violences volontaires à Paris au cours des cinq dernières années! 

La vice-procureur insiste pour que la sortie des gens condamnés à de la prison pour la première fois, soit aménagée. Pas de logement, pas de travail, pas de RMI, le primo-délinquant replonge vite. Rachida Dati écoute et montre son souci de répondre à cette préoccupation par une loi pénitentiaire ambitieuse. Elle promet 17 lieux qui permettront d'accueillir ceux qui ont des troubles mentaux (740 places devraient être crées d'ici 2009).

"il m'arrive de travailler jusqu'à deux trois heures du matin"
Sont évoquées aussi le problème des violences conjugales désormais mieux prises en compte tout au long de la chaine pénale, la juridiction des mineurs et la spécialisation des magistrats en charge de ces dossiers, de l'articulation police-justice dans la capitale "qui cumule le plus de migrants sans ressources et de touristes aisés". Une visite de la ministre de la justice très appréciée par tous les auxiliaires de justice qui travaille dans ce lieux un peu particulier du palais de justice de Paris : "ici il m'arrive plusieurs fois par semaine de travailler jusqu'à deux trois heures du matin" ajoute un autre magistrat.

On sent qu'il y a un fil à renouer entre la ministre et son administration. Une "calinothérapie" sans doute nécessaire mais qui ne produira tous ses effets que si les augmentations budgétaires suivent...

Mais cela ce n'était pas au programme du jour. La ministre est repartie aussi discrètement qu'elle était arrivée.


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18 juin 2007 1 18 /06 /juin /2007 00:01

 

On espère toujours lorsque arrive l’interrogatoire de personnalité en apprendre un peu plus sur le chemin qui mène un enfant à devenir un criminel. Pierre Bodein comparait depuis plus de deux mois devant la cour d’assises du Bas-Rhin pour les meurtres de Julie Scharch, 14 ans, Jeanne- marie Kegelin, 10ans et Hedwige Vallée, 38ans. Il n’a rien avoué, n’a pas reconnu la moindre responsabilité, ni manifesté le moindre remords.

Dans la salle d’audience, Pierre Bodein habituellement menotté et étroitement surveillé par des policiers du GIPN,a droit à un traitement de faveur : on lui enlève les menottes, il sort de son box sécurisé et vient se planter devant un pupitre muni d’un micro, face à la Cour et aux jurés. L’homme a des cheveux gris mi-longs et de dos une silhouette épaissie par l’age. Il a cinquante neuf ans. Il est né et a grandi à Obernay dans une famille comprenant huit garçons et huit filles ; à l’école, son maître le décrit comme capable (d’ailleurs il sait lire et écrire correctement) mais peu attiré par le désir d’apprendre. Quand le jeune Pierre rentre chez lui, il doit aller couper l’herbe pour les lapins que la famille élève. 100 ? 800 ? Les chiffres ont varié sous le coup des « images » que se fabrique Pierre Bodein ; c’est en tous cas ce que le président de la Cour, Bernard Meyer met en avant. « Vous dites que vos parents étaient très unis, mais votre maman, elle acceptait que votre père ait deux femmes, votre mère et votre tante ? » Pierre Bodein parait offusqué : « j’ai jamais vu que ma mère était en conflit avec Marguerite » « Et votre père, reprend le Président dont vous dites qu’il a été emprisonné dans un des camps alsaciens par les allemands ? » On apprend que toute la famille s’est réfugiée à Tarbes puisque deux petites sœurs y sont nées .Encore une « image » ; et puis il y a celle de l’accident de mobylette : bénin selon le médecin , handicapant à vie avec 36 jours de coma pour lui. Sauf que le certificat médical a été falsifié. Il y a aussi un garde chasse que Pierre Bodein accuse de l’avoir violé pour le punir de braconner. Là, il avoue du bout des lèvres en avoir rajouté pour avoir une condamnation plus légère.

  Et la vie continue : l’apprentissage a 14 ans, les bals, le premier mariage en 74 : elle est jeune mais elle a déjà une fille d’une première union. Elle attendra un deuxième enfant, Michael qui sera abandonné à la naissance ; elle décrit la conception de cet enfant comme un viol : déjà ?

Après sa vie va de la prison à l’hôpital psychiatrique et retour. Il a été condamné en tout à 54 années de prison. Cet instable est désormais seul en prison, ses fréres et sœurs ont changé de nom pour ne pas être associés à ses méfaits. Ni femmes, ni enfants ne viennent le voir. Pourtant, il tient le coup, se rachète une conduite. Il est un solitaire, vaguement indic selon le Président. Il travaille et envoie de l’argent aux parties civiles, prétend vouloir faire du bénévolat à sa sortie de prison :il bluffe tout le monde ; Intelligent donc, conscient de ses actes, très loin d’un Pierrot le fou, surnom qu’il déteste ;

C’est ce qui est le plus pénible pour les parties civiles : ce silence de la conscience, cette incapacité à dire la vérité, les misérables petites vérités de sa vie comme la vérité des crimes qui lui sont reprochés. Les psychiatres vont prendre le relais ; ils s’attaqueront aux fantasmes sexuels de cet homme. Là est peut-être la clef de sa personnalité.

 

A signaler: la famille de la petite Julie a créé une fondation pour militer pour que les peines pronancées soient appliquées en totalité www.ass-fondation-julie.org

 

 

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12 juin 2007 2 12 /06 /juin /2007 00:01

Plus d’un an après les faits, nous voici devant le tribunal correctionnel de Versailles. Petite salle, vieux bâtiment et plus d’une dizaine de cameramen à la recherche d’une image, celle de Massire Touré. Ce jeune homme de 19 ans a filmé le 24 avril 2006 dans son lycée l’agression de son enseignante par l’un de ses copains (lequel a écopé d’un an de prison ferme). Le voila qui tente de rejoindre la salle d’audience, le visage masqué par une capuche. A l’intérieur on voit un jeune homme de grand gabarit, poli, intimidé. Incapable d’expliquer son geste « en fait  sans raison, par réflexe », il avoue au président « Je savais pas que ça allait faire tout ça ». Lorsqu’on lui demande pourquoi il a menti lors de l’enquête, il dit « j’avais peur »et il se balance gêné d’un pied sur l’autre. Et lorsque l’avocate de la défense raconte que l’enseignante a été traumatisée non seulement par les coups reçus mais par ce film qui la montrait en situation d’infériorité, qu’elle a demandé à être mutée hors de la Région Parisienne et qu’elle ne peut plus affronter une classe, l’élève Touré baisse la tête et répète « sincèrement, je regrette mon geste ».

Le procureur réclame contre lui 3 mois de prison ferme et une obligation d’indemniser la victime. Le jeune homme n’a pas de casier judiciaire, il a un emploi, ce n’est pas lui qui a diffusé le film.13 secondes de sauvagerie filmées sans préméditation qui feront peut être basculer un destin. Verdict le 27 juin.

La salle se vide, les journalistes se précipitent sur les avocates (de l’enseignante et du vidéaste) mais cette affaire méritait-elle une telle attention ?

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30 mai 2007 3 30 /05 /mai /2007 00:01

Atteinte à l'intégrité du littoral, détérioration de leur image, sérieux préjudice économique,les communes,régions et départements sont venus dire à la barre les conséquences multiples de l'arrivée de la marée noire de l'Erika. Les demandes d'indemnisation s'accumulent sur le bureau du président du tribunal . Un exemple: la ville de Quiberon réclame 1,5M d'euros pour la restructuration des dunes souillées et asphyxiées par le pétrole lourd. Jusque là, c'est du très classique.

Plus originales les demandes chiffrées du président de l'association Robin des bois. Elles visent à faire reconnaître le "préjudice écologique". "Il y a un précédent : en 89, l'Exxon-Valdez pollue 800Kms de côtes en Alaska rappelle le président de l'association, le guillemot "vallait" 274 dollars. Or 64.000 guillemots de troïl seraient portés disparus à la suite de l'arrivée du pétrole lourd sur les côtes bretonnes en 89: il n'y a plus qu'à faire la multiplication !

Peut-être plus sérieusement,Jacky Bonnemain a demandé au tribunal de condamner les responsables à organiser un suivi écologique sur 20 ans. C'est ainsi qu'on apprend que personne, ni l'Etat ,ni les collectivités locales n'ont organisé une observation fine des conséquences de la marée noire  sur le long terme.Etonnant ,non ?

 

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27 mai 2007 7 27 /05 /mai /2007 00:01

Vendredi 25 mai,19.30 : les débats sont clos, le jury se retire pour délibérer.

La petite foule massée dans la salle va s'installer pour dîner dans les bars qui sont installés sur la place en face du palais de justice. Personne ne s'attend à un délibéré très long mais tout de même quand la présidente fait savoir  deux heures plus tard que le jugement va être rendu, c'est comme une volée de moineaux sur les marches du palais.

Une fois la salle à nouveau pleine et silencieuse, le verdict tombe, 25 ans de réclusion criminelle pour Mohamed M'Barek, celui qui a porté les coups et autant pour sa soeur , reconnue complice du crime. Tandis que "la contesse aux pieds nus" (c'était parait-il le surnom que  donnait lord Shaftesbury à Jamila) et son frére regagnent leur maison d'arrêt, un homme sourit . 

Il refuse les interview, fuit les caméras. C'est le commissaire Alain Brunache.


Ce verdict, c'est un peu son "bébé". Lorsqu'il a eu en charge l'enquéte sur la disparition d'Anthony Asley-Cooper,les pistes étaient nombreuses: sa dernière petite amie et son compagnon jaloux, sa troisième épouse dont il voulait divorcer, ou tout simplement une mauvaise rencontre dans ce monde interlope de la nuit qu'il aimait fréquenter. Il fallait donc ratisser large ,surtout qu'il n'y avait pas de cadavre."Il fallait être imaginatif et persévérant. Finalement toutes nos investigations ont été validées". A commencer par les vérifications de l'alibi de Mohamed. Mohamed qui part en Allemagne la veille du crime en prennant bien soin de se signaler la-bas avant de revenir de nuit en voiture en règlant ses péages en liquide.

Jamila qui file au coffre de sa banque le lendemain du crime et Mohamed qui soldera toutes ses dettes "cash" dans les semaines qui suivent sans doute grace à la grosse somme d'argent que sa soeur lui a remise; le prix du contrat... Une vérité qui a commencé a se nicher dans les détails: on n'a pas retrouver de traces de sang dans la BMW qui a servi a transporté le corps mais on pu établir qu'il manquait les tapis de sol d'origine: autant d'indices qui ont conforté la conviction des jurés. Le commissaire savoure le moment.

La famille Ashley-Cooper est soulagée, sans esprit de vengeance ni triomphalisme. Le plus ,jeune fils, qui est maintenant de 13ème comte de Shaftesbury,a le sentiment d'avoir rendu à son père sa digninité et son humanité. même si on peut penser que cela n'a pas du être facile de découvrir la face cachée de celui qu'on appellait plus à Cannes que par son prénom, Anthony.

Les accusés, par la voix de leurs avocats, ont annoncé qu'ils avaient l'intention d'interjeter appel. Il y aura donc vraissemblablement un autre procés. Jamila et Mohamed devront à nouveau essayer de faire admettre qu'il s'agit d'une bagarre qui a mal tourné.

 

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24 mai 2007 4 24 /05 /mai /2007 00:01

La cour d'assises est installée dans un espace moderne avec air conditionné qui permet presque d'oublier les rigueur du soleil qui déjà tape fort à Nice.Dans le box des accusés, Mohamed, (43 ans) et Jamila ,(45 ans) M'barek. Une vitre sépare le frére et la soeur du reste de la salle. Ils sont accusés d'avoir assassiné lord Shaftesbury pour s'emparer d'une partie de son héritage . Durant la première journée, ils ont crié haut et parfois fort leur innocence en prétendant que la mort du comte est accidentelle et fait suite à une bagare qui aurait mal tourné.

Toute l'affaire se déroule à Cannes, dans le monde interlope de la nuit. Et les témoignages permettent de dresser un portrait de ce lord anglais, seul, terriblement seul et en mal d'affection. Celle qui s'avance à la barre, perchée sur des chaussures truquoises aux très hauts talons est sa dernière compagne.Nadia Orch est hôtesse de bar, elle -même un peu paumée,mére de trois enfants élevés par sa famille au Maroc. Elle vit dans un petit studio, elle est une professionnelle occasionnelle. Ensemble ils parlent de leur difficultés, lui plus particulièrement de son mariage qui tourne mal. Elle dit :"il avait un coeur comme un bateau, il était très naïf" ou encore "il s'est baissé trop bas pour cueillir sa rose". Il finit par se mettre en ménage avec elle, lui loue un appartement, fait venir ses enfants, lui donne de l'argent.En retour il lui a juste demander d'être loyale, fidéle et pleine d'amour.;;

Ce shéma de la rencontre avec une femme très éloignée de son milieu, avec qui il veut vivre un amour paisible ,exclusif et familial est décrit par une autre compagne de quelques mois. Jalila a bien cru elle aussi avoir tiré le gros lot. Aux petits soins, il solde ses 26.000 euros de dette. Il y a aussi Madame Pemba, entraineuse au Barracuda club à qui il paye 750 euros de loyer pour lui avoir gentimen, tenu compagnie une après-midi.

Et pourtant toutes ces aventures viennent après son troisième mariage avec Jamila dont il est en train de réalliser que c'est une aventurière qui l'aime surtout pour vivre en dépensant sans compter. Il lui donnait 7.000 euros mensuels ,plus tout ce qu'il faut pour faire vivre une maison soit 15.00euros ; un joli train de vie pour cette jeune femme d'origine modeste.

Alors qui était Anthony Ashley-Cooper ? Sa soeur pendant les interruptions de séances s'efforce d'en faire un tout autre portrait. Celui d'abord d'un enfant qui apprend sans ménagement à huit ans au fond de son pensionnat la mort de son père.Ensuite d'un homme entreprenant, sportif, qui a engagé beaucoup d'actions innovantes sur son immense domaine du Dorset. Enfin celui d'un fou de musique classique ,président du London philarmonique orchestra, Un homme marié pendant 24 à Christina, dont il a eu deux fils.Bref, un homme intelligent, construit,solide, mais avec un gros problème d'alccol.

De retour dans la salle d'audience c'est une tout autre musique: celle des écoutes téléphoniques recueillies par les policiers lors d'un parloir entre Jamila et sa soeur Naima. Et là, phrase après phrase, réplique après réplique on comprend que lord Shaftesbury est tombé dans un traquenard, que les deux soeurs sont en train de batir le scénario d'une bagarre qui aurait mal tournée et que Jamila a versé 150.000 euros à son frère à la suite de la mort du comte.En somme le prix du "contrat" sur la tête de son mari. Là on était en plein roman noir, très loin de la vieille Angleterre et de ses "cup of tea".

Le verdict de ce procès est prévu vendredi

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24 mai 2007 4 24 /05 /mai /2007 00:01

Au centre des débats en ce troisième jour d'audience, la personnalité des accusés. Jamila et Mohamed sont issus d'une famille de huit enfants a expliqué Roger Nahon, l'enquèteur de personnalité.Le père mineur à Lens va tenter un retour au pays comme mécanicien. Les deux accusés vivent donc leur enfance en Tunisie. Le père fait regner la terreur, il boit, il est violent au point de batre l'une de ses filles qui restera handicapée. Puis il disparait et c'est la mère qui finit d'élever la fratrie. De cette période, Jamila dira "j'étais la plus belle des filles de la famille" et Mohamed "mes soeurs m'adorent, j'étais le préféré de ma mère".Le parcours scolaire de Jamila va jusqu'au bac, celui de son frére est plutot du niveau CAP en mécanique.Puis leur trajectoire se séparent.

Jamila rejoint sa soeur en Suisse,apprend le français, l'anglais,un peu d'allemand et deux ans plus tard monte à Paris. Elle veut devenir manequin ou actrice,mais elle commence par un petit boulot plus modeste : escort girl. Mais cela elle ne l'admettra jamais devant la Cour. Jamila a beaucoup d'ambition et choisit ses conquètes avec soin, découvre Saint -Tropez au bras de l'un pour tomber dans les bras d'un autre:c'est finalement un riche industriel allemand qui l'épouse. C'est son premier mari dont elle a deux enfants. mais la maternité n'est pas son fort : sa fille sera opérée du coeur sans que sa mère n'aille la voir une seule fois à l'hopital a témoigné son ex-mari. Selon la psychologue,Jamila est auto-centrée et immature. Alors après l'Allemand, il y a un Américain, puis un autre Allemand; elle est à New York puis à Cologne, rentre à Paris. Et c'est là par son petit réseau "d'accompagnatrices" qu'elle rencontre Lord Shaftesbury, "le père qu'elle n'a jamias eu". Mais un père qui très vite l'adulée et qui la gâte. Maison à Cannes, moulin dans le Gers et joli testament pour les vieux jours. L'avocat anglais du lord était à la barre,un personnage tout droit sorti d'un livre de Dickens, teint rouge et haute stature tout en rondeurs. Il précise que le comte a rédigé une lettre d'intention pour qu'elle touche une pension,toutes ses propriétés en France et un très beau terrain en Irlande du nord lors de son décés. Mais elle a bien compris aussi qu'un remariage de lord Shaftesbury annulerait toutes ces dispositions. Une fois elle ira visiter la propriété de l'aristocrate dans le Dorset. L'intendant du domaine , vieux serviteur de la famille, précise à propos de cette visite "elle était comme une enfant dans un magasin de bonbons". Voila donc Jamila intrigante, maline, interessée au temps de sa splendeur. Aujourd'hui quand la psychologue lui demande à quoi elle rêve ,elle répond: "à une meute de chien qui m'arrache la peau." Pour la mettre à nue ??

L'instabilité de Jamila, son incapacité à aimer et à se poser se retrouve presque à l'identique chez son frére. Le parcours est moins brillant mais il va de mariages en sépartions à grande vitesse. Il a trois enfants dont deux sont nés à un jours d'écart  de deux femmes différentes. Il vit lui aussi au-dessus de ses moyens et a toujours besoin d'argent. Autre carractéristique des deux accusés , des séjours en hôpital psychiatrique. Six des sept enfants auront au cours de leur vie des internements et seront soignés pour dépréssion. Mais ce qui caractérise Mohamed c'est un mélange de grande douceur et de violence. Violence verbale "C'est vous les coupables, lance-t-il à la famille en pointant son index ,c'est vous qui vouliez récupérer l'argent;le lord c'était un clochard quand ma soeur l'a rencontré!"ou violence conjugale avérée par un dépot de plainte d'une de ses épouses en Allemagne.

Voila donc les portraits de vie de celle et de celui qui ont croisé le chemin d'un aristocate anglais, paumé et alccolique, sous les cieux de la côte d'azur...Demain Mohamed et Jamila seront jugés pour avoir tué par accident ou avec préméditaition celui que l'avocat de la défense ,maitre Frank De Vita appelle "la poule aux oeufs d'or".

 

 

 

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18 mai 2007 5 18 /05 /mai /2007 00:01

Et vogue le navire disait Fellini ; et oui le procès du naufrage de l’Erika se poursuit à raison de trois après-midi par semaine.

La Salle dite des Criées au palais de justice de Paris a des allures de salles de classe : chacun reprend sa place dès que la cloche sonne annonçant « La cour » c'est-à-dire le président Jean-Baptiste Parlos et ses trois assesseurs. Il y faisait très chauds ces jours- ci et les explications des experts tellement techniques que j’ai observé plusieurs avocats quasi endormis sur leurs chaises.


Parmi les experts cités par la société de classification la RINA, Jean-Marie Quemenez. Costume gris, cravate sombre et fines lunettes, ce polytechnicien est venu présenté la vidéo que vous pouvez visionner. Une société spécialisée a pu en effet reproduire en bassin les vagues (force et direction en fonction des vents) telles qu’elles auraient cogné contre la coque de l’Erika les 11 et 12 décembre. Sa conclusion : aucun impact sérieux n’a été relevé. Donc la force des vagues n’explique pas que le pétrolier se soit cassé en deux. Oui mais a-t-il été aussitôt obligé d’admettre cette démonstration ne vaut pour un bateau en l’état d’origine.



Quant à la possibilité d’une vague « scélérate » (le mot a eu beaucoup de succès) ? Statistiquement, compte tenu des conditions météo, elle pourrait apparaître une fois tous les 4 mois a précisé un météorologiste ! Autant dire improbable mais pas exclue. Perplexité dans la salle.


Enfin, un consultant anglais, Andrew Mitchell, a involontairement déclenché les rires de l’assistance : il répondait à une question du président sur l’éventualité de certificats de complaisance délivré aux navires immatriculés à Malte . En démentant formellement bien sur.

Le défilé des experts continue jusqu’au 16 mai.

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