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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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25 novembre 2007 7 25 /11 /novembre /2007 00:00

A tous ceux qui suivent ces comptes rendus en temps réel, je dois des excuses puisqu’un problème technique m’a empêché de mettre en ligne mon texte samedi matin. Voila donc l’erreur réparée.

Vendredi donc la Défense avait la main. Après les errements de la piste agricole, place aux méthodes musclées de la Division Nationale Anti Terroriste (DNAT) qui ont conduit deux enseignants de Corte J. Castella et V. Andriuzzi  devant les assises.

Les auditions ont commencé par Stella Lacrimini  qui était à l'époque l'épouse de Jean Castella. Elle raconte l’arrestation, le transfert à Paris, la saleté de la cellule, l’impossibilité de se laver, d’avoir la moindre intimité même pour aller aux toilettes. Elle raconte aussi « Tout à coup Marion est entré dans la pièce. J’étais assise avec un bras menotté dans le dos. Il s’est placé derrière moi et a commencé à me passer la main dans les cheveux. J’ai tenté de lui échapper en me jetant en avant. Même les autres policiers étaient gênés ». Plus tard, on lui dit « Votre mari ne parle pas, vous allez rester en prison ». Elle y restera 6 mois, et n’a rencontré qu’une fois, cinq minutes, le juge d’instruction. Selon Stella Castella, elle n’était  là que comme otage, comme moyen de pression pour faire craquer son mari.

 Vincent Andriuzzi et Jean Castella l’avoueront chacun à leur tour, ils sont très émus de se retrouver dans cette salle. Par deux fois, ils étaient là en tant qu’accusés. Ils ont été condamnés d’abord à trente ans de réclusion puis acquittés en appel. Vincent Andriuzzi, 52 ans, prof de math a été vu en train de faire une visite dans la résidence de la sœur d’Alain Ferrandi, le chef du commando, et puis il a souvent téléphoné à Jean Castella ; « normal, on était très proche, on jouait au foot ensemble, on se voyait tout le temps ». A partir de là, il est interpellé en octobre 98 et effectuera 72 heures de garde à vue. Il est relâché et puis interpellé à nouveau en mai, transféré à Paris. Il raconte modeste, comme intimidé, l’énorme pression psychologique que les policiers exercent contre lui. Jean Castella reprend juste après : « ils nous tiennent quatre jours sans dormir, on perd la maîtrise du souvenir. Par exemple, je voyage beaucoup et on m’a demandé ce que je faisais pendant le week-end du 11 novembre 97. J’ai répondu que je me trouvais dans le Jura suisse car nous faisons beaucoup d’échanges avec une association locale. En fait je me suis trompé, j’y étais allé un an auparavant. Les policiers ont considéré que je mentais. On m’a traité comme un coupable. Autre exemple, ma femme a avoué que j’avais participé à un attentat car j’avais soit disant disparu deux jours à ce moment là. J’étais sur que non ; heureusement, c’était le jour de la rentrée scolaire à Corte et j’ai signé la feuille de présence qui est toujours établie ce jour là » Pour la Défense la démonstration est faite : avec des méthodes de déstabilisation ad hoc on peut faire dire n’importe quoi à quelqu’un. Les avocats veulent jeter le doute sur les dénonciations accablantes de certains des membres du commando.

La démonstration n’est pas tout à fait probante. D’abord parce que le président a demandé aux deux enseignants : « est- ce qu’on vous a fait signer des déclarations que vous n’avez pas faites ou des choses que vous ne reconnaissez pas ? Les deux hommes ont répondu par la négative : pas d’aveux extorqués… Ensuite après avoir été arrêtés, les quatre membres du commando ont désigné Yvan Colonna comme leur complice, lui attribuant même le rôle du tireur. Ils ont fait des dénonciations détaillées maintenues pendant 17 mois avant des rétractations générales.

Instruction à charge, méthodes policières musclées, on a besoin a ce stade du procès d’entendre ceux qui ont mené l’enquête. Il y a bien eu le témoignage de Démétrius Dragacci, le patron du SRPJ d’Ajaccio qui avait la conviction que la mort du préfet devait être attribuée à un groupe de soldats perdus du nationalisme et qui n’a pas été entendu. Mais il est resté très sobre. C’est Roger Marion, le sulfureux policier placé alors à la tête de la DNAT qui va s’expliquer lundi. Dans le journal Le Monde daté du samedi 24 novembre il dit « Colonna, je pense pouvoir le faire condamner. Les Corses, c’est les spécialistes des faux alibis ». Curieuse déclaration avant de livrer son témoignage à la cour d’assises mais qui donne le ton ; D’abord il lui faut vendre son livre qui va sortir le mois prochain (On m’appelle Eagle four, editions Le Seuil) ensuite il faut s’affirmer dans la ligne. Roger Marion a rencontré Claude Géant à l’Elysée pour dit-on cadrer sa déposition. Ne pas oublier que le président de la République  s’est réjouis de la capture de l’assassin du préfet Erignac lorsqu’on a arrêté Yvan Colonna dans sa bergerie. Roger Marion (il est actuellement préfet sans affectation) doit donc absolument contribuer à renforcer la conviction des magistrats en faveur de la culpabilité d’Yvan Colonna. Elle est peut- être un peu ébranlée après ces deux premières semaines de procès...

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23 novembre 2007 5 23 /11 /novembre /2007 00:00

 

En ce neuvième jour d’audience, c’est la défense qui prend la main : tous les témoins cités le sont à la demande des avocats d’Yvan Colonna. On commence avec Gilles Millet un journaliste spécialisé dans les problèmes agricoles qui a été deux jours gardé à vue : il parle du fantasme de la piste agricole et des policiers qui avaient élaboré une construction intellectuelle autour de cette idée : le préfet avait été assassiné par une jonction entre la mafia et les syndicalistes nationalistes.

Jeter le doute sur la crédibilité de l’enquête et les méthodes de la DNAT, la division nationale anti-terroriste, voila le but des auditions du jour. Il faut se rappeler la tension des mois qui ont suivi l’assassinat de Claude Erignac et sans doute de la pression qui s’exerçait sur la police. 340 interpellations, 42 mises en examen et une dizaine de personnes amenées en détention provisoire à Paris.

Justement Jean Mathieu Filidori est de ceux là. Né en 48, agriculteur en haute corse, syndicaliste et nationaliste. « je veux dire tout ce que j’ai subi à cause de la piste agricole basée sur certains ragots formulés dès le début de l’enquête dit-il à la barre d’une voix émue. De 96 à 98 il y avait beaucoup de problèmes avec des agriculteurs de la plaine orientale trop endettés. On avait comme moyens de protestation des manif, des barrages de route, une contestation normale, on ne tue pas un préfet pour ça…J’ai passé sept mois à Fresnes parce que les communiqués de revendication du commando de Cargèse employait des mots ou expressions que j’avais employés dans des écrits des années 80 ! »

A la décharge des enquèteurs, il faut dire que la piste des syndicalistes nationalistes agricoles s’est imposée aux policiers car le gouvernement avait prévenu qu’il souhaitait mettre de l’ordre dans l’attribution des subventions et resserrer les conditions de crédit aux agriculteurs. De plus une note confidentielle signée du préfet –adjoint à la sécurité avait été publiée : on pouvait lire que l’Etat s’apprêtait à lancer des enquêtes fiscales en direction des syndicalistes.

Pour autant le récit de Jean Mathieu Filidori sur la deuxième perquisition menée sur le domaine de Pinia est édifiant. Les policiers avaient déjà mené une première perquisition qui n’avait rien donné ; mais c’est un domaine de 800 hectares et pour la deuxième, ils reviennent avec les gros moyens, hélicoptéres, hommes grenouilles et beaucoup de policiers. La journée se passe raconte-t-il et le soir dans une maison abandonnée, ouverte aux quatre vents ils trouvent soit- disant des bâtons de dynamite et des mèches dans un sac en plastique. Mon ancien associé m’a longtemps après expliqué que les policiers lui avait demandé d’aller les déposer là »

 Une manipulation policière connue et qui a donné lieu à une enquête interne qui n’a pas conclu dans ce sens.

 Tout de même, l’ensemble du témoignage de cet homme a servi à démontrer qu’il y avait à l’époque un climat dans lequel tous les coups étaient permis.

Enfin M.Filidori fait remarquer qu’il est toujours mis en examen pour association de malfaiteurs alors qu’il a bénéficié d’un non-lieu dans la procédure Erignac.

 Et le président Coujard de conclure « On comprend votre amertume; on a l’impression un peu désagréable d’un dossier pénal toujours ouvert et permanent qui sert à alimenter au fil des besoins les enquêtes à venir » Yvan Colonna reste muet mais on le sent très attentif à ce récit, qui sur certains points ressemble à son parcours.

Nul doute que demain les témoignages de ceux qui ont été désignés comme les commanditaires du crime puis acquittés ensuite vont aller dans le même sens.

 

 

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21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 00:00

Le procès aborde maintenant le crime proprement dit, la manière dont cela s’est passé. C’est donc le long défilés des témoins oculaires. Je ne retiendrai aujourd’hui que celui de Joseph Colombani. Il est à l’époque le trésorier de l’association « musiques en Corse » et à ce titre il se tient sur le pas de la porte pour accueillir ses hôtes de marque. Il a salué Madame Erignac qui est arrivée quelques minutes auparavant et il attend le préfet. « La scène se passe dans un endroit éclairé alors que le reste de la rue est plutôt sombre. Je vois un homme venir mais je ne reconnais pas le préfet. J’entends une, puis une autre détonation. Je vois de la fumée et je vois surgir de cette fumée, l’homme courbé en deux. Il a commencé à remonter les marches lorsque cette fois surgissent deux hommes de l’impasse. De nouveaux coups de feu claquent cette fois, l’homme s’effondre. Puis je vois le tireur faire un geste ample de bas en haut. Puis les deux hommes en pressant à peine le pas disparaissent de ma vue en se dirigeant vers la mer et en tournant à gauche sur le cours Napoléon » Ce témoin capital ressent encore une émotion intacte à l’évocation ce moment. Sous le feu roulant des questions il précise : « Lorsque les deux hommes se sont positionnés, je les ai vus. Celui en retrait avait une sorte de parka couleur moutarde, des cheveux foncés assez longs. L’autre le tireur, vêtu d’une doudoune assez volumineuse gris anthracite portait un couvre chef couleur bleu marine, sombre, à courte visière ».Le président lui rappelle sa déposition juste après les faits : « vous avez dit : Le tireur était assez grand, athlétique, environ 1m80, l’autre plus petit et plus rond, vous maintenez ? « Oui... Je ne peux pas mettre un nom sur les 2 personnes que j’ai aperçues. J’ai vu Yvan Colonna pour la première fois sur TF1. Je l’ai bien regardé, je vous avoue que je n’ai pas eu ce petit tilt, ce déclic quand on a déjà vu quelqu’un »

Ce témoin est le seul qui parle de cinq coups de feu : Joseph Colombani voit que, dès que le 1er coup de feu claque, le préfet se penche en avant pour se protéger, puis il disparaît dans l’impasse sans doute pour tenter de fuir, il tombe alors nez à nez avec le deuxième homme du commando, il tente de remonter alors toujours courbé vers le théâtre et c’est à ce moment qu’il est abattu : la troisième balle sera mortelle,la quatrième et la cinquième l’achevant alors qu’il est à terre. Cette description rend caduque la discussion qui était née à la suite de la déposition du médecin légiste. Celui-ci avait déclaré qu’il estimait que le tireur devait être grand puisque la trajectoire de la première balle était quasi horizontale. Mais si le préfet était courbé dans une position de défense après le premier tir, la taille du tueur peut être identique ou inférieure à celle du préfet, sans  aucune certitude.

L’audience s’est terminée vers 18H, dans les couloirs du palais un homme seul marche dans les couloirs déserts. C’est le frère de Claude Erignac. Il vient d’apprendre que le préfet a eu le temps de comprendre qu’il était tombé dans une embuscade. On lui avait toujours dit que son frère était mort sur le coup, une balle tirée dans le dos à bout portant. Il est bouleversé, même si dans sa famille, visiblement, on lui a appris a ne pas montrer ses sentiments. Robert Erignac s’en va à pas lents dans la nuit. 

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21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 00:00

Ce matin, le procès a du mal à reprendre dans la sérénité. Les propos tenus par l’ancien préfet   chez mes confères de France-info troublent les protagonistes. Il vient de déclarer : « J’ai des doutes effectivement sur Yvan Colonna et ces doutes je les exprimerai puisque je n’ai jamais révélé son nom »  Bernard Bonnet, qui a été nommé préfet de région juste après l’assassinat de Claude Erignac, a eu accès  a un informateur privilégié. Il l’a baptisé Corté, et cet informateur lui aurait suggéré les noms des deux intellectuels Andriuzzi et Castella (depuis acquittés par la cour d’assises spéciales en appel) et d’un membre du commando. Il a raconté cela dans un livre (le sang et le pilori, éditions l’archipel). Or ce matin, il le préfet dit qu’il a été amené à donner à la justice, ce sont ses termes, le nom de Stéphane Colonna, frère d’Yvan aujourd’hui totalement mis hors de cause. « Je m’exprimerai avec beaucoup d’humilité »a-t-il ajouté.

 Trois des quatre avocats d’Yvan Colonna arrivent ensemble au palais de justice aussitôt entourés par les caméras de télévision « L’accusation ne cancelle plus, elle tombe carrément ;jubile maître Pascal Garbarini. Le nom de Colonna a été suggéré et présenté par le préfet Bonnet. Aujourd’hui, il revient lui-même dessus, quel revirement !

Maître Philippe Lemaire est dans son humeur des mauvais jours : « rien ne me surprend de M. Bonnet. Et lui, il a des doutes sur sa culpabilité ? »

La passe d’armes dans la salle des pas perdus est d’autant plus redoutable que les avocats connaissent ce qu’on appelle la bataille de l’opinion. Pour l’instant rien ni personne n’est venu formellement accusé Yvan Colonna dans ce début de procès. Les témoignages d’aujourd’hui pas plus qu’hier. Marie-Ange Contard par exemple qui avait 22 ans au moment des faits. Elle est en voiture ce 6 février avec sa mère. Elle remonte la rue dans laquelle vient de se produire le crime. Elle voit deux hommes qu'elle est en mesure de décrire. Son témoignage n’intéresse plus personne, ni la police, ni les juges d’instruction à partir du moment ou elle ne reconnaît pas Yvan Colonna parmi les dix hommes alignés derrière une glace sans teint…On ne peut s’empêcher de penser : drôle d’enquête !

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19 novembre 2007 1 19 /11 /novembre /2007 00:00

L’évènement attendu de la journée était la nouvelle audition demandée par le président de la cour d’assise du médecin légiste qui a procédé à l’autopsie de Claude Erignac. Allait-il confirmer que, selon ses constations, le tueur devait être « de grande stature »puisque le préfet mesurait 1m83 ? Ce point est très important puisque Yvan Colonna ne mesure 1m72.

Le médecin est arrivé en retard à cause des grèves et de la circulation. Mais c’est un homme calme et déterminé à se faire respecter qui se présente à la barre. Il y a en effet une vilaine rumeur qui traîne, reprise par certains journalistes et qui consiste à dénigrer cet expert. Aussi je n’ai pas été surprise quand Paul Marcaggi a demandé à dire quelques mots avant de recommencer sa démonstration : « je suis ajaccien, insulaire. Je tiens à préciser que cela fait douze ans que j’exerce la médecine légale en Corse. Je n’ai jamais subi de pressions. Dans ce procès, c’est pareil : je n’ai pas subi de pressions notamment de la Défense… » C’est dire si la suspicion est grande chaque fois qu’il s’agit d’un Corse exerçant des fonctions en relation avec le service public et susceptible d’avoir à dire des choses pour ou contre un compatriote .

Mais je m’égare et donc je vais reprendre le fil de l’audience. Les discussions et interventions se sont concentrées sur le trajet de la première balle, celle qui a tué le préfet, les deux autres l’ayant achevé à terre. Le médecin a ré expliqué les modalités de l’expertise. Lorsque le préfet arrive, les matières cérébrales ont été répandues sur la chaussée, sa boite crânienne est quasi vide. On nettoie ce qui reste et on procède à l’examen des causes de la mort, c'est-à-dire des orifices laissés par les balles. Puis, on place des tiges pour calculer l’angle en prenant comme référence l’axe central du corps. Cette opération est réalisée en plaçant la tête du préfet sur un sabot, tout son corps étant à l’horizontal. Puis on a relevé le corps en position assise et de nouvelles mesures et photos ont été réalisées par les services l’identité judiciaire pour qu’on se souvienne bien des trajectoires figurées dans l’espace. « La première balle rentre à 170 cm et sort à 168 cm. C’est ce que j’appelle une trajectoire quasi- horizontale »précise le médecin. Mais ses explications ont paru embarrassées, voire contradictoires quand il a fallu confronter ce résultat avec les photos de l’autopsie projetées devant lui. Le médecin n’a pas convaincu quand il a expliqué qu’il suffisait que la tête du préfet soit légèrement penchée vers le sol pour que la trajectoire soit droite.

En revanche il a été plus convainquant sur le fait que le tireur avait été capable d’infliger une blessure nette : « l’orifice d’entrée de la balle est circulaire et non ovale comme ce serait le cas si le coup venait du bas vers le haut » a précisé le médecin. Ce qui sous-entend que le tireur, bras tendu devant lui devait être grand pour atteindre ainsi sa cible.

Mais cette fois l’expert n’a pas voulu sortir de son rôle et a répété à plusieurs reprises qu’il ne pouvait pas être formel quant à la taille du tueur. Et comme l’expert en balistique, n’a pas voulu venir témoigner  (un expert ne peut être forcé à comparaître devant la cour d’Assises et en plus le dit expert est retraité) on est resté dans un espèce de no man’s land judiciaire. Les avocats de Mme Erignac ont voulu souligner que le médecin s’était contredit et ceux de la défense qu’il avait au contraire répété que le tueur devait être de grande taille. Mais rien de définitif n’est venu clore ce chapitre et à titre personnel je ne peux qu’être très surprise qu’une expertise sophistiquée n’ait pas été ordonnée par les juges d’instructions sur ce point tout de même très important.

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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 00:00

Dans tout procès d’Assises il y un moment consacré à la victime. Ce vendredi le préfet Erignac est redevenu un homme, et non plus un symbole. D’abord son frère Robert raconte leur enfance : deux petits garçons déjà trimbalés de préfecture en préfecture car leur père est préfet. « Mon frère est un produit 100% préfecture » dira-t-il légèrement pince sans rire. Et c’est ce que viendra confirmer son épouse quelques instants plus tard en ajoutant au portrait : mon mari aimait rire, les amis c’était très important pour lui. Ce protestant austère, heureux dans son port d’attache, la Lozère, avec sa petite valise de livres près de lui était un homme de culture, épris d’histoire ». On comprenait qu’il était exigeant d’abord avec lui-même : « Il se lançait des défis sportifs. Ainsi il avait décidé de grimper le mont Ventoux à vélo. Mais ce jour là il y avait de la neige, il a fini avec la bicyclette sur l’épaule » raconte Dominique Erignac qui poursuit : « il adorait la vie. Sa mort est à l’opposé de sa personnalité, la violence même de sa mort la rend insupportable. Depuis le 6 février 98, ma vie a basculé. Pourquoi ? Quel sens donner à sa mort ? Je croyais que dans cette région il y avait un code d’honneur… Nous avons droit à la vérité et Claude à la justice. Je me souviens de ses dernières paroles quand il m’a laissé devant le théâtre ; à tout de suite ! »

Puis c’est sa fille Christophine, 34 ans qui parle de la tendresse de son père à son égard : « Il était mon repère dans la vie et je le consultais tout le temps quand je devais prendre une décision ».Son fils Charles Antoine Erignac , 30 ans, exerce la profession d’avocat. Il parle de son père comme d’un homme d’autorité, de rigueur et de malice aussi. «Mais il ne plaisantait pas quand il s’agissait de sa fonction. Il nous a toujours enseigné d’agir sans haine, sans sentiments de vengeance. Papa a été lâchement assassiné et quand on n’assume pas… »

 

Alors le président demande à la famille la permission de lire deux feuillets que Claude Erignac a écrit un peu comme pour tenir une chronique de sa nomination et de son action en Corse. Ces quelques réflexions manuscrites retrouvées par son fils dans son coffre-fort, en disent long sur sa lucidité : Le premier feuillet s’intitule : histoire d’un piège : « Le seul problème sérieux est que j’ai clairement conscience de partir vers une mission impossible, faite de contradictions éclatantes entre les discours publics du gouvernement, les négociations plus ou moins secrètes, les intentions réelles des uns et des autres. Officiellement ma mission est simple : restaurer l’autorité de l’Etat, contribuer au dialogue républicain, faire avancer les dossiers économiques, sociaux et culturels. Mais quels sont les moyens ? Le problème est qu’il ne faut pas contrarier le processus politique en cours. En un mot c’est le grand écart avec les redoutables conséquences que l’on devine » Voila donc révélé de l’intérieur les arrières cours de la République. Jusque là ces réflexions avaient été tenues secrètes. Trop explosives peut-être…

Le président donne alors la parole à Yvan Colonna. En regardant la famille Erignac assise devant lui il a dit : « Je veux vous dire que je sais que vous avez droit à la vérité. La vérité, c’est que ce n’est pas moi qui ai tué votre mari, votre père, votre frère. Croyez bien que je compatis à votre douleur et que je respecte votre deuil ».Le silence est alors pesant et le président ordonne une suspension d’audience. La salle se vide lentement ; à droite les amis du préfet sont scandalisés par cette déclaration, à gauche les amis corses en soulignent la franchise.

   

Le procès va reprendre lundi avec une nouvelle audition du médecin légiste, le docteur Paul Marcaggi. C’est lui qui a affirmé jeudi que, selon ses constations, le tueur devait être de grande stature, aussi grand que le préfet en tous cas. Une bataille très importante car Yvan Colonna ne mesure qu’un mètre soixante -douze et Claude Erignac Un mètre quatre vingt- trois.  

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16 novembre 2007 5 16 /11 /novembre /2007 00:00

Le Président de la Cour d’Assise vient de montrer sur les écrans qui ont été disposés autour du prétoire les photos de la scène de crime. Le silence est total, lourd. Les enfants de Claude Erignac regardent par terre; Madame Erignac n’est pas revenue s’asseoir sur les bancs de la partie civile ; trop douloureux.

Le Président appelle alors le médecin légiste. Paul Marcaggi est celui qui a expertisé le corps du préfet en présence d’un représentant du Parquet. Trois balles dans la nuque précise-t-il, le premier coup a du être mortel ou en tous cas, priver la victime de sa conscience. Les deux autres coups ont été tirés alors que Claude Erignac s’était effondré et gisait à terre. Trois coups portés sur une zone de 10 cm. Puis, l’expert raconte que, sur la table d'autopsie, le crâne a été vidé et les hématomes lavés afin de permettre d’examiner la trajectoire des balles. Le médecin explique qu’il utilise la technique des tringles : il s’agit de réaliser un calcul d’angle exact par rapport à l’axe du corps en faisant passer une tige entre l’orifice d’entrée et celui de sortie. Dans ce cas, la première balle part du coté droit de la tête et sort devant suivant une trajectoire horizontale tandis que les deux autres trajectoires à gauche suivent une trajectoire légèrement montante. Maître Sollacaro se lève alors vers le docteur Marcaggi : « Selon vous, docteur, le tueur qui vient ainsi tirer dans le dos du préfet était un sujet de grande stature avez-vous dit ? » et le médecin de répondre : « Oui, si on tient compte de l’alignement du bras, l’agresseur devait être aussi grand que le préfet ».Stupéfaction dans la salle d'audience. Mais ce que vous dites là ne figure pas au dosier "dit le Président. "Personne ne me l'a jamais demandé"réplique l'expert.

L’audience est suspendue. Les avocats d’Yvan Colonna soulignent à la sortie que le préfet Erignac mesurait 1,83m et qu’Yvan Colonna mesure 1,72m. Ils demandent avec force un transport sur les lieux car la reconstitution demandée à l’instruction comme devant la chambre d’accusation n’a jamais été réalisée. En attendant la défense vient de marquer un point capital. Il parait difficile d’établir désormais qu’il puisse être le tueur même si cela ne dit rien quant à son éventuelle participation au commando.  

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14 novembre 2007 3 14 /11 /novembre /2007 00:00

En me dirigeant vers la salle d’audience, je me réjouissais à l’idée d’en savoir un peu plus sur la personnalité d’Yvan Colonna. Je le savais fils d’un député socialiste et d’une mère prof, pas très doué pour les études et revenant en Corse après deux de fac à Nice où il se sentait malheureux. Puis il avait fait sa vie à Cargèse choisissant d’être éleveur. Il s’était marié et avait eu un garçon, Jean-Baptiste qui a aujourd’hui 17ans et demie.

Le président a donc donné la parole à l’accusé pour qu’il explique son parcours à commencer par son désir de faire sa vie en Corse. « J’aime mon pays a-t-il dit sobrement. Au début sur l’exploitation c’était difficile. Mais petit à petit on a trouvé des débouchés pour le bruccio, et puis je retapais une petite maison sur le domaine familial. Ma femme avait un petit restaurant on s’en sortait ».

Alors lui demande le président vous aviez une vie choisie, une famille, du travail. Pourquoi avoir milité avec les nationalistes ? « Cela peut se résumer très simplement : j’ai le sentiment d’appartenir à un peuple. Ce peuple est nié dans ses droits. Cela fait de moi un nationaliste. Ma prise de conscience date des évènements d’Aléria, et j’ai vécu le départ de la famille à Nice comme un déchirement ».

Nationaliste mais pas militant

Interrogé plus précisément sur ses engagements nationalistes, Yvan Colonna a quitté son survêtement noir ; il est maintenant debout en polo blanc « j’ai appartenu à la CCN en 82 et je le suis resté jusqu’en 89-90. Là, il s’est passé un tournant dans ma vie professionnelle et affective. Dans l’âme je suis resté un nationaliste mais je n’étais plus militant. Bon, je continuais à aller à des manifestations culturelles ou à des manifestations contre des arrestations par exemple quand on me le demandait » et quand le président lui fait préciser sa position quand la guerre entre nationalistes fait des dizaine de morts, il répond « je regrette la mort d’un homme quelque qu’il soit. Dans notre secteur nous avons tout fait pour qu’il n’y ait pas cette guerre. Je constate que dans toutes les guerres de libération ce phénomène existe, il y a des querelles de pouvoir, de fraction ».

Le nationalisme c'est la guerre

Puis le président Coujard lui demande de commenter cette phrase : « le nationalisme, c’est la guerre ! » Pas de réponse frontale, Yvan Colonna parle de la violence que lui inflige la disparition de la langue corse : « La langue corse, je la parle à mon fils depuis sa naissance. Dans le village, il était devenu une mascotte, tous les vieux voulaient lui parler. A l’école, ils n’étaient que cinq ou six enfants à parler corse. Je ne suis pas un militant radical comme les juges anti-terroristes ont voulu me présenter. Si j’avais été un activiste ça se saurait tant il y a eu de morts. Pour les juges, il fallait que je sois radical, pour noircir le tableau »

Yvan Colonna répond du tac au tac au procureur. Il est posé, clair, très loin de l’image d’un homme fruste et renfermé. On le sent avide de s’exprimer devant une cour qu’il estime cette fois sans à priori.


Le reste de la journée on  a entendu des « témoins de moralité » à commencer par sa famille. Un exercice un peu convenu mais qui a brossé le portrait d’un homme assez éloigné de la violence : ce n’est pas un chasseur par exemple, mais un maître nageur qui sauve la vie des vacanciers imprudents...

Convaincu de l'innocence de son fils

Du côté de la défense, le moment le plus fort a été de brandir sous les yeux de Jean Hugues Colonna la lettre qu’il a écrit et signé  le 28 mai 99. A l’époque, Yvan venait de prendre le maquis et lui et son épouse Cécile écrivent à Dominique Erignac pour lui demander pardon. « C’est donc, dit Maître Lemaire que les parents l’imaginaient possiblement coupable. « Pas du tout ; j’ai pu douter admet Jean Hugues Colonna dans un discours un peu confus mais maintenant je suis convaincu de l’innocence de mon fils » ajoute-t-il très ému.

Plusieurs témoins dont sa mère qui est bretonne, (de deux parents bretons, cela a été souligné à l’audience) n’ont pas pu venir témoigner à la barre pour des raisons de santé.

A l’extérieur de la salle d’audience il y a presque plus de gendarmes que de public. La famille Colonna tente de se protéger des journalistes. Il fait froid dans la salle des pas perdus.  

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14 novembre 2007 3 14 /11 /novembre /2007 00:00

En ce troisième jour de procès le défilé des témoins de moralité touche à sa fin.  Se présente d’abord Pierette Serri, 53 ans, qui est la compagne d’Yvan Colonna ; ils se sont rencontrés en 83. C’est la mère de deux garçons, Virgile d’un premier mariage, puis  Jean-Baptiste en 90. « Quand notre fils est né, c’était un pur bonheur. La relation d’Yvan avec son fils était presque fusionnelle, il s’en occupait beaucoup plus que ne le fait un père ordinaire avec son enfant. » On ne pouvait s’empêcher de repenser à la venue à la barre de Jean-Hugues Colonna la veille. Témoignage si difficile qu’on pouvait imaginer que les relations entre le père et le fils avaient du être plus conflictuelles que fusionnelles. Yvan Colonna en a peut-être souffert, se construisant contre les certitudes de son père…


Plus doué pour le spectacle et la psychologie, Daniel Herrero s’avance à la barre, un bandana rouge maintenant ses cheveux  blancs dans un savant désordre. Avec sa carrure de rugbyman, ce professeur de 58 ans en jette. Il dit de son élève Yvan qu’il « était équipé pour être sur la voie de l’éducateur », qu’il n’avait pas un ego boursouflé, qu’il était quelqu’un fait pour donner aux autres. « L’appel de la terre était quelque chose de dominant dans sa psyché, dans sa manière d’être au monde » dit le colosse apppuyé sur la barre. Dans le box, Yvan Colonna s’amuse devant la truculence de son ancien prof. Et quand celui-ci termine en disant que son élève avait la générosité relationnelle de partage, de rudoyance et de générosité »l’éclat de rire est général.

L’appel des témoins de personnalité est terminé ; le Président de la Cour d’Assises à ce moment, en général, lit le compte-rendu des expertises psychiatriques. Yvan Colonna les a refusées. Le président lui demande de s’expliquer ;

« Je me considère sain de corps et d’esprit explique Yvan Colonna avec assurance, je ne voulais pas voir un psychiatre mandaté par Thiel et Le Vert (les juges d’instruction) qui me présentent comme coupable à tout prix. J’ai une position de principe : je suis innocent et c’est une réaction militante de ne pas me plier aux expertises psychiatriques, je suis persuadé que tout ce que je pouvais dire serait retenu contre moi »

Ce sera la  conclusion de cette première partie du procès.


 Après l’interruption du déjeuner, le menu devient plus consistant. La Cour commence  l’examen des faits par l’attaque de la gendarmerie de Pietrosella. Même si ces faits n’ont rien à voir en gravité avec l’assassinat du préfet Erignac, il s’agit d’un point capital. La thèse de l’accusation repose sur la démonstration de l’existence d’un groupe de nationalistes radicaux. Ce groupe est constamment évoqué dans l’ordonnance de mise en accusation sous la dénomination de « groupe des anonymes ».Il comprenait, toujours selon l’accusation, sept membres qui ont d’abord commis l’attaque contre la gendarmerie de Pietrosella avant de s’attaquer à la cible que constituait le préfet de Région. Pour les juges d’instruction, il ne fait pas de doute qu’Yvan Colonna était déjà présent sur Pietrosella et les deux gendarmes pris en otage ce soir de septembre 97 par un commando cagoulé et armé ont été priés de venir dire à la barre ce qu’ils avait vécu, vu et entendu.

D’abord le gendarme Didier Paniez, 43ans. Traumatisé par cette affaire au point d’avoir été déclaré inapte au port d’arme et inapte au terrain. Il raconte : «  Je me suis fait surprendre alors que j’allais ouvrir le portail de la gendarmerie par deux malfaiteurs, un jeune et un vieux. Je suis brutalement plaqué au sol, raconte-il, on m’ arrache mon arme de service et on me flanque un canon de fusil sur la tempe avec ordre de ne pas bouger. Puis je suis amené vers la fourgonnette de gendarmerie ou je retrouve mon collègue. Après un transport d’un quart d‘heure, sac de jute sur la tête les malfaiteurs nous abandonnent dans le maquis entravés et bâillonnés ».

Même récit de la part du gendarme Daniel Herniaux qui raconte que les individus cagoulés s’étaient visiblement scindés en deux groupes ; ils communiquaient entre eux à l’aide d’un talkie-walkie et les gendarmes ont  entendu « Jacob appelle king ! » à plusieurs reprises (des surnoms choisis parmi les marques de basket les plus prisées). Sans rentrer dans les détails, il y aurait eu deux équipes : une composée de 5 hommes et l’autre de deux. Yvan Colonna était –il l’un d’eux ? « Rien ne le prouve après ces auditions » a bien voulu concéder le président de la Cour d’Assise. La défense a marqué des points même si les confrontations avec les 6 membres du commando déjà jugés et condamnés peuvent mettre à mal ce fragile édifice.
 

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13 novembre 2007 2 13 /11 /novembre /2007 00:01

Le procès d’Yvan Colonna va s’ouvrir dans quelques minutes devant la cour d’Assises spéciale de Paris. Derrière le siège du Président Coujard, s’étale le dossier d’instruction. Des milliers de pages dont une partie concerne l’attaque commise contre la gendarmerie de Pietrosella et l’autre l’assassinat du préfet Claude Erignac. La foule est pour l’instant contenue dans l’immense salle des pas perdus qui court tout le long de la façade du palais de justice vers la place Dauphine.

Plus de 100 journalistes tous médias confondus ont demandé leur accréditation pour suivre tout ou partie de ce procès. Une structure en préfabriqué a été aménagée pour permettre de suivre les débats retransmis sur grand écran. Pour moi, la préparation avant un procès de cette ampleur a nécessité beaucoup de travail. Il a fallu rencontrer les avocats de la défense comme de la partie civile, se faire une idée de l’importance des quelques 127 témoins convoqués, lire tous les documents possibles. On en vient à une certaine impatience d’y être.

 En ce début de matinée, c’est plutôt la chaleur des retrouvailles entre ceux qui se prononcent clairement pour l’innocence d’Yvan Colonna. Son père d’abord, son frère et sa sœur, sa tante. Sa mère, elle, n’a pas pu venir pour raisons médicales. Il y a là aussi tous les témoins convoqués à commencer par les épouses ou compagnes des six membres du commando déjà condamnés. Et puis il y a des soutiens divers : Monseigneur Gaillot qui met en avant la sérénité d’Yvan Colonna : « il agit comme quelqu’un qui est en règle avec sa conscience »,le rugbyman Daniel Herrero « je le connais bien, j’étais son professeur de sport »,et bien sur des élus comme Jean Guy Talamoni ou la figure historique Edmond Siméoni. Ces deux derniers déclaraient à l’envie qu’il s’agissait bien d’un procès « politique », tant on voyait bien que l’Etat s’était mêlé de ce dossier à tous les niveaux.

Dans la salle d’audience à laquelle on accédait par des portiques sécurisés, l’ambiance était tout autre. A gauche, les bancs de la partie civile. Dominique Erignac, la veuve du préfet, vient d’arriver entourée de ses deux enfants et de son avocat et protégée par une haie de gendarmes. Elle reste très concentrée, sort un calepin et un stylo. Dans la salle, de nombreux amis sont venus la soutenir, on peut reconnaître par exemple le préfet Lacroix qui a remplacé le préfet Bonnet.

En face prennent place les cinq avocats d’Yvan Colonna, tous corses. Au dessus d’eux, un gendarme apparaît, bientôt suivi d’Yvan Colonna. Voila donc celui qu’on attend presque dix ans après les faits. On a comme hâte de le voir, de le dévisager, de percer le mystère qui se cache derrière ce visage. Il ressemble à la photo de l’affiche placardée dans tous les commissariats durant ses quatre ans de cavale. Mais l’expression n’est pas la même. Le visage est plus émacié et les traits plus tendus.   

A dix heures la Cour prend place : six magistrats professionnels, plus le président. Yvan Colonna est prié de décliner son identité. Age : 49 ans, profession : berger.

Voila, le procès peut commencer avec l’appel des témoins, la mise en place du calendrier, et la lecture de l’ordonnance de renvoi, c'est-à-dire de l’acte d’accusation. Tout au long de la journée, Yvan Colonna fait preuve d’une grande attention. Il se penche vers ses avocats de temps en temps comme pour souligner qu’il ne peut admettre telle ou telle description des faits. On comprend que le combat judiciaire va être rude. Les avocats du prévenu vont comme ils le disent « plaider le dossier ». Cela signifie en clair qu’ils demanderont à l’Accusation de fournir des preuves des éléments à charge contre Yvan Colonna à chaque instant.

En fin de journée, Yvan Colonna a été invité par le président à prendre la parole. Mais il a refusé de le faire.

   

 

 

 

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