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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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10 décembre 2007 1 10 /12 /décembre /2007 00:00

Le transport d’une cour d’assises sur les lieux du crime est un acte exceptionnel. Cette fois, sans doute parceque rien de ce qui touche la Corse n’est anodin, la justice s’est donnée les moyens (100.000 euros) de rendre un verdict sur des bases les plus équitables possibles.

 La rédaction de TF1 s'est aussi donné les moyens de faire vivre aux téléspectateurs cet évènement. Deux journalistes, Patrice Roubaud et moi-même, quatre équipes composées d’un cameraman et d’un preneur de son, deux motards, une assistante de production, un car de diffusion venu de Marseille constituait notre dispositif.

Mauvaise nouvelle pour tout le monde, une pluie dense s’abat sur Ajaccio depuis le matin et il pleut encore lorsque l’avion militaire se pose sur la piste après un peu plus de deux heures de vol. Nous sommes cantonnés dans un espace un peu éloigné de l’avion mais nous apercevons par la porte du milieu qui s’ouvre en premier les membres de la cour (le président, les six juges assesseur, le juge assesseur supplémentaire), les avocats généraux, les greffières, les avocats des parties civiles et de la défense. Suivent ensuite des spécialistes : la cour a demandé a être assistée par le chef des sections techniques de recherche et d’investigation de l’identité judiciaire, par deux photographes et par un balisticien de la police scientifique. Alors que tout ce petit monde se dirige vers un salon privé pour une collation, l’arrière de l’appareil s’ouvre, des policiers du RAIG et du GIGN se mettent en place, un fourgon n’est pas loin de la et Yvan Colonna descend rapidement ; il tourne un instant la tête vers l’aéroport peut être pour se persuader qu’il est bien à Ajaccio car l’avion ne comportait pas de hublot.

Aux environ de 14.15 tout le monde embarque pour se rendre à la gendarmerie de Pietrosella plastiquée en septembre 97. Le cortége comprend 15 camions de CRS, 19 motards, une dizaine de voitures banalisées, deux cars de passagers et un fourgon. La circulation a été bloquée sur tout le parcours et des CRS sécurisent les carrefours. La première halte sera très brève car la gendarmerie a été reconstruite après l’attentat et il n’y a pas grand-chose à vérifier. La seconde a lieu à Piscatello aux abords du clos Capitolo. Là, la discussion est plus pointue. Il s’agit de faire coïncider le témoignage des gendarmes enlevés avec les déclarations de deux des membres du commando. Car n’oublions pas que l’une des armes dérobées aux gendarmes a servi à tuer Claude Erignac. La seconde sera retrouvée au domicile de Pierre Alessandri sur ses indications. Les avocats de la défense communiquent aussitôt leurs impressions et affirment qu’ils pourront démontrer que le commando était composé non pas de 6 mais d’au moins huit hommes. Les avocats de la partie civile sont d’un avis contraire. Ils me joignent sur mon téléphone portable pour me communiquer ces informations ; théoriquement comme la cour siège à huis clos, ils doivent se conformer aux secrets des délibérations…

Le cortége va faire à nouveau une halte à l’aéroport car le président de la cour d’assise souhaite qu’ils visitent les lieux à la tombée de la nuit au plus près des conditions de l’époque. Lorsque le convoi s’immobilise au bas de la rue du colonel Colonna d’Ornano il est 17H. Les 40 personnes forment un groupe compact qui s’engouffre dans la rue en pente. Une petite foule de curieux est assez loin derrière des barrières métalliques. La circulation est complètement coupée dans tout le centre ville. Des projecteurs empêchent les habitants ou les journalistes de filmer des balcons environnants. Ils apercevront pourtant par leurs fenêtres Yvan Colonna, tête nue, gilet pare-balles et baskets blanches qui a l’attitude d’un simple observateur.

A 19.30, le transport de justice touche à sa fin, Yvan Colonna est ramené vers le fourgon. A ce moment une quinzaine d’hommes positionnée en contre- bas crie : « Ramenez le nous ! »

Les avocats viennent brièvement rencontrer la presse. Chacun tire les conclusions favorables à sa thèse. Nous aurons l’occasion d’en reparler puisqu’à l’ouverture des débats mardi chacun fera le bilan de ce qui a été constaté. La foule se disperse calmement tandis que le cortége reprend le chemin de l’aeroport. Dans la nuit humide son frère Stéphane et quelques proches sont sans doute soulagés que tout se soit bien passé.

Une journée mémorable qui fera partie de la légende de ce procés.

 

 

 

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8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 00:00

L’évènement de journée de vendredi devait être l’audition de Claude Géant. Pensez ! Le secrétaire général de l’Elysée obligé de s’expliquer sur son rendez vous le 19 octobre à 19.15 avec Roger Marion, le chef de l’enquête menée pour retrouver les assassins de Préfet. Autant le dire tout de suite cette audition à fait « pschitt ». « Je n’ai pas convoqué Roger Marion comme l’indique Le Point, je l’ai reçu à sa demande. Il m’a fait part de menaces qu’il avait reçu sur son portable ; apparemment la voix de l’homme avait un accent corse. Je lui ai demandé si il voulait une protection, il m’a répondu que non. Nous avons parlé de l’actualité et du livre qu’il allait publier. En fin d’entretien on a évoqué le procès. Il a dit qu’il irait, c’est tout » Questionné par Maître Sollacaro, l’un des avocats d’Yvan Colonna, il ajoutera : «  Roger Marion est un vieux complice. Nous avons conduit des enquêtes difficiles avec succès, on se voit de temps en temps. Il était de mon devoir de recevoir un collaborateur qui se sentait menacé ». Avez-vous formalisé cette menace dont vous avez connaissance au parquet ou au président de la cour d’assise lui demande Maître Siméoni ?Non, c’est à l’intéressé de la faire. Quant à admettre qu’il ait pu influencer le témoignage de Roger Marion devant la cour comme le soupçonne la Défense, évidement Claude Géant l’a démenti formellement.

 

Plus interessant peut-être pour ce procés a été l’examen de la lettre qu’a publiée Yvan Colonna par l’intermédiaire du journal U ribombu, mensuel indépendantiste en langue corse et françase. Yvan Colonna est alors en cavale depuis 18 mois quand il adresse ce texte rédigé en Corse. Il se définit comme un patriote recherché et le texte est assez virulent. Le président Coujard commence par lui demander si c’est vraiment lui qui a rédigé cette prose indigeste, très langue de bois. Yvan Colonna va s’expliquer longuement. « Quand j’écris cette lettre je ne vois pas ma famille depuis 18mois ni mon fils dont je n’avais jamais été séparé ;ce sont les années les plus sombres de ma vie. Je réaffirme donc une position de principe, je la maintiens quoiqu’il arrive. Malgré les conditions difficiles, je reste ce que je suis ,c’est ce qui me fait tenir debout, j‘ai des convictions, je me bats pour ma terre et pour qu’elle vive. »

Alors Philippe Lemaire va se lever pour poser la question qui fait mal : que pensez- vous, monsieur Colonna de l’assassinat de monsieur Erignac ? Sous entendu vous n’avez jamais cessé d’être un nationaliste pur et dur et vous n’avez jamais condamné la violence…

L’accusé voit le piège ; dans une explication embrouillée il refuse de condamner ses amis nationalistes et leurs actes violents tout en se défendant d’être lui-même un adepte de la violence « pour ce qui est de la vie d’un homme j’ai toujours dit ce que je pensais ; j’ai le respect de la vie humaine, je n’ai jamais tué personne, et certainement pas Monsieur Erignac. Quand il a fallu aller sauver de la noyade un touriste allemand dans une mer démontée, je n’ai pas hésité,je suis allé le chercher. Je n’ai pas de leçon de morale à recevoir. Je n’ai jamais fait l’apologie de la violence, je n’ai pas envie que mon fils ou mes neveux aient la même vie que moi ».

Yvan Colonna reste donc un militant qui ne condamne pas franchement, clairement l’acte commis par certains de ses amis. Une position  pour le moins acrobatique et inconfortable devant ses juges.

 

Prochain acte du procès dimanche, transport de la Cour sur les lieux à la gendarmerie de Piertrosella et au centre d’Ajaccio. 300 policiers supplémentaires ont parait-il été dépêchés sur place pour assurer la sécurité des membres de la cour d’assises et des avocats et d’Yvan Colonna qui sera présent.

 

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7 décembre 2007 5 07 /12 /décembre /2007 00:00

Alibi ou emploi du temps : tout dépend du point de vue auquel on se place. La Cour d'assises a tenté d’établir où était Yvan Colonna le 6 février 98 à partir de 17H et jusqu’au lendemain 7 février à 13H. Le capitaine Maroselli qui a participé à la garde à vue d’Yvan Colonna est interrogé le premier; il estime : « si les frères sont inquiets, l’alibi est tout trouvé : une réunion familiale » mais tous les membres de la famille qui défilent ensuite donne une crédibilité à la version donnée : à commencer par Jean-Hugues, le père d’Yvan Colonna, ancien député socialiste : « J’habitais à Nice à l’époque et chaque fois que je pouvais, je venais voir ma mère à Cargèse. Nous étions donc à 19H dans le salon quand Yvan est passé. On a bavardé, ma sœur préparait le repas du soir et elle lui a proposé de rester dîner. Il a refusé parce qu’il devait garder son petit » Et la tante d’Yvan confirme qu’elle peut donner l’heure de cette rencontre car ils regardaient l’édition régionale de F3.

Le problème que ne manque pas de souligner la partie civile est qu’il lui reste encore assez de temps pour rejoindre Ajaccio avant 21H, heure à laquelle Claude Erignac a été assassiné. Et là l’emploi du temps d’Yvan Colonna n’est corroboré par aucun témoin. Sa femme Pierrette Serreri quitte elle son domicile vers 20H19, un coup de fil l’atteste et elle ne voit pas son compagnon qui devait venir garder leur fils pendant qu’elle allait à une soirée crêpe. Il y avait des tensions dans le couple à ce moment là, elle a mis son absence sur un ressentiment passager. Le lendemain, malgré cette absence étrange, Yvan Colonna ne découchait jamais sans prévenir selon elle, il réapparaît le lendemain dans la matinée et la vie reprend son cours; pas de dispute devant Jean-Baptiste huit ans, s’étaient –ils promis.

Yvan Colonna est invité à donner sa version en fin de journée. Après sa visite au domicile familial, il s’est rendu chez sa compagne au village et là il a trouvé porte close a-t-il raconté : « Mon fils était chez sa grand-mère maternelle, je ne pouvais pas aller le chercher parce qu’il aurait voulu rentrer avec moi et cela aurait fait de la peine à sa grand-mère qui ne l’avait pas souvent ». Dépité, il serait allé dormir à la bergerie pour que sa famille ne soit pas au courrant de ses problèmes de couple, serait redescendu très tôt pour rejoindre son associé et pour remonter faire la traite du troupeau ensemble. Après son travail, il serait allé voir le chantier de sa future maison mais n’y a pas trouvé le maçon tunisien qui était censé y travailler. « Toutes ces situations sont invérifiables et couvrent la période essentielle de l’action du commando et de sa mise à l’abri dans la maison des Ferrandi »   fait remarquer un avocat de la partie civile..

Pour Piertrosella, l’alibi est plus simple à vérifier.Le 5 septembre 97, Yvan Colonna dit qu’il a amené son fils sur la place jouer avec ses copains Puis, ils sont allés manger vers 10H 30 une pizza au « Saint Jean », ensuite ils sont allés, père et fils, se coucher. Le patron du restaurant confirme. Des souvenirs tardifs : il mettra un an et demie à affirmer la présence du père et du fils ce soir là chez lui Avec une truculence très appréciée de la Cour en cette morne fin de journée.

 

Yvan Colonna a plaidé encore une fois un emploi du temps qui n’a pas dérogé à ses habitudes, sa famille a fait bloc autour de lui. Sans convaincre tout à fait car aucun fait décisif n’empêche, en tous cas pour Ajaccio, Yvan Colonna d’être sur les lieux. Ces déclarations familiales sont en tous cas incompatibles avec celle de Michèle Bruey, l’épouse de Pierre Alessandri qui a déclaré à propos du 6 février 98 : « j’ai vu monter Pierre  et Yvan Colonna dans la voiture. Il n’était pas normal qu’Yvan Colonna ne vienne pas me dire bonjour… Je me doutais que Pierre allait faire une bêtise dans la soirée vu les précautions qu’il prenait… » Et elle situe ce départ aux environs de 17H.

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6 décembre 2007 4 06 /12 /décembre /2007 00:00

La procédure judiciaire prévoit que lorsqu'il y a une demande "extraordinaire" qui est faite à la cour par l'une des parties,  les juges doivent entendre toutes les parties avant de rendre leur décision. Les demandeurs, à savoir les avocats de la défense, ont la parole en premier pour légitimer leur demande.

« On ne peut condamner un homme sur un scénario qui implique une réinterprétation de cinq témoignages, sur une analyse séquentielle, une réalité découpée. Il faut voir, se rendre compte, vous ne pouvez faire l’économie d’une vérification in situ »Maître Gilles Siméoni plaide pour une necessaire confrontation mentale pour justifier le transport sur les lieux. Il souligne avant tout l’exigence d’un procès équitable.

Ce n’est évidement pas le point de vue de la partie civile : « Il y a, parait-il, des éléments nouveaux dit d’un ton las Maître Philippe Lemaire. Depuis toujours le témoin Arrighi dit qu’il a vu trois hommes le dépasser. Et voila qu’Ottaviani nous dit huit ans après qu’il se souvient qu’il n’est pas resté dans la voiture, qu’il est sorti pour faire le guet. Et voila miracle c’est le troisième homme. De qui se moque-t-on ? Je ne suis pas furieux. Je pense que cela n’a aucun intérêt, que c’est une dernière manœuvre avant que nous nous expliquions et beaucoup de temps perdu »

L’avocat général, sans surprise, essaie de balayer la demande. « Il faudra parcourir une grande distance, avec des moyens coûteux et des mesures de sécurité importantes. Une telle demande n’est pas fondée. Elle ne se conçoit que si on peut réellement en tirer un bénéfice. Or nous disposons de plans détaillés, de photos, de la reconstitution déjà effectuée. Cette démarche n’est pas indispensable, elle n’apportera aucune compréhension supplémentaire »

La parole revient en dernier à la défense. C’est Maître Garbarini qui se charge d’enfoncer le clou : «Ce dossier n’est pas un dossier, c’est un maquis tellement il est fouillis et impénétrable ! (Sourires dans l’assistance). Chaque fois qu’on a essayé de se représenter les lieux, le président doit expliquer à la cour ce qu’il comprend avec son doigt. Et puis on ne voit chaque fois qu’une partie des rues. Il faut confronter les diverses versions en fonction des positions de chacun dans la réalité ! »

Lorsque chacun se disperse à l’heure de déjeuner, personne ne sait de quel côté la pièce va tomber. Il y a ceux qui croient savoir, ceux qui veulent rester à Paris pour préparer les plaidoiries de la semaine prochaine, les journalistes qui jaugent les difficultés de couvrir un évènement.

La décision tombe à 14H. La cour rend son arrêt : elle ordonne un transport sur les lieux, il n’y aura ni reconstitution, ni témoins entendus. Et son travail se fera à huis clos.
La Défense exulte,la famille Colonna respire comme si tout à coup on lui avait administré une bouffée d’oxygène. L’avocat général encaisse. Le procès reprend.

La cour aborde le dernier chapitre des faits : les heures qui ont précédé et la fuite d’Yvan Colonna vers une cavale de quatre ans. Ce sont les journalistes de TF1 qui sont interrogés parcequ'ils ont décroché l'interviw d'Yvan Colonna le samedi soir à Cargése, dernier contact public de celui-ci avant sa "prise de recul" dans le maquis. D’abord Axel Girard et son caméraman, Denis Bertrand. Axel Girard raconte qu’il a pris contact avec la famille Colonna en début d'après midi parce que son rédacteur en chef le lui avait demandé. Le matin même un article du Monde avait indiqué  que d’autres nationalistes allaient être inquiétés suite à l’arrestation des principaux acteurs du commando. Yvan, Stéphane et leur beau- frère Joseph étaient cités. La famille Colonna était désireuse de s’expliquer. L’équipe de télévision est reçue chez la sœur Colonna. Les trois hommes parlent et se défendent de tout lien avec l’assassinat du préfet ; "Yvan Colonna, dit Axel Girard, paraissait le plus motivé pour parler. Il était furieux qu’on dise que parce qu’il avait des sympathies nationalistes et qu’il élevait son enfant dans la langue corse cela fasse de lui quelqu’un qui avait le profil pour participer à un assassinat". Axel raconte la scène, la sérénité qui a suivi l’interview, la pizza partagée ensuite. « Yvan Colonna me dit qu’il est proche d’Alain Ferrandi et des autres militants interpellés. Il me parle de manipulation scandaleuse, qu’il a des convictions nationalistes mais qu’il s’est éloigné du mouvement ».  Pierre Baretti qui dirige l’enquête depuis Paris lui succéde à la barre. Il est celui qui a reçu le matin l’article du Monde. Il l’a faxé à Christine Colonna(Le Monde n’arrive que le lendemain en Corse) Il  lui a demandé d’organiser une sorte de « droit de réponse » avec les membres de sa famille. « La mise en cause des trois hommes est claire mais à ce moment là personne ne se cache, nous avons un accès facile à eux ; on voulait savoir ce qu’ils pensaient de ces accusations. C’est pourquoi j’ai demandé à l’équipe qui était en Corse d’aller les rejoindre. En voyant le résultat de l’interview je me suis dit : c’est étrange, il ne dit pas « je suis innocent » mais « si on dit que je suis coupable, qu’on le prouve ». Je l’ai trouvé sur la défensive. Rétrospectivement j’ai été surpris d’avoir pu être au contact du principal suspect si facilement ».

C’est Yvan Colonna qui aura le dernier mot : « Moi, je parle corse à mes enfants, mais je ne suis pas un assassin. Concernant cette interview, après des discussions familiales je me suis laissé convaincre de répondre, de réagir. On avait l’impression qu’on voulait nous faire porter le chapeau. Il y avait eu des interpellations, on savait qu’on était surveillé ; il y avait cet article de journal qui nous ciblait. On a eu envie de réagir c’est tout »

 

Yvan Colonna a ensuite raconté comment il a décidé de fuir dans la montagne. Mais je n’étais plus dans la salle d’audience. Je préparais mon reportage pour le journal de 20H. Enfermée dans mon camion de montage positionné à l’arrière du Palais de justice, je tentais d’imaginer ce qu’allait être ce « transport sur les lieux » de la cour d’assise, sans doute le week-end prochain.   

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5 décembre 2007 3 05 /12 /décembre /2007 00:00

Marcel Istria vient de quitter la salle d’audience. Il est le dernier membre du commando à temoigner. On sent comme un frémissement du côté de la Défense. Maître Dehapiot bondit et se saisit du micro : « Monsieur le président, nous vous demandons un transport de la Cour sur les lieux. Cette demande relève de votre pouvoir. Nous vous démontrerons combien elle est utile à la manifestation de la vérité »Maître Garbarini enchaîne : « cette reconstitution nous a été refusée par la Chambre de l’Instruction. Pour nous il y avait deux personnes auprès du préfet quand il a été assassiné, pas trois. Il y a un postulat de culpabilité qui ne tient pas à l’examen des témoignages. On constate qu’il y a eu faillite de l’instruction et de l’enquête". Et Maître Siméoni d’enfoncer le clou : « Il y a eu deux rapports policiers qui parlaient de deux tueurs et d’un guetteur avec 5 témoignages directs concordants. En mai 99, les membres du commando parlent d’Yvan Colonna. A partir de ce moment là il y a une troisième version qui va être le fondement de l’Accusation. Si il y a un transport sur les lieux, il n’y aura plus de débat. Si il n’y a pas de troisième homme, il n’y a pas de place pour Colonna ou un autre. Une justice sereine ne peut pas faire l’économie d’un transport sur les lieux »

Maitre Lemaire qui défend Madame Eroignac se lève aussitôt pour réagir : « Quand les choses ne vont pas bien, il faut créer de la fumée ».

Suspension d’audience pour réflexion.

A la reprise l’avocat général donne son sentiment. D’abord il souligne les difficultés logistiques. Puis sur le fond, il fait part de son hostilité à un tel transport : « Colonna nie sa présence, il dit je n’y étais pas , je suis innocent. Les autres ont refusé de participer à la reconstitution. Quelle version allons nous reconstituer ? La version des condamnés, celle d’Allessandri quand il s’accuse d’être le tireur ou celle toute récente d’Ottaviani qui prétend être le troisième homme ? Je demande que la Cour ne fasse pas droit à cette demande ».

Quant aux avocats des parties civiles ils redisent chacun à leur façon qu’il s’agit d’un piège tendu à la Cour par une Défense aux abois mais qu’ils ne s’opposeront pas à un transport sur les lieux si la Cour le décide.

Le président décide qu’il saisit de cette question l’ensemble de la cour (ce sera donc une décision des six juges-jurés et de lui-même) et demande aux avocats un mémoire écrit résumant les raisons qui motivent la requète.

Cette demande de transport sur les lieux ne sort pas de nulle part. En préparant ce procès, les avocats de la Défense m’avaient prévenue qu’ils en feraient la demande. C’est plutôt l’heure et le moment qui surprend. On l’attendait après l’audition des témoins visuels. Si elle vient maintenant c’est sans doute parce que la Défense joue une sorte de quitte ou double. A l’ouverture de l’audience, le matin, Yvan Colonna s’est assez longuement exprimé. Il a accusé les membres du commando condamnés de protéger quelqu’un d’autre ou quelques-uns. « J’ai le sentiment, a-t-il dit qu’ils ont fait le choix de prendre le risque de me faire condamner à perpétuité, bien que je sois innocent…Ils sont venus dire que je n’y étais pour rien, mais moi cela ne me convainc pas tout cela. Visiblement, il y a une stratégie pour bloquer. On bloque à sept, On ne va pas plus loin. Leur attitude, je ne la comprends pas quand ils ne veulent pas s’expliquer sur le nombre ».

Cette demande de transport sur les lieux de l’assassinat à Ajaccio suppose une logistique imposante : protéger l’anonymat des juges-jurés, remettre l’échafaudage et les voitures dans la rue qui monte vers le théâtre, retrouver l’éclairage public d’alors…

La Cour rendra sa réponse dans la matinée.

 

 

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4 décembre 2007 2 04 /12 /décembre /2007 00:00

Alain Ferrandi, 47 ans, pull et blouson noir a été extrait de sa cellule de la centrale de Poissy pour comparaître devant la cour d’assises spéciale en qualité de témoin. Il a été condamné à la perpétuité comme co-auteur de l’assassinat du préfet Erignac. Sa voix est ferme, il parle avec un calme impressionnant. Il commence sa déposition par un aperçu de son parcours et du contexte de l’année 98 : « c’était des conditions politiques difficiles, tendues, larvées par l’affrontement fratricide entre nationalistes qui a énormément dégradé la situation et blessé les militants les plus sincères. Etre un citoyen corse engagé en Corse  peut conduire inévitablement à la prison. » Puis Alain Ferrandi parle du clientélisme et de l’assistanat comme du cancer de l’île. Enfin il s’adresse à Madame Erignac assise à un mètre de lui sur sa gauche : « Vous avez dit ,Madame, lors d’une interview  au Figaro que la mort de votre mari n’a servi à rien parce qu’on a pas profité de cette tragédie pour faire cesser les passe-droits, contrôler la passation des marchés publics ou des listes électorales. Je dois reconnaître que vous avez raison. En dépit de mes responsabilités, je ne suis pas insensible à vos souffrances. Notre engagement national n’est pas fait de haine. Il a été un moyen d’expression politique dans une situation bloquée : durant cette période le mouvement national a été traversé par des épisodes qui ont délégitimé son action. Je suis en prison depuis dix ans, je reconnais implicitement que la mort du préfet n’a servi à rien ».

Puis viennent les questions du président de la cour sur les faits : « ma garde à vue s’est déroulée normalement et j’ai confirmé les déclarations de mon épouse pour qu’elle n’aille pas en prison. Je ne vous dirai jamais qui a tiré sur le préfet. Je préfère assumer une partie de ce geste plutôt que de dénoncer qui que ce soit. J’ai dit que c’était pas moi, c’est tout » Puis il ajoute un peu plus tard : « je connais bien M. Colonna. Je suis convaincu que si il avait participé, il aurait reconnu sa participation » Un peu bousculé par les avocats de la partie civile , Alain Ferrandi reste sur sa ligne : il assume ce qui le concerne et ne dit rien au sujet des autres.

C’est alors qu’Yvan Colonna se saisit lui-même du micro : « Alain dit-il après quelques mots rapides en corse, je vais te parler franchement.On m’accuse à tord, maintenant il faut dire la vérité, que je n’y étais pas. Il faut dire pourquoi vous n’avez rien dit, pourquoi vous avez tant attendu »Et en disant cela, il tente de croiser le regard de son ami.

Alain Ferrandi garde le regard fixé sur les juges.

« Je sais que tu es un homme d’honneur et que si tu avais participé à cette action tu l’aurais revendiqué. Par conséquent je confirme que tu ne faisais pas partie du groupe ».

Cette phrase résonne à double sens. Celui qui est considéré comme le chef du commando s’exprime clairement et avec des mots choisis tout au long de sa déposition. Il dédouane donc Yvan Colonna du bout des lèvres, d’autant qu’un peu plus tard il confirme que le groupe qui a assassiné le préfet était composé de 7 personnes et que l’un d’eux manque à l’appel. « je ne suis ni soulagé, ni amer »lâche-t-il quand on lui fait remarquer que disculper Colonna, c’est accuser quelqu’un d’autre. « Je ne dirai rien, je ne suis pas un membre supplétif de la police ».

Et Alain Ferrandi quitte la cour d’assisses sans un regard pour la famille Colonna assise devant lui.

Puis vient le tour de Pierre Alessandri, 49 ans, lui aussi condamné à la réclusion à perpétuité. Il décline l’invitation du président à expliquer son geste : « je n’ai pas l’intention de prendre ce procès comme une tribune. Je n’ai pas l’intention non plus de me plaindre de ma garde à vue. Il y avait des hommes chargés dans un contexte difficile de faire la lumière sur une attaque de gendarmerie et l’assassinat d’un préfet. Mais ils m’ont mis en condition. Ils me faisaient passer devant la cellule de ma femme qui pleurait. Ils me faisaient vivre des horaires impossibles et suivant le principe des déclarations tournantes me communiquaient des bouts de ce qu’avaient dit les autres. J’ai même eu droit au méchant qui m’appliquait de grandes claques sur les oreilles. Cela provoque des éclatements du tympan. C’est à ce moment là que j’ai appris qu’Yvan Colonna était en fuite. Si les inspecteurs ne m’avaient pas appris cette nouvelle, je pense sincèrement que je serai revenu sur mes déclarations ». Interrogé sur ses liens avec Yvan Colonna, on comprend qu’ils étaient amis mais pas amis intimes. Communiquer son nom aux enquêteurs lui semblait a-t-il expliqué, "une porte de sortie temporaire". Vient une discussion sur l’arme de crime. Sur procès verbal, Alessandri a reconnu posséder une arme personnelle, un Browning. Il a déclaré également qu’Yvan Colonna était celui qui avait en charge d’abattre le préfet. Or l’arme du crime est le pistolet dérobé aux gendarmes de Pietrosella, de marque Beretta. « Je portais une arme à la ceinture et j’en tenais une à la main » a-t-il dit en guise d’explication.

L’audience se poursuit. Pierre Alessandri a du mal à convaincre comment il a pu pendant I8 mois accuser son ami Yvan Colonna. Il est souvent confus. Il dit « c’est vrai parfois on botte en touche » concernant tel ou tel détail. Mais il maintient envers et parfois contre tout : « Yvan Colonna ne faisait pas partie du groupe ».

Joseph Versini, entendu en toute fin de journée sera sur la même ligne : il faut sauver le soldat colonna…

 

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1 décembre 2007 6 01 /12 /décembre /2007 00:00

Body blanc, manteau noir, cheveux courts soignés, Jeanne Ferrandi s’avance à la barre. Tout de suite, elle explique : « Le seul moyen de me sauver, ça été d’oublier. J’ai souffert d’une grosse dépression. J’ai décidé de tirer un rideau sur tout ça, j’ai fermé des tas de portes, derrière l’une d’elle, il y a mon mari »La femme qui n’a plus de mémoire relève le président, est pourtant celle dont la déposition est tout à fait centrale. Il lit le procès verbal dans lequel on apprend que son mari , Yvan Colonna et Pierre Alessandri sont venus se réfugier chez elle après l’assassinat du préfet, qu’ils ont discuter à voix basse entre eux dans la cuisine, qu’elle a sorti des couvertures pour qu’ils passent la nuit dans son salon … ; Un récit d’un réalisme extraordinaire dira le président Coujard. Comment peut-on oublier ? « Je ne peux confirmer cette déclaration, je ne me souviens plus ». A noter aussi cette intervention de Maître Siméoni qui rappelle à Jeanne Ferrandi ce qu’elle a dit : « mon mari a été condamné à perpétuité, mon fils et moi avec » et les mauvais traitements qu’elle a subi en garde à vue. De cela, Jeanne Ferrandi à un souvenir clair « je vois les mains du policiers qui s’agitent devant moi ; il me dit tu vas en prendre pour vingt ans, vingt ans ma belle ! Réfléchis, tu as un petit garçon !

 

L’après –midi commence par l’audition de Valérie Dupuis, l’ex-compagne de Didier Maranelli. Elle a 39 ans, vit à Ajaccio et tranche par rapport aux autres compagnes. Elle signale qu’elle est remariée et qu’elle a un autre enfant avec son nouveau compagnon. Un profil très différent des autres épouses. Interrogée sur ses conditions de garde à vue elle affirme qu’elle à rien à reprocher aux policiers et qu’on ne lui a jamais fait dire des choses inexactes. Sur Yvan Colonna, elle est très dure : « Je le connaissais de vue, il est de Cargèse mais je ne sais pas pourquoi je ne l’ai jamais senti »Elle confirme qu’Yvan Colonna est bien venu chez elle le 7 février voir son mari, qu’ils ont conversé dans la cuisine, qu’elle n’a pu entendre leur conversation, mais qu’après cela son mari a toujours eu un comportement bizare. L’heure de cette visite fait l’objet d’une âpre discussion dans le prétoire car le moment de ce rendez-vous a fluctué de « vers 9H » à « dans la journée » suivant les dépositions. La jeune femme exprime aussi sa colère à l’égard des journalistes qui la harcèlent et lui font dire n’importe quoi au point qu’elle a peur quand une moto ou une voiture la serre d’un peu trop près. On sent aussi une rancœur à l’égard des parents de Didier Maranelli qui font changer les serrures de l’appartement de Cargèse pendant qu’elle est en garde à vue. A l’angoisse de la situation, s’ajoutent les difficultés matérielles. Une vie dévastée par un acte dont elle n’est en rien responsable.

Après cette déposition, Yvan Colonna a la parole. « je ne pouvais pas être à la fois Chez Ferrandi et chez Maranelli à la fois. Je ne dis pas qu’elle ment, mais elle se trompe. Je n’étais ni chez l’un, ni chez l’autre. Il y a des contradictions; quand je cherche à la démontrer chez M. Thiel, ça ne marche jamais ». On sent dans sa voix un mélange de colère et de dépit.

 

La journée se termine avec la venue du premier des six hommes condamnés définitivement pour leur participation à l’assassinat du préfet Erignac . Didier Maranelli a été extrait de la centrale de Saint-Maur ou il purge 25 ans de prison pour une comparution en tant que témoin. Il était à l’époque comptable au Grand Bleu et nationaliste convaincu. Il s’adresse à la cour d’emblée : « je veux vous dire que j’ai porté des accusations injustes contre Yvan Colonna. Malgré les coups, les insultes, je m’accrochais à la version que je n’étais pas présent à Ajaccio au moment des fiats. Et puis les policiers m’ont soumis les éléments de la téléphonie. Et là j’ai eu peur pour mes proches. Cela démontait ma version. Si je persistais dans mes dénégations, j’allais mettre mes proches dans la galère. Ces craintes m’ont fait avouer. Mais dans ces éléments il y avait la voiture de Valérie et celle des mes parents. Ils étaient de santé fragile et l’idée qu’ils puissent être incarcérés m’a fait craquer. J’ai dit ce que les inspecteurs voulaient entendre. Par ailleurs j’informe la cour que cet acte est un acte assumé collectivement et que je ne donnerai aucun détail structurel concernant le groupe ». Une version qui replace l’assassinat du préfet Erignac dans la perspective d’un nationalisme violent et sans remords. Pas sur que la défense d’Yvan Colonna en sorte renforcée.

  

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30 novembre 2007 5 30 /11 /novembre /2007 00:00

Cette fois la Cour d’assises aborde un nouveau chapitre appelé révélations et revirements. C’est véritablement le cœur du procés puisqu’on le sait les indices matériels directs manquent. Il s’agit de savoir dans quelles conditions ont été obtenues ces aveux et si ils sont maintenus aujourd’hui.

Nicole Huber-Balland,la compagne de Joseph Versini se présente la première à la barre :  «  j’ai 58 ans et je suis apicultrice ».Puis dans l’après-midi Michèle Bruey, épouse Alessandri « j’ai 49 ans, je suis cuisinière ». Toutes deux à l’époque où tout allait bien, vivait une vie familiale et une aventure professionnelle aux cotés de leur mari. Et elles avaient une chose en commun : elles ne parlaient jamais de politique avec leur mari.  En Corse, le nationalisme, c’est une affaire d’hommes, avec ses réunions clandestines et les questions qu’il ne faut pas poser…une vieille tradition semble-t-il.

Nicole Huber-Ballan raconte son soulagement quand elle a réalisé que le soir de l’assassinat du préfet son mari était au lit avec quarante de fièvre. Il a donc été condamné pour sa participation  reconnue à l’attentat de Pietrosella, il est bientôt « libérable ». Interrogée par la DNAT à Paris, elle donne les noms des membres du groupe des anonymes, information qu’elle réitèrera devant la juge Le Vert. « J’ai donné ces noms car on me les a lus, la messe était dite, ils savaient tout. On m’a suggéré les réponses, on les répète parcequ’on est dans la confusion ; d’ailleurs vous me relisez mes déclarations mais je suis très étonnée, je dis des choses que je ne savais pas ». La lecture des PV est pourtant sans appel : à plusieurs reprises elle confirme que son compagnon appartenait à un groupe nationaliste clandestin composé notamment d’Yvan Colonna. 

La tâche était plus ingrate encore pour Madame Alessandri. Son mari a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, sa vie a été ruinée par cette affaire . Elle est ce que le président Coujard appelle « une victime collatérale ». « Pendant ma garde à vue, j’ai commencé par protéger mon mari et j’ai dit qu’il était avec moi le soir du crime. Au bout de quarante huit heures, j’avais peur des coups, j’entendais des bruits de bottin, des cris dans le couloir » « C’est sans doute la tektonique de la garde à vue » lui répond flegmatique le président. Avez-vous été torturée ? » « Non, mais j’avais peur de rester en prison, je connaissais plusieurs femmes de nationalistes qui avait été arrêtées pendant des mois ».

La lecture des procès verbaux,, notamment le sixième qui commence par  

« Maintenant je vais dire la vérité : je suis formelle, Yvan Colonna est bien monté avec Pierre dans la voiture. Il n’était pas normal qu’Yvan Colonna ne vienne pas me dire bonjour dans la maison. Je ma doutais que Pierre allait faire une bêtise dans la soirée vu les précautions qu’il prenait »

Et le président lui fait remarquer : « mais le chauffeur vous n’avez pu le voir et lorsqu’on vous dit que c’était Didier Maranelli vous dites que vous ne pouvez pas le dire que vous ne l’avez pas reconnu. Vous avez donc gardez votre capacité de discernement ? »

Réponse : » Ils avaient un fil conducteur, ils me disaient les noms ». Et le président reprend :  « au fond tout est vrai dans ce que vous dites sauf Yvan Colonna ! » « oui, c’est cela »répond- elle d’une petite voix.

Car dans sa déposition cette femme a raconté que le lendemain de l’assassinat elle était allée récupérer son mari chez les Ferrandi, maison à la sortie d’Ajaccio qu’elle connaissait pour y avoir été déjà invitée, que c’est madame Ferrandi qui l’a accueillie avec les traits tirés, qu’elles ont bu le café. A ce moment là elle a vu Alain Ferrandi, Pierre Alessandri et Yvan Colonna. Dans sa déposition elle dira : les trois hommes étaient graves, sans plus…

Et à une question d’un des avocats de la partie civile, Benoit Chabert, on sent un craquement dans les réponses un peu mécaniques de Michèle Bruay, épouse Alessandri  visant à dédouaner l’homme qui passe aux assises : « c’est un acte extrême que rien ne peut justifier. Je pense que mon mari à pris ses responsabilités, les autres il faut leur demander »en se tournant insensiblement vers le box d’où la regarde intensément Yvan Colonna.

Madame Ferrandi habite et travaille à Cargèse...

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29 novembre 2007 4 29 /11 /novembre /2007 00:00

Jean louis Bruguière, 64 ans, Laurence Le Vert, 56 ans, Gilbert Thiel, 59 ans , les trois juges d’instruction spécialistes de la lutte anti-terroriste étaient appellés à la barre par les avocats de la défense. Tous trois étaient ce qu’on appelle co-saisis des instructions ouvertes après l’attaque de la gendarmerie de Piertrosella et l’assassinat du préfet Erignac. La salle d’audience est pleine à craquer car il est rare d’entre ces juges parler.

Le premier qui s’avance, souriant est Jean Louis Bruguière. « il n’ y a pas eu de mon point de vue de dysfonctionnements » lâche-t-il très vite sur une question de la défense. Maître Siméoni le met sur le grill concernant la description des faits et la présence de deux puis de trois hommes sur les lieux du crime après les aveux du commando, selon la défense, une variation jamais prouvée. « Nous avons essayé de faire une reconstitution avec ceux qui ont avoué leur participation. Durant le vol vers Ajaccio, ils ont changé d’avis et décidé de ne pas participer. C’est l’expression d’une stratégie collective. On en a pris acte. Au départ on n’avait pas de postulat. Mais des éléments qui découlent des interrogatoires nous laissent penser qu’il n’y a pas deux mais trois personnes ».

Alors l’avocat d’Yvan Colonna rappelle à Jean Louis Bruguière qu’il a dit devant la Commission d’enquête parlementaire qu’il fallait sortir de la culture de l’aveu. « La procédure américaine, c’est vrai, n’admet que l’administration de la preuve matérielle. Mais en France, toutes les preuves sont admises, y compris l’aveu »lui répond le juge sans sourciller.

Enfin l’avocat de la partie civile, Philippe Lemaire lui demande de revenir sur le témoignage de Jeanne Ferrandi. « C’est un moment extrêmement émouvant et je m’en souviens parfaitement. C’était le 24 mai 99 vers 15 heures. Elle savait que son mari ne sortirait pas pour de longues années, elle a parlé librement »raconte le juge

Voici en effet ce qu’elle a déclaré et qu’on peut lire dans l’ordonnance de renvoi : Alain Ferrandi rejoint sa femme dans la salle de séjour, ils entendent à la radio une édition spéciale annonçant la mort du préfet. « J’ai compris tout de suite…mon mari a alors posé sa main sur mon menton et m’a dit « ça va ? » voyant ma figure qui s’était décomposée. Je lui ai répondu sur le même ton « ça va » et il a bien compris qu’en fait ça n’allait pas et que j’avais tout compris. Il y a eu en quelque sorte une connivence pathétique dans ce bref échange »

Jean Louis Bruguière en a terminé, il part entouré d’une nué de gardes du corps vers sa voiture de fonction sans s’adresser à la presse.

Laurence Le Vert lui succède. Silhouette assez carrée, visage anguleux, toute habillée de noir. La défense lui reproche d’avoir mené une enquête à charge, de n’avoir jamais tenu compte des déclarations faites par Yvan Colonna sur son emploi du temps, de n’avoir jamais organisé de confrontations entre Yvan Colonna et ses co-accusés. La juge ne plie pas, défend ses conclusions : « J’ai rendu deux ordonnances dans ce dossier, je n’ai rien à ajouter ». Tout juste concède t-t-elle que tous les membres du  groupe des anonymes ne sont peut-être pas tous identifiés.

Vient ensuite Gilbert Thiel qui a plus particulièrement instruit l’affaire de Pietrosella. Il rappelle que Michèle Bruay, épouse Alessandri et Nicole Huber-Balland compagne de Joseph Versini ont toutes deux inclus Yvan Colonna dans le groupe d’activistes qui ont participé à Pietrosella. Et sur les revirements et dénégations ultérieures des uns et des autres il dira : « Les juges ne sont pas forcément meilleurs que les autres. Ils ont des oreilles. Quand quelqu’un change de version, ils s’interrogent ».

En cette fin de journée épuisante, Yvan Colonna reprend la parole : « Monsieur Thiel ne m’a traité comme il l’a dit. J’ai motivé mon silence comme une protestation contre l’interdiction de parloir que je subissais. Mes silences étaient motivés. Il n’a jamais voulu organiser de confrontations avec mes accusateurs. Pour lui, dés que je disais quelque chose soit j’inventais soit je mentais. Vous êtes bon surtout pour faire du théâtre ! » lui lance-t-il furieux.

La journée s’achève très tard sans qu’on ait pu déceler le moindre doute ou le moindre regret de la part de ces trois juges quant au sort judiciaire d’Yvan Colonna.

 

 

 

 

 

 

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27 novembre 2007 2 27 /11 /novembre /2007 00:00

« Je suis venu ici pour assumer toute la responsabilité de l’enquête qui a abouti à l’arrestation du commando ». L’homme qui s’adresse ainsi à la cour est Roger Marion, l’ex patron de la DNAT,  la division nationale anti-terroriste. Un grand flic à la réputation sulfureuse à qui l’enquête sur l’assassinat du préfet Erignac a été confiée. L’homme est de petite taille, mince, cheveux devenant rares plaqués vers l’arrière. Il porte la soixantaine comme d’autres la cinquantaine. L’allure est jeune et la voix pleine d’un accent chantant du sud- ouest. Il commence sa déposition sur la manière dont sont organisés les services anti-terroristes, comment il a été saisi de l’enquête, ce qu’il a trouvé en arrivant à Ajaccio, les premières investigations en direction de la piste agricole et de la piste des intellectuels dont il rappelle qu’ils étaient de véritables militants nationalistes actifs. Il raconte enfin le tournant  avec le retour des analyses de téléphonie mobile qui ont montré que deux portables l’un appartenant à la société Filcar et l’autre Le grand bleu menaient à deux membres du commando. L’étau s’est resserré, quatre hommes (Maranelli, Ferrandi, Istria, Alessandri) sont conduits en garde à vue à Paris, le premier passe aux aveux. « Des interrogatoires menés de façon étanche, le cloisonnement a été respecté sous ma direction » précise le préfet Marion.   « Ces aveux sont sincères, vérifiés, corroborés par des détails ignorés des enquêteurs »souligne-t-il un peu plus tard. La partie civile et leurs avocats sont discrètement soulagés qu’on rappelle cette évidence. Alors à la question de Maître Philippe Lemaire :

« Il y avait bien un commando de sept personnes ? »

Le policier répond « oui ».

« Est-ce que le septième est celui qui est dans le box ? »

« Bien évidement » ajoute Roger Marion.

Tout ne sera pas aussi clair et limpide et sous les coups de boutoirs de la Défense il arrive à Roger Marion de vaciller. Par exemple, il lui est difficile de masquer la guerre des polices ou l’irritation ressentie lorsqu’il apprend que le préfet Bonnet mène dans son dos ce qu’il considère comme une enquête parallèle. Même si il ne le dit pas à la barre : visiblement Claude Guéant à réussi à calmer les ardeurs du colérique Roger Marion (surnommé Eagle four, comprenez « y-geule-fort », par ses hommes). Il est également peu crédible lorsqu’il dit qu’il n’était pas présent lors des aveux de Didier Maranelli, qu’il était allé s’acheter un sandwich et une bière à ce moment là. La défense voulait mettre en doute l’étanchéité des garde à vue et la possibilité que le nom d’Yvan Colonna ait été soufflé aux autres personnes interrogées à ce moment là. Mais la partie de ping-pong très serrée  n’a pas réussi à déstabiliser Roger Marion. Seule consolation pour Maître Siméoni , Roger Marion  n’a pas réussi à convaincre sur le pourquoi et le comment de la fuite d’Yvan Colonna. On devine qu'à l’époque on ne le considérait pas vraiment comme un membre important du commando. Si cela était confirmé, cela serait un pavé dans la mare de l’accusation

Ce matin, Michèle Fines a rencontré Roger Marion pour d'ultimes précisions. Ecoutez-le :

 

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