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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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15 avril 2008 2 15 /04 /avril /2008 00:00

« Il faudra 24 à 48 heures pour amener les pirates sur le territoire français. Dés leur arrivée ils seront placés en garde à vue à leur arrivée  dans le cadre de l’enquête préliminaire » a confirmé un haut magistrat à la mi-journée. Les six pirates arrêtés lors de leur fuite avec le butin ont donc été expulsés et non extradés puisque c’est le président somalien lui-même Abdoulahi Youssouf qui a autorisé ce transfert. La justice française n’est pas au bout de ses peines car il faudra établir l’identité des ravisseurs, certains pourraient même être mineurs et il faudra trouver un interprète dans le dialecte sud-somalien pour leur notifier leurs droits. La garde à vue pourra durer quatre jours maximum, car il ne s’agit pas de terrorisme mais d’une opération crapuleuse. Après quoi les pirates pourraient être mis en examen pour détournement de navire, enlèvement et séquestration en bande organisée avec remise de rançon. Ils risquent la réclusion criminelle à perpétuité. Quant au bateau lui-même il devrait être remorqué jusqu’à Djibouti afin qu’une équipe de la police scientifique le passe au peigne fin. Il lui faudra repérer les empreintes digitales et autres traces ADN afin d’établir ultérieurement la présence ou non des individus arrêtés à terre. Il est possible d’imaginer que ce ne sont pas les mêmes personnes qui étaient chargées de fuir avec la rançon que ceux qui ont séquestré l’équipage.

La situation juridique est exceptionnelle mais pas unique. « Il faut se rappeler Carlos, Klaus Barbie, les détenus de Guantanamo et même ce colonel de l’OAS, le colonel Argoud que la France était allée chercher en Allemagne en 63 » a commenté Maître Georges Kiejman. « Néanmoins, il s’agit de petits arrangements avec le droit au non de la raison d’Etat » a ajouté le juriste.

Jean-Claude Marin, le procureur général de Paris donnera une conférence de presse vendredi ou samedi pour donner les précisions juridiques qui s’imposent.

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14 avril 2008 1 14 /04 /avril /2008 00:00

« Elisabeth ? C’était une fille de joie et de lumière. C’est son rire clair que j’entends » a dit ce matin Francis Brichet devant la cour d’assises à Charleville –Mézières. Sa fille a été enlevée par le couple Fourniret le 20 décembre 89 alors qu’elle rentrait chez elle après avoir rendu visite à une amie. Elle avait 12 ans. Cela s’est passé dans la banlieue de Namur, vers 19 heures. Elle s’est volatilisée après être passée à la boulangerie du quartier. Après plus rien, aucune trace pendant quinze ans. Un calvaire pour la famille jusqu’à l’interrogatoire de Monique Olivier le 28 juin 2004. Elle précisait qu’ils avaient repéré la petite fille et attendu qu’elle quitte le domicile de son amie. Le couple avait réussi ensuite à faire monter Elisabeth dans le véhicule grâce notamment à leur fils alors âgé de quinze mois : ils ont simulé des parents inquiets à la recherche d'un médecin pour leur bébé.

 La petite fille à peine dans la voiture est aussitôt terrorisée et menacée car Fourniret veut l’emmener dans sa maison en France, il faut donc franchir le poste frontière dans le calme. Finalement ils arrivent dans leur maison à Floing ou selon Monique Olivier, son mari force la petite à boire de l’alcool. Dans la chambre du haut, après avoir attaché Elisabeth, Monique doit faire la toilette intime de la jeune fille avant que Michel Fourniret  tente de la violer. Le lendemain, la scène se reproduira dans un des pavillons du château du Sautou que le couple vient d’acheter . Mais cette fois la petite est consciente, se débat, hurle. Michel Fourniret tente de l’étouffer avec un sac en plastique d’abord, puis l’étrangle à mains nues. Il mettra son corps dans un congélateur quelques jours avant de l’enterrer profondément à proximité du pavillon ou il l’avait séquestrée.

Des aveux qui n’ont pas été confirmés par le principal accusé. Ce matin Michel Fourniret a bien reconnu être l’auteur de l’enlèvement, de la séquestration et du meurtre de la petite fille mais pas du viol. Monique Olivier elle aussi est revenue partiellement sur ses aveux : « je ne l’ai pas violée ni tuée » a-t-elle lâché du bout des lèvres.

Le père d’Elisabeth Brichet a parlé de Michel Fourniret comme d’un « monstre mythologique » et sa mère a mis en cause l’efficacité des justices belges et françaises. « Elisabeth, l’inconscience et l’incurie de la justice t’ont assassinée ! Quinze années d’erreurs d’un système judiciaire qui n’a que faire du viol et des tortures sauf en temps de guerre. Il y a l’émotion dans le prétoire, et après ? Il y a bien d’autres Fourniret. Les enfants sont leur trésor de guerre, ils font des émules en prison, ils se nourrissent de leurs meurtres et de leurs viols ! » a – telle lancée très émue en direction des magistrats.

Pressé par l’avocat de la famille Brichet, Michel Fourniret a refusé de répondre aux questions si le huis clos n’était pas prononcé ; les audiences de ce point de vue se ressemblent : confirmation globale des faits pour mieux refuser de donner des détails, des précisions et sans doute la signification profonde de ces actes.

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11 avril 2008 5 11 /04 /avril /2008 00:00

Cette semaine a été marquée par cette décision judiciaire totalement hors norme : l’acquittement de Lydie Debaine qui a tué en 2005 sa fille unique handicapée. Cette femme de 62 ans comparaissait devant la cour d’assise du Val d’Oise et l’avocat général avait réclamé une peine de principe de trois ans de prison avec sursis. Les jurés ont osé transgresser la règle intangible de la reconnaissance de culpabilité face à un crime. Mercredi soir, à la sortie du tribunal, la maman déclarait : « C’est une reconnaissance des souffrances et de ce qui a provoqué mon geste. J’espérais cet acquittement mais je ne m’y attendais pas. Je pense à ma fille. Cet acquittement va me libérer même si il n’efface pas tout. Je ne regrette pas mon geste mais ma fille me manque ».

L’émotion retombée on a envie de comprendre ce qui s’est passé. Caty Richard, l’avocate de Mme Debaine est légitimement fière d’avoir arraché cet acquittement et elle explique son combat : « j’ai essayé de convaincre le jury qu’il n’avait pas à faire du droit, que les faits ne méritaient cette qualification de crime, et qu’il était libre de prononcer le verdict qu’il pensait  juste. Ce n’était pas gagné car le jury était composé de gens jeunes, peut-être plus facilement influençables ». L’avocate souligne également que sa cliente n’a pas fait un acte militant mais un acte personnel, revendiqué comme celui d’une mère à son enfant qui souffre. « Au cours du procès, la famille, l’avocat général, le président ont essayé de lui faire dire qu’elle était déprimée, voire dépressive quand elle a commis les faits. Je pense que c’était plus confortable pour tout le monde de le penser. C’est le psychiatre Roland Coutenceau qui a décrit la réalité le plus justement. Il a dit que bien évidement ma cliente vivait ce qu’on appelle une dépression réactionnelle devant l’état de sa fille qui s’aggravait. Mais il a dit aussi que c’était un acte altruiste destiné à faire cesser la souffrance d’un être aimé, et que respecter cette femme c’est accepter qu’elle ait accompli cet acte en toute lucidité »

Et j’ai également voulu comprendre pourquoi la sœur de la jeune fille s’était elle désolidarisée de sa mère en regrettant qu’il n’y ait aucune sanction de prononcée. Réponse de Maître Richard : « elle a aussi un enfant handicapé mental, et a donc un point de vue très impliqué ».

   Voila donc la justice française confrontée à un dilemme. Faire appel ou non de cette décision. Seul le parquet général (et non le parquet local) peut faire appel quand il s’agit d’un acquittement. C’est à la cour d’appel de Versailles que sera prise la décision. Une décision très politique puisqu’en matière de politique pénale les procureurs sont liés directement à la chancellerie. Le verdict si il était confirmé par une seconde cour d’assise établirait une jurisprudence ; ne pas le contester revient à dire aussi d’une certaine façon que la chancellerie est d’accord avec cet acquittement. Le débat de société , lui, de toute façon est lancé : arrêter la vie quand les souffrances endurées sont insupportables n’entraîne plus automatiquement le prononcé d’une peine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 00:00

Fabienne Leroy, un nom lâché par Monique Olivier le 29 juin 2004. Le lendemain, Michel Fourniret reconnaît à son tour sa responsabilité dans le meurtre de Fabienne Leroy.La jeune fille avait été retrouvée sur une piste du camp militaire de Mourmelon.



Pendant longtemps les gendarmes ont recherché son meurtrier alors que l’adjudant Chanal tuait lui aussi dans ce secteur. « Le corps présentait une plaie verticale au niveau du cœur. Sur son pantalon, à hauteur des genoux, apparaissaient des traces de terre, laissant présumer que la victime avait pu être agenouillée.(…) L’examen gynécologique ne décelait aucune trace de violence sexuelle. La recherche de spermatozoïdes s’avérait négative ». Et les gendarmes ont apporté cette précision supplémentaire : la victime portait des traces de piqûres au pli des deux bras et son taux d’alcoolémie était anormalement élevé.

Fabienne Leroy était une jeune fille intelligente, sérieuse, prudente réservée, étudiante en BTS Biochimie en internat à Reims. Fourniret aurait réussi à faire monter sa victime en prétextant la recherche d’un médecin. Les aveux de Michel et de Monique sont contradictoires : as t-elle assisté au viol ? A-t-elle menacé directement sa victime avec une arme ? Sa grossesse (8 mois) a-t-elle servi d’appât ?

C’est dans ce contexte que les deux derniers jours consacrés à ce cas étaient intéressants. Beaucoup de zones d’ombre sur le mode de fonctionnement du couple pouvaient être éclairées par les débats à la cour d’assises de Charleville-Mézières. Et cela explique pourquoi le pilonnage côté avocats des parties civiles a été intense.

Monique Olivier interrogée à plusieurs reprises sur les injections qu’elle aurait pu pratiquer sur la jeune fille, nie toute implication. Monique Olivier est mal à l’aise, se défend mal. Est-ce que Michel Fourniret a de malheureux secrets qu’il ne veut pas voir mis sur la place publique ? Toujours est-il que c’est sur cette question des piqûres que Fourniret craque : « Elle était physiquement présente mais moralement absente. Son esprit était à dix mille kilomètres de là. Elle n’a pas fait d’injection ! », a-t-il dit avant de s’enfermer à nouveau dans le silence du « pas de huis clos, bouche cousue ».

Le tueur en série va à nouveau se fâcher parce qu’un avocat le sollicite pour qu’il dise pourquoi il n’a rien ressenti après cette sanglante équipée. « J’écris ! »Tonne le graphomane. « Je suis en colère parce que je vous ai entendu proférer des âneries au sujet d’Estelle Mouzin »crie Michel Fourniret face à Maître Seban , partie civile.

Une apostrophe pour détourner l’attention ? Car dans le cas de Fabienne Leroy, il semble qu’on aurait du aussi parler de l’impuissance de Michel Fourniret et cela pour quelqu’un qui se veut un « homme, un vrai » serait insupportable…

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4 avril 2008 5 04 /04 /avril /2008 00:00

C’est l’histoire d’une photo volée : jeudi matin, l’hebdomadaire Paris-Match a publié une photo de Michel Fourniret prise dans une des salles d’audience au mépris de la loi et des recommandations très précises faites en début du procès par le président de la Cour d’assises.

« Ces agissements sont incompatibles avec la confiance qui est accordée à la presse durant ce procès. Il a été décidé que l’accréditation délivrée à ce média serait retirée » a indiqué le lendemain Francis Nachbar, l’avocat général qui officie à Charleville Mézières. Olivier Royant, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire incriminé s’est dit selon mes confrères de l’AFP « sous le choc qu’un tribunal prenne une décision aussi disproportionnée ».

Il a précisé « nous n’avons pas de photographe accrédité, cette photo nous est parvenue, on la publie et en ce qui concerne l’origine de cette photo, on n’a pas à divulguer nos sources. » La journaliste de Paris-Match s’est en tous cas vu retirer son accréditation, décision sans appel a précisé le procureur général de Reims Eric Enquebecq.


Rappelons que Michel Fourniret a refusé à l’ouverture du procès de se laisser filmer ou photographier contrairement à son épouse Monique Olivier.

Cette décision a été très commentée par les journalistes qui couvrent ce procès et d’une manière plus large par l’association de la presse judiciaire.


Première controverse : de quand date l’interdiction d’enregistrer (son et image) dans l’enceinte du tribunal ? De la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse ? Pas du tout a rectifié la mémoire de notre profession, Olivier Richou : L’interdiction de tout enregistrement à l’audience date de la loi du 6 décembre 54, date à laquelle un alinéa est venu compléter l’article 39 de la loi sur la presse et interdire tout enregistrement dans une salle d’audience sauf dérogation de Garde des Sceaux. Et mon confrère d’ajouter que cette disposition a été proposée par le célèbre avocat Maître Isorni, alors député.


Deuxième controverse : cette sanction est-elle justifiée ? Ce qu’il faut savoir, c’est que des engagements ont été pris entre l’Association de la Presse Judiciaire (dont je fais partie) et l’institution judiciaire pour que les journalistes puissent travailler avec un maximum de souplesse et de rapidité (sans être fouillés à chaque entrée et sortie par exemple). Lorsqu’il y a 350 journalistes accrédités comme c’était le cas à Charleville Mézières et trois salles d’audience, la surveillance est quasi impossible. Les téléphones portables et les minis appareils de photos sont des objets courants. Le respect de la loi ne peut venir que d’une certaine discipline et d’une déontologie certaine. Briser ce rapport de confiance pénalise toute la profession. Même si la journaliste de Paris-Match concernée n’est pas fautive elle-même, elle porte le poids du média qu’elle représente. Personnellement je préfère cette sanction qui pénalise l’hebdo fautif aux poursuites judiciaires.

Troisième controverse : l’image de l’accusé prise à travers les vitres de la voiture qui l’amène au tribunal est-elle de nature très différente que l’image volée dans le box ? De nombreux journaux ont publié cette image sans être inquiétés. Où est donc la limite ? Le droit à l’image se découpe-t-il en rondelles ?

 

Le procès doit reprendre lundi avec l’examen du meurtre de Fabienne Leroy, tuée d’une balle en pleine poitrine en 1988 dans la Marne. Michel Fourniret qui a proposé de donner des précisions sur ses actes par écrit directement aux familles, va peut-être arriver avec un nouveau rouleau de feuilles noircies de sa petite écriture…Les pères de deux victimes présumées de Michel Fourniret ont d’ors et déjà prévenu qu’ils refuseraient toute communication de ce genre.

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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 00:00

« Avec le recul je regrette tout ce qui a été fait, c’est vraiment affreux » voila c’est la seule phrase  d’excuse que Monique Olivier a prononcé hier alors qu’elle est directement concernée par la mort de cinq des sept victimes. Elle se refuse à en dire plus, ni sur sa vie avec Michel Fourniret, ni sur la nature du pacte passé entre eux. Elle affirme avoir tout dit sur leurs crimes lors de ses aveux « je ne vois pas pourquoi je cacherai autre chose ».

 C’est une déception pour les familles comme pour les enquêteurs. Il y a plusieurs crimes restés sans solutions dont celui de Marie Angèle Domèce, une handicapée de 19 ans disparue du côté d’Auxerre en 88 et de Joanna Parrish une britannique de 20 ans en 90. Lorsqu’on sait combien il est important pour les familles de connaitre la vérité sur une disparition ou un crime, on ne peut se dire que concerner. J’ai rencontré Monsieur Laville dont la vie et la mort de sa fille vont être évoquées aujourd’hui. Il m’a raconté l’attitude de Michel Fourniret quand on recherchait le corps d’Isabelle. Son plaisir à faire creuser ici, puis là, à se faire supplier par le père de la victime, dorloter par les gendarmes, traités avec moult égards par le juge d’instruction avant de lâcher la bonne information. Ce père m’a aussi dit combien il en voulait à Monique Olivier « après tout, quand elle conduisait la voiture, quand elle a abordé ma fille, quand elle l’a faite monter dans la voiture, elle était seule, elle n’était pas sous influence ; elle savait vers quoi elle embarquait ma fille. Alors ses airs de ne pas y toucher, j’y crois absolument pas ! »

11 décembre 87. Le premier crime commis à quatre mains. Il résume ce qui va suivre et établi un « modus operandi » qui ne différera ensuite que dans les détails. Avant Isabelle Laville, ni l’un ni l’autre n’ont tué. Après tout est différent au motif qu’il ne faut pas laisser de traces ou de personnes susceptibles de les faire rendre ; ce mobil prosaïque est –il le seul ?

Hier a  la fin de l’audience, Michel Fourniret est sorti de ses gongs. Ses yeux fermés comme si il était absent à son procès, ne sont qu’une façade. Il en suit chaque instant avec attention ; Maitre Alain Behr,l'avocat de la famille Laville venait d’évoquer l’autre versant du pacte : « je te vengerai » avait dit Michel Fourniret à celle avec qui il correspondait de sa prison sous entendu : j’éliminerai ceux qui t’ont fait du mal, à savoir tes deux précédents maris. Et lorsque l’avocat général revient sur cette hypothèse en évoquant un engin explosif répertorié dans l’un de ses domiciles belges et qui aurait pu être acquis pour réaliser ce projet Michel Fourniret  bondit comme un diable : « ressortez les procès verbaux , ce n’est pas vrai ! Et comme il crie dans le micro et qu’on lui demande de baisser d’un ton il ajoute   « je ne crie pas, je hurle, je n’ai jamais caché que j’étais un monstre ! ».

C’était un échantillon de la vraie nature de Michel Fourniret.

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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 00:00

 Kemi Seba, de son vrai nom Stellio Capochichi, vient d'être condamné par le tribunal correctionnel de Paris à six mois de prison dont quatre avec sursis pour avoir reconstitué le groupuscule noir ultra-radicalet antisémite Tribu Ka qui avait été dissous en 2006.  cette peine est assortie d'une privation pour un an des droits civiques. Kemi Seba a aussitot annaoncé son intention de faire appel. Il était jugé par la 17éme chambre correctionnelle de Paris.

Je signale cette information à ceux qui ont lu ma chronique sur ce sujet le 17.02.2008

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29 mars 2008 6 29 /03 /mars /2008 00:00

Deuxième jour du procès. Cette fois chacun a pris ses marques, trouve sa place. Les familles des victimes sont déjà un peu moins tassées sur les bancs situés à droite de la cour d’assise. Certaines sont déjà reparties. Les débats doivent commencer à 10H.

 Monique Olivier a déjà été introduite dans le box des accusés. Même tenue qu’hier, même air absent. Finalement la cour et les jurés s’installent avec un quart d’heure de retard, Michel Fourniret rejoint lui aussi sa place. Le président indique alors que le détenu a refusé de quitter sa prison et qu’il a requis sa présence par la force publique.

 Puis l’avocat général demande la parole. Francis Nachbar se lève visiblement en colère. Il explique qu’il requerra a présence de l'accusé durant la totalité des audiences.  Première raison : la peine encourue étant la réclusion à perpétuité, il est normal dans un état de droit que l’accusé assiste à son procès. Deuxième raison, la justice ne peut plus accepter les prétentions et les exigences de l’accusé : « Monsieur Fourniret, depuis quatre ans vous ne décidez plus rien, vous n’êtes plus maître de rien, vous ne manipulez plus personne. La société ne permettra pas, par mon intermédiaire que nous soyons soumis à vos caprices, à vos humeurs. En face se trouvent les familles de victimes qui vont faire face à l’horreur avec une très grande dignité. Monsieur Fourniret un peu de décence vis-à-vis des victimes, arrêtez vos pitreries grotesques, arrêtez vos grossièretés ! »

Dans le box, Michel Fourniret ferme les yeux et croise les bras sur son pull bleu vif.

La lecture de l’Ordonnance de Mise en Accusation reprend. La greffière lit le texte d’une voix égale et c’est d’abord l’assassinat de Céline qui est évoqué. Le juge d’instruction a pu établir que le 16 mai 2000 vers 22H Michel Fourniret a regagné son domicile avec un air souriant et satisfait après l’enlèvement de la lycéenne de 18 ans à Charleville-Mézières. Il a déposé devant sa femme le sac de la jeune fille, lui a montré les photos qui s’y trouvaient en lui désignant le visage de celle qu’il venait d’assassiner puis lui demandait de les brûler et de tout faire disparaître ; ce que Monique Olivier fera en se débarrassant des objets dans une poubelle d’un village voisin. Dans ses aveux Michel Fourniret précisera même combien la mort de Céline lui avait paru « interminable ». Pour sa dernière victime, Mananya Thumpong, une petite de 13 ans, enlevée le 5 mai 2001 Michel Fourniret a révélé qu’il avait repéré la jeune fille près de la médiathèque de Sedan. Il avait attendu sa sortie de l’établissement, l’avait forcée à monter dans sa camionnette, l’avait violée puis étranglée avant d’abandonner son corps dans un bois proche de la frontière belge. Quelque temps plus tard, Monique Olivier a indiqué que son mari lui avait précisé avec une grande satisfaction qu’il avait réussi à la déflorer avant d’éjaculer et qu’il était d’autant plus satisfait que la gamine était étroite …

Si je restitue ici les détails du texte qui a été lu à l’audience c’est pour mieux définir l’atmosphère de plomb qui régnait dans la salle d’audience. C’est dans ces moments là qu’on comprend ce que signifie un procès d’assises pour les familles de victimes et le poids des mots décrivant le calvaire de leurs enfants. Sur les bancs de la partie civile, la mère de Mananya pleurait en silence tandis que Michel Fourniret semblait dormir.

 

 

 

L’audience ayant été interrompue par une manifestion d’avocats en colère, l’interminable lecture a repris à 14H. Deux heures plus tard, le président a conclu lui-même cette phase de mise en accusation. Il a rappelé qu’au moment du verdict, Monique Olivier encourait la réclusion criminelle à perpétuité assortie éventuellement d’une peine de sûreté de 22 ans.  Pour Michel Fourniret, la sanction pourrait être aggravée : en vertu d’une loi de 1994, la cour et les jurés peuvent décider de le priver de tout remise de peine. Le meurtre précédé de viol ou d’actes de barbarie sur un enfant de moins de 15 ans est une circonstance aggravante.

 

 

 

Après ce rappel, Michel Fourniret s’est décidé de répondre aux questions du président. Allait-il participer au procès ? « Je suis fort embarrassé. Veuillez ne pas oublier, Monsieur le président, que j’avais pris la résolution d’un boycott de ce procès. Indépendamment du planning, je crois pouvoir m’engager à participer de manière active aux débats, si ceux-ci se tiennent à huis clos ». Retour à la case départ.

Le président insiste. Alors Fourniret se montre dans tout sa mégalomanie : il ne peut parler parce qu’on lui refuse de corriger le texte qui vient d’être lu : « Si les paroles s’envolent, les écrits restent. Mon sort importe peu, mais le sort de mes descendants compte beaucoup. Dans 6 mois, dans deux ans, dans 50 ans un chroniqueur judiciaire sortira quelque chose sur Fourniret et Olivier en se basant sur un document qui était imparfait ».

Le président garde son sang froid, insiste sur l’oralité des débats qui seule compte dans une cour d’assises, et invite l’accusé à réfléchir jusqu’à lundi. « Je vous souhaite un bon week-end » a conclu le président. Quant à Monique Olivier elle a promis d’être présente et de répondre à toutes les questions.

Le président Gilles Latapie a peut-être mis la en application une méthode de management apprise dans privé (où il a longuement exercé avant d’intégrer la magistrature) pour parvenir à obtenir la coopération de Fourniret. Pour ma part, j’ai trouvé ce dialogue gênant, à la limite du complaisant. Bien sur on ne doit pas bafouer les droits de la défense, mais aller jusqu’à montrer attention et considération à cet accusé décrit par les psychiatres comme froid, méticuleux, pervers, rigide, orgueilleux et incapable d’altruisme m’a semblé un cran de trop.

On verra à la reprise lundi si cette méthode était la bonne.     

 

 

 

 

 

 

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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 00:00

Au fond lorsqu’on a beaucoup préparé un procès, lu des livres, parlé aux différents acteurs, on a vraiment envie de rencontrer au moins visuellement les accusés. Ce matin du 27 mars ne sont plus des figurines de papier mais des êtres humains qui viennent d'être extraits de la maison d'arrêt de Charleville-Mézière toutes sirennes hurlantes et qui vont comparaitre dans un procés public. 

Dans cette cour d’assise des Ardennes, un grand box en verre attend les accusés. Vers 10h, les photographes et cameraman sont admis dans la salle. A gauche , les familles des petites victimes se serrent, un père en chaise roulante complète l’un des rangs. A droite les trois premiers rangs sont occupés par la presse puis par les jurés qui attendent d’être tirés au sort. Et c’est dans cette atmosphère que Monique Olivier est introduite dans le box. Elle est debout, cheveux blancs courts, plus mince, habillée de beige. On l’a à peine vu rentrer. Cette discrétion signe son attitude générale : coopérative, modeste, repentante (?) ; trop tôt pour évaluer bien sur, mais Monique la diabolique s’est évanouie au profit d’une dame ordinaire qui a l’air un peu absente. Les cameramen font leur travail. Devant la cour, une vitrine avec les pièces à conviction : pistolets, fusils, baillons,menottes, liens en tous genre, vétements tachés de sang. Puis la sonnette retentit et le président Gilles Latapie fait son entrée entouré de ses assesseurs. Il fait sortir les hommes de l’image et fait entrer l’accusé. Et voila Michel Fourniret. Plus petit que je ne l’imaginais. Avec une présence qui dégage une rigidité, une obstination à ne pas accepter la situation. Aucun regard vers les victimes, aucun non plus vers Monique Olivier qui est séparée de lui par deux fonctionnaires du GIPN.

Après une déclaration solennelle, le président des Assises s’incline avec respect et émotion devant les victimes puis commence par le premier acte de tout procès : l’accusé doit décliner son identité. La Michel Fourniret se lève et plaque contre la vitre du box un papier préparé sur lequel on peut lire en grosses lettres : sans huis clos bouche cousue. Le président donne alors lui-même l’identité de l’accusé et demande ensuite à Michel Fourniret si il accepte d’être défendu par les trois avocats commis d’office. Et là, il se penche, sort de sa poche un rouleau de papier type parchemin entouré d’un ruban orange et le fait passer via ses défenseurs au président de la cour d’Assise. "Qu’est ce que c’est ?" lui demande alors le président. Michel Fourniret daigne alors prendre le micro. Une voix un peu métallique : « il s’agit de l’exposé que j’avais décidé de lire pour expliquer mes raisons de boycotter ce procès. Je vous demande de le lire aux parents de s victimes directes de mes actes ». Toujours ce style ampoulé qui le carractérise. A partir de là on n’entendra plus un mot de cet homme à la barbe poivre et sel, cheveux mi-long, fines lunettes cerclées. J’observe simplement ses mains quand je peux les apercevoir : immenses, larges ,puissantes: comme si elles appartenaient à un corps plus grand.

Le président refuse de lire la prose de Fourniret et le procès continue : fixation du calendrier et puis en début d’après-midi lecture de l’ordonnance de mise en accusation. Cent pages insoutenables tant les détails de chacun des meurtres vous glace le sang. Pour l’enlèvement et la séquestration, voir pour le viol, Monique est là. Complice active qui attire les jeunes filles, met Michel Fourniret en condition quand il a des pannes d’érection, aide à la disparition des corps… Les familles sortent bouleversées de cette lecture. Peu d’entre elles accepte de commenter cette journée. Juste une phrase de Monsieur Brichet dont la fille de treize a été la victime de Fourniret. « Il m’a regardé dans les yeux et j’ai soutenu son regard pendant une bonne minute. Il est glaçant, après j’ai eu froid pendant quelques minutes ».

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26 mars 2008 3 26 /03 /mars /2008 00:00

 

La justice a fait les choses en grand pour permettre la tenue du procès de Michel Fourniret et de son ex-compagne Monique Olivier, jugés pour les enlèvements, viols et meurtres de sept jeunes filles entre 1987 et 2001. Le palais de justice situé à coté de la préfecture est un bâtiment moderne rénové pour les besoins de la cause ; Sur le parking face au tribunal une bonne dizaine de cars de télévision ont colonisé la chaussée. On vient de loin pour entendre celui que l’on surnomme «  l’ogre des Ardennes ». Il y plus de 400 journalistes accrédités représentant une quarantaine de média de 9 nationalités. Les étrangers les plus représentés sont les Belges puisque deux des victimes décédées et une victime qui s’en est sortie est Belge. Et puis il y eu l’affaire Dutroux qui hante encore les mémoires. Il fallait donc que chacun prenne ses marques. Les journalistes ont appris qu’ils pourront se répartir dans les trois salles d’audience : la vraie et deux salles attenantes dans lesquelles le procès sera retransmis sur grand écran. Dans la rue, une femme joviale parle aux un et aux autres. Je pense qu’elle doit être membre de l’association d’aides aux victimes. Mais non, c’est Madame le Maire. Tout juste réélue, elle vient s’assurer que tout va bien, que sa police municipale n’a pas de souci avec la population déroutée dans ses habitudes. Le tribunal se trouve dans une zone bordée de grandes barres HLM avec des jeunes qui sont quelque peu fascinés par tout ce matériel de retransmission nécessaire aux télévisions.  A l’intérieur du palais de justice, il ne se passe pas grand-chose. Les familles des victimes ont été accueillies, on leur a montré les lieux, les salles de repos qui leur sont destinées, présenté les psychologues et les juristes à même de les aider, tout cela à l’écart des journalistes. Seul le père de la petite Elisabeth Brichet assassinée à l’age de 13 ans dit quelques mots : « qu’est ce que vous attendez du procès » lui demande une journaliste ? « Juste la fin, qu’il soit condamné à la peine de prison maximum » répond cet homme avec calme et dignité.

 Le procureur général de Reims, Eric Enquebelq  discute dans la salle des pas perdus avec le procureur de Charleville Mézières, Francis Nachbar. Ce dernier accepte de répondre à quelques questions. « Vous verrez dans cette affaire la justice n’est pas aussi coupable qu’on le dit. Je ne dis pas que tout a été parfait, mais je montrerai que l’institution n’a pas été si mauvaise  » Et puis le magistrat chargé de la presse, Christophe Aubertin fait une petite conférence et  souligne les efforts  fait pour bien accueillir les victimes et leur permettre de surmonter cette épreuve. Il parle d’un procès digne, exemplaire. Comme si dans cette affaire, la justice avait mauvaise conscience face à des familles qui ne comprennent toujours pas comment Michel Fourniret à pu agir si longtemps en toute impunité…

 L’un des avocats de Michel Fourniret s’attarde devant les caméras. Maitre Philippe Jumelin explique que Michel Fourniret va faire demain une déclaration pour faire valoir « sa » vérité, qu’il sera présent ce jour là mais peut-être pas les autres, qu’il change souvent d’avis et qu’il sera la pour le défendre même si l’accusé le récuse.

 « De toute façon le président a la possibilité de le faire comparaître, y compris avec le concours de la force publique »ajoutera un peu plus tard le procureur qui précise que la prison de Charleville Mézière a été modernisée pour permettre une surveillance de tous les instants de Michel Fourniret et de sa femme. Chacun a en tête ici le suicide de Pierre Chanal la veille de son procès. Cette fois pas question de permettre une telle échappée hors de la justice des hommes. Tout cela a un coût : 1,9 millions d’euros pour l’organisation du procès et l’aménagement de la prison.

Il pleut sur Charleville-Mézières. Même la belle pierre jaune du centre ville a du mal à animer le paysage.

 

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