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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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18 juin 2008 3 18 /06 /juin /2008 12:57

La cour d’assises de Melun a achevé ses débats ce matin en donnant la parole aux deux accusés. En face du boxe se tiennent, sereins, le mari et la fille de Nelly Crémel. L’instant est comme toujours d’une certaine solemnité.

Deux compères dans le crime, et deux tempéraments. Serge Mathey, le plus jeune, se lève ému. Il affronte pour la première fois un procès criminel. D’une voix temblante, il tente de s’excuser auprès de la famille Crémel : "J’ai agi par lâcheté, j’aurai du être plus courageux ; au dela de la prison, je me sentirai toujours coupable". Mais au milieu de ses remords tardifs, il glisse tout de même une phrase destinée aux jurés "Je ne pouvais pas faire autrement, j’ai été menacé".

Tout autre est l’attitude de Patrick Gateau qui n’affiche que mépris pour son ancien co-équipier. "J’ai beaucoup de responsabilités dans cette affaire mais je n’ai jamais fait de mal ni porter de coups à Madame Crémel, pas comme ce guignol qui n’a même pas le courage de reconnaître ses tords".

Puis l’homme, assuré, massif, hausse le ton. Il se rebiffe contre le fait d’être devenu le symbole du multirécidiviste dangereux dénoncé par Nicolas Sarkozy alors ministre de l’intérieur. Il le dit avec ses mots : "Il y a eu un concours de popularité sur ma personne. S'il n’y avait pas eu ce drame, il (Nicolas Sarkozy) ne serait peut-être pas président de la République !" Et il ajoute : "Je veux être condamné sur la juste valeur de ce que j’ai fait".

Puis le président de la cour d’assises a précisé que le jury devra répondre à 32 questions qui cernent la responsabilité des deux hommes dans ce crime et qui permettra de fixer la peine.


Verdict mercredi après-midi.

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17 juin 2008 2 17 /06 /juin /2008 14:34

Céline a quatorze ans et demie et c’est donc sous la protection de son père qu’elle s’avance ce matin à la barre. Elle porte comme toute les jeunes filles de son âge, un jean et un haut noir. Elle a tenu à venir témoigner de ce qu’elle a vécu le 2 juin 2005. Sa maman la dépose à 8.30 comme d’habitude à la porte de son collège. A son retour, à 17.30 elle trouve la maison vide et la clef dans sa cachette habituelle. Elle ne la reverra jamais. « Nous étions très, très proche a-t-elle dit la voix tremblante.Nous faisions plein de choses ensemble, de la peinture notamment. Quand elle a disparu, je pensais qu’on la cherchait et qu’on allait la retrouver. C’est à l’enterrement, lorsque j’ai vu son cercueil descendre, que j’ai compris. J’ai réalisé qu’il n’y aurait plus de câlin, plus de soutien, plus de maman ». Céline aux bord des larmes a parlé une minute peut-être, montre en main. Mais un moment qui a semblé une éternité.

 

Et au nom des parties civiles, Maître Bahuchet a enfoncé le clou en s’adressant à Patrick Gateau, le multirécidiviste, l’un des deux accusés de l’assassinat de Nelly Crémel : « Vous n’êtes pas un monstre mais ce que vous avez fait est monstrueux ! » faisant référence aux propos de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur.


Quant au réquisitoire, il s’est voulu implacable. L’avocate générale a demandé aux jurés de prononcer la réclusion criminelle à perpétuité pour les deux accusés en demandant une peine de sûreté de 22ans pour Patrick Gateau "pour qu'on ne le revoit plus jamais devant les assises".Les deux hommes sont considérés comme co-auteurs mais l'avocate générale a tenue à faire une différence: Serge Mathey qui a reconnu avoir tiré sur la victime et l'avoir achevée à coups de crosse n'a pas d'antécédent judiciaire; et puis a-t-elle ajouté il semble avoir fait un véritable travail sur lui-même depuis son incarcération. Ce n'est pas le cas de patrick Gateau qui est à la fois dans le déni de ses actes et suradapté à la prison a-t-elle conclue.
 

L’après-midi est consacrée aux plaidoiries de la Défense et le verdict sera rendu demain.

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16 juin 2008 1 16 /06 /juin /2008 18:44

Voila un homme qui affronte pour la troisième fois les assises et qui arrive tranquillement à l’audience entouré de sa famille et de son avocat. C’est une situation inédite. Michel Quesne est un père de famille que sa fille accuse de l’avoir violée entre 84 et 93 ; elle était alors âgée de 11 à 20 ans. Pour ces faits, la cour d’assises de la Sarthe le condamne à 16 ans de réclusion. Porté devant la cour européenne des droits de l’homme, le procès est jugé inéquitable. La justice française repart à zéro. C’est la cour d’assises du Maine et Loire qui réexamine l’affaire. Michel Quesne en ressort avec une peine alourdie : 17 ans de réclusion.

Il a fait appel et ressort de prison assez vite : en novembre 2006 ce retraité heureux et remarié retrouve la liberté. Le voila donc devant la cour d’assises de Paris pour un dernier quitte ou double.

Car dans cette affaire, il n’y a pas de preuves formelles. Il y a un certificat médical pour coups mais personne ne peut prouver que les coups sont du père. Et il y a Christelle Quesne qui se fait appeler aujourd’hui Alice Collet et le récit de ce que lui a fait subir son père. Un récit circonstancié du premier viol à la sortie de sa douche sur le sol de la laiterie, puis des masturbations et fellations imposées, jusqu’au dernier enlèvement à l’age de 20 ans alors qu’elle vivait dans un foyer pour la violer dans un bois.

En face, il y a un homme qui se défend bec et ongle. Oui il était sévère et pas particulièrement attendri par ce cinquième enfant qu’il ne souhaitait pas. Certes il n’était pas un très bon mari et il trompait sa femme. Tout le reste n’est que délire et vengeance d’une fille très attachée à sa mère. Il ajoute que sa fille ne lui a pas pardonné son divorce et son remariage.

 Archi faux a encore redit sa fille : c’était un soulagement de le voir partir !

Parole cotre parole ; à Angers lors du deuxième procès le père avait dit : « je ne peux pas faire d’aveux quand il n’y a pas eu d’actes » et Christelle avait répondu « j’attends que justice passe. Je retrouve le même manipulateur, je n’attends rien de lui ».

Le face à face  continue. Verdict probablement jeudi.

 

 

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16 juin 2008 1 16 /06 /juin /2008 12:19

Ce matin, palais de justice de Paris, tribunal correctionnel, 28éme chambre présidée par Mme Picarda. Une petite troupe s’assemble autour d’une petite femme menue, Maria Vuillet. D’origine colombienne mais devenue française, cette mère de famille va comparaître pour la première fois de sa vie devant la justice française. Ses tords, être une mère d’élève d’un lycée proche de la place Guy Môcquet et d’avoir lancé à la tête du sous-préfet quelques noms d’oiseaux. Elle est poursuivie pour outrage.

Ce jour là, 22 octobre 2007, tous les lycées de France, à l’instigation du Président de la République devaient réserver un moment de recueillement et de réflexion après la lecture de la lettre que le jeune résistant a envoyé à ses parents avant de mourir. Depuis la Libération, le Parti Communiste donne à cet anniversaire un éclat particulier en se réunissant sur la place Guy Moquet. Mais cette année, le pouvoir en ayant fait un totem, le sous-préfet est venu représenter l’Etat à la dite cérémonie .Il y a eu énervement et bousculade.

« Ce serait désolant qu’il reste de cette journée d’unité nationale la condamnation de cette maman » bougonne Henri Malberg, membre du comité exécutif du PCF.

Mais le sous-préfet, M. Lacave a très mal pris d’être malmené. « Je représente la République ! » aurait-il lancé à cette femme. Réponse « Ce n’est pas la République de Guy Môcquet ! » Autour d’eux des jeunes lycéens criaient Sarko-facho ! Et la dame aurait elle aussi traité le préfet de « facho » !

Plainte. Enquête. Et ce matin absence du plaignant. « Le sous préfet avait des obligations qui l’empêchaient d’être là » plaide Maître Cyril Fagon. Et ce dernier demande un renvoi de l’affaire. Du côté de  Maria Vuillet, les amis ont rempli la salle; ils piaffent d’en découdre. Mais voila pour la Défense, Maître Lévy a convoqué quatre témoins de dernière minute.

Le prétexte est tout trouvé. Le procureur s’engouffre dans la brèche : on ne peut avoir un procès équitable dans ces conditions. Il faut se donner du temps.

La présidente ajourne. Rendez vous au 10 juillet.

 

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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 23:12

Le procès de l’assassinat de Nelly Crémel s’est ouvert ce matin dans le calme. Il n’y avait pas cette grande foule de curieux qu’on peut voir dans certains procès à sensation. Une brochette d’avocats pénalistes chevronnés pour la défense  (Maître Collard , Maître Levy, Maître Martial), une avocate plus discrète qui fuit la presse, Maître Catherine Bahuchet pour la partie civile. Au milieu de la salle moderne, les pièces à conviction, armes à feu mais surtout rondins de bois qui ont servi à assassiner Nelly Crémel. Le président Yves Jacob est un vieux routier de la cour d’assises ; c’est un homme affable qui veille au confort des jurés et leur explique avec pédagogie la marche à suivre. Sur le banc de la partie civile, un homme seul : le mari de la victime, militaire de carrière qui a le grade de commandant à la DGSE. Un visage en lame de couteau, un costume sombre, une grande dignité dans son maintient.

Les deux accusés entrent. Serge Mathey, 29 ans a une tête de garçon sans histoire, Patrick Gateau, 51 ans, lui est plus massif, cheveux très courts, regard perçant.

Cet homme a passé 35 ans de sa vie en prison, très exactement 6.571 jours comme il le précisera plus tard. Il est celui à propos duquel Nicolas Sarkozy alors ministre de l’intérieur avait demandé « ce qu’il allait devenir du magistrat qui avait osé remettre un monstre pareil en liberté ».

Les débats à la cour d’assise commencent par la lecture de l’acte d’accusation. Alors se déroule le film de cette rencontre sanglante. La joggeuse qui croise la route de ces deux hommes à la recherche d’argent facile et d’un cambriolage juteux dans cette partie aisée de l’Ile de France. La rencontre, l’enlèvement, la mort donnée à cette jeune femme simplement parce qu’elle n’a que 20 euros sur elle mais qu’elle pourrait les dénoncer, porter plainte. Alors ils se sont acharnés sur elle pour l'éliminer. Les débats ultérieurs permettront sans doute de mieux cerner qui a fait quoi, l’un et l’autre se renvoyant la responsabilité de la mort de Nelly Crémel. Un rappel des faits qui provoque un sanglot contenu chez son mari.

Puis les débats du jour vont porter sur la personnalité du premier accusé : Patrick Gateau. Le président l’interroge sur son enfance « Je ne suis pas là pour m’apitoyer sur mon sort. Je suis là parce que j’ai fait une connerie et que je dois payer » lache-t-il. De son enfance, il dira juste «Je ne veux pas en parler ; pour moi, c’est comme un film en noir et blanc ». Père alcoolique, mère femme de ménage. Une sœur handicapée mentale, un petit frère qu’il entraîne dans la délinquance. Un voisin de l’époque témoigne : « quand les gendarmes arrivaient, il montait de lui-même dans l’estafette ». Car très vite il se fait remarquer par de petits larcins. De sa scolarité on retiendra qu’il est noté plutôt comme un enfant solitaire et intelligent, même si l’école est vite abandonnée. Devenu adulte, il totalisera 11 condamnations, dont la plus lourde est l’assassinat d’une femme avec un complice pour lui voler sa voiture. C’était en 84. Confondu trois ans plus tard, il part purger sa peine en centrale."18 ans et pas 15 !" vient-il rappeler à la barre. Et on le voit tenter de préparer le bac L, puis s’inscrire dans des cours de philosophie et de langue. Pourquoi ?demande le Président : « j’aime bien la réflexion. Cela m’a aidé à m’en sortir tout seul, un certain savoir vivre, surtout à survivre ». Le détenu modèle travaille et met à profit son CAP de cuisinier pour exercer ses talents sur place. Il fait un concours de recettes, participe à la rédaction d’un livre. Puis il est aussi peintre et poète. D’ailleurs il correspond avec des femmes au dehors et les séduit par sa verve littéraire.    

C’est ainsi qu’il rencontre sa future femme « Ma femme, la plus belle chose de ma vie » Elle a dix ans de plus que lui, qu’importe, il l’aime, il l’épouse. Elle le logera, lui trouve un employeur. Lui n’a jamais posé de problèmes en détention, accepte les rares rendez-vous avec la psychologue. Il est sur les rails pour le régime de semi-liberté. Il est réinsérable.

 Il sort avec un fort encadrement psycho- social et un juge d’application des peines à aller voir chaque mois. « Un type formidable ! »dit l’accusé.  Six mois plus tard on lui accorde une liberté conditionnelle.

Là, intervient un épisode qui va enrayer la mécanique de la réinsertion. L’administration pénitentiaire lui accorde le doit d’aller vivre en Seine et Marne et son dossier est transféré d’Alsace à un juge d’application des peines débordé. Alors que Patrick Gateau doit le rencontrer tous les mois, il ne le voit que de loin en loin et souvent juste pour se voir apposer un tampon sur sa convocation ; idem pour le psychologue non moins débordé. Alors le multirécidiviste reprend ses vieilles habitudes. Les petits boulots payés avec des chèques emplois service ne suffisent pas à payer les frais du ménage. Et la violence qui a toujours existé chez lui refait surface alors qu’aucun psy ne vient apaiser ses angoisses.

Cet homme montré du doigt à la Nation comme le symbole des multirécidivistes qu’il faut « éliminer de la société » se rebiffe. « J’aurai pas un procès équitable. Je suis là par politesse et pour les faits. Mon espoir est perdu, c’est certain »

Patrick Gateau se rassoit. L’audience est suspendue. Dehors l’avocate de la famille Crémel analyse sereinement ce parcours criminel : « là ou il faudrait redoubler d’efforts et de suivi, c’est dans les années qui suivent la sortie. L’absence de soins en prison conjuguée à une sortie sans garde-fous provoque la récidive ». D’ailleurs la directrice de la maison d’arrêt l’avait dit à l’époque. « Si c’était à refaire, je re-signerai sa libération conditionnelle ».

C’etait inattendu, aujourd’hui le débat s’est déplacé de la mise à l’écart des multirécidivistes (peine de sûreté) aux moyens mis dans la réinsertion des condamnés à de longues peines.

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2 juin 2008 1 02 /06 /juin /2008 18:22

Michel Fourniret et Monique Olivier vont divorcer. C‘est en tous cas le souhait exprimé par cette dernière à son avocat Me Richard Delgenes. Mais surtout les condamnés devraient l’un et l’autre renoncer à leur droit d’appel. Michel Fourniret avait indiqué avant la fin de l’audience qu’il accepterait la sentence que lui infligerait la cour d’assises. Quant à Monique Olivier, elle a dit à son avocat qu’elle souhaitait symboliquement que sa peine soit différente de celui qui a physiquement assassiné les sept jeunes filles. Cela a été le cas puisqu’elle pourra, après 28 ans passés derrière les barreaux voire sa peine aménagée et éventuellement sortir de prison. Ce ne sera pas le cas pour lui qui terminera sa vie en détention.

 Si les deux accusés maintiennent cette décision, pas de nouveau procès, les condamnations  deviendront définitives. Le président de la cour, Gilles Latapie, après avoir donné lecture du délibéré avait terminé son audience de manière inhabituelle. Il avait dit : « Il faut mettre un terme à cette procédure afin que chacun puisse se retrouver dans le silence et l’apaisement ».

Il pourrait être entendu.

Les condamnés ont dix jours pour faire appel, ce qui mène au 9 juin. Beaucoup des proches des petites victimes retiennent leur souffle : ils ne veulent pas revivre les épisodes douloureux d’un nouveau procès.

 

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23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 12:53

  Le réquisitoire de Charleville-Mézières n’a pas surpris : les accusés ont reconnu les faits. Lorsque Michel Fourniret a dit « oui, c’est moi qui a assassiné Isabelle Laville » il y a six semaines, il savait qu’il risquait de finir  ses jours en prison. Mais c’est devenu une certitude lorsqu’on a abordé le sort de la petite Mananya Thumpong, violée et assassinée à l’age de 13ans. Les faits remontent à 2001. Or en 1994, une loi a été votée prévoyant la perpétuité réelle (appelée perpétuité incompressible) pour un assassinat précédé d’un viol sur une mineure de moins de 15 ans ; perpétuité réelle, c’est-à-dire que le condamné ne pourra bénéficier d’aucun aménagement de peine. Il était donc logique que l’avocat général, M. Nachbar, demande pour Michel Fourniret cette peine exceptionnelle en lui lançant « vous êtes un clown grimaçant au service du mal ».

Pour Monique Olivier, la situation est légèrement différente. L’avocat général a demandé pour elle le maximum prévu par la loi : la perpétuité assortie d’une période de sûreté de 30ans. Il lui a reproché « un silence assourdissant » face aux cris et aux supplications des petites victimes, une complicité de tous les instants lors du repérage et de la mise en confiance des « proies » et des gestes d’encouragements et d’aide vis-à-vis de celui qu’elle considérait comme « son fauve ».

Et au long de sa plaidoirie l’avocat général a laissé filer quelques épithètes pour qualifier le couple d’accusés : les fêlés, le petit Fourniret et sa muse sanglante, le diable à double visage…

Que dire devant la cruauté sadique de ces sept crimes ?  Le procès a montré  que les accusés eux-mêmes ne peuvent expliquer comment ils en sont arrivés là ; ils n’ont montré aucun regret, aucune tristesse. Ils s’apitoient sur eux-mêmes, jamais sur les autres. Et Michel Fourniret a reconnu même reconnu qu’il demeurait « dangereux ».

Ce qui est le plus étonnant c’est l’attitude de Monique Olivier. Elle avait prévue de se montrer comme une femme faible et soumise, totalement sous la coupe d’un mari autoritaire et violent. Mais cela n’a pas tenu au long des semaines. On a vu une femme intelligente et maîtresse d’elle- même parfaitement capable par exemple de résister aux coups de boutoir des avocats de la partie civile. On l’a vue intriguer : elle a demandé avec insistance à son fils Sélim d’écrire une lettre en sa faveur au Tribunal. Une lettre qui aurait été lue devant la cour d’assises…. Alors lundi ses avocats tenteront l’impossible : prendre sa défense et convaincre les jurés de ne pas la laisser mourir en prison. La tache sera rude.

 

 

 

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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 15:48

Parmi les fonctionnaires mécontents qui défilent cet après-midi, figurent en bonne place les gardiens de prison. Les syndicats de la pénitentiaire étaient reçus ce matin à Matignon. « Nous sommes dans une situation ingérable et on ne voit pas la moindre solution à l’horizon ! » m’a indiqué Stéphane Barraut, secrétaire général adjoint de l’UFAP alors qu’il était dans le cortége parisien.

La situation des prisons françaises est explosive 

Au 1er Mai, il y avait 63. 645 personnes incarcérées pour 50 631 places de prison. Soit 14.000 personnes supplémentaires à caser dans des cellules de 9 m2 . Concrètement en plus des lits superposés, le dernier arrivé dort sur un matelas à même le sol. Ils seraient plus de mille détenus dans ce cas affirment les syndicats.


Les raisons de cette surpopulation sont doubles :


-absence de grâces collectives


-instauration de peines plancher pour les multirécidivistes.Ce durcissement législatif a conduit plus de condamnés à effectuer des peines plus longues. (Augmentation de 3000 détenus depuis la promulgation de la loi) 


Et les perspectives d'amélioration sont à long terme :


-construction de nouvelles prisons : 13 200 places supplémentaires seront réalisées d’ici 2012


- une politique d’aménagement des peines comme alternative à la prison : 11% des détenus en bénéficient déjà, 3000 détenus effectuent leur peine avec un bracelet électronique permettant de savoir à tout instant où ils se trouvent.


- La nouvelle loi pénitentiaire qui devrait limiter le recours à la détention provisoire. Le justiciable pourrait être assigné à résidence avant de passer devant un juge.


Enfin, la ministre de la Justice a promis de prendre un décret pour permettre que tout détenu condamné puisse bénéficier d’une cellule  individuelle. 

Mais on ne voit pas très bien comment cette bonne intention sera réalisée dans ce contexte matériel très tendu.

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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 16:55

Sept semaines de procès, 111 enfants traités et décédés de la maladie de Creutzfeldt –Jacob, sept médecins et pharmaciens inculpés et ce matin enfin le réquisitoire. Dans la salle construite à l’intérieur de la salle des pas perdus du tribunal de Paris, les deux avocates générales ont pris la parole tour à tour pendant cinq heures devant les familles des petites victimes.


Le réquisitoire  –parfois très technique- s’est terminé par des mots simples de la vice procureur Danièle Mirabel « Il est inadmissible, inacceptable que des professionnels de la santé aient fonctionné avec un tel aveuglement. Ce drame aurait pu être évité. Personne ne pense que les médecins sont des surhommes ou des magiciens. Mais là des fautes graves ont été commises. (…) Jean –Claude Job a demandé pardon du bout des lèvres et Fernand Dray a fait part de son infinie tristesse mais il n’y a aucune remise en cause de leurs actes. Je demande au tribunal de prononcer des peines. Il ne s’agit pas de simples erreurs mais bien de fautes graves. Ils sont coupables ».


Des peines avec sursis


Des peines d’emprisonnement de quatre ans avec sursis ont alors été requises contre Jean-Claude Job, 85 ans, président de France Hypophyse, l’association qui gérait la fabrication de l’hormone de croissance et contre Fernand Dray, 85 ans lui aussi, qui était responsable de l’extraction et de la purification du produit. Enfin, une peine de deux ans avec sursis a été demandée contre Marc Mollet qui conditionnait et distribuait le produit au sein de la Pharmacie Centrale des Hôpitaux et un an avec sursis contre Elisabeth Mugnier, pédiatre, responsable de la collecte des hypophyses.


La relaxe a été demandée pour les autres accusés : Henri Cerceau, responsable de la Pharmacie Centrale des Hôpitaux, Jacques Dangoumeau, ancien directeur de la Pharmacie et du médicament,  Micheline Gourmelen, médecin prescripteur.


Par ailleurs tout ce qui concerne le dossier financier est frappé de prescription. Selon l’accusation, de toute façon, le professeur Dray n’aurait pas commis d’irrégularités en passant un accord de coopération avec un laboratoire belge qui voulait s’attacher son expertise. La encore un non-lieu a été demandé.

Colère des familles

C’est l’incrédulité qui dominait chez les parents présents. « Tout cela pour ça ! » me dit une maman dont le fils est en train de développer la maladie. Elle hoche la tête vers ses autres enfants. « Du sursis, rien que du sursis ! Ils se protègent bien entre eux ! ».

Cette colère n’est pas relayée par Jeanne Goerrian, la présidente de l’Association des victimes de l’hormone de croissance. « Des fautes caractérisées on été établies par la Cour. Un lien de causalité a été établi entre ce qu’ils ont fait et la mort de nos enfants. Le drame sanitaire et la souffrance des familles ont été reconnus. Ces médecins ont manqué d’humilité, ils ont eu le syndrome du mandarin, ils n’ont pas douté. Pour moi ils sont responsables et coupables, la justice le dira j’espère, je n’ai pas besoin qu’ils aillent en prison ».


La petite foule s’est vite dispersée pour laisser place à une grosse affaire d’escroquerie dite du Sentier jugée dans les mêmes locaux.


De nouvelles indemnisations attendues

Les trois juges ont mis leur jugement en délibéré. Ils devront aussi décider de nouvelles indemnisations. La plus part des familles ont déjà touché de l’argent : 225.000 euros par décès,  plus des sommes variables pour les proches. Au total 31,2 millions d’euros ont été accordés au nom de la solidarité nationale par l’Etat.


Certains avocats veulent aussi obtenir des indemnités pour ceux qui craignent de développer la maladie et qui vivent la peur au ventre. Le prion responsable de la maladie de Creutzfeldt- Jacob est actif pendant de très nombreuses années dans l’organisme et peut donner une suite à cette hécatombe silencieuse. 1700 enfants ont été traités avec l’hormone de croissance produite par le laboratoire Uria de l’Institut Pasteur dans les années 80.

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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 00:00

L’audience de ce vendredi 16 mai était une séance de rattrapage prévue pour revenir sur les faits à la lumière des déclarations de Michel Fourniret devenu prolixe. Mais les familles de victimes ne voulaient pas de cinéma, juste des faits. Voila pourquoi Maitre Seban a raconté les derniers jours de la vie de Jeanne Marie Desramault a la lumière des déclarations croisées de Paul et de Pierrette lors de leurs aveux. Ces prénoms étaient des pseudo que le couple utilisait quand il tournait autour de cette jeune fille de 22 ans. Ils épiaient, ils séduisait cette jeune fille très croyante avec la présence inoffensive de leur bébé, Sélim au cours de l’année 1989.

Maitre Seban en vient à la mise à mort ; chacun dans la salle retient son souffle devant tant d’horreur. La jeune fille qui crie et se débat, la jeune fille que Fourniret étrangle si violement qu’une larme de sang se forme, un corps sans vie traîné sur le lit pour des caresses post- mortem.

 Michel Fourniret réagit aussitôt : « la loque émotive ne va pas se laisser impressionner par un petit avocat de merde ! Si vous ne m’écoutez pas, je me renferme dans ma coquille… Ces attouchements n’existent que dans les déclarations de Monique Olivier ».

Monique Olivier confirme son récit. Le petit homme reprend la parole pour se venger : « Dans mon esprit, je découvre la nature de Monique ces jours ci. Il me semble que cela ne lui coûtait rien d’alimenter les fantasmes de son fauve. C’est certain qu’elle s’acquittait à bon compte d’une mission dont elle se croyait investie ».

Je passe encore quelques passes d’armes entre lui et elle, chaque fois Michel Fourniret chargeant sa compagne de son épopée criminelle.

C’est l’avocat général (procureur) qui va définitivement blesser l’orgueilleux Michel Fourniret. Il va lui faire remontrance de sa grossièreté à l’égard de Maitre Seban, et lui dit qu’il ne sera plus toléré de telles insultes.

Michel Fourniret se lève, blème.   « OK, il y aura absence de tout écart de langage. J’ai pris la parole mais j’ai toute raison de la regretter. Je la reprends, terminé ! »Lance-t-il en regardant furieux l’avocat général.

Le premier à réagir est l’avocat de Monique Olivier, Maitre Richard Delgenes : « Vous avez balancé un peu de venin puis basta. Vous êtes un lâche, un pleutre ! » Maitre Seban parle de la liste de questions que lui a confié la maman de Manyana Tumpong, l’une de ses dernières victimes. Maître Lombard joue sur un autre registre. « C’est la dernière fois que vous pourrez vous adresser à un homme, d’égal à égal . Vous pouvez tout vous permettre, y compris de dire la vérité ; je ne suis pas un ennemi, mais un homme qui dit à un autre homme, revenez dans la communauté des hommes » Maître Chemla essaiera de le fléchir en soulignant qu’il a promis à sa fille de parler. Rien n’y fait le petit homme est « rentré dans sa coquille »."Je m'arrête au mileu du gué"convient-il.

Une comédie immonde vis-à-vis des familles ont estimé les parents des petites victimes qui ont déserté symboliquement les bancs de l’audience pendant une heure.

 

Mais je voulais aussi vous raconter en marge de l’audience, l’acte qui est pour moi l’exemple même de la perversité de Fourniret. Alors qu’il n’a jamais manifesté la moindre compassion pour ses victimes, ni le moindre désir de pardon vis-à-vis de leurs parents,  il a rédigé dans le box un petit billet. Sur ce morceau de papier, une phrase était écrite pour Maître Lombard : « Car le jeune est beau mais le vieillard est grand ». Vous avez peut être reconnu un vers de Victor Hugo tiré du poème « Booz endormi ». Une délicate intention. Ainsi va l’admiration de Michel Fourniret, flatté sans doute de voir un avocat de renom s’adresser à lui. Ah !l’insoutenable orgueil de Michel Fourniret…

 

 

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