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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 22:48

 

17 ans de prison aux États- Unis, 3 ans à la Santé, soit vingt ans derrière les barreaux : l’ancien homme fort du Panama n’est visiblement plus que l’ombre de lui-même. Beaucoup de journalistes sud-américains faisaient le pied de grue pour assister au procès. Dans la salle d'audience, on pouvait observer des proches de l’ancien dictateur panaméen, dont trois jeunes femmes très attentives, qui pourraient être ses filles. Manuel Noriega, costume noir, cheveux gominés, a dû commencer par décliner son identité et faire rectifier sa date de naissance : « Je suis né le 11 février 34, pas 36 ! »

 Il veut s’exprimer tout de suite sur les faits. La présidente le coupe : « si nous abordons le fond, on ne pourra plus examiner les recours de vos avocats ! ». Celui qu’on surnommait "face d’ananas"  en référence à sa peau grêlée, s’assied dépité.

La justice française lui reproche d’avoir blanchi des fonds provenant du trafic de drogue du cartel de Medellin. Entre décembre 88 et décembre 89, 73 millions de francs ont transité par ses comptes français. Le couple Noriega s’est alors offert  trois appartements dans les plus beaux quartiers de Paris.

Jugé par défaut en 99, il avait écopé de dix ans de prison et d’une amende substantielle de 11 millions d’euros. A l’époque il était aux Etats-Unis où il purgeait une peine de 40 ans de prison pour trafic de drogue et extorsion de fonds. Sa peine a été commuée à 17 ans de réclusion. Au lieu de recouvrer la liberté à la fin de sa peine, il a été extradé vers la France.  Son procès recommence, désormais en sa présence et avec une défense vigoureuse portée notamment par la voix de Maitre Metzner.

Les avocats de l’ancien dictateur ont plaidé la nullité de l’extradition avec deux arguments : sa qualité de chef d’état et son statut de prisonnier de guerre puisqu’il est un militaire ; la convention de Genève doit s’appliquer : il doit être bien traité, ne subir aucun traitement dégradant, pouvoir avoir accès aux soins…plaident ses avocats. Ce à quoi Maitre Baudelot, l’avocat des douanes a répliqué : « Manuel Noriega  veut être traité comme un ancien chef d’état pour porter ses décorations et comme prisonnier de guerre pour pouvoir toucher sa solde ! Quand on sait comment il a pillé le Panama ! Ne confondons pas prisonnier de guerre et délinquant ! Et  le procureur a souligné que l’extradition était tout à fait justifiée, que l’ex- chef de l’Etat panaméen était poursuivi pour des infractions pénales ordinaires.

 

Ces questions de droit seront tranchées lors du jugement ; mais on éprouvait un certain plaisir à l’idée que, même si longtemps après, l’homme qui avait mis en coupe réglée son pays et instauré un climat de violence extrême finirait par avoir à rendre des comptes, que sa famille ne pourrait profiter d’une vie confortable avec ces biens mal acquis… Même si la jeune génération ne sait plus qui est Noriega, ce procès envoie un signal à tous les dictateurs en place : leur argent n’est en sûreté nulle part .

 

 

 

 

 

 

 

 

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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 14:24

 

Après la lourde charge des procureurs hier, il appartenait à la Défense de remonter un sérieux handicap en démontrant que Jérome Kerviel ne pouvait avoir agi seul.

 Premier à monter au front, Maitre Nicolas Huc-Morel. Il est jeune et semble très à l’aise avec le jargon du métier. C’est lui qui est allé dénicher dans le ventre des ordinateurs et disques durs saisis les pièces qui lui semblent déterminantes. De fait quand on regarde les courriels échangés par les supérieurs de Kerviel et les pièces jointes qui montraient assez clairement l’activité du trader on ne peut s’empêcher de penser qu’il y avait au moins un acquiescement tacite devant les nouvelles activités d’arbitrage qu’il mettait en œuvre. « Il n’y a pas de mystère Kerviel, il y a un mystère Société Générale ».  L’avocat va longuement s’attarder à démontrer qu’il n’y avait pas de limites fixées à Jérome Kerviel et que sa hiérarchie avait désactivé tous les contrôles automatiques qui doivent se déclencher en cas de dépassement. « Eric Cordelle recevait tous les jours un relevé de trésorerie de chacun de ses traders. A un moment donné, en juin 2007, la trésorerie de Kerviel est débitrice de 1,7 milliard d’euros, ce qui entraine 200.000 euros d’intérêts par jour pour couvrir les pertes latentes! Même la Commission d’enquête bancaire s’en émeut. Donc je dis oui, la banque avait les moyens de se rendre compte, oui, la banque n’a pas été trompée. Je demande la relaxe."

 

 

Dans la salle pleine à craquer, la chaleur monte. Le tribunal propose cinq minutes de pose. Dans les rangs du public, un femme habillée de noir suit les débats avec une grande intensité. Elle pourrait être la maman de Jérome Kerviel. Personne parmi mes confrères ne le confirme.

Il était temps d' entendre celui qui a organisé si habillement la communication du jeune trader avant l’audience notamment grâce à un livre (l’engrenage) relu à la virgule près : Maitre Metzner a su installer un rapport de force entre la puissante (et souvent arrogante) Société Générale et le jeune trader, héros tragique, victime du système.

Restait à le démontrer.

 L’avocat se lance : « Jérome Kerviel va passer des ordres à hauteur de 400 milliard d’euros, le budget de la France, et personne ne voit rien ! J’ai entendu les procureurs requérir au non de la société, mais l’ont –ils fait au nom de la Société…Générale ?

Maitre Olivier Metzner sera volontiers caustique durant sa plaidoirie ; il attaque par une face inattendue, la face escarpée de la tour de la défense : Comment et par qui a été fabriqué Jérome Kerviel ? Qui a enfermé le jeune breton dans un monde virtuel ? La société générale, c’est le rouge et le noir, le rouge flamboyant et le noir des zones d’ombres ; La banque de dépôts, d’affaires, la banque commerciale est devenue la banque casino ! »  et plus tard l’avocat enfoncera le clou : « Jérome Kerviel n’est pas celui que la Société générale montre du doigt. Il est un homme formé, formaté par la Société Générale, déformé si il le faut ; mais il n’est que la création de la société générale ! »

 

L‘avocat ,désordonné dans sa démonstration ,va reprendre des arguments maintes fois débattus pour les examiner du point de vue du jeune trader.  Il souligne aussi  que Jérome Kerviel n’est pas un escroc puisqu’il n’a pas détourné un centime pour lui, ni un faussaire puisque  que toutes ses opérations étaient détectables.

Maitre Metzner termine ainsi : « Les faits ne sont pas contestés, mais  il s’agit d’une faute professionnelle et non d’une infraction pénale. Nous admettons cependant le grief «  d’introduction frauduleuse de données » mais cela n’a entrainé aucun préjudice pour la banque ; Vous ne pouvez pas suivre le parquet qui voudrait le voir quatre ans en prison parce que Jérome Kerviel est celui qui a été formé et promu  par la Société Générale elle-même ».

 

C’est  la fin des débats. Le président propose au jeune homme de prendre une dernière fois la parole. Jérome Kerviel dit qu’il n’a rien à ajouter, sanglé dans son costume noir souligné par une chemise noire. On le sent soulagé d’avoir survécu à l’épreuve. Il lui reste à traverser une haie de cameramen et photographes. Manifestement, il n’a plus envie de ce statut de vedette qui lui colle à la peau…

 On le reverra le 5 octobre à 10H pour le jugement qui a été mis en délibéré.

 

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 14:01

 

Après trois semaines de débats, c'est l'heure du réquisitoire.  Les deux procureurs vont se relayer pour faire de Jérome Kerviel le seul et unique responsable de la perte historique de la Société Générale en 2008 et ont réclamé presque la peine maximum.

 

Philippe Bourion, d’abord, compare Jérôme Kerviel à un reptile, animal qui ne renonce jamais à sa proie. «Il opère avec un plaisir extrême. Le jeu : duper, franchir tous les contrôles sans se faire prendre». Et le procureur se risque à une première explication : "comment imaginer les attaques de Kerviel contre son propre camp si ce n’est pas pour les salaires et les bonus à venir ? Il est d’une intelligence supérieure non corsetée par des valeurs. Il dépense une énergie incroyable à déjouer les contrôles. C’est quelqu’un qui cache beaucoup de choses et qui ment même à ses proches, à ses amis au sein de la banque. Alors pourquoi ? Dans l’espoir de bonus ? Pour devenir une star ? Parce que c’est un militant anti-banque ? Non, il est plutôt une variante financière du 'Bovarysme'. Il a une vie incolore, fade, il faut introduire des sensations fortes".

 

Le deuxième procureur Jean Michel Aldebert reproche d’abord à Jérome Kerviel son attitude durant le procès : « vous avez manifesté une volonté de faire dérailler ce procès et de faire de la banque le coupable. Vous avez diffusé un parfum laissant croire qu’il y avait du laisser aller au sein de la banque. Ce brouillard épais, cet écran de fumée doit être écarté ». Le procureur évoque alors les manœuvres de dissimulations du trader et la fabrication de faux courriels. « Nous sommes en présence d’un homme surentraîné, fraudeur permanent aux méthodes sournoises… Un système organisé, méthodique, continu, l’exploitation cynique d’un certain manque de contrôles". Puis de pointer le doigt vers le jeune homme recroquevillé sur sa chaise : « le péril encouru ? Vous le saviez, Jérome Kerviel, c’était la mort de la banque ! Avec des conséquences gravissimes, inacceptables !"

 

Puis le procureur va récapituler les trois qualifications pénales qui vont fonder la peine : introduction frauduleuse de données automatisées, faux et usage de faux, abus de confiance. «Ces audiences ont permis de connaître toutes les facettes de cette affaire. Durant l’instruction, Jérome Kerviel a été entendu à 15 reprises, des experts sont allés rechercher tous les éléments à la Société générale, la Commission Bancaire a fait sa propre enquête. Il ressort que cette affaire est la responsabilité d’un seul, et non pas de la Société Générale. Le tribunal doit considérer Jérome Kerviel pour ce qu’il est : un manipulateur, un tricheur, un menteur.Il s'agit d'arrêter le discredit sur les banques; il en va de l'ordre public, économique et financier. C’est pourquoi et afin d’éviter un nouveau Kerviel, je demande au tribunal de le déclarer coupable et je requiers 5 ans d’emprisonnement dont 4 ans ferme à son encontre! »

 

Fin de la première manche. Demain le tribunal entendra la défense de Jérôme Kerviel qui développera le point de vue adverse. Puis le jugement sera mis en délibéré.

 

 

 

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 20:21

 

Devant la presse, l'ancien PDG de la Société Générale, Daniel Boutton a résumé sa pensée après avoir déposé une heure et demie devant le tribunal : « Jérome Kerviel a reconnu qu’il a fait ce qu’il a fait mais il n’arrive pas à reconnaître le fait qu’il l’a fait seul, sans aucune autorisation de la banque et qu’il ment depuis le début de cette affaire » Une brève déclaration, tranchante comme tout ce qu’il a pu dire contre son ancien employé.

Cité par des parties civiles, anciens salariés de la banque qui ont vu fondre le montant de leur épargne salariale, il est venu aussi dire sa vérité dans cette affaire qui lui a coûter son poste. Ce banquier émérite, 60 ans, est désormais « consultant » et lorsque le tribunal lui demande un témoignage spontané comme c’est l’usage, il parle d'un trait : « Le mieux est que je vous raconte ce qui est arrivé ce samedi 18 janvier, au moment ou a été détectée la fraude. Nous étions au 35 ème étage de la tour, en réunion ; nous préparions une réunion du conseil d’administration. Nous apprenons alors une nouvelle extraordianire : à l’intérieur de notre livre d’écriture, il y a des faux. Un type du desk a pris des positions face à un acheteur, un certain Bader qui n’existe pas ; puis il nous ment,nous fait croire que son acheteur est la Deuch bank ce qui est encore plus faux. Il y a donc quelqu’un qui sait mentir à l’intérieur de la banque. On le fait revenir et à trois heures du matin, on me dit qu’il y a un profit caché d’1,4 milliards . Notre système n’est plus fiable. A 11 heures le dimanche on m’apprend que le trader a pris des positions dissimulées de 50MD d’euros. 10 étages de plancher s’écroule sous nous ! »

L’ancien PDG de la Société Générale communique le vertige de son état major. Puis il se reprend : «Je voudrais dire trois choses : Il nous a laissé seuls pour tout découvrir ; 50 MD, c’est monstrueux ; enfin ce n’est pas le métier d’une banque de gagner sa vie sur la hausse ou la baisse des bourses. Je dis que c’est impossible qu’un supérieur hiérarchique ait été au courant. Le métier d’une banque c’est de gagner la confiance de ses clients.

« Alors on sait dès le dimanche que cela va couter entre 4 et 10 MD d’euros. On peut capituler, passer sous la tutelle de la Banque de France et s’adosser à un autre établissement. On peut aussi essayer de trouver un  investisseur à hauteur des pertes. Enfin on peut aller voir les actionnaires et leur demander de souscrire une augmentation de capital. C’est la solution que nous avons choisie. Le mercredi suivant on pouvait annoncée et la fraude et l’augmentation de capital. »

Daniel Bouton sait qu’il est attendu sur le manque de contrôles de la banque. Il préfère anticiper : il reconnait qu’il y a eu des défaillances dans le contrôle. D’abord faiblesse du contrôle hiérarchique, puis absence de contrôles de structures, a savoir pas de limites en nominal, pas de centralisation des alertes : « nous ne sommes pas devant un cas de fraude classique. Le fraudeur a été obligé de fabriquer une machine "shadokienne" pour augmenter ses bonus. Regardez le comportement du fraudeur durant les derniers jours de son activité: il a conscience que son problème est détecté. De la main gauche il envoie un SMS à son copain broker -J’suis foutu !- et de la main droite il continue à prendre des positions qui seront potentiellement mortelle pour son employeur »

Plus tard, sur une question du présidentdu tribunal, Daniel Bouton précisera sa pensée : « Le génie de Jérome Kerviel a été d’inventer une activité qui n’était pas celle de sa fonction » ou encore « il y a chez lui une qualité de mensonge tout à fait exceptionnelle » ou enfin : « il est l’homme qui a essayé de comprendre mais qui n’a rigoureusement rien compris »

Dans son costume gris, chemise bleue, cravate rouge l’attitude de PDG revient au galop. « Le cas Kerviel a fait perdre 8 euros par action aux salariés et leur a supprimé l’intéressement pendant trois ans. Il y a causé une destruction de valeur indiscutable. Les 150.000 salariés ont traversé un ouragan force 10, il a causé une voie d’eau qui aurait pu tout emporter ! »La voix gronde d’émotion contenue. Jérome Kerviel a sa tête des mauvais jours.

Interrogé sur ce témoignage accablant il répète crânement : « Je reconnais mes erreurs, ce que j’ai fait est complètement idiot. Le fait que ma hiérarchie ne savait rien est faux. Je reconnais mes erreurs mais mes actes étaient visibles ; tout était contrôlé »

Les débats se sont achevés sur cette confrontation entre le pot de fer et le pot de terre. Kerviel fragilisé par l’autorité de son ancien patron a retrouvé sa peur de porter seul le chapeau. Pourtant l’un de ses avocat a montré en début d’après midi que des emails analysant ses positions en 2007 auraient largement du attirer l’attention des responsable du « Delta one », c'est-à-dire comme ils disent dans le jargon du n+1, N+2,N+3…

Demain plaidoiries des parties civiles, puis jeudi réquisitoire, enfin vendredi plaidoiries de la défense.

 

 

 

 

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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 20:23

Huitième jour du procès Kerviel : les deux responsables directs du jeune tyrader ont été longuement entendus. On en a tellement entendu parler précédemment qu’on a envie de les entendre.

 Le premier d’entre eux se présente : Eric Cordelle est le n+1 de Kerviel. Plus exactement il le devient alors que le jeune trader est déjà sur sa lancée, en avril 2007. Il a une silhouette longiligne et un air de premier de classe. Son bagage: ingénieur polytechnicien avec un diplôme de l’ENSAE. Un de ces hommes qu'on s’arrache dans le milieu de la banque parce qu’ils savent concevoir des produits financiers complexes. Il dira de Kerviel « c’est pitoyable d’avoir fait cela. Je lui en veux. Il a démoli ma vie personnelle et professionnelle ». Eric Cordelle a quelques raisons d’en vouloir au jeune trader : il a été licencié par la banque après la perte de 4,9 milliards d’euros subie par la Société Générale pour insuffisance professionnelle. Depuis il est « en recherche d’emploi ».

Ce fort en thème donne l’impression d’une incroyable naïveté. Il n’a rien vu, rien entendu. Il explique : "l’activité de l’équipe c’était de faire du market-making, Kerviel le faisait sur les turbo-warrant. Mais une activité nouvelle se développe dite d’arbitrage. Il fallait l’accompagner »

Le jeune ingénieur a le nez dans le guidon : « l’équipe travaillait énormément, elle était sous l’eau, je devais recruter. J’ai en tête le cas d’un trader qui est tombé de fatigue, il s’est cassé le nez mais il a du quand même venir travailler ! Je devais absolument créer des binômes sur chaque poste. Mais plus je recrutais plus l’activité augmentait. Jérome Kerviel travaillait bien, je le considérais comme fiable, performant » Sur une question du président concernant les alertes déjà repérées sur l’activité du jeune trader il explique « A aucun moment on m’a prévenu que c’était un fraudeur. Le problème n’est pas de gagner ou de perdre de l’argent, le problème est de mentir. Le devoir d’un trader est d’être honnête et transparent même si sa fonction est de faire de la marge » et lorsque le président Pauthe interroge Eric Cordelle sur les premières anomalies relevées en 2007, il répond « La façon dont Jérome Kerviel  déclarait son résultat était présenté de façon que ce soit crédible, acceptable ».Le président Pauthe n’arrive pas à croire cette forme de naïveté : « Mais vous étiez ingénieur tout de même ? ». Réponse : « oui, je maitrisais les concepts mais pas les outils informatiques. Je ne connaissais pas non plus le vocabulaire des traders. Je ne consultais pas spécialement la base Eliot (base de données qui conserve la trace de toutes les transactions). J’étais en confiance ».Plus tard, l’avocat de Jérome Kerviel , patelin lui demandera : « n’avez-vous pas eu l’impression d’avoir été jeté dans la fosse aux lions dont un avait déjà mordu deux fois? » réponse murmurée d’Eric Cordelle : « A postériori oui, à l’époque non ».

 Dans son costume gris, l’ex-banquier qui aujourd’hui à 38 ans tente de se reconstruire en pratiquant l’ébénisterie, donne l’impression qu’il n’était pas à sa place. C’était son premier poste de trading et il n’a jamais détecté l’activité anormale de Jérome Kerviel ; même quand Eurex signale qu’il y a un problème, Eric Cordelle se satisfait des explications apportées par le service Déontologie. Une trésorerie en excédent ? Un prêt pour couvrir ses pertes ? Des prises de positions stratosphériques de 2008 ? « C’était masqué » répond invariablement le polytechnicien. On le sent tellement mal à l’aise qu’on a presque envie que l’interrogatoire s’arrête. A 13.04, questionné depuis trois heures; il jette « ma hiérarchie était contente de mon travail, ils étaient contents que j’ai réussi à m’intégrer parmi les traders, que j’ai réussi à montrer ma valeur ajoutée ». Comme si il n’avait toujours pas réalisé ce qui lui était arrivé.

Quant au deuxième témoin, Martial Rouyère, le n+2 de Kerviel, il supervisait plusieurs poles dont celui sur lequel officiait Kerviel ;Il sera aux premières loges quand le 18 janvier 2008 on découvre les 50 milliard de positions prises par le jeune trader. Il raconte la mauvaise foi et les explications tarabiscotées de Jérome Kerviel. Lorsqu’il réussit à joindre la Deuch bank et qu’il comprend que Kerviel a inventé un acheteur fictif sans contrepartie, il lui demande « Est-ce vrai ?comment as-tu pu faire cela ? kerviel nous donnait des explications fumeuses, parlait de martingale »

Martial Rouyére a du lui aussi quitter la banque. Car il n’a jamais détecté le comportement anormal de Jérome Kerviel et il est passé à côté des nombreuses anomalies. Un jeune homme sérieux, autonome, plein de qualités, motivé  égrène –t-il « Je ne savais rien de ses écarts, absolument personne n’était au courant et n’aurait pu cautionner de telles positions ». Et quand on cite devant lui le livre que Jérome Kerviel a publié juste avant le procés (L’engrenage), dans lequel il affirme que tout le monde savait ce qu’il faisait , Martial Rouyére conclue : « Des années de travail, d’efforts, de collaborations ont été détruits par cette affaire. Cette fraude est une blessure pour moi ».

Sans la moindre autocritique, ni sur sa façon de diriger son service, ni sur l’inefficacité des procédures internes à la Société Générale.

 

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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 21:38

Jeudi à Belgrade s’est ouvert la deuxième partie du procès des hooligans qui ont tabassé un groupe de supporters toulousains. C’était le 17 septembre 2009, le Toulouse football club affrontait le « partisan » de Belgrade. Les agresseurs sont arrivés en nombre, une quinzaine, et ont fondu sur les jeunes français attablés à la terrasse d’un café en plein centre ville. Brice Taton a été pris à partie par des hommes particulièrement violents ;il a reçu de nombreux coups dont certains ont été portés au visage et à la tête, il a été ensuite jeté d’un muret qui sert de rambarde à un escalier. Il décédera 12 jours plus tard d’une hémorragie cérébrale à l’hôpital.

Les parents de Brice Taton ont fait le déplacement pour venir témoigner. La salle est pleine à craquer. Les 15 prévenus très jeunes, entre 18 et 26 ans, plutôt étudiants et issus de bonnes familles écoutent la tête baissée. Derrière, séparées par un cordon de police, les familles s’entassent : beaucoup de mères, mouchoir à la main, les larmes aux yeux.

Enseignante à la retraite, Suzanne Taton, à la barre s’exprime avec beaucoup de dignité. « Quand je suis arrivée à l’hôpital, j’ai vu mon fils et j’ai eu du mal à le reconnaitre tellement son visage était tuméfié ; son corps était inerte et il était meurtri de partout. Nous étions venus dans l’espoir de le ramener ; on attendait qu’il se réveille mais on n’a pu que constater la dégradation ; je n’ai jamais pu reparler à mon fils. Brice ne méritait pas ça. C’était un fils droit, qui aimait sa famille, ses amis, la vie. Il ne méritait pas de mourir ainsi. Je ne peux pas l’admettre. En plus, c’était un supporter engagé : il avait créé une équipe de foot amateur pour lutter contre la mucoviscidose. Cela fait exactement neuf mois qu’il est mort. Notre vie s’est arrêtée ce jour là » Et Alain Taton son mari ajoutera dans sa déclaration « Je veux qu’ils soient punis parce que  c’est un crime qui ne peut être pardonné ».

 Les avocats des prévenus ont ensuite questionné de manière insistante les parents sur la manière dont les autorités serbes ont agi, qui est venu les voir, quelles promesses de sanctions sévères ont pu être faites. La présence de l’ambassadeur de France assis aux cotés « de la partie lésée » comme ils disent en Serbie contribuant à accréditer l’idée qu’il s’agit bien d’une « affaire d’Etat »me disait l’un des avocats.

A la reprise le lendemain, l’audition de cinq supporters français est prévue. Les jeunes gens ont fait spécialement le déplacement de Toulouse. Mais en début d’audience, le premier à s’exprimer est un accusé serbe qui demande la parole. Il est 10H du matin et il fait déjà plus de 30° dans la salle. La vingtaine,, bien baraqué étudiant en quatrième année de tourisme, il tente de démontrer que c’est lui qui a attaqué Philippe Maury et qui lui a volé sa sacoche. But de l’opération : si il s’acharnait sur Philippe Maury, il n’est pas le meurtrier de Brice Taton. Il fait au passage quelque chose d’assez étrange : on lui demande de décrire le contenu de la sacoche volée et il parle d’un téléphone, d’une écharpe de supporter,et… de deux boulettes de cocaïne et d’une barrette de marijuana ! Et il évoque la bagarre comme un rituel habituel entre supporters et sans l’ombre d’un remors.

Mais dès que Philippe Maury raconte sa version des faits on n’entend que lâcheté et brutalité extrême de la part des hooligans serbes « On buvait un verre  à la terrasse d’un café vers 17H juste avant de partir pour le mach, on était une douzaine. J’ai entendu des gens crier « Toulouse, Toulouse ! », dans la seconde qui a suivi tout à voler en éclats, j’ai essayé de me dégager, j’ai reçu un coup extrêmement violent à la tête, puis j’ai fait quelques pas on m’a frappé avec une chaise, je suis tombé et un type avec un fulmigène m’a donné des coups et approché sa torche de mon cou.Mes cheveux ont cramé et il a continué à me bruler le dos, puis j’ai senti qu’on m’arrachait violement ma sacoche qui je le précise ne contenait pas de cocaine ou de marijuana »Pantalon noir, chemise noire, forte carrure, le jeune homme racontera ensuite comment il croisera Brice Taton près des ambulances qui les évacueront vers les hopitaux. On le sent encore très meurtri par le choc de cette agression et la mort de son ami.

Après son témoignage, on a assisté a cette scène surréaliste : c’est le prévenu lui-même qui interrogeait le témoin avec la bénédiction du tribunal ! Mais Philippe Maury a été ferme : non, il n’a pas vu le visage de son agresseur, juste une silhouette puisqu’il était allongé sur le ventre et qu’il a aussitôt perdu beaucoup de sang (10 points de suture sur le crane)

Puis Julien, Pierre, Nicolas et enfin Grégory donne des précisions, chacun avec son histoire, sa peur, ses blessures. On apprend par exemple qu’il y avait des guetteurs, que l’attaque a été menée simultanément par deux groupes, que les assaillants portaient tel ou tel vêtement… mais le coup de théâtre est venu du dernier témoin Grégory qui a dit à la fin de sa déposition qu’il pourrait reconnaitre celui qui a allumé le premier fumigène. Stupeur dans la salle. La présidente fait lever les 15 accusés. Et Grégory montre deux jeunes en disant « j’hésite entre les deux mais c’est très probablement celui là au deuxième rang ». Le doigt accusateur ne tremble pas.

Il était 16H, température: 40 degrés dans une salle sans aération, la moitié des avocats ayant quitté la salle tellement les conditions matérielles étaient indignes et …la présidente autoritaire.

Les témoins français sont repartis vers l’ambassade de France sans rencontré la presse et sous bonne escorte.

A la sortie les parents du jeune homme désigné refusaient l’évidence. Leur fils est un étudiant de quatrième année de droit. Et ils ont disent-ils des preuves qu’il ne se trouvait absolument pas sur les lieux de la bagarre. L’idée de voir leur fils en prison pour de très longues années, privé de tout avenir leur est insupportable.

Il faut dire que parmi tous les serbes à qui j’ai pu parler, nombreux sont ceux qui pensent que les vrais coupables ne sont pas dans le box. Une rumeur insistante veut qu’il existe un enregistrement de la bagarre via la camera d’un parking situé en face du café. La justice sous pression du gouvernement cacherait des informations.

 De même, un hebdomadaire « le tabloid » vient de faire paraitre une double page avec des photos jamais vues de Brice Taton en train d’être pris en charge par les ambulanciers. Il expose le point de vue d’un expert médical qui met en cause la manière dont a été conduite l’opération de l’aorte que le jeune français a subi très vite après son arrivée à l’hôpital. But de cet article : démontrer que ce ne sont pas les supporters serbes qui ont tué Brice Taton mais l’incompétence des médecins.

Au milieu de Belgrade, qui résonnait de la liesse des supporters après le match victorieux de la Serbie contre l’Allemagne en coupe du monde, la maman de Brice Taton et la maman de Philippe Maury sont revenues sur les lieux du crime. Emotion et colère. Le fait d’avoir balancé son fils déjà blessé du haut de cet escalier est inimaginable de violence, totalement gratuit et absurde. Surtout comme l’a dit Philippe Maury que les supporters du sud-ouest sont immergés dans les valeurs du rugby : amitié et convivialité avant tout.

Et ce matin à l’aéroport, je vais rendre la voiture de location avec laquelle nous nous déplacions à Belgrade. Et le loueur me demande que faisait l’équipe de TF1 ici. Quand il a su que nous venions pour le procès, il m’a aussitôt dit : « mais vous savez les jeunes  n’ont pas tué le supporter français. C’est lui qui a sauté du haut de l’escalier parce qu’il a eu peur ! ».C’est dire la résistance qu’il y a dans la société à admettre la culpabilité de ces hooligans. La violence dans le foot les bagares entre supporters de « L’Etoile rouge » contre ceux du « Partisan » font partie du folklore local. Pas de quoi s’émouvoir.

j’ai rencontré Predrag Simic qui dirige le principal club de supporters du Partisan, les Fossoyeurs. Et il m’a dit « c’est un fait criminel terrible. Mais dans le foot en 10 ans seulement 7 personnes ont été tuées. La violence est présente dans tous les secteurs de la société. On ne doit pas stigmatiser le foot .Après la mort de Brice Taton, les politiciens ont réclamé des sanctions énormes, 30 ans, 40 ans de prison. Mais aucun témoin oculaire ne confirme que le français a été poussé par-dessus la rambarde ; chacun doit être puni pour ce qu’il a fait. En fait ces jeunes qui ont attaqué n’avaient aucune expérience de la bagarre ; Ils faisaient cela pour se prouver qu’ils étaient des durs. En fait ils avaient peur. Si j’avais été là je n’aurais jamais cherché la bagarre avec ces français ; j’aurai senti qu’ils n’étaient pas de taille à se défendre. Mais ces jeunes gens en Serbie ont grandi pendant la guerre, avec les bombardements. Quelque part ils sont aussi plus brutaux. Et puis la France est aussi le pays qui nous a trahi. Vous avez participé aux bombardements sur le pays. ».C'est peut être à ce moment qu'on comprend que foot et orgeuil d'une nation sont étroitement mêlés, et que parfois ces rivalités entre supporters servent d'exutoire à des frustrations plus profondes.

Le procès va continuer par session d'une semaine. Le verdict n’est pas attendu avant la fin de cette année.

 

 

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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 18:53

   Lorsque Moussa Bakir se présente devant le tribunal, ses premiers mots font craindre le pire. Il fonce droit devant le jargon le plus obscur. Il parle de « « roll » puis de « blocs » et j’en passe. Avant de revenir au français. Son job à l’époque des faits : il est broker à la Fimat,une filiale de la société générale et il est le correspondant privilégié de Jérome Kerviel : « il passait des ordres, je les exécutais. Je les créditais sur son compte et j’envoyais la confirmation »

« J’avais une relation amicale et une relation professionnelle avec lui. En septembre je l’ai relancé. J’avais peur d’être délocalisé à Londres, j’avais besoin de faire du chiffre. Septembre, octobre, novembre ; les volumes augmentent, les commissions aussi. Mon travail était vérifié, encouragé, félicité. »

Mais compte tenu du volume traité, vous décelez une activité anormale, vous vous inquiétez ? demande le président. « Un broker est un prestataire de service, on ne pose pas de question »répond l’ex-broker (il est né en 76 en Algérie)

Tout de même,dit le président, vous échangez des mails, des SMS. Vous apprenez qu’Eurex fait une enquête, que Jérome Kerviel est inquiet ?

« il me parlait toujours d’un certain Mat, un client qui passait des ordres importants. Moi, je ne comprenais pas tout mais un broker ne doit pas poser de question sur les clients. Je lui disais qu’il n’avait rien fait d’illégal »

Le président :"Mat, c’est un paravent vis-à-vis de vous "

« Oui, il m’a menti »

Lecture de mails échangés à l’époque avec ce genre de phrases

Kerviel « je fais trop de thunes, Eurex va encore me casser les couilles »

Bakir « ca va montrer la puissance Kerviel !»

et le témoin précise à la barre: "une paire de baskets, un jeu vidéo, quand ils sont bien, ont peut dire, ils sont puissants !"

Le président fait préciser : "combien avez-vous touché de bonnus en 2007 ?"

Après réflexion et petite danse d’un pied sur l’autre, le broker lâche : «  430.000 euros de bonus au troisième trimestre et 1.200.000 euros au troisième trimestre 2007 ». Bruissements dans la salle.

Et votre salaire, demande le président ?

«  75.000 euros annuels ». La salle est ébahie : ces sommes qui ont été gagnées sur les engagements dissimulés et hors mandat de Jérome Kerviel !

Pressé par les avocats, Moussa Bakir consent à admettre qu’il a été manipulé par Jérome Kerivel : « Vous comprenez, c’est un garçon bien, un chic type, pas quelqu’un qu’on ne va pas soupçonner de mensonge, c’est un homme sérieux, agréable. Mais j’ai eu un choc le jour de l’annonce de la fraude et quand j’ai vu sa photo ».

Mais le passage des ordres de Kerviel par la Fimat n’est pas neutre pour le dossier. Ces ordres ont généré 6 millions d’euros de commissions, toutes répercutées au desk delta one en vue du paiement. Et cela quand même n’était ni caché , ni clandestin.

 

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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 19:40

  Au cinquième jour de son procès, Jérome kerviel  a du affronter les questions qui fâchent. Fini les généralités : après une série de témoignages ayant fait apparaitre l’insuffisance des contrôles et l’absence de limites clairement définies dans sa salle de marché, il doit s’expliquer sur ce qu’il appelle «l es opérations fictives ». Ce sont des manœuvres irrégulières (qu’il reconnait) mais sur lesquelles les protagonistes n’ont pas la même vision. Pour simplifier, il explique qu’il avait recours à des opérations de camouflage dès 2005, qu’il les a amplifiées en 2006 et 2007 jusqu’à prendre les positions « stratophèriques » de 50 milliards d’euros en janvier 2008.L’ex-trader a admis n’ avoir jamais discuté avec sa hiérarchie de ses pratiques risquées mais qu’elles étaient  connues de tous. « La façon de faire de l’argent, c’est de prendre des risques. Est-ce que je me suis levé un jour pour aller voir un responsable et lui dire que j’avais une position de trente milliards sans contrepartie ? non.  Mais tous les stocks sont rapprochés et controlés quotidiennement. Ce que je faisais était visible sur tous les reportings de risques »

Mais alors pourquoi les masquer ?demande le président Pauthe

« Pour donner l’apparence que j’étais couvert. Que je sois allé trop loin, au bout du bout je suis d’accord. Mais on ne peut pas dire d’un trader qu’il est isolé . On était les uns sur les autres. Personne n’ignorait ce que je faisais ».

Puis le président donne la parole à Claire Dumas, qui représente la Société Générale. Une femme de caractère, cheveux mi-long ,la quarantaine bien enrobée, très à l’aise dans la défense des bonnes pratiques.

Comment ces opérations fictives étaient –elles possibles demande le président ?

« Jérome Kerviel utilisait des techniques qui permettaient de déjouer les contrôles. Les transactions allaient dans « la base tampon » et n’arrivaient pas au back office (chargé de la régularisation des transactions). Et puis quand certaines opérations ont été prises dans le radar des controles, soit il y a eu des réponses dilatoires de kerviel à ses supérieurs, soit il usait de ses relations personnelles : il invitait les jeunes filles des services support qui le trouvaient donc très sypathique et qui  acceptaient ses explications ». Enfin et on va voir cela plus tard dans le cas ou les controles ont détecté des anomalies il a produit des faux ».

Question d’une des juges assesseur au prévenu: pourquoi avoir donné de fausses explications ?

Réponse de Jérome Kerviel :  J’ai fourni une réponse aberrante, c’est une sorte de jeu de cache-cache, un sport national . Il s’agit de sauver les apparences vis-à-vis de gens comme les commissaires aux comptes » Et il développe l’idée qu’il avait une autorisation tacite de sa hiérarchie pour prendre des positions à risque : « On n’est pas au pays des bisounours ! J’étais dans une spirale ; clairement, j’étais dans la fuite en avant mais pour faire gagner de l’argent à la banque.

Ce matin, entendu comme témoin, Christophe Mianné, responsable des activités de marché de la banque a jugé « criminelle » l’attitude de l’ex-trader. Il a eu des mots très durs : malhonnête, déloyal, non-transparent, tricheur. Le banquier se rappelle surtout l’obstination du trader à ne pas l’informer correctement et complètement de ses agissements pour permettre à la banque d’évaluer correctement la situation le 18 janvier 2008.

La parole est à la défense : Maitre Metzner : « Aujourd’hui , vous êtes « le bad boy » qui prend tous les risques au détriment de sa banque ?

Réponse de Kerviel « Encore une fois, toutes mes opérations étaient visibles, ce que je faisais était un secret de polichinelle, mon mandat a évolué à la mesure des gains que je faisais faire à la banque »

Le jeune homme, costume bleu marine, chemise blanche ne lâche rien. Buté devant certaines évidences. Agaçant certainement pour la partie civile qui veut en faire un personnage  déséquilibré, solitaire, orgueilleux. Mais Jérome Kerviel, visiblement n’a pas envie de plonger seul, et dans sa défense il entraine tout un système.

 

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 17:27

Le procès de Jérome Kerviel progresse en faisant de grandes embardées.  Hier Kerviel, selon un de ses anciens copains,a fraudé tout seul. Aujourd'hui un autre trader de la Société Générale dit posément "ca fait deux ans que je me rends compte que le scénario du trader isolé est le scénario le moins inquiétant pour les actionnaires et qui sied le mieux au management". La différence entre ces deux témoignages ? Le premier trader travaille toujours dans la banque. Le second a quitté la finance et est en procès avec son ancien employeur. D'ou la tentation de se dire que la parole du premier est beaucoup moins libre que celle du second.

Benoit Tailleu ne connaît pas personnellement Jérome kerv iel; mais il connaît la mécanique pour avoir été l'un des superviseurs d'un desk de traders à la Société Générale. il dit des choses simples: "je n'arrive pas à comprendre comment la hiérarchie a pu accepter pendant des semaines, voire des mois, une position qui n'avait rien à voir avec la nature de son portefeuille. C'est comme si il avait eu un mandat pour acheter cinq tonnes de fraises et qu'il se retrouve avec cinq tonnes de pommes de terre dans le hangar, que le contremaitre passe et ne voit rien"

Et Jérome kerviel s'est également "trahi" par le montant de ses profits estime-t-il. En fin d'années 2007, il affiche un gain de 55 millions d'euros , somme qu'il n'a pu gagner que sur des activités plus exotiques que les turbo warrants dont il était chargé.

A partir de lundi, le tribunal va examiner le problème des positions fictives. C'est grâce à ce stratagème que Jérome Kerviel a pu dissimuler des prises de position totalement hors des clous.

Sans aucun doute, des témoins vont défiler, les uns pour dire que c'est une pratique interdite, inadmissible, jamais pratiquée, les autres, le contraire. C'est la grandeur des débats devant la justice correctionnelle.

 

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 16:44

« Un somnambule dans un champ de tir » : c’est ainsi que Jean- François Lepetit, ancien président de l’Autorité des marchés financiers (AMF) a qualifié Jérome Kerviel  au deuxième jour du procès qui se tient devant le tribunal   de Paris. L’ancien trader de la Société générale est accusé d’être le seul responsable de la perte record de 4,9 milliards d’euros, via des opérations de marché non autorisées. Et déjà une image commence à se dégager de ce jeune homme trop lisse.

 De bonnes études orientées vers les mathématiques et l’économie : le jeune breton se sent attiré par la finance. Son master en poche, il se fait recruter par la Société Générale ou il se fait remarquer comme un bon élément. Mais le travail de "secrétariat " du middle office ne lui suffit pas. Il accède vite au statut d’assistant–trader, puis à celui de trader. Jusque là on est dans le portrait d’un jeune employé motivé qui fait son chemin et gagne sa place au soleil.

 Il explique qu’il travaille de 7.00 à 22H , qu’il ne s’arrête que quelques minutes pour grignoter à l’heure du déjeuner, même durant les jours fériés. Déjà en 2005, ses supérieurs notent au cours de son évaluation annuelle « attention à la surchauffe, ménagez des temps de repos ». Mais visiblement le jeune homme a attrapé le virus, le poison de la gagne. En plus de son activité de « market maker », il ajoute celui d’arbitragiste. La première est très encadrée, la seconde beaucoup moins. Et là Jérome Kerviel va pouvoir commencer à jouer, à faire des paris à la hausse ou à la baisse sur les marchés et les taux de change et développer une technique d’achat de contrats à la fermeture des marchés européens pour les revendre au mieux le lendemain en pariant sur des variations à la hausse et à la baisse. Il commence à se prendre pour un seigneur. Il engrange des gains. Est-il fasciné par l’argent ? Pense –t-il à son futur bonus ?

 

   On a appris hier également que le frère ainé de Jérome Kerviel travaillait à la BNP et qu’il a eu des problèmes avec son employeur. Il a été soupçonné d’avoir détourné 100.000 euros. Finalement la somme sera rendue et l’affaire sera transigée. La seule évocation d’un lien entre son affaire et celle de son frère met le jeune homme dans un grand état de fureur : « vous êtes un personnage ignoble » lance t-il à Maitre Veil qui porte le fer dans la plaie. Pourtant vouloir aider son frère dans une période difficile est un des mobiles possibles.

 

Jérome Kerviel répète inlassablement « tout ce que je voulais c’est faire gagner de l’argent à la banque ». Ce matin, l’un de ses anciens copains  était à la barre. Seul présent des quatre témoins cités, il travaillait comme trader sur le même desk que Jérome Kerviel. « Ses actes je ne les explique pas, je suis déçu par son comportement. Salim Nemouchi pousuit « En tant que trader, on a tous des objectifs et des limites à respecter. Jérome Kerviel a mis la banque et ses salariés en danger. » Le jeune homme évite de croiser le regard de son ancien collègue, il est encore employé par la Société Générale. On le sent dans ses petits souliers.

 Devant une série de questions précises sur le mode de fonctionnement de son service, le président lui demande : est ce que la banque ne pouvait pas arrêter le phénomène Kerviel ? il répond « c’est possible ». Ce qui rappelle qu’en 2007, Jérome Kerviel avait engagé, perdu puis gagné des sommes sans commune mesure avec ce qui était la limite autorisée, 125.000 euros. Il était déjà hors des clous et toutes ses opérations n’étaient pas cachées, loin de là. « La hiérarchie nous a demandé de prendre des positions de plus en plus importantes. Les dépassements étaient tolérés du moment qu’ils rapportaient de l’argent. J’ai appliqué une stratégie de trading en 2005 qui a bien fonctionné, tu ferras la même chose en 2006 m’ont dit mes responsables ; ce que j’ai fait en réalisant à périmètre constant 1700% de croissance en trois ans ».

 Et quand il dit cela Jérome Kerviel a comme une boule de rage dans la gorge. Lui ,le gagneur, se voit trainer dans la boue. « Ces outils ce n’est pas moi qui les ai inventés. Que je sois allé trop loin, c’est complètement idiot, je le reconnais. Mais ces pratiques étaient connues et reconnues par la banque ».

 

Jérome Kerviel se dévoile. Il n’a pas de petite voix dans la tête qui lui souffle ce qui est bien ou mal. Pour lui tout ce qui n’est pas interdit, est autorisé. On mesure l’écart avec Jean -François Lepetit  COB, AMF)capable de dire « Dans les salles de marché, c’est le bon sens qui compte. Un dépassement autorisé c’est plus ou moins 10%. Si on dépasse une fois, c’est un péché véniel, deux fois un péché mortel ».

Toute la fracture Kerviel est là. Une volonté de toute puissance (je suis meilleur que les autres) alliée à une forme d’immaturité (le jeu). Des barrières morales désactivées, une personnalité sociable mais pas d’amis, un père qui meurt et un frère ainé qui va dans le décor, le travail qui tient lieu de raison de vivre. Le décor est planté. Jérome Kerviel qui a déjà commencé à tricher avec les bonnes pratiques en 2007, va exploser tous les plafonds en janvier 2008.

 Il n’y a pas de mystère Kerviel a proprement parlé. Juste un jeune provincial qui s’est laissé grisé par ce métier de trader, jusqu’à se prendre pour ce qu’il n’était pas, un financier de génie.

 

 

 

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