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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 23:19

Effervescence ce matin au Palais de justice. Dés neuf heures les cameramen ont commencé à cerner la chambre où allait être rendu le jugement de l’affaire Clearstream. Chaque acteur ou observateur de ce procès avait son idée, sans qu’aucun consensus ne se dégage. Instigateur d’une méchante conspiration pour les uns, victime de la vindicte de Nicolas Sarkozy pour les autres, Dominique de Villepin ne laissait personne indifférent. On l’avait vu un mois durant se battre pied à pied contre le procureur, contre Thierry Herzog, l’avocat du président, contre ses co-accusés. Déclarations un peu grandiloquentes à la sortie de l’audience. Tout cela était dans les mémoires et pourtant rien de tangible, de définitif n’était sorti des confrontations. Il y avait eu aussi le lapsus du président interrogé sur l’affaire en cours et qui avait parlé des coupables à propos des prévenus. Enfin on avait entendu les réquisitions habilement menées par le procureur de Paris, Jean Claude Marin : il réclamait une condamnation de 18 mois avec sursis contre l’ancien premier ministre. Mais les juges pouvaient ajouter l’arme fatale contre les hommes politiques : l’inéligibilité.

La salle d’audience était comble et ceux qui n’avaient pas de place pouvait suivre grâce à une retransmission vidéo le rendu du jugement dans une salle annexe. 10H30: Le président Pauthe à la réputation sévère pouvait commencer. Dominique de Villepin assis au premier rang, ses avocats juste derrière, et dans le fond sa femme et ses trois enfants. Imad Lahoud désormais prof de math dans un grand lycée parisien, semblait mieux dans sa peau qu’il y a quelques mois. Jean-Louis Gergorin en revanche était très tendu. Florian Bourges et Denis Robert à part ne jouaient pas dans la même division.

Le président égrène les attendus. Son oeil expert balaie les moindres recoins du dossier, reprend les témoignages, déclarations, confrontations. Une heure et demie plus tard, il arrive au « dispositif ».
Dominique de Villepin : relaxe ! Imad Lahoud, l’informaticien qui a trafiqué les listings 18 mois fermes et 40.000 euros d’amende ; Jean Louis Gergorin est lui stigmatisé comme le cerveau de l’affaire 15 mois ferme et 40.000 euros d’amende. Enfin Florian Bourges le jeune auditeur qui a volé les listings, quatre mois avec sursis et Denis Robert qui a fait son fond de commerce avec les agissements de la chambre de compensation luxembourgeoise, est relaxé au nom de la protection de la liberté d’expression.

On entend à peine la fin de la lecture tant les murmures montent. L’assistance est médusée.

L’un des premiers à quitter la salle sera Maître Thierry Herzog. Pour lui la défaite est totale. Il a plaidé quatre heures pour convaincre le tribunal que Dominique de Villepin avait été l’instigateur de la machination. Il y a passé tout son été à éplucher chaque cote du dossier. Certes les attendus du jugement sont sévères parfois pour Dominique de Villepin. Mais il n’y a pas de preuve souligne le tribunal que « DDV » comme on le surnomme savait que ces listings étaient des faux.

Dominique de Villepin savoure ce moment. Il remercie ses avocats. Il sort de la salle et s’avance très pale, ému, vers les cameras. Il parle de justice indépendante et de son avenir au service des français. On se dit qu’à partir de ce jour un nouveau chapitre de la lutte que se livre  les deux hommes vient de s’ouvrir.

Les avocats font leur petit tour de piste. « Il s’agit toujours de faire payer les lampistes »dit maître Pardo pour Imad Lahoud. « Mon client est trop intelligent. On le lui fait payer » tente maître Iwens pour J-L Gergorin.

Ces deux là feront appel.

Mais que fera le parquet ? Au moment où chacun quittait le palais de justice, la question n’était pas tranchée. Question compliquée puisque Nicolas Sarkozy faisait très vite savoir « qu’il ne ferait pas appel ». En fait en tant que partie civile, il ne peut faire appel que des intérêts civils, c'est-à-dire en l’occurrence de l’euro symbolique que lui verseront symboliquement les trois personnes condamnées. Mais c’est un signal de fin de partie judiciaire. Le procureur lui aurait eu tendance à vouloir interjeter appel puisqu’il n’a pas obtenu la condamnation qu’il attendait. Logique judiciaire contre logique politique. Encore et toujours. Preuve qu’il est compliqué quand on est chef de l’état d’acter en justice. C’est peut être la morale sous-jacente de ce procès.

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commentaires

Greck 02/02/2010 14:17


Bonjour,

Je crois que Mr De Villepin est à ce jour le seul que fasse vraiment peur au Président, donc, même si Mr Sarkosy n'a pas demandé au parquet de faire appel, il suffit qu'une personne de son
entourrage la fasse? !

De tous façon, c'est un problème d'homme et non de justice. C'est un aperçu de la politique française, qui aujourd'hui n'a de démocratie que le nom !

Cordialement


Marie 30/01/2010 08:54


Bonjour,

est-ce une pratique courante chez le procureur Marin de faire appel lorsque la justice ne suit pas son réquisitoire ? Combien de fois a-t-il fait appel et dans quelles affaires ? Peut-on avoir des
statistiques à ce sujet ?
Merci d'y répondre.
Marie