Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

Damien Givelet
 
Cédric Ingrand
Pascal Boulanger
 

 


Blog hébérgé par :


Annuaire des blogs d'Over-Blog – Créer un blog gratuit
11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 18:04

Lundi 10 janvier, effervescence autour du palais de justice de Montpellier. Le procès Bissonnet reprend. Il doit déterminer quelles sont les responsabilités, dans l’assassinat de Bernadette Bissonnet, de trois personnes : son mari, Jean-Michel Bissonnet, son homme à tout faire, Meziane Belkacem et le chasseur ami de son mari, le vicomte Amaury d’Harcourt.

000 Par3487599(Meziane Belkacem et Jean-Marie Bissonnet 27/10/2009)

C’est l’acte II puisque le procès avait déjà démarré trois mois plus tôt et avait été interrompu après la révélation d’une tentative de subornation de témoin par Jean-Michel Bissonnet du fond de sa cellule : il cherchait à faire porter le chapeau à son vieil ami. Cette fois, les accusés refusent d’être filmés, l’atmosphère est plus âpre, plus tendue. La première après-midi est réservée à l’organisation du procès et à la lecture de l’acte d’accusation.

Le plus marquant est l’attitude des deux fils de JM Bissonnet. Remontés à bloc contre Amaury d’Harcourt, accrochés à la version : non, ce n’est pas Papa qui a tué Maman. Un moment destabilisés par l’initiative de leur père concernant la subornation de témoin, ils ont fait leur la théorie consistant à dire que cette affaire n’était qu’un piège de l’accusation destiné à faire tomber leur père… Et les deux frères, très différents l’un de l’autre, sont soudés dans ce combat face à la presse ; jusqu’à en être touchants.

000_Par3703121.jpg(Marc et Florian Bissonnet)

Mardi 11 janvier : on entre dans le vif du sujet, l’examen des faits.

Voici d’abord la déposition du directeur d’enquête. Le lieutenant Emeraux, 47 ans, sanglé dans son uniforme de gendarme, raconte cette nuit de mars 2008.

« Il était 23h15, j’ai été appelé par des collègues qui étaient devant la voiture retrouvée de Mme Bissonnet. Ils me disent que la victime avait été tuée par arme à feu à son domicile et que la scène du crime avait été nettoyée par le mari de la victime. Je prends les décisions d’usage avec en tête deux hypothèses : crime crapuleux ou crime commis par l’entourage de la victime. Mais rien n'ayant été volé, la voiture ayant été abandonnée non loin avec la clef de contact toujours en place, on a considéré que ce n’était, en tous cas, pas un vol classique. »

Le directeur d’enquête donne ensuite quelques dates importantes pour l’enquête : le 13 mars, perquisition au domicile, le 20 mars, convocation de Meziane Belkacem, arrestation de Jean-Michel Bissonnet, tandis qu’Amaury d’Harcourt est auditionné à Auxerre. Le 6 mai, découverte de l’arme du crime dans le Lez sur croquis de M. d’Harcourt. Une vingtaine d’enquêteurs ont été mis immédiatement sur cette affaire.

000 Par3704385(Amaury d'Harcourt)

« Qu’est-ce qui vous a semblé suspect sur la scène du crime ? » demande le président.

« On avait assez vite trouvé l’ongle du tireur sur les lieux. Du coup, le fait que M. Bissonnet a pris une serpillère pour nettoyer l’endroit ou se trouve le sang mélangé de Mme Bissonnet et de Meziane Belkacem a semblé suspect. Il n’est pas très logique, une fois qu’on est devant le corps de sa femme, de passer la serpillère pour éviter que le chien ne mette ses pattes dans le sang, comme il nous l’a affirmé », réplique imperturbable le gendarme de la section de recherche.

« Ce qui m’a aussi marqué, c’est la personnalité de M. Belkacem, qui semblait extérieur à son geste, et qui ne paraissait pas en comprendre la portée. Quant à M. Bissonnet, lors des différentes rencontres avec lui, il m’a étonné : il passait du rire aux larmes, des sanglots à la grande tape sur l’épaule d’un gendarme qui fouillait dans une poubelle en disant : moi aussi j’ai fouillé dans la poubelle d’un concurrent, suivie d’un grand rire. »

Question de Maitre Senyk, avocate de Jean-Michel Bissonnet : « comment avez-vous appris que la scène de crime avait été nettoyée ? »

« Je l’ai appris des enquêteurs qui sont arrivés les premiers sur place. M. Bissonnet le leur avait dit spontanément à leur arrivée. »

Cette fois c’est Maitre Henri Leclerc qui se lève sur les bancs de la défense :

000_Par3706615.jpg

« Et pourquoi cette communication de la gendarmerie à la presse ? Dés le 12 mars les journaux donnent beaucoup de détails sur l’affaire. Pourquoi ?  Le  7 mai, le lendemain de la découverte de l’arme, la gendarmerie fait un communiqué donnant des informations sur une enquête en cours, est-ce normal ? »

Le gendarme directeur opérationnel est dans ses petits souliers. Normalement c’est le parquet qui seul communique. Il ne peut justifier que ces informations aient filtré. Maitre Leclerc brandit le communiqué de presse apparemment resté hors du dossier et qui étaye le soupçon d'une enquête orientée, polluée par les premières investigations et les premiers résultats largement diffusés.

Deuxième témoin entendu : Lionel Valenti, officier de police judiciaire, 27ans.

« Nous sommes le 11 mars 2008, 22h10, appel téléphonique. On m’informe du crime et je me transporte sur place ; j’arrive à 22h40. Le portail d’entrée est ouvert et je vois déjà deux gendarmes sur les lieux. En contrebas, au fond de l’allée, j’aperçois le mari. Je me présente et je lui demande de ne pas bouger. Je m’avance dans la maison, je vois dans le hall le corps de Mme Bissonnet. Des plombs dans les volets roulants. Une veste sombre cache son visage. Je constate que le véhicule 4/4 manque, je le fais rechercher. Le véhicule est rapidement retrouvé.

« Sur la gauche, une table avec tiroir. Les clefs de madame Bissonnet, dont celle du véhicule, sont posées en évidence. J’entends des griffures de chien à l’étage. Première constatation : aucun désordre apparent dans la maison. Nous attendons. Je rassure M. Bissonnet. il se lave les mains, boit un peu. Dès que les renforts arrivent, ils emmènent Jean-Michel Bissonnet pour une première audition. »

Le couple avait été victime d’un « home -jacking » trois ans auparavant, un vol à domicile en présence des propriétaires. Le voleur avait emporté une télé et divers appareils assez lourds et avait utilisé le même 4/4 pour ouvrir le portail puis l’abandonner non loin de là.

« Et la serpillère ? » demande le Président.

« Elle se trouve juste à côté du corps. Monsieur Bissonnet me dit qu’il a tout essuyé et nettoyé. Je trouve cela surprenant. Quand j’ai expliqué à cet homme que j’étais le directeur d’enquête, M. Bissonnet a haussé le ton et m’a invectivé : ne me parlez pas comme ça, je ne suis pas l’auteur des faits, m’a-t-il dit. »

Puis le gendarme revient sur la garde à vue de Meziane Belkacem. « Il est arrivé à la gendarmerie avec une veste à manche longue. On savait que le tireur s’était blessé (ongle). On finit par voir sa blessure à la main. Le gardé à vue a alors raconté comment il a connu M. Bissonnet et comment il lui a proposé de devenir son laveur de carreaux. Il a assez vite reconnu les faits et nous a expliqué que s’était sur la demande de JM. Bissonnet qu’il avait accompli cet acte. »

Enfin un élément est précisé par les avocats des parties civiles : le véhicule a été déplacé après le crime avec une autre clef que celle de la victime, ce qui signifie que quelqu’un a fourni à Meziane Belkacem un double des clefs.

Question de maitre Louis Balling, l’avocat d’A. d’Harcourt  : « comment avez-vous trouvé M. Bissonnet, ce soir là ? »

000_Par3704421.jpg

« Il semblait destabilisé. Il passait de sanglots sans larmes à des moments où il ramassait des feuilles mortes par terre ».

Réplique de Jean-Michel Bisonnet : « Pendant la demi-heure où je suis resté avec le gendarme, il a été très gentil avec moi. Mais quand j’ai voulu rentrer dans la maison il me l’a interdit. En sanglots, je lui ai dit : laissez-moi regarder le corps de ma femme. J’ai rouspété. Il m’a dit taisez-vous ou je vous mets les menottes. »

« Je n’ai jamais tenu ces propos ! » réplique le gendarme.

« Menteur ! » lance JM. Bissonnet, blême, de son box.

Audition de Patrick Gonzales. OPJ. C’est lui qui a pris les photos sur la scène de crime. Ces photos sont projetées à la cour.

« Le 11 mars 2008, je suis appelé au domicile de M. Bissonnet avec un spécialiste de l’identification judiciaire. Photo extérieur nuit, lumière allumée. De même à l’intérieur, la lumière du hall est allumée. Les photos se succèdent. On voit une propriété ouverte par un portail automatique. Sur la droite un abri pour les voitures. Entrée de la maison façade Est. Des terrasses successives mènent à la piscine. De beaux arbres ombragent le parc. On en vient à la scène de crime. Le corps de Bernadette Bissonnet apparaît recroquevillé dans un coin du hall. »

Jean-Michel Bissonnet pleure, semble vouloir se boucher les oreilles, prend sa tête dans ses mains.

L’intérieur bourgeois défile sur les écrans. Le dernier verre de coca, les reliefs du diner. « On ne trouve aucune trace de lutte ou de fouille » égrène monocorde le gendarme. « On commence par le petit meuble et les clefs de Mme Bissonet. Puis on passe à une première tache de sang , "essuyée" par Jean-Michel Bissonnet, puis à une seconde. Ce sont des taches circulaires, relativement éloignées du corps de la victime. Voici la serpillère orangée, laissée à proximité du corps. Voila le scellé 388, un ongle entier, celui du tireur, le bout de peau du doigt. »

Cette fois, Jean-Michel Bissonnet tourne le dos à l’écran et à la cour. Il est face au mur en bois du box et fait le geste de se taper la tête. Un gendarme le sépare du tireur, Méziane Belkacem qui, lui, reste impavide.

On continue, l’escalier et toutes les petites taches de sang soigneusement lavées jusqu’à la chambre située au premier étage.

Les cartes du Cluedo sont distribuées ; il reste à transformer les indices en preuve pour faire pencher les jurés vers les culpabilités respectives du « jardinier », du mari et de son ex-fidèle ami, le vicomte d’Harcourt.

La cour a quatre semaines pour forger son intime conviction.

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires