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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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16 décembre 2010 4 16 /12 /décembre /2010 18:59

Thierry Devé-Oglou a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 22 ans à l’issue d’un procès de trois jours. A la sortie de l’audience, la mère d’Anne-Lorraine Schmitt s‘est déclarée satisfaite de ce verdict : « Nous avons obtenu le maximum de ce qui est proposé par la loi. 22 ans, il en a fait déjà trois, c’est 19 ans de sécurité, c’est déjà ça ». Son mari, le général Philipe Schmitt a ajouté : « c’est un soulagement pour toutes les jeunes femmes qui ne pourront plus rencontrer ce type dans les 22 prochaines années ». Une famille qui a quitté le palais de justice en ayant retrouvé une certaine sérénité.

Avant que ne commence la dernière partie du procès, Thierry Devé-Oglou est interrogé par la présidente qui lui demande une dernière fois la vérité sur les faits. Il répond mal, comme d’habitude, de pauvres explications : « je sais qu’elle était quelqu’un de bien, qui avait de l’éducation. Je sais que je vais avoir une peine lourde. Cela ne suffira pas. J’aurai ça toute ma vie. Pour moi, c’est quelque chose d’horrible ce que j’ai fait ». Un silence puis il ajoute : « mon père, ma mère ne méritent pas ce que j’ai fait ». Le petit homme à la barbiche poivre et sel est agité de tremblements nerveux. Les débats sont clos, place aux plaidoiries.

Sur les murs du tribunal, les écrans vidéo projettent la photo d’une jeune fille souriante, photo prise sans doute à l’occasion d’une sortie en mer. La première à prendre la parole est l’avocate de la famille Schmitt. Maitre Justine Devred évoque avec force la scène de crime. La victime qui va rejoindre le déjeuner dominical au sein de sa famille, le meurtrier qui avale un verre de rhum de bon matin avant de s’engouffrer dans une rame de RER. Deux êtres qui n’auraient jamais dû se croiser et que le hasard a réunis. « A 10h22, ils se rencontrent. A 10h27 tout est fini. Cinq minutes d’une violence inouïe, où elle se défend. Elle succombera à plus d’une trentaine de coups de couteau ». Au chagrin s’ajoute alors la culpabilité pour la famille. Ne pas l’avoir accompagnée ce jour-là, ne pas avoir su la protéger. C’est la double peine des proches de victimes, évoque-t-elle avec talent.

Suit le réquisitoire du procureur de la République. Il descend de son estrade, se met à la hauteur de l’accusé. « Vous appartenez à cette société, M.Devé-Oglou, et c’est bien parce que vous êtes un homme que nous pouvons vous juger » Au-dessus, les écrans vidéo projettent la photo souriante d’Anne- Lorraine Schmitt. L’avocat général est un homme d’expérience. Il parle sans notes. « C’est un joyau que vous avez tué ! Il est beau ce visage ! Elle est tout ce que vous n’êtes pas : amour des autres, don de soi, exigence vis-à-vis d’elle-même »

Puis Eric Maurel vient se camper face à l’accusé : « Vous dites que tout a été très vite, cinq minutes au plus. Je vais vous montrer ce que cela représente ». Et là, l’avocat général plante ses yeux dans ceux de l’accusé et laisse s’égréner des minutes de silence interminables. La cour d’assises retient son souffle. L’accusé comme hypnotisé croise le regard de son accusateur.

Puis l’avocat général conclut sur la dangérosité de l’accusé. Il souligne qu’aucun psychiatre ne s’est avancé à dire que cet homme ne recommencerait pas. « Je souhaite prémunir la société le plus longtemps possible ». Avant de requérir la peine maximale.

Face à ce rouleau compresseur, le défenseur de Thierry Devé-Oglou n’a pas convaincu : « il faut une décision équilibrée qui ne soit pas un lynchage habillé de justice. C’est un malade qu’il faut soigner ». Maitre Mahieddine Bendaoud souhaite que son client ne soit pas condamné à une mort sociale.

C’était trop demander à des jurés auxquels on avait projeté les photos des mains et du thorax d’Anne-Lorraine Schmitt, lardés de coups de couteaux. Traces d’une violence monstrueuse dans cette rame du RER D, parce qu’elle avait refusé l’injonction sexuelle de son meurtrier.

Le général Philippe Schmitt entend poursuivre un combat en faveur d’une exécution complète des peines telles que fixées par les cours d’assises. Mais la vraie interrogation de ce procès réside plutôt dans la manière dont une société peut se prémunir contre les prédateurs sexuels. Comment les détecter, les soigner, éviter la récidive. Thierry Devé-Oglou ne sortira pas avant l’âge de 70 ans. Mais lors de son premier procès pour viol, on le considérait comme réadaptable et non dangereux. Le vrai problème est là.

 

 

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