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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 19:14

Pierre Perret parle dans la vie comme dans ses chansons. Le voilà à la barre du tribunal, modeste, les rides entourant ses yeux bleus, semblant accompagner un sourire. C'est lui qui a intenté un procès en diffamation contre l'hebdomadaire Le nouvel Observateur en 2009.

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La 17ème chambre correctionnelle est pleine à craquer. Sur la partie gauche, les amis de Léautaud et de Brassens. Sur les bancs de droite, ceux du chanteur populaire. « J’ai vu un tissu d’ignominies qui me tombait sur la tête, sans comprendre pourquoi et sans fondement. Ca m’a profondément blessé. Ca m’a pourri ces deux dernières années. Tout d’un coup, je dois rendre des comptes alors que mon livre « A cappella » est paru en 1972 sans que personne ne s’en émeuve. On me dit : Paul Léautaud n’a jamais parlé de vous dans son journal. Mais je n’étais rien pour lui ! La première fois que je me suis pointé chez lui, il m’a claqué la porte au nez. Puis il m’a rappelé alors que je redescendais l’escalier, et il a bougonné parce que ses chats s’échappaient. Dans mon livre, je commence le récit le 26 août 44, une très belle journée d’été. C’est ce jour-là que j’ai osé apporter son livre sur Stendhal pour qu'il me le dédicace. Mais je lui avais fait déjà quatre ou cinq visites... Je l’ai donc vu plusieurs fois avant mon service militaire. Et puis, on me dit : oh, mais vous ne mentionnez pas les soucoupes pour les chats que le grand écrivain disposait sur chaque marche de l’escalier. Donc vous n’êtes pas bon ! Mais moi, ce n’est pas ça que je voyais. Il y a aussi une histoire de portail. Il grinçait ; c’est comme ça dans ma mémoire. On m’affirme qu’il n’était pas en fer mais en bois. Je ne sais plus !  Après l’affaire Léautaud, on ajoute que je suis un plagiaire de Brassens. L’accusation prétend que Brassens avait le projet de chanter une vieille chanson paillarde. Moi, trente ans plus tard, je sors un disque composé de chansons de corps de garde, des chansons qui appartiennent à tout le monde, et je deviens un plagiaire. Désolé, mais moi, j’ai toujours bu dans ma tasse ! »

L’auteure de l’article du Nouvel Observateur avait eu largement la parole auparavant pour défendre son article. Sophie Delassein explique qu’elle a été contactée par Guy Béart. D’ailleurs, le vieux chanteur, regard clair et cheveux gris teints, est dans le public. C’est lui qui aurait alerté sur les nombreuses erreurs contenues dans le livre. A partir de là, comme le fil d’une pelote, la journaliste constate que la légende de Pierre Perret se détricote. L’entourage de Paul Léautaud réfute les visites du jeune poète toulousain. Celui de Brassens décrit Pierre Perret comme un éternel envieux de son illustre aîné, Georges Brassens. La journaliste, pull en V noir sur jean de même couleur, parle des souvenirs de Pierre Perret comme d’une supercherie.

Le président du tribunal connaît bien son affaire. Il ne se laisse pas démonter par « l’importance » de ce débat. Il pose une question qui me semble fondamentale : avez–vous cherché à joindre Pierre Perret, à avoir sa version de sa rencontre avec Léautaud ? Réponse de la journaliste : j’ai contacté son attachée de presse. « Avez-vous indiqué pourquoi il était important de joindre le chanteur lui-même ? » Réponse de la journaliste : « Son attachée de presse m’a dit qu’il était en vacances à l’autre bout du monde et qu’il ne souhaitait pas me parler. » Mais, insiste le président : « Savait–il qu’il était mis en cause de cette façon ? » Réponse de la journaliste : « je n’avais pas à dire pourquoi je voulais lui parler. »

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(Pierre Perret et son avocat Me Szpiner)

Les preuves de sa bonne foi, Pierre Perret les a apportées au tribunal dans un banal sac de sport. Chacun de ses trésors est protégé par de grandes enveloppes Kraft. Des livres recouverts de papier cristal, des petits mots écrits à la plume par Paul Léautaud glissés entre les pages. Pierre Perret entend mettre fin à cette violente cabale contre lui.

Ce n’est pas à moi de juger de l’évidence de ces preuves. Le tribunal, qui va encore siéger demain, mettra son jugement en délibéré. Je voulais juste rapporter une phrase de Paul Léautaud, citée par Pierre Perret pour dire son attachement à l’écrivain : « Aimer, c’est préférer un autre à soi-même ».

Joliment dit, non ?

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