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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 08:50

L'affaire du Casino d'Annemasse reprochée à Charles Pasqua est caractéristique du mode de fonctionnement appelé "clientelisme" sans qu'on sache toujours de quoi il est question.  Voici ce qu'en disait l'intéressé le premier jour de son procés devant la Cour de Justice: "le maire d'Annemasse souhaitait depuis trente ans que sa ville dispose d'un casino. Je demande l'avis du préfet, il est positif. je regarde combien de candidat: un seul, Monsieur Feliciaggi. Il était Corse, avait commencé une carrière politique et j'avais fait de l'aménagement de la Corse un test de ma politique d'aménagement du territoire. J'ai demandé une enquête à Claude Géant (à l'époque directeur adjoint de son cabinet). Rien. Alors j'ai signé l'autorisation".

Hier à la barre on a entendu un autre son de cloche. D'abord des hauts fonctionnaires prudents dont Claude Géant: "il y a des choses qui ne se partagent pas au sommet de l'Etat mais qui n'ont pas besoin de l'être" a dit sobrement celui qui est aujourd'hui secrétaire général de l'Elysée. Comprenez, le ministre fait des choix et on doit s'y ranger. Mais très vite on apprend que l'autorisation d'exploiter le casino d'Annemasse accordée à Robert Feliciaggi et Michel Tomi (un associé spécialiste des jeux au Gabon, à qui il a  revendu des parts) a été accordée en dépit des avis négatifs de la Commission en charge d'examiner les dossiers de candidature. Le passé sulfureux des deux compères, interdits de jeux en Espagne notamment plaide contre eux. Et c'est un commandant de police à la retraire qui officiait aux Renseignements Généraux, section des jeux qui crache le morceau. "Nous avions émis un avis négatif en raison de l'actionnariat à plusieurs reprises. Puis un jour ce dossier passe de noir à blanc-bleu. Pour les professionnels que nous étions cela nous a semblé extrêmement bizarre. Pourquoi un tel revirement? ai-je demandé. C'est sur ordre m'a t-on répondu. Plus bizarre encore nous avions des dossiers administratifs dans le "grand bain" et des dossiers individuels dans un coffre. Les dossiers des repreneurs ont été retrouvés vides ! Je n'ai jamais vu cela en 15 ans de carrière.D 'habitude dès qu'un actionnaire était douteux, on refusait l'agrément".

Le casino d'Annemasse va commencer sa carrière et surtout permettre au duo de départ de faire une très confortable plus value quand l'établissement sera revendu à un groupe "sérieux".

Exit 1994. Arrive 1999. Charles Pasqua décide de concourir aux élections européennes sous sa bannière, associé au souverainiste Philippe de Villiers. Cela s'appelait le RPF, Rassemblement du peuple français. Il faut remplir les listes. Et surprise on découvre en bonne place une inconnue en politique, Mathe Mondoloni qui n'est autre que la fille de Michel Tomi. "Charles Pasqua m'a demandé d'être sur sa liste lors d'un dîner à Libreville; cela m'a fait très plaisir ; voila pourquoi je lui ai prêté la somme de sept millions de francs. D'ailleurs il m'a presque tout remboursé."

On comprend qu'il y a là un renvoi d'ascensseur à peine déguisé. Michel Tomi paye sa dette...

 

Philippe de Villiers dernier témoin convoqué de la journée ne niera pas que les sommes d'argent qui ont permis la campagne d'un parti qui n'avait alors aucun élu et qui a obtenu plus de 12% des voix, n'étaient pas claires. "j'ai quitté le RPF au bout d'un an car le pacte conclu dans les statuts n'était pas respecté. Le trésorier adjoint qui devait venir de ma formation n'y figurait plus, je ne pouvais donc pas contrôler les comptes. Et comme j'avais mener le combat contre URBA et le système de financement socialiste je ne pouvais accepter de ne pas savoir d'où venait l'argent". Face aux juges Philippe de Villiers préférera se rappeler  ce qui le réunissait à Charles Pasqua :. "Je me souviens de deux choses. Notre relation a duré un an au cours du quel j'ai pu constater qu'il préférait la simplicité au luxe, le saucisson d'âne aux grands restaurants. J'ai vu aussi que nous partagions une conviction profonde, maintenir la flamme du souverainisme. Par delà mes doutes sur le parcours judicaire, je peux dire que la passion de sa vie, c'est la passion de la France".

Et les deux hommes se sont serrés la main et ont échangé quelques mots aimables. Le temps des insultes semblait loin comme si le temps avait limé les antagonismes entre le chevalier blanc de la politique et le celui qui a mis les mains dans le cambouis pour faire tourner le moteur.

 

 

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commentaires

papi émerveillé par la justice 01/05/2010 11:34


Arrangements entre autres amis

En pleine période de réforme de la procédure pénale et de discussion du projet de loi organique relatif à l'application de l'article 65 de la Constitution, les affaires enterrées ça continue !

http://www.lepost.fr/article/2010/04/30/2055367_affaires-enterrees-ca-continue.html