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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 22:48

 

17 ans de prison aux États- Unis, 3 ans à la Santé, soit vingt ans derrière les barreaux : l’ancien homme fort du Panama n’est visiblement plus que l’ombre de lui-même. Beaucoup de journalistes sud-américains faisaient le pied de grue pour assister au procès. Dans la salle d'audience, on pouvait observer des proches de l’ancien dictateur panaméen, dont trois jeunes femmes très attentives, qui pourraient être ses filles. Manuel Noriega, costume noir, cheveux gominés, a dû commencer par décliner son identité et faire rectifier sa date de naissance : « Je suis né le 11 février 34, pas 36 ! »

 Il veut s’exprimer tout de suite sur les faits. La présidente le coupe : « si nous abordons le fond, on ne pourra plus examiner les recours de vos avocats ! ». Celui qu’on surnommait "face d’ananas"  en référence à sa peau grêlée, s’assied dépité.

La justice française lui reproche d’avoir blanchi des fonds provenant du trafic de drogue du cartel de Medellin. Entre décembre 88 et décembre 89, 73 millions de francs ont transité par ses comptes français. Le couple Noriega s’est alors offert  trois appartements dans les plus beaux quartiers de Paris.

Jugé par défaut en 99, il avait écopé de dix ans de prison et d’une amende substantielle de 11 millions d’euros. A l’époque il était aux Etats-Unis où il purgeait une peine de 40 ans de prison pour trafic de drogue et extorsion de fonds. Sa peine a été commuée à 17 ans de réclusion. Au lieu de recouvrer la liberté à la fin de sa peine, il a été extradé vers la France.  Son procès recommence, désormais en sa présence et avec une défense vigoureuse portée notamment par la voix de Maitre Metzner.

Les avocats de l’ancien dictateur ont plaidé la nullité de l’extradition avec deux arguments : sa qualité de chef d’état et son statut de prisonnier de guerre puisqu’il est un militaire ; la convention de Genève doit s’appliquer : il doit être bien traité, ne subir aucun traitement dégradant, pouvoir avoir accès aux soins…plaident ses avocats. Ce à quoi Maitre Baudelot, l’avocat des douanes a répliqué : « Manuel Noriega  veut être traité comme un ancien chef d’état pour porter ses décorations et comme prisonnier de guerre pour pouvoir toucher sa solde ! Quand on sait comment il a pillé le Panama ! Ne confondons pas prisonnier de guerre et délinquant ! Et  le procureur a souligné que l’extradition était tout à fait justifiée, que l’ex- chef de l’Etat panaméen était poursuivi pour des infractions pénales ordinaires.

 

Ces questions de droit seront tranchées lors du jugement ; mais on éprouvait un certain plaisir à l’idée que, même si longtemps après, l’homme qui avait mis en coupe réglée son pays et instauré un climat de violence extrême finirait par avoir à rendre des comptes, que sa famille ne pourrait profiter d’une vie confortable avec ces biens mal acquis… Même si la jeune génération ne sait plus qui est Noriega, ce procès envoie un signal à tous les dictateurs en place : leur argent n’est en sûreté nulle part .

 

 

 

 

 

 

 

 

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