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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 08:54

Charles Pasqua n'a pas l'intention de se laisser dévorer par la machine judiciaire. Pour lui cette fois, c'est une question d'honneur; Les prétoires, il les fréquente depuis dix ans; mais là il est seul et face à une sorte de grand jury. Car cette fameuse CJR, Cour de justice de la République, est une curieuse institution. Une cour d'exception pour les actes commis par des ministres dans l'exercice de leurs fonctions; Et de fait voir les députés Philippe Houillon ou André Vallini revêtus de la robe de juge, cela fait un drôle d'effet. ..

Mais pour Charles Pasqua dont l'ambition était de terminer sa carrière comme président du sénat de voir précisément six sénateurs le dévisager,cela n'a pas du être agréable. Un fauteuil confortable lui a été apporté au pied de l'estrade des juges , devant ses avocats; et cette fois le roi semble nu même si on entoure d'égard sa personne dans l'enceinte judiciaire.

Je passe sur les passes d'armes juridiques (Question Prioritaire de Constitutionnalité , demande de nullités) défendus par ses avocats. Charles Pasqua semble assoupi, il fait chaud dans la salle;

L'intéressant a été la demi-heure durant laquelle Charles Pasqua avait la parole pour dire à ses juges ce qu'il pensait des  accusations formulées à son encontre. Et là on a retrouvé du grand Pasqua avec sa gouaille inimitable et aussi son talent d'homme politique.

Il commence patelin "J'ai écouté avec attention ce qu'on me reproche" et attaque immédiatement "Je trouve anormal la façon dont l'instruction a été conduite uniquement à charge au mépris de mes droits les plus élémentaires. Je suis innocent des faits qui me sont reprochés. Je devrais me rejouir d'être enfin devant a CJR. Mais c'est un peu tard: devant le tribunal de l'opinion publique cela fait dix ans que je suis trainé dans la boue" Et Charles Pasqua ne se prive pas d'une attaque en règle contre Philippe Courroye, alors juge d'instruction :"il n'était pas là pour rechercher la vérité ; il était à la recherche de la preuve de ma culpabilité".

Puis il va développer l'idée qu'un ministre de l'intérieur est un homme sur-occupé qui ne s'occupe pas du détails des affaires: il donne les grandes lignes et les collaborateurs exécutent : Le casino d'Annemasse? une autorisation était demandée depuis trente ans par la mairie et parfaitement justifiée pour le développement de la ville. Le déménagement d'Asthom ? La société voulait quitter Le Havre pour s'installer à Saint Ouen. La présentation de mon intervention dans ce dossier est grotesque. J'ai approuvé ce changement à la suite des notes de mes collaborateurs". 

Charles Pasqua est revenu alors sur ce qui avait fait le socle de sa morale: "A 16 ans j'étais immatriculé à l'ombre (dans la Résistance). Dans ma famille, l'argent n'a jamais été l'étalon de la vertu et de la réussite" et d'ajouter : " Je n'ai jamais compris pourquoi Bilger (le PDG d'Alsthom à l'époque) si il était victime de racket ne m'a pas téléphoné. Si j'avais su ce qu'il se passait, je serais intervenu !"

Quand à a SOFREMI,et à ses gros contrats de sécurité à l'étranger là aussi Charles Pasqua démend toute intervention personnelle: "Je ne suis jamais intervenu dans le fonctionnement de la Sofremi. Qui a le temps en tant que ministre de l'intérieur de s'intéresser à ce type de société ? je voyais le président peut être deux fois par an et j'ai désigné un collaborateur pour représenter le ministère au conseil d'administration".

Enfin a voix un peu cassée par une pointe d'émotion, Charles Pasqua veut dire un mot de son fils qui est soupçonné d'avir servi d'intermédiaire et même de s'être enrichi personnellement grâce aux responsabilités politiques de son père: " Sa condamnation me touche personnellement mais cela ne signifie pas que je suis coupable".

Fin de la partie introductive.

A la sortie, Charles Pasqua répète: "Durant ces 10 jours je vais mener une rude bataille". On l'aura compris, le vieux lion a encore envie de se battre avec la conscience apparement tranquile. Ses avocats l'entrainent. Il retrouve la démarche d'un homme de 83 ans.

 

 

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