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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 10:20

"Accusé, levez-vous !  Vos nom, prénom, domicile, date de naissance …Vous avez donc 16 ans, bientôt  17 ? Vol de scooter. Vous reconnaissez les faits ? Oui, vous avez déjà été condamné pour un vol dans un super marché il y a 18 mois. C’est bien cela ?" dit le juge en regardant sévèrement le jeune homme à la barre.

Un petit « oui, m’sieur le juge » s’échappe de la bouche de l’adolescent, visiblement mal à l’aise.

Puis le juge se tourne vers ses deux jurés assesseurs : « vous êtes d’accord, cela mérite la prison ferme ! » Les jurés semblent d’accord. « Trois mois fermes ! » énonce le juge en refermant le dossier. Au suivant !

Est-ce la sévérité dont la justice a besoin pour rendre notre société plus sûre ? L'Assemblée Nationale vote aujourd'hui la réforme de la justice des mineurs : doit-elle mener systématiquement vers le pénitencier, les camps de redressement, l’encadrement des jeunes délinquants par des militaires ou la prison au milieu de détenus majeurs ?

Ou bien doit-on continuer à privilégier une approche différente ? Aujourd’hui, la procédure prévoit qu’un éducateur détaché auprès du tribunal étudie la situation et la personnalité du mineur pour permettre au juge de prendre la décision la plus adaptée. C'est-à-dire que, dès le départ, c’est un spécialiste de la délinquance juvénile qui se penche sur le jeune. Il sait que le juge peut proposer une gamme de sanctions qui va de la réparation pénale (sorte de travail d’intérêt général) au placement dans une « unité éducative d’activité » de jour, un établissement  éducatif fermé (EPE), un placement en famille d’accueil, en centre éducatif fermé, ou en prison. Ce choix  délicat est déterminant pour l’avenir. D’ailleurs, soyons juste, la nouvelle loi prévoit d’établir un DUP, un Dossier Unique de Personnalité, qui doit permettre de réunir toutes les informations sur l’environnement social et familial ainsi que sur le parcours pénal du mineur, ce qui va dans le bon sens.

Pour le juge, aucune sanction n’est exclue à priori. Mais le but à atteindre est clairement affiché : que ce jeune n’ait plus jamais affaire à la justice. C’est une philosophie,  née des répercussions de la guerre : cette période avait fait de certains jeunes des « bêtes sauvages ». Ce regard bienveillant porte ses fruits : par exemple, 33.000 mineurs accomplissent chaque leur peine sous forme d’aide ou de réparation au bénéfice de la victime durant trois à quatre mois : 65% d’entre eux ne récidivent pas.

Pas d’angélisme non plus. Les centres éducatifs fermés répondent au traitement de la  frange de jeunes délinquants violents. Mais précisément ces jeunes, il faut les re-structurer, les re-scolariser, les re-socialiser. C’est un lieu dur qui ne convient pas à tous. Des adolescents s’y sont suicidés. Ils ont beau être physiquement grands et costauds, ils sont également fragiles, avec des histoires familiales compliquées.

Pourquoi ne pas entendre les spécialistes de ces questions ? Pourquoi ne pas donner à la PJJ, la Protection Judiciaire de la Jeunesse des moyens supplémentaires pour l’exécution des peines ? On sait que des expériences visant à faire mûrir les jeunes : creuser un puits dans un village africain, rénover un vieux château, servir aux restos du cœur procurent plus de bénéfices pour notre société que la prison.

Alors, vraiment, non  à l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans au lieu de 18. Gardons le cap de l’humanisme dans le regard que nous portons sur les jeunes délinquants.  Tout en appliquant des réponses fermes si nécessaire.

 

 

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