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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 13:28

On avait le sentiment qu'un procès pour grand banditisme allait se tenir : hier, dès potron-minet, Bourg-en-Bresse a retenti de sirènes de police ; le palais de justice et son centre de détention attenant étaient quadrillés par le GIGN, hommes armés, cagoulés de noir, qu’on retrouvera jusqu’à la porte du box des accusés. C'est le meurtrier présumé d'un enfant de 10 ans, Stéphane Moitoiret et sa complice Neolla Hego, sans doute considérés comme dangereux, qui seront introduits dans la salle d'audience.

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A l’intérieur du palais de justice, la famille et les proches entourent la mère de Valentin et son demi-frère. Le papa arrivera plus tard de son côté. Apparemment, le choc de l’assassinat de leur enfant a fragilisé le couple. Des panneaux sont apportés dans la salle des pas perdus : « Justice pour un ange », « Valentin nous ne t’oublierons jamais », des photos représentant l’enfant souriant, plein de vie et d’innocence. Le ton est donné. En montant vers la salle d’audience, Madame Crémault lâche : « Je veux que l’on juge l’assassin de mon fils comme un criminel, oui, ça on le veut depuis le début », et son avocat maître Collard précise : « comment ne pas s’interroger lorsque tout dans la préparation comme dans la fuite est si cohérent. Alors l'accusé serait fou quand il tue, et normal le reste du temps ? Il y a quelque chose qui ne va pas. »

Enfin, on découvre, dans la belle et grande salle des assises de l’Ain, le visage et l’allure des accusés. Stéphane Moitoiret d’abord, sur qui pèsent les soupçons les plus lourds, puisque tout le désigne comme étant celui qui a porté les 41 coups de couteaux au petit garçon. Visage bouffi, regard fixe, il ressemble au garçon de ferme, un peu demeuré, des évocations du dix-neuvième siècle. Quand il doit répondre à une question, il peine à articuler un oui ou un non sans qu’on sache toujours s’il a compris. Le président Bréjoux, magistrat expérimenté, a beau tenter de donner à l’interrogatoire de personnalité un air de normalité, il ne tire de lui aucun souvenir d’enfance, d’école, d’amis. Ses trois sœurs décrivent (par écrit) un petit garçon normal, enjoué, pas très doué intellectuellement mais sociable. Lui ne dit rien de lui-même. Il nie même avoir tué Valentin Crémault : « je m’souviens pas » répète-t-il, penché en avant, sans qu’aucune émotion ne traverse son visage.

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C’est alors vers elle, Noëlla Hego, que se déportent les questions : comment l’avez-vous connu ? « Dans un café, il a fait marcher le juke-box ». Cette femme de 52 ans qui en paraît 40, semble flotter entre ciel et terre. « Les missions divines  étaient commandées. J’étais sa Majesté Hego, un titre de divinité décerné par une parole automatique. » Rires dans la salle. « Mais je n’oblige personne à y croire. Même s'il n'y avait pas eu Stéphane, j’aurais fait les pèlerinages. »

On comprend que, depuis le coup de foudre de Stéphane Moitoiret pour elle, elle en ait fait « son secrétaire ». Ils partent sur les routes en 1987 et vont errer pendant 20 ans en France et en Italie. Leur quotidien était parsemé de rituels, avec prières, bougies et dialogues avec l’au-delà. Après la mort de son père, Stéphane Moitoiret fait un petit héritage. C’est l’époque ou ils se baladent en vélo. Mais il y a aussi le délire de persécution qui pointe : ils sont traqués par les méchants, surveillés par des hélicoptères, poursuivis par Belbar, un personnage redoutable. Là est probablement l’élément déclencheur du crime atroce qui est reproché à Stéphane Moitoiret. C’est sa mère, appelée à la barre l’après midi, qui donne quelques clefs :

« Je comprends très bien la douleur de la famille de Valentin et je la partage, mais ils se trompent sur l’état de santé de Stéphane. Je veux dire à Stéphane que je l’aime beaucoup. C’était un garçon pas méchant du tout, rieur, il avait bon cœur. Mais il a commencé à basculer dans la schizophrénie à 17 ans, lors de la mort de son père. » Au calme, le matin, dans son hôtel, elle nous a confié d’autres précisions. « Il avait besoin d’être cadré, d’être en sécurité. Avec Noëlla, il avait cette sécurité, elle commandait. Mais elle a commencé à en avoir assez de lui, et les disputes étaient fréquentes. Je crois que cela a basculé quand elle lui a dit qu’elle allait le quitter. Je crois que ça a été pour lui un grand choc émotionnel. »

Noëlla Hégo a sa version, qu’elle livre en fin de journée à la Cour d’assises. « On se disputait depuis cinq ans, il était devenu violent. Il voulait le pouvoir sur moi. Moi, je voulais continuer ma route seule. Il m’a avoué qu’il avait attaqué un enfant en étant comme hypnotisé. Il a tué Valentin sans doute pour se venger de moi. Il savait que j’aimais les enfants. Il m’aurait tuée si j’étais allée le dénoncer. »

La fin de l’audience se passera sans commentaires des proches de Valentin. En revanche, les défenseurs de Stéphane Mitoiret sont montés au créneau pour faire constater l’état du principal accusé, selon eux incapable de se défendre.

Les psychiatres entreront dans le débat vendredi et lundi. De leurs analyses dépendra le verdict. Si l'on a affaire à un schizophrène délirant, sa place est dans une institution spécialisée. La loi permet une mise à l’écart médicale de ce genre de criminel. Sinon, il risque la réclusion à perpétuité avec une peine de sûreté de 30 ans, réservée aux crimes sur mineur. Quant à sa compagne, elle risque elle aussi la réclusion à perpétuité pour complicité.

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