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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 19:40

Dorothée Moisan est journaliste à L’Agence France-Presse. C’est une jeune femme vive aux yeux bleus pétillants. On la trouve le plus souvent dans le petit bureau de la presse judiciaire niché dans un coin secret du Palais de justice de Paris. Mais elle peut être aussi assise au premier rang des petits et grands procès en cours ou dans une conversation de couloir avec un avocat ou un magistrat.

Dorothee_4595_recadre-pupille.jpg(Crédit Calixte Moisan)

Son travail quotidien lui a permis d’amasser la matière première d’un livre percutant. Dès le prologue, on sent qu’on va entrer dans la psychologie du personnage qui va être malgré lui le héros de ce livre : Nicolas Sarkozy. Au fil des premières pages, on assiste à un déjeuner auquel est convié le maire de Neuilly, alors dans sa traversée du désert, et Renaud Van Ruymbeke, alors juge à Rennes. Ils doivent intervenir à L’Ecole Nationale de la Magistrature. L’atmosphère est plutôt à la décontraction et Nicolas Sarkozy tente de séduire son voisin. « L’abus de biens sociaux est à l’homme politique ce que la petite culotte est au violeur » lâche un brin provocateur, le juge face à l’édile. Nicolas Sarkozy, qui a une véritable détestation de toutes ces histoires d’argent, s’en est alors pris violemment au magistrat instructeur, une hostilité qui sidère l’assistance et qui sera définitive. Anecdotique et pourtant révélatrice de l’attitude de Nicolas Sarkozy vis-à-vis de la justice : l’ancien avocat veut tout à la fois séduire et dominer l’institution.

Suit une description de la posture de Nicolas Sarkozy en tant que ministre de l’intérieur. C’est là qu’il se forge une conviction : le travail des policiers est constamment saboté par les juges. L’opinion ne peut que condamner, après chaque fait divers horrible, le laxisme des juges. De là, une politique ciblée: la nomination de Rachida Dati comme ministre de la justice, les nombreuses lois destinées à aggraver les peines d’actes commis en récidive, le durcissement des sanctions à tous les étages, la loi d’enfermement des criminels dangereux au delà de leur peine, le procès public des criminels reconnus comme fous, les mineurs enfermés dans des E.P.M nouvellement créés…Toujours du plus répressif sans aucun rééquilibrage du coté de la prévention ou de la réinsertion.

Une politique pénale qui s’accompagne d’une vague de limogeages et de nominations parmi les magistrats qui n’a rien à voir avec les compétences requises par les postes. Ces magistrats, qualifiés de « petits poids » tous identiques dans leur formation et leur formalisme juridique sont souvent désavoués, disqualifiés dans leur travail quotidien.

Tout est passé au crible : les affaires Clearstream, Woerth/ Bettencourt, Karachi mais aussi celles plus petites et néanmoins significatives comme l’occupation par des nationalistes de la villa de l’acteur Christian Clavier en Corse ou la solution avancée pour régler l’affaire Tapie/Crédit Lyonnais.

L’attitude de l’actuel chef de l’Etat vis-à-vis des affaires qui le touchent personnellement est également décrite. L’auteure rappelle au passage que le Président de la République se veut un citoyen comme les autres alors que la Constitution prévoit son immunité durant tout son mandat. Que ce soit parce que des petits malfrats ont piraté ses comptes bancaires, ou parce que Ryanair s’est servi de son image, ou parce que les éditions K et B commercialisent un coffret comprenant un manuel vaudou, des aiguilles et une poupée à l’effigie de Nicolas Sarkozy …le président attaque, brouillant ainsi ce qu’on appelle la séparation des pouvoirs. Exécutif, Législatif et Judiciaire : les trois piliers indépendants d’une démocratie digne de ce nom.

Le ministère de la justice est délocalisé à l’Elysée. Patrick Ouart a quitté « le Château » mais est toujours consulté. Il était apprend-t-on le vrai ministre de la justice. Homme de l’ombre, ayant la confiance totale du Chef de l’Etat, il a les relais nécessaires auprès des procureurs de Paris ou de Nanterre pour véritablement intervenir sur le cours des procédures ; l’auteure nous révèle les coulisses du grand échiquier judiciaire et on est sidéré.

Il faut lire « Le justicier » et comprendre que le droit, et plus généralement l’institution judiciaire, sont fragiles. La justice peut avoir le bras tordu par le politique. Autant il est normal que chaque gouvernement imprime sa marque sur l’arsenal répressif, autant on ne peut accepter qu’un homme, fut-il président de la République dénature l’Esprit des lois.

Preuve du ras le bol des magistrats : il y a une semaine Jean-Louis Nadal, premier procureur de France a fustigé le mépris pour la justice de - je cite- ceux qui dénigrent les décisions des magistrats. « Tout cela avilit l’institution et en définitive blesse la République » a-t-il déclaré lors de l’audience solennelle de la Cour de Cassation.

Le livre de Dorothée Moisan doit servir à une prise de conscience qui dépasse les frontières des spécialistes des affaires judiciaires.

 

Couv-Justicier.JPG"Le justicier",de Dorothée Moisan,éditions du Moment, 19,95euros

 

 

 

 

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