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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 13:16

« Je suis Philippe Rondot, né le 5 octobre 36 ; je reçois une retraite et un traitement, vous savez dans mon cas on n’est jamais tout à fait retraité… »

Sourires dans la salle. Le général paraît plus détendu qu’au premier procès, légèrement bronzé.

"A l’époque des faits, j’étais le conseiller pour les opérations spéciales au Ministère de la Défense. Une fonction créée par Pierre Joxe. Je m’occupe ensuite de la lutte anti-terroriste, puis en 97, je retourne au ministère de la Défense. C’est bien un rôle de conseiller et non de coordinateur. Je n’ai aucune autorité sur les services. Toutefois, je peux demander des opérations à ces services. J’ai gardé de bons liens avec la DST. En revanche, je n’ai aucune relation avec les Renseignements Généraux. Je dépendais du directeur de cabinet du ministre de la Défense. Quand Alain Richard est parti, Michèle Alliot-Marie m’a conservé dans ces fonctions : même schéma. Réunion hebdomadaire avec le dir cab et quelques entretiens avec la ministre à sa demande. J’ai quitté ces fonctions en avril 2005."

000_Par6235281.jpgGénéral Philippe Rondot

"En mars 2006, trois perquisitions ont lieu à mon domicile. Ont été saisis les verbatim d’entretiens avec ma hiérarchie. Hormis ces notes, tous mes carnets ont été détruits à la cessation de mes fonctions, comme c’est l’usage. A la suite des perquisitions et des interrogatoires des juges d’instruction, j’ignorais tout des procédures. J’ai pu commettre des erreurs dans les dates. J’ai demandé à ce que le statut de témoin assisté me soit accordé pour que je puisse rectifier certaines choses. C'est sans doute à cause d’un geste de mauvaise humeur que je ne suis pas allé à la première convocation."

"J’ai adressé aux juges un long courrier reprenant l’essentiel de mes déclarations. Le statut de témoin assisté me sera accordé 9 mois plus tard à la demande du parquet. Et j’ai répondu alors aux questions des juges."

"Les documents sont aujourd’hui au service historique de la Défense, sauf ceux saisis dans cette affaire. Pourquoi ai-je écrit ces verbatim ? On m’a traité de scribe, j’assume. J’appartiens à une vieille famille de militaires. L’habitude du journal de marche. Je ne suis pas un familier des cabinets ministériels. Ces fameux verbatim dont on parle tant, je veux dire que c’est moi qui les écrit, c’est à moi de les interpréter. Ce n’est pas un mezzé libanais, un plat dans lequel chacun picore pour faire son assiette. Ces verbatim sont un exercice de mémoire."

"Au début de ma carrière, j’ai connu une dénonciation calomnieuse sous Alexandre de Marenches ; je sais ce qu’il en coûte, le temps qu’il faut pour revenir servir là où on veut servir. Ces notes n’étaient pas destinées à être diffusées. Les principaux évènements liés à cette affaire, je les ai résumés dans deux notes de synthèse : avril et octobre. Il m’a fallu du temps ? Oui, ces affaires ne relèvent pas de ma compétence habituelle."

"Le facteur humain : je suis de la vieille école. On "traite" des informateurs, des correspondants. C’est la manière d’obtenir des informations. Quand je traite un informateur, je le respecte. Le traitement des sources est toujours périlleux. J’ai eu affaire à Jean-Louis Gergorin lorsque nous étions au Centre d’Analyses et de Prévisions. Il n’était pas mon supérieur. C’est une personnalité attachante, c’est un ami. Ceci étant, c’est quelqu’un d’impulsif, d’une intelligence qui nous bousculait, et ses analyses nous impressionnaient. Je suivais ses instructions lorsqu’il me confiait une mission. Je crois à sa sincérité. Il a l’obsession du complot. Il a rendu des services à son pays."

"Quant à Imad Lahoud, son traitant à la DGSE le voyait come un personnage complexe. Il est d’origine libanaise, le « Levant ». La parole est relative. Il porte avec lui les déchirements de son pays. J’ai eu droit à une avalanche de coups. J’ai toujours eu avec lui une attitude distante et respectueuse. Je le voyais dans mon bureau au ministère de la Défense. Il a tellement menti ! On qualifie ce type de personne d’escroc au renseignement. Moi aussi, je suis un homme, et je pourais dire ma manière de fonctionner, mais ma capacité d’officier du renseignement m’empêche de répondre. Seul Dominique de Villepin sait de quoi il parle en tant d’initiateur ou donneur d’ordre. Je veux juste remettre en mémoire l'opération Ingrid Betancourt en juillet 2003. Le gouvernement tente de monter une opération de sauvetage. C’est un échec. Villepin montré du doigt et nos services jetés aux orties."

"On dit que je suis un électron libre. Mais je suis un militaire. J’obéis et si je ne le fais pas, j’ai de bonnes raisons dont je m’explique. Je ne suis pas un féru des officines. Je n’appartiens à aucun cabinet noir et je n’appartiens pas au monde politique."

"Quel est le mode de fabrication des verbatim ?" demande l’avocat général, Pérol.

"Je note les instructions sitôt une réunion terminée. C’est un relevé chronologique, je note pendant la réunion. Dans la minute qui suit, je reviens à mon bureau pour consigner dans mon journal de marche.  Chemise par chemise, j’avais repris les notes de mon journal pour les photocopier avec des photocopies réduites à 73%."

"Et votre agenda ?"

"Oui, tous les faits privés et professionnels y sont consignés."

Mais le général Rondot est interrompu par la présidente. Il s’offusque. "Je n’ai pas expliqué le cheminement de cette affaire !".

"Vous pourrez le faire tout à l’heure", lui répond-elle, légèrement excédée, trouvant visiblement le cheminement du général trop lent. La suite cet après-midi.

 

 

 

 

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