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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 12:58

Le palais de justice de Créteil avait des airs de forteresse hier : tout l’espace autour de la cour d’assise était ceinturé de barrières métalliques, et un filtrage policier dès l’ouverture des lourdes portes en bronze était en place.

On rejugeait une partie du « gang des barbares », 17 accusés sur les 25 du premier procès comparaissaient aux assises. L’audience devait démarrer à 10h : elle sera retardée. La rumeur se répand : certains accusés ne veulent pas quitter le dépôt. Leurs avocats descendent donc parlementer. Avec succès puisque le président, Monsieur Leurent, peut ouvrir le procès en milieu de matinée et procéder à l’appel des jurés.

De part et d’autre de la salle, deux boxes aux vitres blindées ont été aménagés. Six accusés prennent place d’un côté, sept de l’autre, cinq comparaissent libres. A droite, on repère la longue chevelure blonde et la longue chevelure brune des deux jeunes femmes recrutées pour être, l’une « rabatteuse »  et l’autre appât. Cette dernière, mineure au moment des faits, devait séduire « un juif » et le conduire dans un guet-apens pour qu’il soit enlevé par Fofana et sa bande. De l’autre côté, on est frappé par la silhouette massive de Jean-Christophe Sombou dit « craps », le bras droit de Fofana. Par les visages des Ribero père et fils. Une famille d’origine portugaise. L’un dans le box, l’autre, le père qui lui a conseillé de se taire, comparaît libre. Ils se parlent brièvement.

Des impressions fugitives car très vite les journalistes sont contraints de quitter la salle : le huis clos est prononcé par le président : plus exactement la «  publicité restreinte » qui est de droit quand des accusés étaient mineurs au moment des faits. Seuls les parents, les éducateurs, les experts et les avocats peuvent assister au procès. Maitre Szpiner a pourtant convaincu un certain nombre de parlementaires de voter une proposition de loi qui vise à supprimer le huis clos quand les accusés sont devenus majeurs lors de leur procès. La loi a été votée par l’Assemblée Nationale mais pas par le Sénat : les sénateurs dans leur grande sagesse ont trouvé qu’il était urgent d’attendre la refonte globale de l’ordonnance de 45 (qui régit la justice des mineurs) prévue pour la fin de l’année pour changer cette disposition.

Néanmoins, ce point sera âprement discuté en début d’après-midi et, sans surprise, rejeté : « Pour la maman d'Ilan, c'est une déception dans la mesure où le combat qu'elle mène aujourd'hui (...) c'est un combat pour montrer ce qui s'est passé, pour que cela ne se reproduise plus », a réagi Me Szpiner. 

Le propos le plus intéressant, me semble–t-il, concerne les conditions générales de ce procès. On se souvient qu’après le verdict de la première cour d’assises en 2009, les parties civiles avaient contesté le résultat. Pas celui qui a frappé Youssouf Fofana : réclusion à perpétuité avec une peine de sûreté de 22 ans. C’est la peine la plus élevée du code pénal pour un assassinat avec préméditation. Mais les peines infligées aux deux lieutenants de Fofana, Samir Ait Abdelmalek et Jean-Christophe Sombou condamnés respectivement à 15 et 18 ans de réclusion (contre 20 réclamés), ainsi que celle infligée à la femme qui a attiré Ilan Halimi dans le piège mortel, ne passent pas. Cette dernière a été condamnée à neuf ans de prison alors que l’accusation demandait entre 10 et 12 ans. A partir de là, une véritable pression de l’avocat de la famille et des organisations juives s’est exercée sur la ministre de la justice pour que ces jeunes soient rejugés, et Michèle Alliot-Marie s’est exécutée. La Garde des sceaux a demandé au parquet général de faire appel.

Madame Halimi était là hier entourée de ses deux filles, ainsi que de Mony, la petite amie (à l’époque) d'Ilan. Une famille, des proches, murés dans la douleur et qui veulent savoir ce qui s’est passé. Paradoxalement, l’absence de Fofana, qui n’interviendra que ponctuellement en tant que témoin, peut délier certaines langues. La loi du silence a été observée dans le prétoire durant tout le premier procès. Aujourd’hui les liens se sont défaits, les accusés ont sans doute réfléchi sur leurs actes. C’est en tous cas le souhait de Mony : « certains nous diront peut-être comment était Ilan, ce qu’il demandait, comment ils ont réagi quand Ilan leur demandait quelque chose ».

Pour en savoir davantage sur les 24 jours de calvaire qu’a subi Ilan Halimi, je vous renvoie au livre de ma consœur, Elsa Vigoureux , « L’affaire du gang des barbares, au cœur du système Fofana », aux éditions Flammarion. Ce livre, très documenté, relate comment a été enlevé Ilan Halimi, 23 ans, parce qu’il était juif et que « les juifs ont de l’argent… » par une bande de jeunes gens qui se sont transformés en tortionnaires de la pire espèce. Et pourquoi la police a été impuissante à le délivrer à temps malgré les centaines de coups de fils passés par Fofana pour obtenir une rançon.

Le procès va durer deux mois.

 

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