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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 18:14

L’art de Frank Johannès est de nous raconter cette histoire comme si elle s’était passée hier. Pourtant l’affaire Dany Leprince, le quadruple meurtre de Thorine-sur-Due, la feuille de boucher forment un vague écho dans nos mémoires tant l’affaire est ancienne : 5 septembre 94. Pourquoi consacrer un récit de 474 pages à un crime aussi lointain et horrible ? Parce que le doute poursuit ceux qui se sont penchés sur le dossier face aux cris d’innocence du condamné à perpétuité.

couteau.jpg

 En Avril 2011, la Cour de Révision a  refusé à Dany Leprince la possibilité d’être à nouveau jugé par une cour d’assises. La Commission de révision avait pourtant estimé qu’il y avait un doute suffisant pour rouvrir le dossier. Mais non : l’homme à l’allure longiligne et au tempérament mesuré a tendu ses poignets aux gendarmes pour retourner purger sa longue peine en prison après la décision des magistrats de la plus haute juridiction. Un moment terrible.

000 Par6191134Dany Leprince

 Le livre de Frank Johannès reprend le dossier depuis le début. On s’aperçoit alors que les premières constatations comme les premières déclarations sont capitales. On suit les glissements successifs des gendarmes puis du juge d’instruction pour que tous les éléments deviennent cohérents avec la thèse privilégiée.

Rien ne fera dévier la justice : même les résultats d’expertise : « il n’y a pas l’ombre d’une preuve matérielle contre Dany Leprince. Pas d’empreintes digitales sur les lieux ou les armes du crime, pas de trace ADN, pas une goutte de sang sur ses pantalons, ni dans sa voiture …Il est certain en revanche que le couteau cassé, retrouvé dans le salon, a blessé Brigitte et comme il porte un ADN inconnu, que l’assassin s’est coupé avec ».

Alors le livre progresse comme un bon polar. Mais qui est donc l’assassin ? se demande-t-on à travers les méandres des multiples rebondissements de cette affaire. Jusqu’au chapitre qui donne son nom au livre : le couteau jaune. Le décor : une vieille carrière de Tuffé, la date, le 29 juin 1999 soit cinq ans après les faits. Un homme fait des travaux et tombe sur un couteau de boucher. Sur la lame juste au dessus de la lame est gravé le nom de Leprince. Un couteau à désosser jeté dans un lieu proche de la SOCOA. Un couteau qui a peut-être appartenu à Dany ou plus probablement à Martine, l’épouse insatisfaite de Dany. Un couteau gratté qui montre qu’on a essayé de faire disparaitre le nom de son ou sa propriétaire. On pense alors à un rebondissement, à un élément décisif qui va emporter notre conviction.

C’est plus compliqué que cela. Dans une affaire criminelle, il peut ne pas y avoir un élément déterminant mais plutôt une addition de faits, de témoignages, d’expertises de nature à provoquer un doute sérieux. C’est tout le mérite de ce livre passionnant : le puzzle n’est pas complet, les morceaux ne s’emboitent pas complètement. Et un homme porte l’entière responsabilité de ce crime épouvantable.

Avec Frank Johannes on frémit de voir ainsi le bras de la justice si mal armé. Les passes d’armes entre magistrats, la peur de déplaire des uns, la conviction qu’il faut conserver l’image d’une justice qui ne se trompe jamais des autres, l’ont emporté sur la recherche de la Vérité ; c’est consternant.

Le couteau jaune, l’affaire Dany Leprince  de Frank Johannès, éditions Calmann- Levy, 19 euros

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commentaires

Tietie007 14/08/2015 11:15

Une bien curieuse affaire !

couteautopchef 04/02/2014 21:20

sympa l'article ^^
on att les nouvelles articles

René HOFFER 02/03/2012 19:49

J'ai passé deux mois à la maison d'arrêt de Nuutania (Tahiti) de juin à août 2010 et la libération de Monsieur Dany Le Prince m'a fait espérer "les avoir". Effectivement "ils" en sont encore à
penser pouvoir sauver les apparences, que "la justice" est infaillible. "C'est consternant" est bien trouvé. Dans www.ladepeche.pf de ce 2 mars 2012, un article cite le juge de la liberté et de la
détention avoir mentionné les conditions "inhumaines" de cette maison d'arrêt. Y être incarcéré ou y avoir été incarcéré, innocent, n'a rien à voir avec une condition inhumaine de détention. Au
contraire çà permet de ne jamais "les" lacher dans leurs méfaits. Me concernant, je sais que je suis non seulement innocent mais encore qu'un coup monté m'avait été concocté (les douaniers
Jean-Louis GOBET, Pascale BURONFONSSE-BJAI + le substitut André Frémont avec les militaires de la gendarmerie "nationale" de Paea Thomas BOULANGER, Cyril WITTERS et autres Clémence pour me faire
tomber dans le panneau, sans même mentionner le procureur José THOREL condamné le 14 février 2012 par la 17ème ch. corr. de Paris, etc.... Bref, que Dany soit innocent ou pas, je ne peux le savoir.
Ce que je sais, c'est qu'il y a BEAUCOUP d'autres innocents derrières les barreaux et c'est donc à Dany vu l'espoir qu'on lui avait donné temporairement, que je pense mais aussi aux autres.
rollstahiti@gmail.com
prisonnier politique de juin à août 2010 Badge n° 3301P