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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 18:25

C’est un livre dense, écrit comme un polar par deux confrères, Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme. «  Le contrat » aux éditions Stock porte un sous- titre éloquent : Karachi, l’affaire que Sarkozy voudrait oublier.

L’affaire commence le 8 mai 2002. 15 personnes dont 11 français employés de la DCN de Cherbourg meurent dans un attentat à Karachi. Ces français travaillaient à la réalisation des trois sous- marins que la France avait vendu en 94 : un gros contrat susceptible de maintenir l’entreprise à flot. Dans le jargon ce contrat s’appelle Agosta, du nom des navires que s’apprête à livrer la France.

La justice anti-terroriste est saisie. Le juge Bruguière, surnommé « l’amiral » pense que cet attentat s’inscrit dans la lutte qu’Al Qaïda mène contre l’occident en général et la France en particulier. La justice pakistanaise arrête des suspects mais les expertises scientifiques montrent qu’ils ne manipulent pas le type d’explosif utilisé contre le bus des français.

Les familles s’impatientent et l’enquête est reprise par un autre juge anti-terroriste Marc Trévidic.

Selon les auteurs du « Contrat », au fil des interrogatoires, une autre piste se dessine. « Cruellement logique » a parait-il dit le juge à l’avocat des parties civiles, Maître Olivier Morice. Tout contrat d’armement se décroche à l’aide de faramineuses commissions empochées par les décideurs des pays concernés qu’ils soient civils ou militaires. Agosta, n’a pas failli à la règle et plus de 6,25% du montant de la vente ont été consacrés à payer cette dîme.

Or à deux mois de la signature, deux intermédiaires s’imposent et demandent 4% supplémentaires payables tout de suite, au nom de proches d’Edouard Balladur. Une somme évaluée à 216 millions de francs qui fera un large circuit par les paradis fiscaux avant de rejoindre sous forme de sacs remplis de billets de 500 euros les comptes déficitaires du candidat malheureux. Cela s’appelle des rétro-commissions.

 

Quant à l’attentat lui-même, il oblige à revenir au Pakistan. Lorsque Jacques Chirac arrive au pouvoir il signe la charte anti -corruption. Il demande qu’on fasse le ménage dans les contrats en cours et au passage assèche les réseaux de financement de son adversaire. A Karachi, certains intermédiaires ne reçoivent pas les sommes promises. Ils auraient décidé de se venger en posant une bombe sophistiquée destinée à envoyer un message aux vendeurs des sous -marins.

 

Hier j’ai pu rencontrer Ziad Takiedine, un homme d’affaire libanais d'origine druze, cité par plusieurs acteurs de la DCN de l’époque comme étant l’un des intermédiaires choisi par le pouvoir politique pour la deuxième vague de commissions.

Il a rejoint l’équipe de TF1 chez son avocat Maitre Olivier Pardo pour répondre à nos questions. Un homme élégant, tous charmes dehors avec cet inimitable accent libanais. M. Takiedine se définit comme un homme d’affaires classique, absolument pas un marchand d’armes. Il soutient avec virulence qu’il n’a aucun lien avec le contrat Agosta ni même avec l’autre contrat juteux du moment, le contrat des frégates à l’Arabie Saoudite. Tout juste concède t-il un rôle actif entre les autorités françaises et libyennes au moment de la libération des infirmières bulgares. Et il a déposé neuf plaintes dont une en diffamation contre Dominique de Villepin. Ce dernier lui attribue dans le livre de mes confrères un rôle beaucoup plus actif.

Alors , on y vient : pourquoi le sous -titre du livre ? Tout simplement par ce que Nicolas Sarkozy a fait le choix de soutenir la candidature d’Edouard Balladur, qu’il était le porte- parole de sa campagne et donc susceptible d'en connaitre les sources de financement. « Une affaire dans l’affaire » dit Bernard Cazeneuve, député PS de la Manche et rapporteur de la mission d’information à l’assemblée nationale. Un énième rebondissement de la guerre entre « villepino-chiraquiens » et « sarkozystes » suggèrent Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme.

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commentaires

REICHERT Daniel 12/05/2010 16:56


Que des "commissions" soient versées à des "intermédiaires bien placés" pour obtenir des contrats,celà peut se comprendre;c'est le "défraiement des intermédiaires" même su ce n' est pas très
moral.Mais que celà revienne
(et par quel biais) à des politiques français, quel que soit leur bord,voilà qui mériterait un jugement par un "tribunal populaire".