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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 19:36

 

Le titre du livre procure à lui seul un frisson.

Ce fut d’abord un fait divers : dans la nuit du 2 au 3 janvier 2007, Nicolas Cocaing tue un de ses co-détenus en le poignardant avec une lame de ciseaux et en l’étouffant avec des sacs-poubelles. Il ouvre la poitrine du malheureux et se saisit d’un morceau de chair qu’il pense être son cœur. Il met le morceau dans un Tupperware. En mange un bout cru. Redescend de la couchette, épluche des oignons et cuisine le reste avant de manger cet abominable repas. Dans la cellule, le troisième homme ne bouge pas, terrifié avant la ronde du matin au cours de laquelle tout sera découvert. Après la révélation de ce crime, l’instruction démarre.

Le 21 juin 2010, le procès du cannibale s’ouvre devant les assises de Seine-Maritime à Rouen. Sa vie est passée au crible. Les faits aussi. Et les psychiatres défilent pour dire si à leur avis cet homme est apte à une sanction pénale ou si son acte relève de la folie. La cour d’assises le condamne à 30 ans de prison assortis d’une peine de sûreté des deux tiers, soit 20 ans.

Deux journalistes, Nicolas Deliez et Julien Mignot, ont voulu en savoir plus sur cet homme et sur ce crime hors du commun. Ils ont donc minutieusement retracé l’itinéraire de cet enfant abandonné à la naissance, adopté par un couple en mal d’enfant à l’âge de trois ans, et qui s’est enfoncé dans une vie violente et marginale. Le concernant, on se dit que tous les clignotants étaient au rouge mais que les services sociaux, les psychiatres, les gendarmes comme tous ceux qui l’ont côtoyé n’ont pas pris en charge sa dangérosité. Ses parents adoptifs ont été les seuls à alerter sans relâche les pouvoirs publics afin qu’il soit interné d’office. En vain.

Nicolas Cocaign est arrêté pour viol en mars 2006. Mylène B. faisait la manche comme lui. Elle se disait témoin de Jéhovah, elle était jeune, jolie et un peu naïve. Elle a passé la nuit à boire, fumer, discuter avec lui. Il a fini par avoir envie d’elle mais elle a refusé de faire l’amour. Une scène violente s’en est ensuivie, heureusement interrompue par les promeneurs du matin.

Voila comment cet homme s’est retrouvé derrière les barreaux. L’excellente enquête menée par les deux journalistes permet de comprendre qui est l’homme qui arrive ce jour-là en prison. Le livre pose aussi la question : comment sera le prisonnier qui sortira au plus tôt en 2027 ? Sait-on soigner ou seulement punir ce genre de criminel ?…

 

« Le cannibale de Rouen » de N. Deliez et J. Mignot - Editions François Bourin, 19 euros.

 

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