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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 22:27

Pontoise. Premier jour du procès du meurtrier d'Anne-Lorraine Schmitt, tuée le dimanche 25 novembre 2007 dans une rame du RER D.


Le général Philippe Schmitt et sa femme ont pris place sur les bancs de la partie civile. Leur deux fils qui se destinent à la carrière militaire sont juste derrière eux. Les petites dernières, des jumelles, sont avec leurs grands-parents sur les bancs du public. Des amis, des proches les entourent. La cour entre, la présidente et deux assesseurs, des femmes elles aussi. L’accusé, Thierry Devé-Oglou est introduit dans le box par les gendarmes. Il est de taille moyenne, crâne un peu dégarni ; il porte un bouc poivre et sel. Pantalon informe, col roulé beige tout aussi informe. Il sera jugé majoritairement au féminin puisque le jury est composé de sept femmes et deux hommes qui prennent place aux côtés des magistrates. Philippe Schmitt plante ses yeux dans celui du meurtrier de sa fille. Il ne le lâchera pas de toute l’audience.

Les débats s’ouvrent sur la personnalité de l’accusé. Il a 46 ans. Il habite toujours chez ses parents. Etudes médiocres. Vie sans relief entrecoupée de descentes à Paris où il fréquente des prostituées. Il y consacre un budget de 700 à 800 euros par mois. L’homme prend la parole pour la première fois, il évoque les faits. Il parle de ce dimanche où il est sorti pour acheter un CD de « grande musique » à son père, où il prend un verre de rhum au bistrot du coin avant de prendre le RER. Dans le wagon de tête, il s’apprête à monter à l’étage supérieur de la rame. Mais il aperçoit en bas la silhouette d’une jeune fille. « J’ai eu un flash dans ma tête. Je suis redescendu. J’ai été voir la jeune fille et je lui ai demandé de faire l’amour. Elle a crié. J’ai donné des coups de couteau. Elle s’est débattue. J’ai redonné des coups ».

Quelques minutes plus tard, quand la présidente lui demande de décrire sa personnalité, il explique tranquillement :« mon défaut c’est d’être timide » ou encore :« j’ai une famille formidable. Ils sont là pour me soutenir dans cette épreuve ». Et justement la famille arrive sous les traits d’une vieille femme aux cheveux blancs qui se déplace avec difficulté. Agent de la RATP, tout comme son mari. « Je voudrais présenter mes condoléances à la famille de la jeune fille » ; et là, le père d’Anne- Lorraine agite la tête énergiquement en signe de dénégation : « je ne les accepte pas » murmure-t-il entre ses dents. Comment ne pas le comprendre ?

Car la mère du meurtrier présumé semble ne pas se rendre compte de sa responsabilité. Des enfants couvés au point que les deux garçons, à plus de quarante ans, vivent toujours dans le pavillon familial. Elle et son mari continuent à les faire vivre, tout ce que les fils gagnent est pour se payer des voyages ou des loisirs.  Une vie étouffante et routinière confirmée par le frère ni plus brillant, ni plus indépendant.

L’après-midi, ce sont tous les personnels spécialisés, SNCF, sapeurs-pompiers, policiers, qui vont défiler à la barre pour expliquer comment la jeune fille a été retrouvée baignant dans son sang, comment on a tenté de la réanimer et quelles ont été les premières constatations médico-légales.

A la barre s’avance un homme jeune, de grande taille. Costaud. Pourtant cet agent de la SNCF est secoué de sanglots quand, appelé pour secourir une personne en difficulté, il découvre le crime. « Je me suis avancé et j’ai vu la jeune fille. Elle était presque à genoux entre deux sièges; il y avait du sang partout, sur les vitres, les sièges, le sol, tout le long de la rame ». L’homme tente de se reprendre : « vous comprenez, j’ai deux petites filles. La scène était horrible, ça m’a fait un choc »

Suit la déposition de la femme sapeur-pompier, de garde ce jour-là : « j’ai écarté son col et j’ai vu les coups qu’on lui a portés. Elle avait aussi des marques de strangulation, des blessures partout, de la tête aux pieds ; c’était inimaginable ».

La présidente demande alors à Thierry Devé-Oglou de s’expliquer : « elle a tenté de m’échapper une première fois. Je l’ai rattrapée et je lui ai donné des coups de couteau. Elle criait, cela me donnait mal à la tête. Cela résonnait dans ma tête. Si, si c’est pour ca que j’ai donné des coups, j’ai paniqué, je n’avais pas l’intention de la tuer ».

Des explications pathétiques tant l’homme semble incapable d’expliquer son geste. Le capitaine de police Agnès Gorenflot va remettre ce crime dans sa violence brute : « je constate tout de suite de multiples blessures à l’arme blanche. Mais ce qui m’a frappée, ce sont les mains de la victime. Son petit doigt quasiment sectionné, des entailles profondes qui laissent entrevoir les muscles. On relèvera plus d’une trentaine de coups portés »

Et la cour d’assise va visionner les photos prises par l’identité judiciaire. Le wagon, les taches de sang, la paire de lunettes brisées, la boucle d’oreille arrachée, et finalement les mains ensanglantées.

Insoutenable.

Le général Schmitt dira à la fin de l’audience combien cette journée avait été éprouvante pour lui et sa famille. Et aussi sa révolte devant le fait que la justice ait pu laisser en liberté un individu capable d’une telle violence, une violence prévisible selon lui puisque Thierry Devé-Oglou a forcé une jeune femme à lui faire une fellation dans une rame de RER sous la menace d'un couteau cinq ans auparavant. C'est un récidiviste qui lui a enlevé sa fille. Et cela, il ne peut pas l'admettre.

Demain justement les psychologues et psychiatres défileront à la barre pour aborder cette question délicate.

Pour en savoir plus sur cette affaire, un livre très émouvant retrace le destin de la victime : «  Anne-Lorraine, un dimanche dans le RER D »,d'Emmanuelle Dancourt et Frédéric Pons, éditions CLD, 17,90 euros 

 PHOTO LIVRE

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commentaires

astrid 15/12/2010 22:00


Mon père, l'aviateur Charles A. LINDBERGH, après l'enlèvement de son premier enfant (CHARLY) réclamait devant la justice américaine la peine de mort pour l'assassinat de son bébé. Je sais que mon
père n'a jamais su surmonter sa douleur au sujet de cette horrible perte.

Nous, les familles en France ne demandons que la prison pour protéger notre société devant des monstruosités et apprenons que c'est difficile de nous savoir protégé par nos lois.
Pourtant nous ne demandons pas la peine de mort, mais seulement la prison pour être à l’abrie des dangers vitales.
Nous n'avons pas donné la vie à nos filles et fils pour les exposer inutilement à des dangers de mort. Nous nous devons tous à protéger ceux qui sont innocents. C’est actuellement l’innocence qui
est mis en danger.