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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 17:21

Troisième dossier examiné par les juges de la Cour de Justice de la République à l’encontre de Charles Pasqua, celui de la SOFREMI, société française d’exportation de matériels systèmes et services. Créée en 86, relevant du ministère de l’intérieur, cette société avait vocation à promouvoir la vente de matériels et de savoir-faire français dans le domaine de la sécurité. C’était une société anonyme de droit privé dont l’Etat possédait 35%, le reste du capital étant réparti entre différents industriels comme Thomson CSF, Alcatel et Alsthom.

 

Ce matin était appelé à la barre Bernard Dubois (polytechnicien, responsable des activités télécommunications de Thomson CSF), promu directeur de la SOFREMI par Charles Pasqua aussitôt après la nomination de ce dernier en 1993 comme ministre de l’intérieur.

Le président de la Cour : « comment avez-vous appris votre nomination ? » Réponse : « Monsieur Léandri m’a fait savoir que j’allais être convoqué par Charles Pasqua. Et effectivement un samedi à 11H du soir le ministre me dit : j’ai besoin de vous voir. Le dimanche à 11h j’étais dans son bureau. Il me dit : j’ai besoin de vous pour cette mission. Je lui ai répondu qu’il était connu sur la place de  Paris que la SOFREMI était liée aux financements de partis. Il m’a répondu que le parti n’aurait pas besoin de ce genre de financement compte tenu du nombre d’élus obtenus. Alors j’ai accepté ».

Le petit homme va ensuite être obligé de décrire les différents contrats obtenus : le déminage du Koweït, la police de Buenos Aires, la salle de commandement de Bogota, la fourniture de matériels militaires au Brésil.

Chaque fois des mécanismes de versement de commissions suspects ont été mis à jour par les enquêteurs.

« Monsieur Dubois, pourquoi est-ce que les commissions ont été versées à des intermédiaires alors même que les contrats n’étaient pas encore signés ? » demande le président.

Pour le premier cas, Bernard Dubois répond avec aplomb. « Monsieur Etienne Léandri était un homme utile qui pouvait apaiser les tensions  avec les Koweïti. Résultat, 1% du montant du contrat, soit six millions de francs atterrissent sur ses comptes. Mais le scénario se renouvelle également avec l’Amérique du Sud. Autres intermédiaires largement rémunérés, Bernard Poussier, directeur général de la Sofremi et Pierre Falcone via sa société Brenco ; et Bernard Dubois finit en soupirant : « De lourdes contraintes pesaient sur moi. »

« Vous avez donc participé au pillage de la Sofremi ? » demande le président. « Je n’ai pas voulu m’y opposer, je ne suis pas un homme d’esclandre » dit le retraité en rentrant les épaules.

A la fin de la matinée, alors que le témoin est essoré et qu’il a dû admettre du bout des lèvres qu’il n’était qu’un directeur général potiche, Charles Pasqua se lève.

« Je vous ai vu pour vous demander de diriger cette société. Je vous ai précisé de ne pas accepter de recommandations de personnes proches ou de mon cabinet. Pas vrai ? »

« Si, si, tout à fait, Monsieur le ministre »

« Est-ce que vous avez été informé que Pierre-Philippe Pasqua travaillait avec Pierre Falcone ? »

« Non »

« Vous aviez des responsabilités morales. Or un certain nombre de collaborateurs ont reçu des retro-commissions. Vous le saviez ? »

« Pas du tout »

Charles Pasqua a beau avoir 83 ans, il ne résiste pas à reprendre son rôle. Un homme d’autorité qui ne peut accepter d’être mis en cause par un rouage médiocre. Un cobra devant sa proie.

   

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