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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 16:36

Le mécontentement profond des magistrats s’exprime désormais au grand jour et à travers quatre-vingt-dix tribunaux et cours d'appel. Les déclarations du Premier Ministre hier estimant la réaction du corps judiciaire « excessive » et appelant les magistrats à la « responsabilité » n’ont rien arrangé.

Après Lyon, Bordeaux, Rennes, ce sont les magistrats des plus grosses juridictions, Créteil, Bobigny, et Paris qui ont décidé du report des audiences non urgentes.

Voici le communiqué des magistrats du TGI de Paris (siège et parquet). Il résume leur état d’esprit.

 

« Les magistrats du siège et du parquet du Tribunal de grande instance de Paris, réunis en Assemblée générale le 8 février 2011, face au drame de Pornic, s'associent à la douleur des proches de la victime.

 

Ils expriment leur vive préoccupation devant la tentation de reporter sur les magistrats et les fonctionnaires, y compris à travers l’imputation de fautes disciplinaires, la responsabilité des difficultés de fonctionnement que connaissent les cours et tribunaux sous les effets conjugués des contraintes budgétaires et des charges nouvelles imposées par la succession des réformes législatives parfois contradictoires.

 

Ils s'indignent des propos du Président de la République du 4 février 2011 à Orléans qui consistent à jeter l’opprobre sur la Justice, alors qu'au terme de l'article 64 de la Constitution, il est le garant de l'indépendance de l’autorité judiciaire.

 

Ils dénoncent une nouvelle fois le manque de moyens, tant à Nantes qu'à Paris, pour assurer le suivi des personnes condamnées. Ils rejettent les déclarations qui laissent croire aux victimes et à l'opinion publique que c'est la carence dans la prise en charge d’une mise à l’épreuve qui est à l'origine de la commission d'un crime aussi grave que celui de Pornic et qui vise à accréditer l’idée que la récidive criminelle pourrait être purement et simplement éradiquée.

 

Ils rappellent qu'il s'agit  d'un phénomène complexe dont la prévention, qui ne peut être la garantie absolue d’un “risque zéro”, nécessite du temps, du travail et des moyens, et que la France est classée au 37ème rang sur 43 par le Conseil de l'Europe pour son budget par an et par habitant, alors que les pouvoirs exécutif et législatif sont tenus d'assurer à l'autorité judiciaire les moyens de son action.

 

Ils apportent leur entier soutien aux collègues et au personnel du tribunal de grande instance de Nantes et particulièrement aux juges de l'application des peines, contraints de faire face, dans une situation criante et plusieurs fois dénoncée d'insuffisance d'effectifs, à une mission particulièrement sensible.

 

Avec ce texte, on voit que l’affaire tragique du meurtre de Laetitia a ouvert les vannes d’un ressentiment profond. Même les magistrats administratifs ont cessé le travail. L’état de la justice en France est celui d’une administration qui craque de partout. On a cru qu’il suffisait de dématérialiser les procédures (informatique) pour simplifier et moderniser les procédures judiciaires, et que les gains de productivité profiteraient aux justiciables comme aux auxiliaires de justice. Mais c’est une illusion. Illusion aussi de voir les chiffres de la délinquance baisser parce qu’on aura voté cinq lois pour durcir les peines à l'encontre des récidivistes.

De plus, longtemps policiers et gendarmes se sont sentis protégés. Ils ont été, dans cette affaire, eux aussi montrés du doigt. Ils ont donc compris qu’ils pouvaient être mis en cause alors même qu’ils estimaient leur travail bien fait.

Dans les tribunaux en grève, les justiciables étaient divisés. Certains furieux de voir des « fonctionnaires » en grève, d’autres plus conciliants comprenaient le raidissement des magistrats.

Quoi qu’il en soit, le mouvement laissera des traces. C’est peut-être un bien pour un mal. La campagne présidentielle n’est pas loin. Il faudrait pouvoir débattre sereinement de ces sujets difficiles : celle de la réinsertion des personnes qui ont effectué leur peine, de la prévention de la récidive, du suivi des condamnés sous bracelet électronique…

 

 

 

 

 

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