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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 20:21

 

Devant la presse, l'ancien PDG de la Société Générale, Daniel Boutton a résumé sa pensée après avoir déposé une heure et demie devant le tribunal : « Jérome Kerviel a reconnu qu’il a fait ce qu’il a fait mais il n’arrive pas à reconnaître le fait qu’il l’a fait seul, sans aucune autorisation de la banque et qu’il ment depuis le début de cette affaire » Une brève déclaration, tranchante comme tout ce qu’il a pu dire contre son ancien employé.

Cité par des parties civiles, anciens salariés de la banque qui ont vu fondre le montant de leur épargne salariale, il est venu aussi dire sa vérité dans cette affaire qui lui a coûter son poste. Ce banquier émérite, 60 ans, est désormais « consultant » et lorsque le tribunal lui demande un témoignage spontané comme c’est l’usage, il parle d'un trait : « Le mieux est que je vous raconte ce qui est arrivé ce samedi 18 janvier, au moment ou a été détectée la fraude. Nous étions au 35 ème étage de la tour, en réunion ; nous préparions une réunion du conseil d’administration. Nous apprenons alors une nouvelle extraordianire : à l’intérieur de notre livre d’écriture, il y a des faux. Un type du desk a pris des positions face à un acheteur, un certain Bader qui n’existe pas ; puis il nous ment,nous fait croire que son acheteur est la Deuch bank ce qui est encore plus faux. Il y a donc quelqu’un qui sait mentir à l’intérieur de la banque. On le fait revenir et à trois heures du matin, on me dit qu’il y a un profit caché d’1,4 milliards . Notre système n’est plus fiable. A 11 heures le dimanche on m’apprend que le trader a pris des positions dissimulées de 50MD d’euros. 10 étages de plancher s’écroule sous nous ! »

L’ancien PDG de la Société Générale communique le vertige de son état major. Puis il se reprend : «Je voudrais dire trois choses : Il nous a laissé seuls pour tout découvrir ; 50 MD, c’est monstrueux ; enfin ce n’est pas le métier d’une banque de gagner sa vie sur la hausse ou la baisse des bourses. Je dis que c’est impossible qu’un supérieur hiérarchique ait été au courant. Le métier d’une banque c’est de gagner la confiance de ses clients.

« Alors on sait dès le dimanche que cela va couter entre 4 et 10 MD d’euros. On peut capituler, passer sous la tutelle de la Banque de France et s’adosser à un autre établissement. On peut aussi essayer de trouver un  investisseur à hauteur des pertes. Enfin on peut aller voir les actionnaires et leur demander de souscrire une augmentation de capital. C’est la solution que nous avons choisie. Le mercredi suivant on pouvait annoncée et la fraude et l’augmentation de capital. »

Daniel Bouton sait qu’il est attendu sur le manque de contrôles de la banque. Il préfère anticiper : il reconnait qu’il y a eu des défaillances dans le contrôle. D’abord faiblesse du contrôle hiérarchique, puis absence de contrôles de structures, a savoir pas de limites en nominal, pas de centralisation des alertes : « nous ne sommes pas devant un cas de fraude classique. Le fraudeur a été obligé de fabriquer une machine "shadokienne" pour augmenter ses bonus. Regardez le comportement du fraudeur durant les derniers jours de son activité: il a conscience que son problème est détecté. De la main gauche il envoie un SMS à son copain broker -J’suis foutu !- et de la main droite il continue à prendre des positions qui seront potentiellement mortelle pour son employeur »

Plus tard, sur une question du présidentdu tribunal, Daniel Bouton précisera sa pensée : « Le génie de Jérome Kerviel a été d’inventer une activité qui n’était pas celle de sa fonction » ou encore « il y a chez lui une qualité de mensonge tout à fait exceptionnelle » ou enfin : « il est l’homme qui a essayé de comprendre mais qui n’a rigoureusement rien compris »

Dans son costume gris, chemise bleue, cravate rouge l’attitude de PDG revient au galop. « Le cas Kerviel a fait perdre 8 euros par action aux salariés et leur a supprimé l’intéressement pendant trois ans. Il y a causé une destruction de valeur indiscutable. Les 150.000 salariés ont traversé un ouragan force 10, il a causé une voie d’eau qui aurait pu tout emporter ! »La voix gronde d’émotion contenue. Jérome Kerviel a sa tête des mauvais jours.

Interrogé sur ce témoignage accablant il répète crânement : « Je reconnais mes erreurs, ce que j’ai fait est complètement idiot. Le fait que ma hiérarchie ne savait rien est faux. Je reconnais mes erreurs mais mes actes étaient visibles ; tout était contrôlé »

Les débats se sont achevés sur cette confrontation entre le pot de fer et le pot de terre. Kerviel fragilisé par l’autorité de son ancien patron a retrouvé sa peur de porter seul le chapeau. Pourtant l’un de ses avocat a montré en début d’après midi que des emails analysant ses positions en 2007 auraient largement du attirer l’attention des responsable du « Delta one », c'est-à-dire comme ils disent dans le jargon du n+1, N+2,N+3…

Demain plaidoiries des parties civiles, puis jeudi réquisitoire, enfin vendredi plaidoiries de la défense.

 

 

 

 

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