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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 14:46

Dans un livre qui vient de paraitre, Jérome Kerviel écrit sa version des faits. Cela s’appelle « L’engrenage, mémoire d’un trader » (éditions Flammarion). Sur la couverture s’affiche le visage en lame de couteau du jeune homme qui a provoqué la perte la plus abyssale qu’une banque n’ait jamais enregistré : 4,9 milliards d’euros. En me lançant dans la lecture de ce livre je me suis dit que j’allais faire connaissance avec un « dur », un de ces types façonné par la société moderne, sans foi ni loi, guidé par les lois de l’argent et la logique du profit.J'ai rencontré un jeune homme qui n'a toujours pas compris pourquoi on l'avait pris les doigts dans le pot de confiture...

Et on découvre que sous le vocable "trader", il y a quelqu’un d’autre : un enfant normal, issu d’une famille unie (sa mère est coiffeuse à Pont L'Abbé), avec un frère aimant et aucun travers psychologique particulier. Un bon élève, appliqué et plutôt ambitieux. Un homme jeune qui a envie de se faire aimer par ses collègues au point de préférer prendre un dernier verre avec eux plutôt que de rejoindre sa petite amie. Un type qui va se glisser dans la peau d’un trader au point de perdre ses repères sans que personne autour de lui ne le guide, ne le sermonne, ne le remette sur le droit chemin. Il explique bien comment ses chefs se sont tus car en 2007 il a fait gagner avec ses petites astuces beaucoup d’argent à la banque: Même si je ne suis pas familière de la notion « d’appel de marge », je saisie que les faits et gestes du trader étaient enregistrés et décryptés par le back office et que ses supérieurs l’ont couvert dans ses pratiques douteuses. « Aucun responsable –ceux-là même qui validaient les résultats en me disant  tous les soirs : « alors ça laisse ! »-ne m’a jamais fixé de limites ni même proféré de mise en garde »écrit-il

Cela n’enlève rien à sa responsabilité personnelle mais cela la relativise. Le mot engrenage est employé comme si les degrés d’une échelle avaient été montés un à un. Ce n’est pas ce qui ressort de la lecture du livre. Le premier indice vient d’une confession sur la valeur de l’argent : on comprend qu’à un moment donné (le premier ordre qu’il passe est de 200.000 euros) les montants de ses transactions ne sont plus que des chiffres. Il n’a plus de connexion avec la vie réelle. Il passe ses journées et une partie de ses nuits devant son ordinateur, enivré par l’idée qu’il va pulvériser les records obtenus par les traders plus expérimentés autour de lui. La montée de l'escalier va connaitre une accélaration fulgurante.

Sur les raisons de la perte gigantesque qu’il va enregistrer, l’explication est moins convaincante. Je ne retiendrai qu’une affirmation capitale : « n’en déplaise à la Société générale, je n’ai jamais utilisé un identifiant informatique autre que le mien ni inséré d’informations vraies ou fausses dans un système pour lequel je n’avais pas les droits » tient-il à préciser.

 Cette affirmation est  importante parce que Jérome Kerviel a été traité d’escroc et qu’il est renvoyé le 8 juin pour "faux, usage de faux, abus de confiance et introduction de données frauduleuses dans un système informatique". Autrement dit la banque estime au contraire que son ex-trader a détourné les procédures habituelles pour couvrir ses pertes alors même que le marché repartait à la baisse début janvier 2008.

Le procès sera sûrement très technique puisqu’il va s’agir de séparer les gestes de Jérome Kerviel de l’activité de la banque. Le livre offre un regard humain très intéressant sur ce monde de la finance et sur sa partie la plus spéculative.

Or on vient de le voir avec la crise grecque, ce sont les mêmes qui sont toujours à l’œuvre. Certains traders ont du être « de bonnes gagneuses » comme Jérôme Kerviel l’explique dans son livre, ces temps-ci.

 

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commentaires

arzi77 18/05/2010 19:27


Il me semble un peu futile de s'intéresser a ce cas particulier: ce qui compte, c'est le système financier qui rend possible le gâchis... l'absurdité et parfois même... la barbarie: lorsque les
emplois de boites viables, (comme Ceralep), sont livrés a la sauvagerie de Private Equity Funds apatrides jugeant la rentabilité trop faible.

Les causes premières sont:
- la libre circulation des capitaux, (garantie par l'UE selon une exigence absurde de l'Allemagne, lors de la négo du T. de Maastricht), et
- le soutien inconditionnel aux spéculateurs: en dépit de quelques rodomontades sur les "Fonds voyous"... la non séparation des métiers de Banque de dépots et de Banque d'affaires oblige les Etats
à voler au secours de tous ces braves gens...

Tant que les responsables politiques chercheront à "rassurer les marchés" (au lieu de prendre les moyens de les mettre au pas...), le gout de l'aventure au sein des salles de marché sera
inévitable, (cf. J. Généreux sur Marianne: http://tinyurl.com/36qgfpd ) Tant pis pour nous !