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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 23:39

 

Le palais de justice de Montpellier est impressionnant. De hautes marches mènent à une colonnade, on pénètre ensuite par une lourde porte en bronze pour arriver sur la salle des assises. La pièce, de grande dimension, ressemble à une sorte de tribunal ecclésiastique avec des bancs en bois massif, des estrades surélevées pour la cour et les jurés. Seule concession au modernisme, le box des accusés ressemble à une cage de verre, et on devine, derrière, des couloirs un peu crasseux où les criminels ont laissé quelques graffitis...


A 14 heures s’est donc ouvert le procès de Jean-Michel Bissonnet, Meziane Belkacem et Amaury d’Harcourt. Un trio improbable dont on ne peut deviner les liens à l’œil nu. Seul le vicomte comparaissait libre. Il a donc traversé la salle, semblant un peu ailleurs, même si la tenue vestimentaire du meilleur goût ne devait sans doute rien au hasard. Veste en tweed vert foncé, petit foulard sur chemise ouverte. Une élégance surannée de gentilhomme campagnard.

Le premier à entrer dans le box est Jean-Michel Bissonnet. Cet homme de 63 ans porte beau dans un costume gris clair avec cravate. Il envoie des signes de reconnaissance et d’amitié ; à ses fils et son beau-père sur les bancs de la partie civile. Aux membres de son comité de soutien sagement assis dans la salle.


Puis il est rejoint par Méziane Belkacem qui vient prendre sa place à coté de lui. C’est tout le contraire. L'ex-jardinier a un air modeste, une chemise claire et bien repassée. Il ne cherche personne du regard. Il semble seul, très seul. Les deux hommes sont nés en Algérie. Jean-Michel Bissonnet est un « pied noir », un rapatrié. Méziane est fils de harki. Sa vie n’allait pas fort quand il a tiré à deux reprises sur Bernadette Bissonnet. L’un représente l’ascension sociale réussie, l’autre l’échec professionnel et familial. Les deux hommes ne se regardent pas, n’échangent pas trois mots. Aujourd’hui, c’est chacun pour sa peau.

 

Le début d’un grand procès est souvent terne. Appel des jurés, appel des témoins et experts pour établir un calendrier (il y a cent trente témoins prévus), lecture de l’acte d’accusation.

Il est 18 heures passées quand l’atmosphère s’est soudainement tendue. Les avocats de Jean-Michel Bissonnet demandent la remise en liberté de leur client durant la durée du procès. Le fondement de la demande est simple : puisque Jean-Michel Bissonnet est présumé innocent, qu’il n’y a aucune atteinte à l’ordre public à redouter puisqu’il ne s’agit pas d’un dangereux braqueur récidiviste, il peut très bien venir assister à son procès en homme libre.


Le président donne la parole à l’avocat général : « Monsieur Bissonnet dit qu’il n’y a rien dans le dossier, que c’est une coquille vide. L’accusation considère au contraire qu’il y a des charges lourdes, d’une gravité exceptionnelle à son encontre. Et puis il y a quelque chose qui me parait évident : il pourrait décider sur un coup de tête de nous fausser compagnie. Il dit qu’il n’y a aucun risque de soustraction à la justice. Mais « nobody is perfect ». Le compte à rebours a commencé. Nous sommes à J – 4 semaines du verdict. Pas question de remettre cet homme en liberté »

 

Jean-Michel Bissonnet se lève et demande la parole au président. Il est cette fois hors de lui. La prise de parole de l'avocat général, en forme de réquisitoire, lui parait sans doute odieuse : « Si je demande ma mise en liberté, ce n’est pas pour aller chez Robuchon, pas pour bouffer ! Ce n’est pas de bouffe dont j’ai besoin, c’est de l’amour de mes enfants. Ils ont besoin de moi, mon beau-père à besoin de moi. Le dossier est vide. Vous n’avez aucune preuve. La seule chose que vous avez trouvée, c’est la double personnalité. Ce serait formidable. Ce serait le Graal ! »

L’homme se rassoit. Les sanglots coupaient ses mots, ses phrases. Ses deux fils le regardent tétanisés. Ils viennent de comprendre soudain l’orage qui s’abat sur eux. Ils avaient fini par se convaincre que les failles du dossiers apparaîtraient vite et au grand jour. Ils ont vu dès le premier jour que leur père fait figure de principal accusé et que l’avocat général serait un adversaire implacable.              

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