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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 18:46

Dieu que cette première journée était ennuyeuse ! C’est souvent le cas de la première audience lors des grands procès. Cela s’appelle la mise en place. En l’occurrence, dans la grande salle solennelle de la cour d’appel (celle du procès Pétain), les prévenus n’étaient plus que trois sur cinq. Florian Bourges, qui a dérobé les fichiers de Clearstream quand il était un jeune auditeur de justice, a accepté la peine infligée en première instance et n’a pas fait appel ; quant à Denis Robert, il a été relaxé au nom de la liberté d’expression. Pourtant, c’est lui qui a comparé la banque luxembourgeoise à une grande lessiveuse d’argent sale et accrédité l’idée que les rétro-commissions issues des ventes d’armes atterrissaient dans la poche des hommes politiques français. Cette partie-là de l’histoire a été évacuée. Dommage.

En appel, on ne juge que la machination. Et donc le présumé faussaire, Imad Lahoud, le présumé manipulateur, Jean-Louis Gergorin, et l’homme politique, Dominique de Villepin, le possible bénéficiaire de l’opération. Tous trois occupaient le devant de la scène, l’ex-premier ministre seul à droite et les deux autres de l’autre côté de l’allée. Comme si le fait d’avoir été relaxé par le tribunal le séparait moralement des deux autres ; comme s'il anticipait une relaxe définitive. Le parquet a pourtant fait savoir qu’il le considérait toujours comme complice par abstention de la dénonciation calomnieuse. Mais la bonne humeur de Dominique de Villepin semblait inaltérable.

Matinée d’organisation et de lecture des textes soutenant l’accusation. Terriblement fastidieux. Puis on reprend le fil de l’histoire. Imad Lahoud sortait de prison. Son grand frère Marwan, qui travaille pour le groupe Lagardère, le présente à Gergorin et lui suggère de le faire travailler. Le petit frère, très doué en informatique, s’introduit aisément dans ce milieu de marchands d’armes.

En ce début de procès, le petit frère s’est fait une troisième vie. Il est prof au Lycée Condorcet à Paris : « Je suis devant vous pour vous demander de rétablir les rôles de chacun. J’estime ma condamnation démesurée par rapport à mon rôle. Je vous demande de tenir compte du parcours qui a été le mien. J’ai changé de vie » a–t-il dit, modeste, en ouverture à la présidente.

Mais le petit prof a aussi décidé de se défendre bec et ongles « Dominique de Villepin a voulu éliminer Sarkozy. Il a peur. Que va-t-il devenir s'il est condamné ? »  Pif, paf, en voila aussi pour Jean-Louis Gergorin : « C’était mon patron, j’étais son obligé, c’est lui qui a eu l’idée de faire des faux pour compromettre les gens qui étaient sur les listings. »

Mais toutes ces déclarations ne feront pas des titres dans les journaux. Ben Laden est mort. Au palais de justice de Paris, cette affaire Clearstream paraissait hier toute petite. Question d’éclairage.

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