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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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18 septembre 2010 6 18 /09 /septembre /2010 14:18

Les jours de verdict, les cours d’assises sont parcourues par une tension particulière. A Draguignan, ce matin, les forces de l’ordre étaient présentes, très présentes avec une demi-compagnie de CRS stationnée juste derrière le palais de justice et de nombreux policiers en tenue ou en civil dans le palais de justice. Les gens du voyage, des proches du jeune gitan victime, s’étaient aussi massés devant l’entrée, et passaient les contrôles de sécurité dans le calme. La veille l’avocat général n’avait pas ménagé sa peine pour démontrer que le gendarme avait agit selon le code de Défense voté en 2004 et qu’il avait tiré conformément à ce qui lui a été enseigné. Il avait conclu au terme de deux heures de réquisitoire que le gendarme Monchal ne pouvait pas être pénalement condamné. Désormais le suspens sur l’issue de ce procès était mince mais la famille espérait encore « qu’il y aurait quelque chose ».

Comme c’est l’usage, l’accusé a le droit de prendre une dernière fois la parole. Le gendarme se lève, un homme jeune (43 ans) actuellement en poste à Papeete au service de la statistique. Il dit ces quelques mots : « je n’ai qu’un mot à vous dire : désolé ! ». Désolé de quoi, à l’adresse de qui ? de la famille Guerdner, de l’institution, de ses collègues gendarmes, de sa propre famille ? On n’en saura pas plus.

La cour se retire, le président, les assesseurs, les jurés. Un cordon de CRS évacue la salle. Il est neuf heures et quinze minutes.

Trois heures plus tard, la salle est à nouveau pleine à craquer. Un instant de silence. Le président donne lecture du délibéré : le gendarme Monchal est acquitté. Des hurlements se font alors entendre sur les bacs de la partie civile. La mère du jeune homme se précipite vers le cordon de CRS . Elle est comme une tigresse, donne des coups de pieds , de tête,elle griffe, les insultes fusent « assassin, assassin ! » en direction du box désormais vide. Le gendarme a rapidement été exfiltré pour éviter des incidents. Des cris, mais aussi des menaces : « tu pourras jamais être tranquille ! » « Il va y avoir du sang ! », « c’est cela la justice ! » et des injures volent en tous sens pendant que les CRS tentent d’évacuer la salle.

A la sortie, c’est carrément le pugilat pendant quelques minutes. C’est toute la douleur contenue depuis ce jour de mai 2008 qui déborde.  Car cette famille de gens du voyage sédentarisée a toujours eu le sentiment d’être face à un mur.

Le jeune gitan était un multirécidiviste, et ce jour-là il s’était présenté pour un contrôle judiciaire à la gendarmerie avec un pistolet de gros calibre chargé dans son coffre ; il était en garde à vue pour une affaire grave de vol avec violence et séquestration « ce n’est pas une raison pour tirer un père de trois enfants de trois balles dans le dos » répètent ses proches. Ils sont maintenant une trentaine dehors autour de la maman de Joseph Guerdner, inconsolable. « On ne lui a pas laissé de chance quand il vivait ; et maintenant on ne lui permet pas de reposer en paix !» dira cette femme brisée.

A l’intérieur, les amis de Christophe Monchal se sont dispersés par l’arrière du bâtiment. Ils ont fait preuve de discrétion mais leur satisfaction était évidente ; Le général de division Marc Mondoulet était là pour assurer une parole maitrisée. « La justice vient de dire que le gendarme Monchal a utilisé son arme selon les termes de la loi… »

Pourtant au fil des ans la cour de cassation a restreint la possibilité pour les gendarmes d’utiliser leur arme. Elle exige désormais que la force ne soit utilisée qu’en dernier recours. Mais il y a toujours cette fraction de seconde ou l’homme seul décide ou nom de la proportionnalité de son geste. Un gendarme a le droit de tirer sur un fuyard… à moins qu’il y ait une autre façon d’arrêter sa fuite. Le gendarme Monchal a estimé que joseph Guerdner était un homme dangereux dont il fallait stopper la fuite. La cour d’assises du Var a validé cette analyse en son âme et conscience.

 

 

 

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commentaires

MITRON 54 28/09/2010 12:23


Quel acte de bravoure !!!!!!!!!
Même si des textes permettent ce type de comportement.Comment
peut-on vider son arme sur un homme entravé menoté et qui vous tourne le dos ? C'est hélas le reflet d'un corps qui se dit ¨( d'élite )¨ .Messieurs les Députés et Sénateurs il est urgent que vous
vous penchiez sur ce sujet.Votre inertie vous rendrait complice de cela.Car hélas cela se reproduira encore.Quant au valeureux guerrier auteur de cet acte heroique sa place n'est pas en Polynésie à
faire des statistiques mais plutôt en Afghanistan.Attention eux ne seront pas ficelés et ils rendent la monnaie.


MITRON 54 27/09/2010 20:57


Il est urgent que nos députés et sénateurs se penchent trés sérieusement sur cette lamentable affaire.On ne tire pas sur un homme entravé menoté qui cherche à fuire.Même d'une gendarmerie.Ces
méthodes étaient utilisées durant la guerre.
On sait tous par quelles épèces d'individus.J'éspère que nous ne reverrons jamais plus cela. A méditer !!!!!!!