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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 11:32

Vendredi  après-midi a eu lieu un interrogatoire capital pour le docteur Krombach : il devait décrire et expliquer son comportement vis-à-vis de sa belle-fille dans la nuit où elle est morte, du 10 au 11 juillet 1982. Morceaux choisis :

Le médecin décrit la dernière soirée de la vie de Kalinka. Il est interrogé sur la raison pour laquelle il lui a administré des somnifères.

-  Vous lui donnez la moitié d’un comprimé de frizium, 10 mg ? - lui demande la présidente.

- Diana, ma fille ainée, est rentrée vers minuit et c’était après son retour. On a parlé à voix basse. Puis elle est montée se coucher. Il se peut que Kalinka se soit réveillée parce qu’elle nous a entendu bavarder. Je suis allé aux toilettes et Kalinka a frappé à la porte et m’a demandé quelque chose pour dormir, c’est à ce moment-là que je lui ai donné le comprimé. 

- Vous dites cela, mais pourquoi en décembre 2010, vous envoyez une lettre au greffier de Fresnes pour demander une libération conditionnelle dans laquelle vous écrivez : "Encore à une heure du matin, nous avons parlé avec ma fille et Kalinka" ?

- Entre temps, j’ai subi un enlèvement brutal avec coups sur la tête - répond le Dr Krombach.

- Pourquoi un tel courrier à la maison d’arrêt, du 17 décembre 2010 ? - insiste la présidente. Pas de réponse, le docteur ne se souvient plus.

- Et le lendemain matin, que se passe-t-il ? Pourquoi ne la laissez-vous pas dormir ? Pourquoi la réveiller ? - poursuit la magistrat.

- Quand je partais, je regardais toujours les enfants pour voir si tout allait bien. J’ai ouvert un volet ou un store. Elle n’était pas sur le ventre avec une aiguille dans le bras, ça c’est pure invention ! Je lui ai parlé a voix haute, mais elle n’a pas réagi. Je craignais qu'elle soit dans le coma.

- Mme Gonin a remarqué tout de suite que le visage de sa fille était cyanosé, vous n’avez rien vu ? - demande la présidente.

- Non, je n’ai pas remarqué ça. Elle était pale, mais normale.

- Ensuite vous l’avez mise par terre ?

- Oui, j’ai essayé des manœuvres de ventilation ; puis je l’ai remise sur le lit. Je refusais de réaliser qu’elle était morte.

- C’est pour cela que vous lui fait six piqures ?

- Oui, je lui ai fait une piqure de Coramine dans le cœur. Les autres piqures ont été ouvertes mais pas administrées.

- A quel moment comprenez-vous que Kalinka est morte ?

- Quand l’urgentiste m’a dit « laissez tomber... ». Je pensais qu’elle était dans le coma, qu’elle avait pris trop de soleil.

- De quoi est morte Kalinka selon vous ?

- Je crois que c’est la conséquence d’un accident antérieur ; quand on est dans le coma pendant 3 jours, on a des hématomes dans le cerveau. (Accident de la circulation au Maroc en février 74 à l’âge de sept ans dans la voiture de son père).

- Selon vous y a-t-il un lien entre cet accident et son décès ?

- Je pense que oui : elle avait pris beaucoup trop de soleil ce jour-là, de plus, avec les dommages antérieurs, tout cela cumulé a pu provoquer la mort.

Dans une cour d’assises, la présidente donne la parole tout à tour aux différents protagonistes ; c’est au tour de la partie civile.

- Quand voyez-vous Kalinka vivante pour la dernière fois, dans la cuisine ou dans sa chambre ? - demande à l'accusé l’avocat de la maman de Kalinka.

- Je crois que c’était dans son lit mais je ne suis pas sûr à 100% - répond celui qui était son beau-père.

La présidente : « Vous avez dit avoir conservé toutes les références des piqures faites à Kalinka. Où est le papier sur lequel vous notiez le nom des ampoules utilisées pour réanimer Kalinka, le matin de son décès ? " Le docteur Krombach est dans l’impossibilité de répondre.

- Pourquoi une piqure d’Atropine le matin pour la réanimer ? C’est un pré-anesthésiant. Quelle utilité ? - demande naïvement la présidente.

- Je ne me souviens pas d’avoir injecté de l’Atropine. Cela fait 30 ans ! Et en plus, j’ai eu ces coups à la tête ! L’atropine, on en donne avant une endoscopie. Cette ampoule se trouvait dans ma trousse d’urgentiste ; je ne l’ai pas administrée.

- Combien de contacts téléphoniques avec l’enquêteur ? - poursuit Maitre de Caunes, l’avocat du père de Kalinka.

- Je soignais le maire, le ministre, j’avais une bonne clientèle. Kalinka se plaignait d’être trop pâle, elle souffrait peut-être d’anémie.  Elle faisait des complexes sur sa pâleur. Je faisais des piqures de cobalt ferlecit à sa mère et elle me disait qu’elle bronzait mieux après. J’ai fait de même.

Maitre de Caunes poursuit l’interrogatoire. Il reprend des procès-verbaux : le policier qui l’a interrogé 10 mois après les faits rapporte que le bon docteur, voyant que sa belle-fille ne répondait plus, a été chercher de l’eau à lui passer sur le visage. Ensuite, il a appelé sa fille Diana et lui a demandé de venir immédiatement. « Elle fut très effrayée en voyant Kalinka. Nous avons essayé ensemble de la poser à terre. Mais nous n’avons pas réussi » - explique Dieter Krombach. La présidente souligne les versions successives, les variantes.

- Si elle était déjà morte, pourquoi avoir fait des piqures de réanimation ? - demande la présidente.

- La seule injection faite est une injection de Coramine destinée à relancer le cœur - répond le médecin.

- Morte ou pas morte à ce moment là ?

- Elle n’était pas rigide, pas froide - répond le médecin. La maman de Kalinka confirme pourtant que la mort était visible, que sa fille avait une partie du visage cyanosée quand elle l’a vue le matin…

L’avocat général interroge le Dr Krombach sur la mort de sa première femme qui elle aussi a eu droit aux piqures de fer.

- Vous faites le rapprochement entre sa mort et celle de Kalinka ?

- Non.

- Il n’y a pas eu d’autopsie ?  

- Non.

Maitre Ohayon, l’avocat de Dieter Krombach , tente de donner aux jurés une meilleure image de son client : "Docteur Krombach, que s’est-il passé le 10 juillet 82 selon vous ?"

- Quand je l’ai trouvée le matin, je voulais absolument la sauver, j'étais en panique.  Les piqures  de réanimation : un simulacre ? non ! C’était ce qu’il fallait faire ! La piqure de fer n’était pas incompatible avec l’état de la jeune fille, le somnifère n’était pas dangereux après un coup de soleil. Je pense que je suis un bon médecin.  J’ai tout fait correctement par rapport à Kalinka. Je le confirme. Je sais reconnaître mes torts, je ne suis pas tombé du ciel et j’ai appris mon métier petit à petit. J’ai fait mon travail correctement par rapport à ce qu’on savait à ce moment là ! »

Le discours du vieux médecin jugé 29 ans après les faits ne convainc pas. Il ne veut pas se souvenir de détails quand cela l’arrange, mais en donne pour se justifier. Sur le banc des parties civiles, André Bamberski bout. Il ne supporte pas cette nouvelle version des faits. Il a deux grands tableaux à la main reprenant tous les détails de la vie de la maisonnée depuis la veille ; la présidente a du mal à le canaliser ; et quand il  dit à la présidente, Xavière Siméoni, que le docteur est en train de la faire tourner en bourrique, elle ne s’offusque pas et met fin aux débats avec humour.

Le procès se poursuit toute la semaine.

 

 

 

 

 

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