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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 14:24

 

Après la lourde charge des procureurs hier, il appartenait à la Défense de remonter un sérieux handicap en démontrant que Jérome Kerviel ne pouvait avoir agi seul.

 Premier à monter au front, Maitre Nicolas Huc-Morel. Il est jeune et semble très à l’aise avec le jargon du métier. C’est lui qui est allé dénicher dans le ventre des ordinateurs et disques durs saisis les pièces qui lui semblent déterminantes. De fait quand on regarde les courriels échangés par les supérieurs de Kerviel et les pièces jointes qui montraient assez clairement l’activité du trader on ne peut s’empêcher de penser qu’il y avait au moins un acquiescement tacite devant les nouvelles activités d’arbitrage qu’il mettait en œuvre. « Il n’y a pas de mystère Kerviel, il y a un mystère Société Générale ».  L’avocat va longuement s’attarder à démontrer qu’il n’y avait pas de limites fixées à Jérome Kerviel et que sa hiérarchie avait désactivé tous les contrôles automatiques qui doivent se déclencher en cas de dépassement. « Eric Cordelle recevait tous les jours un relevé de trésorerie de chacun de ses traders. A un moment donné, en juin 2007, la trésorerie de Kerviel est débitrice de 1,7 milliard d’euros, ce qui entraine 200.000 euros d’intérêts par jour pour couvrir les pertes latentes! Même la Commission d’enquête bancaire s’en émeut. Donc je dis oui, la banque avait les moyens de se rendre compte, oui, la banque n’a pas été trompée. Je demande la relaxe."

 

 

Dans la salle pleine à craquer, la chaleur monte. Le tribunal propose cinq minutes de pose. Dans les rangs du public, un femme habillée de noir suit les débats avec une grande intensité. Elle pourrait être la maman de Jérome Kerviel. Personne parmi mes confrères ne le confirme.

Il était temps d' entendre celui qui a organisé si habillement la communication du jeune trader avant l’audience notamment grâce à un livre (l’engrenage) relu à la virgule près : Maitre Metzner a su installer un rapport de force entre la puissante (et souvent arrogante) Société Générale et le jeune trader, héros tragique, victime du système.

Restait à le démontrer.

 L’avocat se lance : « Jérome Kerviel va passer des ordres à hauteur de 400 milliard d’euros, le budget de la France, et personne ne voit rien ! J’ai entendu les procureurs requérir au non de la société, mais l’ont –ils fait au nom de la Société…Générale ?

Maitre Olivier Metzner sera volontiers caustique durant sa plaidoirie ; il attaque par une face inattendue, la face escarpée de la tour de la défense : Comment et par qui a été fabriqué Jérome Kerviel ? Qui a enfermé le jeune breton dans un monde virtuel ? La société générale, c’est le rouge et le noir, le rouge flamboyant et le noir des zones d’ombres ; La banque de dépôts, d’affaires, la banque commerciale est devenue la banque casino ! »  et plus tard l’avocat enfoncera le clou : « Jérome Kerviel n’est pas celui que la Société générale montre du doigt. Il est un homme formé, formaté par la Société Générale, déformé si il le faut ; mais il n’est que la création de la société générale ! »

 

L‘avocat ,désordonné dans sa démonstration ,va reprendre des arguments maintes fois débattus pour les examiner du point de vue du jeune trader.  Il souligne aussi  que Jérome Kerviel n’est pas un escroc puisqu’il n’a pas détourné un centime pour lui, ni un faussaire puisque  que toutes ses opérations étaient détectables.

Maitre Metzner termine ainsi : « Les faits ne sont pas contestés, mais  il s’agit d’une faute professionnelle et non d’une infraction pénale. Nous admettons cependant le grief «  d’introduction frauduleuse de données » mais cela n’a entrainé aucun préjudice pour la banque ; Vous ne pouvez pas suivre le parquet qui voudrait le voir quatre ans en prison parce que Jérome Kerviel est celui qui a été formé et promu  par la Société Générale elle-même ».

 

C’est  la fin des débats. Le président propose au jeune homme de prendre une dernière fois la parole. Jérome Kerviel dit qu’il n’a rien à ajouter, sanglé dans son costume noir souligné par une chemise noire. On le sent soulagé d’avoir survécu à l’épreuve. Il lui reste à traverser une haie de cameramen et photographes. Manifestement, il n’a plus envie de ce statut de vedette qui lui colle à la peau…

 On le reverra le 5 octobre à 10H pour le jugement qui a été mis en délibéré.

 

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