Palais de justice de Paris: ce matin les familles des disparus et les survivants de l’attentat de Karachi avait rendez vous avec le juge d’instruction en charge du volet « terrorisme » de cette affaire. Un compte rendu de plus de deux heures et une incroyable émotion à la sortie. Cécile Delavie a du mal à parler. Son mari, Jean-Pierre, était ingénieur à la DCN de Ruelle. Le 8 mai 2002, il est mort dans l'attentat de Karachi qui a coûté la vie à 14 personnes. « 10 ans ont passé, on aimerait avoir des réponses, c’est trop long. L’enquête progresse mais il faut que le Pakistan coopère davantage »dit-elle les larmes aux yeux.
Marc Trévidic a expliqué pourtant qu'il
avance : il s’est rendu aux Etats-Unis et a obtenu des services secrets américains (FBI) la communication du dossier concernant la mort de Daniel Pearl.

Le journaliste du Wall street journal a, rappelez- vous, été décapité dans une mise en scène macabre en 2002. Or que découvre le juge français ? Deux emails de revendication sont parvenus à des responsables américains, accompagnés d’une demande de livraison à l’Etat pakistanais d’avions F16 bloqués pour des raisons juridiques et diplomatiques. Que vient faire Al Qaïda là-dedans ? Les islamistes pouvaient-ils être les faux nez de certains militaires pakistanais ?
Si oui, un scénario semblable a pu se reproduire avec la France. Le contrat Agosta concernant les sous marins français touche à sa fin mais les commissions promises sont gelées par le gouvernement Chirac. L’attentat contre les employés français de la DCN serait dans la même veine une mise en garde des militaires pakistanais, maquillée en attentat islamiste.
Maitre Olivier Morice avocat de familles de victimes en
est persuadé avec ces dernières révélations : « on sait maintenant que l’homme condamné au Pakistan pour le meurtre de Daniel Pearl n’est pas le coupable. Ce n’est pas al Quaïda qui a
fait le coup. Le message à l’époque était clair : il y aura des mesures de rétorsion en lien avec la non exécution des contrats. C’est peut être
la même chose avec l’attentat contre la France. On sait maintenant que la personne qu’on prenait pour le kamikaze ne transportait pas la bombe. Il faut reprendre la scène de crime à zéro, en
intégrant les nouveaux éléments ».
Aux Etats-Unis, le juge Trévédic a en effet rencontré Randall Bennett, un expert américain, présent sur les lieux de l’attentat deux minutes après l’explosion. Il estime que le corps ramassé sur place compte tenu de ses blessures n’était probablement pas le kamikaze.
Christophe Polidor marche toujours avec une canne. Il était présent dans le bus lors de l’attentat. Il a été réentendu par le juge Trévidic ces dernières semaines. Le modus operandi d’un attentat est très important ; il donne des indications sur le ou les commanditaires. « Le juge Bruguière (précédent juge d’instruction de 2002 à 2007) n’a pas tenu compte de certaines objections. Le travail a été dirigé dans le sens qu’on a voulu lui donner » dit –il sobrement à la sortie de l’audience.
Son avocat Maitre Thibault de Montbrial reste prudent : « Toutes les hypothèses restent possibles. Depuis deux ans, l’enquête a été reprise à zéro. Il faut reconstituer le puzzle alors que toutes les pièces sont dispersées »

Cependant aujourd’hui l’interprétation du crime contre Daniel Pearl peut être rapprochée de celle de l’attentat de Karachi: un verrou a sauté : on disait que trop de temps s’était écoulé entre l’arrêt supposé des commissions et l’attentat de Karachi pour pouvoir établir un lien. Le même nombre d’années sépare l’arrêt des livraisons de F16 et l’enlèvement de Daniel Pearl.







