Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

Damien Givelet
 
Cédric Ingrand
Pascal Boulanger
 

 


Blog hébérgé par :


Annuaire des blogs d'Over-Blog – Créer un blog gratuit
7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 18:21

Serge Portelli est vice-président au Tribunal de Grande Instance de Paris. Durant la semaine, il tente de faire son travail au mieux en naviguant entre le nombre d'affaires qu'on lui demande d'examiner et le temps qu'il entend consacrer à chaque cas. Le reste du temps, il réfléchit à son métier de juge au sein d’une société bousculée par la montée de la délinquance et par les réponses qu’il estime simplistes, voire dangereuses, des politiques.

000 Par2909556Dans son livre « Juger » aux éditions de l’Atelier, Serge Portelli rappelle la lente évolution de la fonction de juge, de l’Ancien Régime, à la société du 19ème siècle, jusqu’à la guerre. Il montre que la nécessaire indépendance du juge porte désormais la marque au fer rouge des totalitarismes.  Le nazisme fut la négation du droit et donc de la protection de l’individu contre l’arbitraire. La justice de Vichy conduisait à envoyer des prévenus à la mort non en raison de leurs actes délictueux mais de leur appartenance à une « race » ou à une religion indésirable. Au nom du code pénal.


 Après la guerre, les survivants ont tenté d’identifier les principes qui devaient conduire à une justice digne de ce nom : « Il a fallu que se crée au sein de la justice une nouvelle culture susceptible de la détacher de la soumission ancestrale ». Et l’auteur de rappeler l'évolution qui a amené à la création du Conseil supérieur de la Magistrature et à l’ouverture de l’Ecole Nationale de la Magistrature. Par ailleurs, il souligne l’importance des mouvements de contestation qui ont amené les magistrats eux-mêmes à s’organiser : création du Syndicat de la Magistrature et de l’Union Syndicale des Magistrats. Une volonté collective qui devait sanctifier la fonction du juge, gardien des libertés. « Cette approche est toujours un combat. Une lutte sans fin. Les libertés sont jalouses et orgueilleuses. Elles reculent dès lors qu’on cesse de se battre pour elles » professe l’auteur qui voit une autre conception du métier de juge prendre le pas.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, et la nomination de Rachida Dati à la Chancellerie, il dit assister à une mise en coupe réglée des procureurs relégués à la fonction de courroie de transmission de la politique pénale du gouvernement. Quant aux juges du siège, ils doivent appliquer un code pénal aux peines quasi automatiques. Des juges « presse-boutons » qui délivrent une sentence inscrite dans les textes, des mois ou années de prison automatiquement doublés en cas de récidive : « Le principal danger, le plus insidieux, le plus lourd de maladies mortelles pour la démocratie est le sécuritarisme ». C’est au nom de la « tolérance zéro » analyse Serge Portelli qu’on punit un accusé sans s’attacher à savoir qui il est et dans quelles circonstances les faits se sont produits. Il faut une vraie indépendance d’esprit pour contester une enquête de police, il faut du temps pour juger avec humanisme dit l’auteur. Non, le juge n’est pas un maillon de la chaîne pénale, il ne gère pas des flux mais des hommes.

La démonstration de ce juge expérimenté se termine par une réflexion sur le type de justice que nous voulons : une justice qui sanctionne et aussi une justice qui répare et prépare un futur meilleur. Pas d’angélisme dans ce propos. Pas de solution toute faite pour les très grands criminels. Juste l’idée que dans une société complexe, la réponse pénale ne peut pas être technique. Les droits de l’Homme doivent guider la démarche du juge, le procès équitable rester sa préoccupation.

Une belle démonstration, loin du "tout sécuritaire", et d’une actualité brûlante : aujourd’hui, le rapport du député Eric Ciotti nous montre que punir, réprimer toujours plus durement paraît être la clef d’une société qui voudrait être « débarrassée » de ses fauteurs de troubles. Une illusion dangereuse pour nos libertés, répond Serge Portelli, dans ce livre argumenté.

portelli.jpg

 « Juger » de Serge Portelli, aux Editions de l’Atelier, 18 euros

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires