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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 18:20

peyrucq2.jpgJeudi 16 décembre, assises spéciales de Paris. Un groupe de journalistes et plusieurs dessinateurs s’installent sur les bancs de la presse. Le président, Philippe Vandingenen mène un procès difficile. Six accusés sont dans le box, tous membres présumés de l’ETA. A la demande de l’un des accusés, une femme dénommée « Anboto », le dessinateur de presse est prié de ranger ses crayons : les accusés ne veulent pas être « croqués » ; le président de la cour d’assises, au nom du droit à l’image, leur donne raison, contre l’avis de l’avocat général, Jean-François Ricard, qui a au contraire pris parti pour la liberté de la presse. C’est du jamais vu : l’association de la presse judiciaire (dont je fais partie) a élevé une vive protestation devant cet abus de pouvoir : certes, un président de cour d’assises assure la police de l’audience, selon le terme consacré, mais son droit s’arrête là où la liberté de la presse commence ; par définition, un procès est public, les journalistes assistent au procès, en rendent compte, le dessinateur de presse est un journaliste comme un autre.

BASQUESPEYRUCQIl faut d’ailleurs entendre Benoit Peyrucq (AFP) parler de son métier pour s’en convaincre. Il est dessinateur d’audience depuis 15 ans. Il a choisi cette voie car en tant que peintre il adorait les croquis de Daumier.  Il dit peindre « l’attitude » des personnages, ce qui permet aux journalistes de raconter le procès de manière visuelle, vivante. « Je montre ce que les journalistes racontent, je suis le trait de l’information. Mon dessin doit attirer l’œil du lecteur. Je fonctionne comme un écrivain, parfois j’abandonne un dessin en cours de procès, je peux changer d’orientation à tout moment, c’est de l’instantané ; en fonction du déroulement du procès je dois adapter mes dessins. J’ai une implication journalistique »

PEYRUCQFOURNIRET (Procès Michel Fourniret avril 2008)

Dans un prétoire, Benoit Peyrucq évite la complicité avec les personnes présentes, reste discret pendant l’audience, sait se faire oublier: il est l’homme invisible, il ne dérange jamais le déroulement du procès. Le chasser de l’enceinte de la cour d’assises, c’est donner aux accusés un pouvoir d'intimidation sur leurs juges, c'est aboutir à une véritable censure de la presse.

Je ne voulais pas laisser passer l’occasion de défendre le travail de mon confrère, et par là même, un peu de nos libertés publiques.

 

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