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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 17:17

 On attendait beaucoup du témoignage de Pierre-Philippe Pasqua devant la CJR, la Cour de Justice de la République. C’est le maillon important du dispositif selon l’accusation; celui qui peut permettre de confondre l’ancien ministre de l’intérieur. Car de l’argent, parfois beaucoup d’argent a transité entre les comptes d’Etienne Léandri , l’ami du ministre et ceux du fils de Charles Pasqua.

 Pierre-Philippe Pasqua est né en 58 à Grasse. Il est plus petit et plus râblé que son père, mais on peut voir la filiation entre leurs deux visages. « Cette confrontation a des allures de tragédie grecque » dit Maitre Forster, l’avocat de Charles Pasqua en prennant sa place à l’audience.

 Pierre -Philippe Pasqua est toujours « dans les affaires » et son domicile officiel est en Tunisie. L’homme aux cheveux blancs commence par une déclaration : « Je n’aurai jamais imaginé un jour de 1968 lorsque Charles Pasqua a été élu député qu’il se trouverait un jour renvoyé devant une juridiction comme la votre… Je suis le trait avec lequel on veut l’abattre ! Il y a eu 22 commissions internationales dans 22 pays différents, toutes au nom de Charles et Pierre Pasqua. Or j’ai une activité professionnelle distincte de mon père et je ne l’ai pas tenu au courant de mes activités »

 Pierre- Philippe Pasqua va néanmoins être attentivement questionné sur deux dossiers, celui du déménagement d’Alsthom en Seine Saint Denis et celui des commissions liées aux gros contrats de la SOFREMI . Dans cette affaire, il a été définitivement condamné : les juges ont considéré qu’il avait touché des pots de vin : 1, 5 million d’euros pour les 4 marchés, Koweit, Colombie, Argentine, Brésil. Mais l’homme s’emporte à l’évocation de cette condamnation : « Le dossier n’était pas sincère ! il y a une vérité judiciaire mais la réalité est différente. J’ai été condamné mais je suis innocent. Je ne suis responsable de rien et Charles Pasqua encore moins ». Le fils est debout rouge, emporté, pathétique. Son père le regarde du coin de l’œil. C’est son fils unique. On se demande quels secrets partagent ces deux là.

En tous cas il y a toujours entre eux, le personnage énigmatique d’Etienne Léandri aujourd’hui décédé. Homme d’affaire d’origine corse, et intermédiaire redoutable auprès des gouvernements de la planète. Un homme de l’ombre qui accepte sans broncher de perdre 12 millions de francs pour renflouer les comptes du Quotidien de maire ou plus exactement pour éponger les dettes et éviter tout scandale à l’homme fort des Hauts de Seine, Charles Pasqua. Cet homme est discret. Les juges découvrent les montages qu’il a effectués. Ils ont devant eux des grandes feuilles colorées avec le trajet des sommes d’argent, sommes qui revenaient en partie dans la poche du fils.

« Amalgame !s’emporte le fils de Charles Pasqua, je n’ai jamais travaillé pour Alsthom ou la Sofremi. Jamais Léandri ne m’a demandé quoique ce soit. Je suis innocent ». Pierre Philippe Pasqua se bat avec la dernière énergie pour démontrer que les liens financiers entre Etienne Léandri et lui n’ont commencé que sous la pression d’un banquier suisse et après la mort de l’homme d’affaires.

Soupirs des juges de la Haute Cour. L’avocat général s’efforce de garder son calme.

 

Dernier acte de la matinée : La parole est à Charles Pasqua lui-même : « Non, je n’avais pas connaissance des activités de mon fils. Je n’ai reçu aucune information des services du ministère, ni des finances m’alertant sur quelque chose d’anormal ». Le vieil homme s’assoit lourdement sur le fauteuil mis à sa disposition. On ne peut s’empêcher de se demander quelles sont les vraies relations entre le père et le fils.

La Défense de Charles Pasqua s’efforce de démontrer que l’ex-ministre de l’intérieur est victime d’un entourage indélicat, de proches qui auraient procédé à une forme de racket en son nom et derrière son dos. Si c’était vrai, la situation de Charles Philippe Pasqua vis-à-vis de son géniteur (qu’il n’appelle jamais ni « Papa », ni « mon père », mais « Charles Pasqua »), ne doit pas être confortable autour de la table familiale.

 

Jugement vendredi après le réquisitoire et les plaidoiries de la défense jeudi.

 

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