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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 11:26

La cour d’assises de l’Hérault examinait hier la personnalité d’Amaury d’Harcourt.

L'accusé a 85 ans, il entend mal, et souffre de diabète. A part cela, il porte beau dans sa veste bleue marine, sa chemise à carreaux du même ton et son pantalon de velours côtelé. Il raconte une éducation stricte et très catholique dans le château familial de l’Yonne. Les parents, rentiers, gèrent le domaine et la chasse prend une importance considérable dans ce petit monde, chasse à pied et à courre.

La vie d'Amaury d'Harcourt va basculer à cause de la guerre et d’une rencontre : il est amoureux de la fille du responsable local de la Résistance. Il va donc dans un premier temps espionner et rapporter tous les renseignements possibles sur les allemands qui occupent la propriété. Au bout d’un an, il intègre un bataillon de choc, avant d’être blessé par un obus. Une belle guerre, loin du pétainisme familial. Mais après que faire ? Il n’a ni diplôme, ni compétences : il part pour l' Afrique avec deux copains. « J’ai fait tous les métiers, conducteur de poids lourds, chercheur d’or,  j’ai monté une briqueterie, j’ai été représentant en pastis. Comme j’aimais beaucoup la musique, j’ai monté une maison de disque : fiesta. J’étais basé à Dakar et j’avais un camion-studio d’enregistrement. On parcourait tous les pays pour recueillir les musiques traditionnelles. Le siège de la société qui employait une dizaine de personnes était à Alger. En 61, je me suis embarqué comme tout le monde et j’ai tout perdu. » Entre temps Amaury d’Harcourt s’était marié, avait eu une petite fille, Diane. Une fille âgée d’une cinquantaine d’années et qui dit aujourd’hui de son père : « être merveilleux, infantile, tout à fait irresponsable ».

Après l’Afrique, ce sera la Lozère avec sa deuxième épouse. Création du parc du Gévaudan et toujours les animaux. Cette fois en plus des sangliers, des cerfs et des daims, il y a des loups et des ours. « Je n’aime pas tuer pour tuer. J’aime trop les animaux. Je ne tire que lorsque l’animal est vieux ou malade ou agressif ». Il fournit même sur la recommandation de Valérie Giscard d’Estaing les sangliers de la chasse présidentielle de Chambord.

Avez-vous des armes chez vous ? lui demande le président : « oui, du calibre 12 et une carabine ». Pourquoi pas du 16 ? se fait expliquer le président . « Le calibre 16, c’est l’arme des gardes-chasses » (l’expertise balistique a montré que Bernadette Bissonnet était morte de deux décharges de cartouches de chasse, calibre 16)

Après un troisième mariage et un troisième divorce, il vit sur ses terres dans l’Yonne. Il déclare 20.000 euros par an dont une retraite agricole de 455 euros mensuels.

Pour revenir à l’affaire, le vicomte est sommé de s’expliquer sur ses liens avec Jean-Michel Bissonnet. « il m’a aidé à concevoir et à réaliser mon élevage de sangliers. On aimait la chasse, les animaux. Il était le fils que j’aurais aimé avoir. »Et lorsque cette amitié s’est terminée ? demande le président « Cela a été un choc épouvantable. Je suis profondément affecté. C’est une forme de mort ».

Le vieil homme n’est plus à la barre. Il a demandé à s’asseoir et tient le micro portable très près de ses lèvres. On perçoit une respiration essoufflée ;

« Reconnaissez-vous les faits, demande enfin le président » « Oui, je les reconnais. Je voulais rendre service à un ami ».

A la suite de cette audience, Florent Bissonnet n’accepte pas ce portrait d’aristocrate sympathique, aventurier fantasque. « C’est un homme beaucoup plus complexe et tortueux. Sa briqueterie par exemple. Elle passe de deux à deux cents employés. Et il la vend comme ça, sur un coup de tête ! Il faut creuser. Il dit que ma mère n’avait rien contre lui, qu’elle l’aimait bien. Alors pourquoi est-ce qu’il n’habitait plus chez nous quand il venait à Montpellier ? »

Le rôle d’Amaury d’Harcourt est la clef du mystère. Car si ce n’est pas Jean-Michel Bissonnet qui a commandité le crime, c’est vers lui que se tournent les regards.

 Quoiqu'il en soit, le vieil homme aura eu une vie romanesque qui ne lui a laissé ni regrets, ni amertume.

 

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