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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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14 septembre 2010 2 14 /09 /septembre /2010 13:14

L’affaire se juge à Draguignan mais c’est à Brignoles qu’on trouve la famille Guerdner. Dans un joli lotissement, tout neuf. Autrefois en caravane, cette famille s’est sédentarisée. Ce n’est pas madame Guerdner qui nous accueille mais sa sœur. L’appartement ne semble pas habité. C’est un mausolée à la mémoire de Joseph, Jo comme on l’appelait avant sa mort le 23 mai 2008. Mouchoir en main, la maman nous invite à entrer. Une bougie, une statue de la vierge et le visage du jeune homme démontre la ferveur religieuse de cette communauté « Depuis deux ans je prends des cachets ; je vis très mal. Le gendarme, il a brisé une famille. Jo n’était pas méchant. Il aimait la vie, il était joyeux, il était père de trois enfants. Ils l’ont abattu comme un chien. Ils n’avaient pas le droit de faire ça ! ».

Une partie de la famille est là à l’ouverture du procès lundi matin. Chacun porte un T-shirt noir portant imprimée en évidence la photo de joseph. On leur avait dit de ne pas venir en nombre, que cela ne ferait pas bonne impression devant les assises. Leur avocat, Maitre Jean-Claude Guidicelli prévient : « cela sera très difficile pour nous ; ici la vie d’un gendarme et celle d’un gitan n’ont pas la même valeur. En plus l’avocat général va requérir un acquittement, on le sait déjà puisque cela a été sa position constante au cours des différents stades de la procédure. Vraiment cela va être difficile ».

L’atmosphère est extrêmement calme. Très loin des scènes de colère qu’avaient connues les rues de Draguignan lors de la mort du jeune gitan.

Dans le box, un homme de 43 ans, maréchal des logis promu adjudant muté à Tahiti depuis l’affaire. Il est en civil, chemise grise, petites lunettes et petit bouc qui ombre le menton. Christophe Monchal paraît un peu écrasé par la dimension de l’affaire, il est accusé de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner mais quand le président lui donne la parole, il n’a pas d’hésitation : « Je suis bien l’auteur des coups de feu mortels ; cette affaire est dramatique pour moi et pour la famille. Mais il fallait faire son travail ce jour-là »

Des collègues sont venus le soutenir. On les sent très attentifs. Porter une arme, s’en servir à bon escient, les militaires sont formés à cela. Ils apprennent, et on leur rappelle souvent, les conditions dans lesquelles ils peuvent tirer, les sommations d’usage, l’état de nécessité. Mais comment auraient-ils réagi ce soir là devant la fuite de Joseph Guerdner ?

Et justement lorsque la cour d’assises a commencé à examiner les faits, les jurés ont été éclairés du contexte de l’affaire. Pourquoi Joseph Guerdner (27ans) se retrouve-t-il en garde à vue ? L’affaire n’est pas banale : il vient de lui-même à la brigade de gendarmerie pour remplir les obligations d’un contrôle judiciaire. Et pendant qu’il remplit des papiers les gendarmes qui le soupçonnent d’être intervenu dans le vol à main armé d’un camion avec séquestration du chauffeur, décident de perquisitionner son véhicule. Là, ils trouvent un bloc de cannabis (l’expert viendra dire qu’il s’agit de la version la plus puissante) et un colt calibre 45 chargé ! Un délinquant qui a monté en puissance depuis sa dernière interpellation.

Même si cela ne sera pas le seul élément, il sera déterminant pour la suite : si Joseph Guerdner a un profil d’homme dangereux, il devient « légitime  de l’empêcher de fuir par tous les moyens. Les avocats du gendarme sont confiants « nous démontrerons l’état de nécessité : le gendarme Monchal n’avait pas d’autre choix. Après avoir enjambé une fenêtre située à 4,6 mètres de hauteur, alors qu’il était menotté,  et entravé, que trois balles avaient claqué à ses oreilles, il continuait de s’enfuir en direction d’une cour ou il y avait de jeunes pensionnaires. Dans la fraction de secondes ou il s’est décidé à tirer, il y avait bien cette volonté de stopper un homme dangereux » indique Maitre Lionnel Escoffier, l’avocat du gendarme.

Une enquête de personnalité qui ne démontre aucune pathologie, tout juste une certaine rigidité, le gendarme Monchal acquiert insensiblement le statut de victime au point que le président passe la parole à la défense en pointant la partie civile. Une journée étrange à front renversé qui laisse apparaître un verdict en transparence, avant la fin des débats prévus en fin de semaine.

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