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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 12:45

L’affiche était belle. Dans le palais de justice de Paris, la grande plate-forme des chambres correctionnelles bruissait du va-et-vient des très nombreuses caméras de télévision. La presse étrangère, notamment anglo-saxonne, était très largement représentée. La presse people aussi. Les photographes nerveux ne voulaient pas rater l’arrivée du créateur si contesté.

Dans la salle d’audience, la tribune de gauche, habituellement celle des accusés, était réservée à la presse. J’étais du coup assise à un mètre de John Galliano, introduit en douceur jusqu’à sa place. Passons les débuts chaotiques du procès avec une interprète incapable de comprendre l’accent du prévenu, si bien que ce sera son avocat qui s’y collera.

John Galliano est maintenant debout à la barre. Des cheveux longs, vaguement blonds, une petite taille, un visage volontaire, des yeux intelligents et sa fameuse petite moustache. Une boucle d’oreille raffinée à gauche donne à son visage fatigué un petit éclat. Il n’en mène pas large ; l’idole déchue de la haute couture doit assumer son comportement : 45 minutes d’insultes dont certaines à caractère raciste et antisémite au bar de la Perle (Paris 3ème art) en octobre 2010 et le 26 février dernier.

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Le vin triste, le vin mauvais. L’ivresse du malheur et de la solitude. « Je ne me souviens pas très bien. Je n’ai en tous cas aucun souvenir d’insultes antisémites, ni comment cela a dégénéré. J’avais une triple dépendance aux barbituriques, aux somnifères et à l’alcool. Je rentre d’une cure de deux mois en Arizona, puis en Suisse ; je continue à me soigner », avoue-t-il en regardant le plancher.

Depuis quand ? demande la présidente : « Depuis 2007. Le problème d’alcool a commencé après chaque euphorie créative ; pour gérer la pression, je buvais. Au moment de la crise financière, j’avais deux enfants : Dior et ma marque personnelle. Dior est une grosse machine et je ne voulais pas perdre ma société. J’ai signé, pour tenir, beaucoup de contrats : pour des collections homme, femme, enfant mais aussi bijoux, accessoires, maillots de bains, sous-vêtements. Une charge de travail très lourde et juste à ce moment-là mon ami Steven est mort. Je n’ai pas eu le temps de le pleurer ; le lendemain matin j’étais au studio.  Après sa mort, je suis resté sans protection. J’ai commencé à avoir des « panic attacks », des crises d’anxiété. Je prenais de plus en plus de médicaments et autres. J’étais dans le déni complet. Je suis toujours en convalescence mais je me sens mieux. » Par cette confession, John Galliano désamorce le conflit avec ses malheureux voisins de bar.

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Ils racontent leur mésaventure : « j’ai subi des insultes gratuites pendant 45 minutes et je n’avais pas envie de partir sous prétexte que ce monsieur était un monsieur important protégé par le patron et les serveurs. Oui moi aussi je lui ai répondu sur le même ton. Et j’ai bien entendu « Ugly jewish face ! jewish cunt ! Nous avons été un défouloir, ça été l’enfer ! » explique Géraldine B. Son compagnon confirme en mode mineur les insultes mais n’a pas le souvenir d’avoir été visé pour son apparence vaguement asiatique.

Des insultes racistes qui ne seront pas entendues par les autres témoins cités. Des insultes proférées à voix basses par un homme manifestement ivre attestent les voisins de table…

Une vidéo, mise en ligne sur le site internet du tabloïd anglais The Sun est ensuite projetée à l’audience. Une vidéo accablante prise en décembre 2010 ou on voit le styliste vociférer : « j’adore Hitler…vous devriez être morte gazée ! »

Réaction de John Galliano à l’audience : je m’excuse, je suis désolé de ne pas avoir de souvenirs de ces faits…Ce sont des opinions que je n’ai jamais eues. Cet homme, c’est une coquille vide, ce n’est pas moi. » Dans son costume sombre à l'élégance rehaussée par une cravate à pois portée sans chemise, il paraît désemparé.

Après les plaidoiries, l’ancien couturier de la maison Dior a présenté ses excuses aux victimes et ajouté : « j’ai toujours condamné le racisme et l’antisémitisme qui n’ont aucune place dans notre société ».

Il est dix heures du soir. Beaucoup de bruit pour une querelle d’ivrogne… qui a déjà coûté très cher à John Galliano puisqu’il a été licencié par Dior et débarqué de sa propre société.

Le procureur (Anne de Fontette) a requis à son encontre au moins 10.000 euros d’amende. Le délibéré a été fixé au 8 septembre.

 

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