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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 17:27

Le 2 juillet 2007, Alexandre 17 ans se suicide : il se pend à un arbre, à 800 mètres de sa maison. Trois jours avant de mettre fin à ses jours, il passait son bac, et rien ne laissait penser qu’il pouvait avoir des idées suicidaires.

Depuis, ses parents, inconsolables, cherchent une explication, voire une cause à ce geste. Ce matin, le père d’Alexandre, Daniel Voidey, s’est rendu au tribunal de Nanterre. Son avocat, Me Gilbert Collard, a assigné trois laboratoires pharmaceutiques : Roche, en qualité d’inventeur du traitement à l’isotrétrinoïne, le Roaccutane, Pierre Fabre et Expanscience qui ont produit et commercialisé des génériques de ce produit. Le jeune homme avait suivi ce traitement anti-acné pendant les sept mois qui ont précédé sa mort en ingérant des génériques à des doses de plus en plus élevées. Les parents d’Alexandre sont convaincus que la mort de leur fils est liée à son traitement. « Dans la lettre qu’il a laissée, Alexandre expliquait qu’il ne savait pas ce qu’il avait depuis trois semaines, qu’il avait mal partout, qu’il n’en pouvait plus. Pourtant c’était un garçon ouvert, sportif, bon élève, qui n’a jamais donné de signes de dépression », a indiqué Daniel Voidey, la voix nouée par l’émotion. Avant d’ajouter : « je veux qu’on reconnaisse que ce médicament est responsable de la mort de mon fils. » Sur le plan de la procédure, l’affaire n’est pas simple car la mise en cause du laboratoire suppose que soit établi un lien direct entre la prise du médicament et le suicide du jeune homme ; pour y parvenir, l’avocat a brandi une notice qui noie le patient sous un flot de contre-indications, et a demandé la nomination d’un collège d’experts. Le tribunal accèdera ou non à cette requête par une décision qui sera rendue le 29 avril.

Du côté des laboratoires, on a plaidé un « bénéfice-risque » favorable. « C’est un médicament de dernier recours, prescrit quand tout le reste a échoué. Sa prescription est très encadrée puisqu’on sait qu'il pourrait entraîner des malformations du fœtus pour les femmes enceintes. Mais le retirer du marché serait une catastrophe », a plaidé l’un. « Depuis sa commercialisation, cette molécule a soigné 16 millions de patients atteints d’acné sévère. Ce n’est pas un traitement anodin. Il a des effets secondaires, qui nécessitent un suivi particulier connu », a dit l’autre.

Toujours est-il que le groupe pharmaceutique Roche, qui a découvert la molécule mais ne la commercialise plus, pense ne rien avoir à faire dans ce procès. Pour lui, son médicament anti-acné est « sûr », ce qui ne l’a pas empêché de provisionner près de 6 millions d’euros pour faire face aux 2422 plaintes enregistrées aux USA contre ce médicament.

Il faut souligner que l’AFSSAPS, agence française de sécurité sanitaire des produits de santé, a placé l’isotrétinoïne sous haute surveillance. Elle a mis en garde les médecins prescripteurs, souvent des dermatologues, sur les risques de dépression, de tentatives de suicides et de suicides dans la liste des effets indésirables du médicament. De 1985 à 2007, une quinzaine de personnes traitées ont mis fin à leurs jours, et une vingtaine ont fait des tentatives de suicide. Le Roaccutane et ses génériques font donc l’objet d’un dispositif renforcé de pharmacovigilance.

Cette nouvelle affaire sanitaire est très différente du Médiator : le Roaccutane a toujours été utilisé pour soigner l’acné et rien d’autre. Mais ce médicament pose le problème de soigner une population fragile (les ados) avec une molécule qui induit autant d’effets secondaires. Les dermatologues disent a contrario que de nombreux jeunes ont été sauvés grâce à la disparition de leur acné sévère, affection socialement très invalidante.

La discussion est ouverte devant la justice. On ne peut qu’encourager les parents à être attentifs à tous signes de malaise si l’un de leurs grands enfants est traité à l’isotrétinoïne.

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