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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 17:09

Contrairement à la France, un verdict en Norvège commence par la lecture de la peine. Pour sa dernière apparition publique, Anders Breivik avait revêtu sa panoplie habituelle qui va d’un sourire distancié au salut bras tendu, poing levé. De la routine, le  vrai face à face allait commencer : hôpital psychiatrique ou prison ? Quel choix ont fait  les cinq juges, deux professionnels et trois jurés citoyens ? Chacun était invité à se lever pour ce moment solennel. Lecture de la présidente du tribunal, Elisabeth Amtzen, visage fin, couronne de cheveux blancs « Anders Bering Breivik a été condamné pour ses actes du 22 juillet 2011 à une peine de 21 ans de prison assortie d’une peine de sureté ». Soulagement général. Du coté des familles comme celui des jeunes présents sur l’ile d’ Utoya, on voulait que le tueur paye pour ses fautes. Pas d’excuses, pas de pitié, mais un juste châtiment : une vie derrière les barreaux. Ceux qui, parmi les rescapés, acceptaient de passer dans la « mixed zone »c'est-à-dire un espace ou la presse était admise au sein du tribunal, avaient aussi un autre message : que la Norvège cesse de fermer les yeux sur tous les extrémismes qui se sont développés au sein de la société. Les idées nationalistes et islamophobes de l’extrême droite se sont répandues facilement dans la tête d’un Breivik qui s’est même inventé une mission de « ChevalierTemplier ».

 Le sentiment dominant des victimes était aussi que ce jugement allait terminer leur période de deuil et qu’elles allaient pouvoir tourner la page. Pas oublier mais juste avancer dans sa vie.

La juge  a ensuite lu le jugement in extenso. Un jugement très fouillé, détaillé qui s’est efforcé de répondre au procureur qui lui avait réclamé l’internement psychiatrique de Breivik. Pour simplifier, je dirai que le tribunal concède qu’il a une personnalité perturbée, des troubles du comportement mais pas une psychose qui aurait pu altérer ses facultés mentales. D’ailleurs tous les récits de rescapés le prouvent : Breivik a choisi qui il allait faire mourir et qui il laissait vivre.

Le coupable a lancé une ultime provocation à ses juges. Il refuse de reconnaitre le tribunal devant lequel il comparait parcequ’il serait complice de cette sociale démocratie qu’il voue aux gémonies. Il s’excuse auprès des dirigeants de l’extrême droite locale et européenne de – le micro lui est coupé. Gros plan sur le regard sévère de la présidente. Il aurait dit –de ne pas avoir tué davantage de gens…Mais ce que la salle retient c'est son refus clair de faire appel. Il n'y aura donc pas d'autre procès.

 Les gardes lui remettent les menottes. Il quitte la scène pour longtemps. Mais il compte faire parler de lui. Pas moins de trois livres sont en préparation, a dit son avocat. Tandis que les avocats des parties civiles grondaient déjà à l’idée qu’il puisse s’enrichir grace à ses publications.

A 20H heures, le tribunal fermait ses portes sur le plus grand procès qu’ait connu la Norvège avec le sentiment du devoir accompli.

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