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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 17:32

Pierre de Bousquet de Florian est le patron de la DST quand l’affaire éclate. Il est donc un témoin privilégié de l’attitude du ministre de l’Intérieur de l’époque, et le seul à pouvoir dire si oui ou non Dominique de Villepin a cherché à cacher les dessous de l’affaire Clearstream pour la laisser prospérer et atteindre son rival, Nicolas Sarkozy. Il se présente à la barre en costume foncé, lunettes et calvitie. Un brin d’onctuosité dans les gestes :

« J’étais directeur de la Direction de la Surveillance du Territoire. Début juillet 2004, j’ai eu connaissance de cette affaire par un entretien informel avec DDV, qui me demande d’enquêter sur cette affaire. Je suis déconcerté de ce questionnement. Je n’avais jamais entendu auparavant le nom Clearstream.

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Pierre Bousquet de Florian

Nous n’étions pas judiciairement saisis et, parallèlement, on savait qu’il y avait des implications judiciaires ; c’était délicat. Une fois l’hebdomadaire Le Point paru, nous avons récupéré un listing auprès du Parquet Général de la cour d’appel de Paris. Je ne sais comment il l’avait, mais c’est ainsi que nous l’avons récupéré ; je commence par essayer de comprendre ce qu’il y a derrière. Nous avons en main une lettre et une liste de comptes. Il y avait ces deux éléments.

D’abord, il fallait purger l’implication d’un de nos responsables, Jean-Jacques Martini, sous-directeur à la DST. Je l’ai auditionné moi-même (note du 21 juillet 2004). Cette convocation avait pour but de l’interroger très rigoureusement. Très vite, je comprends qu’il n’est pas concerné : cette réunion s’est transformée en réunion de travail. Il me parle d’ « enfumage » ; un contact à l’étranger nous conforte dans l’idée que les listes sont fausses. On en était assez sûrs, assez vite. »

"Quand faites-vous part de ces certitudes ?" demande la présidente. 

- Je n’en ai fait part au ministre de l’Intérieur qu’en septembre.

- Et pourtant on vous a confié la mission d’enquêter sur cette affaire ?

- Le ministre me l’avait demandé sur un aérodrome, de manière informelle. Je n’ai pas vu le ministre, mais j'en ai rendu compte au directeur de cabinet que je vois une fois par semaine. Nous sommes fin juillet 2004 : il y a eu les vacances au mois d’aout, cette affaire n’était pas une priorité. On ne s’est vu qu’une fois en septembre, lorsque j’ai eu un document « impliquant ». C’était la photocopie d’un document qui était une copie manuscrite faite en 2003. Nous l’avons comparée à une liste Clearstream et à la lettre au juge. L’écriture était semblable. C’est là que j’ai demandé un rendez-vous au ministre. C’est la seule fois où je l’ai vu. Je lui ai montré le document. Dans ma petite tête de service de police, ça devenait urgent ! »

Remous amusés dans la salle.

« J’ai eu un contact avec Rondot vers le 10 juillet. Sur Clearstream, il m’a dit que c’était bidon. Quand il a demandé des investigations en Suisse au printemps 2004, il n’a pas dit pourquoi il voulait ce renseignement. Rondot, c’est une sorte de profession libérale, un solitaire, un free-lance. Un homme respecté aux méthodes inhabituelles. Il avait un contact à la DST mais il ne nous dit rien.

Ce qui nous importait : qui était le corbeau ? Pas de preuves formelles. Je sais que Nicolas Sarkozy m’a reproché ensuite de ne pas avoir entrepris de démarche : « Vous auriez dû faire un article 40 ! Je sais qu’il m’en a voulu de ne pas avoir saisi le parquet.  Mais à l’été 2004, je n’estimais pas avoir de preuves contre J.L Gergorin, et on ne pouvait faire un article 40 sans démasquer notre source. »

La Présidente : Le général Rondot ou Dominique de Villepin ne vous ont pas informé ? « Non »

Dominique de Villepin : "J’ai indiqué au général Rondot qu’il dise à la DST tout ce qu’il savait. Je n’ai mis aucune restriction à la transmission des informations. Il ne faut pas inverser les choses. Il y a une transparence dans la chaîne hiérarchique. Je n’ai pas changé les hauts fonctionnaires de mon cabinet, ils étaient les mêmes que sous Nicolas Sarkozy. Michel Gaudin a vu les notes écrites. Il n’y a pas eu de volonté d’occultation ! En juillet, nous n’avions pas de preuve !"

Dominique de Villepin ajoute : « Nous sommes le 27 octobre. Le procureur de Paris, Yves Bot, dispose des mêmes informations que moi. Il faut attendre deux ans pour mettre en examen JL Gergorin. Et on veut m’accuser de complicité passive ! Il faut être concret dans ce dossier. Nous n’avons pas de preuve. L’affaire est judiciarisée. Le ministère de la justice sait tout le 25 octobre. Qu’est-ce qu’on me reproche ? Qu’est-ce que j’aurais pu faire ? Nous sommes en train de refaire l’histoire ! Il faut remettre les choses dans l’ordre et l’esprit de l’époque. »

Mais sur une question de l’avocat général, l’ancien directeur de la DST, lâche : « Si on avait eu les éléments déjà connus en juillet, on aurait gagné du temps.»

DDV : « Pierre de Bousquet ne sait sans doute pas que j’ai donné ordre au Général Rondot de tout dire. Je n’imagine pas alors qu’il conserve des éléments par devers lui. Le 27 juillet, le général Rondot aurait dû de façon détaillée et circonstanciée donner les éléments à Pierre de Bousquet. C’est lui qui enquête sur cette affaire depuis 2003 et qui connaît la source ! »

Le haut fonctionnaire, aujourd’hui préfet de la Manche, ne bouge pas un cil. Il s’exprime avec une forme de prudence et de lenteur une peu artificielle, comme si cette affaire lui brûlait encore les mains.

Cette audience aura permis à Dominique de Villepin de réaffirmer n’avoir jamais rien caché à Nicolas Sarkozy. Il faut avoir en mémoire la réunion du 15 octobre 2004 au cours de laquelle Nicolas Sarkozy a accusé le patron de la DST de lui avoir caché un rapport sur le montage des faux listings et sur la dénonciation calomnieuse dont il était l’objet. Aujourd’hui, l’ancien premier ministre peut parler de transparence totale sans que personne ne vienne le contredire.

 

 

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