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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 18:44

 

La Cour passe à l’examen de la note du 19 juillet 2004. Il s’agit du compte-rendu de la rencontre entre le général Rondot et Dominique de Villepin. Le moment est important, puisque le verbatim du Général sous-entend que l'homme des services secrets a dit clairement, à cette date, à celui qui était alors ministre de l’Intérieur, que les listings étaient des faux. La note porte surtout la mention : « si nous apparaissons, le PR et moi, nous sautons. » Une mention qui a alimenté la thèse de l’accusation.

Le Général sait que l’examen de cette note est au cœur de la prévention contre Dominique de Villepin. Il est reproché à l'ex-premier ministre de ne pas avoir arrêté la machination avant octobre.

« Le verbatim est clair, déclare le Général : Dominique de Villepin est mis en garde. Cet entretien se passe au ministère de l’Intérieur. Il dure une heure et a lieu à la demande du ministre. Mes vérifications n'ont pas réussi à étayer les investigations de JL Gergorin. Je n’ai plus de doutes sur les listings : ils sont faux. Toutefois, mes doutes demeurent concernant l’origine du montage, et comment cela s’est passé."

"Le ministre me répond pourtant qu’il y a sans doute une part de vérité. Il me dit de dire à JLG de se reposer, de ne plus bouger. Il manifeste une agitation extrême à ce moment là. Il me précise : pas de rendez-vous avec Jean-Louis Gergorin. »

DDV se lève. Il conteste cette interdiction faite de rencontrer Gergorin. Sa voix enfle.

« Ce n’est pas ce qui est dit dans cette note. J’ai renvoyé Gergorin en permanence vers le général Rondot. C’est une position constante de ma part. C’est lui qui est en charge de l’affaire. La nouveauté : Le Point a sorti son article. Je viens de saisir la DST. J’en informe le général Rondot. Dans quel but ? c’est normal, il est en charge de cette affaire depuis le début. »

Puis l’ancien premier ministre change de registre : la colère le gagne.

« Je n’ai jamais été pris en défaut dans cette affaire. J’ai agi selon des principes et je n’ai jamais dérogé ! »

Me Metzner à Rondot : "La fausseté des listings, vous avez dit que vous n’en aviez eu la certitude qu’en octobre ?"

« Non ! martèle le Général, très ferme. Le 19 juillet 2004, je l’informe de la certitude que nous avions, moi et Philippe Marland, j’insiste sur le mot, la certitude, de la fausseté des listings. Mais, je ne sais pas comment et dans quel but il y a manipulation. »

Dans quel état d’esprit êtes-vous à ce moment là ? demande l’avocat général :

«  J’étais abattu. Les bras me sont tombés dès que cela a basculé dans la politique. Mais mon ministre, MAM, ne me dit pas d’arrêter. »

Et la Présidente poursuit en lisant cette fois des extraits d’une note du 7 sept 2004 du Général Rondot. C’est le verbatim d’une rencontre avec P. Marland, le directeur de cabinet de la ministre de la Défense. Il y est écrit à propos de DDV : « Mis en garde mais ne désarme pas. »

Question de Metzner : mais alors quand est-ce que DDV sait qu’il s’agit de faux ?

Réponse du Général:« Moi, je suis sûr mais lui ne l’est pas ! Le 15 octobre, à mon retour d’Irak, nous nous voyons et il me précise cette fois qu’il en est sûr."

Puis est évoquée la fameuse mention : "si le PR et moi nous apparaissons, nous sautons ". Là, on sent un danger côté Villepin. L'ancien premier ministre s’empare du micro, tête en avant, bras posés sur le lutrin. Au combat.

« Cette phrase évoque pour moi la fureur de Nicolas Sarkozy qui a pris connaissance de l’affaire. Dans ce mois de juillet, il y a des gens dans Paris qui disent que le Président de la République et moi sommes les auteurs de la manipulation. Nicolas Sarkozy et son entourage attribuent d’emblée la responsabilité de l’affaire à J. Chirac et à moi-même. Il y a une instrumentalisation politique. C’est un élément dont nous parlons avec le général Rondot. C’est le risque d’une manipulation d’Etat que nous évoquons et qui d’ailleurs nous conduit ici. Il prend des notes à la volée, sur son ventre. Cela peut conduire à des interprétations différentes. »

Rondot réplique : «  Je suis ferme et je parle de manière solennelle. Cette phrase a été prononcée par Dominique de Villepin et elle reflète ce qui a été dit. Dire que j’ai rajouté des propos entendus octobre sur cette fiche serait me faire passer pour un menteur. »

« DDV » reprend la parole. Ses yeux ne sont plus qu’une fente.

« Quel rôle pour la DST ? Nous sommes en juillet. L’affaire est publique. Je note qu’on me soumet à la question sur ce qui est fait ou pas fait ! Le ministère de l’Intérieur a décidé de saisir la DST et la Défense, la DGSE. Qu’est-ce qu’ont dit et fait les autres services de l’Etat pour éclairer le Président de la République ? Le ministère de l’Economie pouvait lui aussi apporter sa contribution ! Je suis une victime ! La trace du doigt sur ma personne est restée suffisamment imprimée pour que je sois là ici. » dit-il, le bras tendu, le doigt pointé loin devant lui.

Une journée qui se termine difficilement pour Dominique de Villepin. Sa défense se heurte à un général Rondot visiblement blessé par l’attitude de l’ancien premier ministre à son égard en première instance. Le militaire ne supporte pas qu’on le soupçonne de dissimulation, de désobéissance ou de mensonge. Droit dans ses bottes.

Les deux « serviteurs de l’Etat » cheminent désormais de part et d'autre d'une ligne invisible séparant deux versions irréconciliables.  

 

 

 

 

 

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