Alors que les débats s’achèvent, Dieter Krombach est de plus en plus seul avec sa version des faits. Devant lui, une dernière fois, la mère de kalinka s’avance à la barre : « Regarde-moi dans les yeux » dit-elle à son ancien mari. « Je veux comprendre ce qui s’est passé cette nuit-là. On a entendu les experts : des médicaments de réanimation lui ont été administrés de son vivant. Si tu es coupable, il faut que tu paies, sinon, il faut que tu t’expliques. Mon avocat t’a tendu une perche, la possibilité d’un accident après l’ingestion de somnifère. Tu ne l’as pas saisie. Pour toi, de quoi Kalinka est-elle morte? »
Dieter Krombach
Le cardiologue allemand a 76 ans et la tête dure : « Cela se peut qu’il y ait un lien avec l’accident de voiture dont Kalinka a été victime au Maroc » dit-il en soulevant les épaules. La présidente l’interrompt sèchement : « Aucune séquelle n’a été constatée, sur ce point les experts sont unanimes ». La mère reprend : « Deux jeunes femmes sont venues témoigner d’agressions sexuelles quand elles avaient à peu près l’âge de Kalinka. Cela me trouble. » « Je ne comprends pas pourquoi tu as ces suspicions contre moi » répond-il avec ces belles mains en appui.
La maman termine ses interrogations à haute voix : « Kalinka morte, (les experts ont affirmé que l’heure du décès se situe entre 22h30 et 0h30) qu’il se soit couché à mes côtés durant la nuit, qu’il se soit habillé le matin comme pour aller monter à cheval, j’ai du mal à l’imaginer, c’est choquant ». Le docteur Krombach veut corriger aussitôt cette image : « Je jure que je n’ai jamais fait de manipulations sexuelles en direction de ma fille ou belle-fille ! »
André Bamberski, lui, ne jette pas un regard vers l’homme assis dans le
box. Il veut réserver ses derniers instants face à la cour à l’évocation de la mémoire de sa fille. Une jolie fille, sociable, bon élève, sportive décrit-il, des sanglots dans la voix.
« J’étais certain depuis 83 et encore plus depuis les investigations complémentaires de 93 que le docteur Krombach a violé et volontairement tué Kalinka. Je suis conscient du temps pris à la
justice pour juger cette affaire : 14 demandes de mise en liberté, 5 pourvois en cassation, trois procès, merci à tous et à toutes… »
Enfin le docteur Krombach qui avait une dernière fois la parole avant la fin des débats et le début des plaidoiries, a affirmé, debout, avec une certaine solennité : « Je vous confirme que je n’ai jamais fait quelque chose de mal à Kalinka. »
Dans la salle, il n‘y avait guère que Diana Gunther, la fille qu’il a eu de son premier mariage, pour croire cette affirmation.
Innocence, accident ou meurtre, ce sera aux jurés de dire leur conviction.
Plaidoiries des parties civiles et réquisitoire demain.







