Laure Debreuil
La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un
envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est
parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.
On a pu voir quelques instants après la fin du prononcé du réquisitoire, un Dominique de Villepin blanc de colère dire que Nicolas Sarkozy avait promis de le pendre à un croc de boucher et que ses vœux venaient d’être exaucés. Théâtre ou blessure réelle ?
Car le procureur en requérant 18 mois avec sursis et 45.000 euros d’amende n’a fait qu’aller au bout de sa logique. Dès le mois d’août
Jean Claude Marin a dit qu’à son avis Dominique de Villepin n’était pas l’instigateur de l’affaire mais le bénéficiaire conscient.
Lors du réquisitoire, le procureur n’a fait que développer cette idée en expliquent que l’affaire Clearstream , c’était, je cite, de l’effet d’aubaine à la manipulation. « A partir de
la mi-juillet 2004, Doiminique de Villepin sait que ce sont des listings douteux, il n’arrête rien, il devient alors complice en cautionnant pas son silence les agissements de Jean Louis
Gergorin ». C’est ce que le procureur appelle une complicité de dénonciation calomnieuse par abstention.
Les très nombreux avocats venus écouter le réquisitoire étaient partagés sur cette qualifiquation pénale. Fragile, inconsistante pour les uns, constitutive d’un délit pour les autres ; elle repose en tous cas sur la théorie d'un complot conçu par Jean Louis Gergorin, réalisé par Imad Lahoud et enfourché par un Dominique de Villepin qui aurait trouvé là le moyen de faire trébucher ses rivaux, Nicolas Sarkozy mais aussi on l’oublie souvent, Michèle Alliot Marie, Dominique Strauss khan ou Jean Pierre Chevènement.
Le problème, et le procureur l’a dit aussi ,c’est qu’il n’y a pas de preuves intangibles, incontestables absolues dans ce dossier. Soumettre un homme au déshonneur d’une condamnation pénale dans ces conditions relève d'une logique judiciaire difficile à admettre. Et cela vaut pour n'importe quel citoyen, fut-il un ex-premier ministre.