Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

Damien Givelet
 
Cédric Ingrand
Pascal Boulanger
 

 


Blog hébérgé par :


Annuaire des blogs d'Over-Blog – Créer un blog gratuit
27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 19:54

Un réquisitoire c’est d’abord une longue démonstration, (en l’occurrence deux heures et demie) puis des peines réclamées « au nom de la société » par le procureur. 

Pour avoir hébergé  Yvan Colonna, Alexandre Poitevin a réclamé cet aprés midi devant le tribunal correctionnel de Paris contre:

-François Paoli, le propriétaire de la bergerie, 18 mois avec sursis

-Claude Serreri, beau-frère d’Yvan Colonna , 8 mois avec sursis

-André Colonna d’Istria, qui a aidé Yvan Colonna dans ses déplacements, 4 ans avec sursis

-Patrizia Gattaceca, chanteuse qui a reconnu avoir accueilli le fugitif, 4 ans avec sursis et privation des droits civiques

-Marc Siméoni, consultant en management, accusé d’avoir hébergé et fait soigner  Yvan Colonna mais qui ne reconnait pas les faits, 5 ans avec sursis et privations des droits civiques pendant 5 ans.

Enfin Yvan Colonna écope de 2 ans ferme pour avoir détenu une grenade et un chargeur dans son sac au moment de son arrestation

Un réquisitoire qui a suscité de l’incompréhension et de la colère des prévenus et de leurs avocats. « C’est un réquisitoire contre la Corse, je suis abasourdie. Comment peut-on me traiter de raciste ? » a dit Patrizia Gattaceca ; « indigence de la démonstration, décalage total avec la réalité, volonté de blesser et d’humilier, voila ce que je retiens » dit Maitre Gilles Siméoni, l’un des avocats d’Yvan Colonna et frère du prévenu. « Je n’ai pas entendu de discours anti-corse aussi violent depuis les procès devant la Cour de Sureté de l’Etat » affirme Maitre Sollacaro. Quant au vieux chef nationaliste, Edmond Siméoni , il constate avec désolation les ravages que pourront causer les propos du procureur sur un processus de réconciliation politique à l’œuvre en Corse :« C’est un chapelet d’insultes gratuites ».

Dés le début du réquisitoire, le ton était donné. Aux cinq prévenus, le procureur lance « vous vous êtes érigés en juge, vous avez décidé qu’Yvan Colonna était innocent sans l’examen contradictoire des faits par la justice. Vous êtes cinq petites mains besogneuses . Je vous rappelle que le recel de malfaiteur est punissable dès qu’on a connaissance de ce que le recelé est recherché pour un crime ou un acte de terrorisme ; Vous l’avez fait pour des raisons idéologiques. Il y avait bien un réseau, une entente établie. Vous avez permis à Yvan Colonna d’évoluer en Corse, vous aviez un dessein commun, protéger la fuite d’Yvan Colonna  »

Puis, pour chaque prévenu, le procureur va dresser un profil. Ainsi le propriétaire de la bergerie : «  il a subi des pressions, il a dit qu’il avait eu peur. On voit là le poids du silence, le poids de la soumission » Pour Claude Sererri, il voit dans ses actes l’obligation faite aux membres d’une famille de venir en aide au fugitif. Quant à André Colonna d’Istria , qui a finalement reconnu sa participation à l’audience, le procureur voit  une posture : « il a gaché un moment précieux par des propos outranciers et vulgaires. C’est une caricature de nationaliste qui n’a à la bouche que des formules comme « police d’exception », « raison d’Etat ». En réalité il était l’homme de confiance qui va avoir entre ses mains le sort d’une icône. Il est omniprésent, on le voit acheter compulsivement des puces téléphoniques ».

Le procureur va réserver ses flèches les plus acérées contre Marc Siméoni. Il le qualifie de l’un des plus éminents soutiens d’Yvan Colonna. Il faut dire que des empreintes d’Yvan Colonna ont été retrouvées dans son appartement de Bastia et que des commandes ont été passées sur internet avec sa carte bancaire pour des biens comme des livres ou un appareil de musculation qui seront retrouvés dans la bergerie lors de l’arrestation d’Yvan Colonna. « Il se prétend un homme de conviction, un homme de valeur. Mais il fait preuve de duplicité : la main droite levée (pour prêter serment comme expert auprès de la cour d’appel de Bastia) alors que la main gauche héberge. Je vous ai trouvé d’une triste médiocrité. Vous êtes un rouage essentiel de la cavale d’Yvan Colonna , une main sale et besogneuse »

Restait à régler son compte à Patricia Gattaceca, chanteuse et enseignante de la langue corse. « une héroïne, une idole, une icône. Tout ceci est une imposture. Ce n’est que le procès d’un clan qui s’est accaparé le symbole Colonna.  Yvan Colonna s’est appuyé sur la solidarité d'un clan pas sur la loi d’or comme vous dite de l’hospitalité. Vous contribuez à un engourdissement moral, vous refusez de condamner le repli communautaire. Vous véhiculez des valeurs d’exclusion : en parlant de colonisation, vous donnez corps à la culture de la violence. D’ailleurs le tract qu’on a retrouvé chez vous le prouve , on retrouve le même radicalisme que celui qui fonde le discours des clandestins »

« Vous êtes des petites mains sales ! » a lancé le procureur avant de pointer le doigt vers Yvan Colonna dans le box. « Vous avez fait cela pour lui. Vous n’êtes pas payé de retour. Le silence et le mensonge arrangent bien les affaires de familles… a-t-il conclu avant de réclamer des peines qui n’avaient pas grand-chose à voir avec la virulence de la démonstration, au nom du temps qui a passé et de la situation actuelle de l’Ile de beauté.

Allez comprendre...

Le jugement va être mis en délibéré

Puis il y aura une autre date importante pour le dossier Colonna: le 23 juin la cour de cassation examine son pourvoi. Ses avocats estiment qu'il y a de bonnes chance pour que se tienne un jour un troisième procés.

 


 



Partager cet article

Repost 0

commentaires