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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 17:57

Dany Leprince est arrivé très tôt devant la Cour de révision, qui siégeait dans la grande chambre de la Cour de cassation du palais de justice de Paris. C’est un homme massif, à la figure longue et tourmentée, un grand front et une large calvitie. Sa femme épousée en prison est médecin ; elle semble veiller sur lui comme sur un enfant fragile. L’avocat de Dany Leprince, Maître Baudelot s’est refusé à toute déclaration, se sentant lié par l’interdiction faite à son client de s’exprimer publiquement. Car, fait exceptionnel, Dany Leprince qui avait été condamné à la réclusion à perpétuité pour le quadruple meurtre de son frère, de sa belle sœur, et de ses deux nièces à Thorigné-sur-Dué, a été remis en liberté en juillet 2010 grâce à une décision très rare de la commission de révision. Cette libération avait été assortie d’un contrôle judiciaire strict qui l’oblige au silence.

000_Par6144848.jpgDany Leprince

Dans cette salle très solennelle, la justice devait examiner le fait d’avoir éventuellement condamné un innocent et de l’avoir maintenu en prison durant 16 ans. Une gravité particulière a saisi l’assistance lorsque le rapporteur, le conseiller Jean-Yves Montfort (ancien président du TGI de Versailles) a présenté le dossier. Selon son analyse, cette histoire de huis clos familial a été polluée par la volonté des gendarmes de mettre très vite un nom sur l’auteur de la tuerie. Tout a été bon pour désigner Dany Leprince comme le meurtrier, à commencer par les accusations de sa femme et de sa fille. L’hypothèse d’un tueur unique s’est imposée au mépris des évidences comme les traces de lutte ou l’utilisation d’armes différentes. Dany Leprince est devenu « Le boucher de la Sarthe » alors qu’il ne faisait que conditionner des steaks hachés à la SOCOPA et ne travaillait pas du tout à l’atelier de découpe où les employés utilisent une « feuille», sorte de hachoir qui se révèlera l’arme du crime. De plus, le mobile est tout trouvé : l’argent. Le frère garagiste réussit bien en affaires tandis que le frère agriculteur cumule deux métiers sans s’en sortir. Dany voulait emprunter de l’argent à son frère qui le lui aurait refusé.

Le problème, souligne l’avocat de Dany Leprince, est que personne n’a voulu voir les incohérences du récit de sa femme Martine qui alignera 4 versions incompatibles avec les 4 versions de sa fille Célia, 16 ans à l’époque. Aucune trace de sang, aucun vêtement souillé n’est retrouvé chez Dany. Quant aux traces de pas de type Doc Martens retrouvées près de la scène de crime, elles ne correspondent pas à la pointure de Dany. La chronologie de la soirée laisse planer des doutes sur le récit des uns et des autres.

Et c’est là qu’intervient la contre-enquête menée par Roland Agret (après avoir été victime d’une erreur judiciaire, il a monté une association pour aider ceux qui se sentent injustement condamné) Elle a permis l’émergence de faits nouveaux, condition nécessaire pour qu'une condamnation puisse être révisée. Ces faits nouveaux, l’avocat de Dany Leprince les a longuement détaillés : « L’accusation lui a prêté l’aveu du quadruple meurtre or il n’a jamais reconnu autre chose que le meurtre de son frère Christian, à la toute fin d’une garde à vue éprouvante, et il s’est rétracté juste après. Il a été condamné sur un scénario qui ne repose sur rien ! Parmi les « preuves » de l’époque, on retient le témoignage de la seule rescapée de la tuerie, la petite Solène, 26 mois. En réalité, sa nourrice lui a fabriquée une mémoire selon la méthode qu’on a vu à l’œuvre à Outreau. Les pédopsychiatres disent qu’elle ne peut avoir de souvenirs précis de a tuerie. Autre fait nouveau : des relations étroites, intimes mêmes, liaient l’un des gendarmes à Martine Compain, la femme de Dany. Egalement, l’auditeur de justice en poste auprès du procureur n’est autre qu’un enfant dont Martine Compain a été la nourrice pendant cinq ans et avec qui il a conservé des relations étroites. Il avait accès à toute la procédure. Enfin, la commission de révision a demandé à l'ex-épouse de Dany de se soumettre à une expertise psychiatrique. Elle l’a acceptée en disant qu’elle avait des problèmes de mémoire qu’elle aimerait comprendre. Durant cet examen elle aurait prononcé deux phrases terribles : « J’ai peut-être tué » ; « je m’en veux d’avoir accusé Dany. » Et l’avocat de conclure : « tout cela apporte plus qu’un doute, c’est la démonstration de son innocence ! ».

Il restait à entendre l’avocat général, Claude Mathon. Il a repris les éléments du dossier : neuf tomes de procédures a-t-il souligné pour arriver à une conclusion semblable. « J'ai honte ! » a-t-il dit en parlant du travail d’enquête mené à l’époque.

Il a demandé une annulation de sa condamnation et la tenue d’un nouveau procès pour Dany Leprince. Mais il a aussi demandé au parquet du Mans de rouvrir des poursuites contre l’ex-épouse de Dany Leprince : « Martine Compain a toujours été considérée comme témoin, mais il est incompréhensible qu’elle n’ait pas été mise en examen » a expliqué le haut magistrat. Et à l’appui de sa démonstration figure la découverte d’un couteau retrouvé par hasard dans une carrière, un couteau à la lame cassée nette et sur laquelle on a tenté d’effacer le nom de Leprince. L’avocat général a en conséquence demandé qu’un nouveau procès ait lieu.

En toute fin d’audience, après plus de quatre heures d’exposés et de plaidoiries, Dany Leprince s’est levé pour dire quelques mots que voici:

 

 

 

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